Appelez-moi Dave : entretien avec le réalisateur Brian Robbins
Article Cinéma du Mercredi 24 Septembre 2008

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

C’est en réalisant des épisodes de séries télé que l’acteur Brian Robbins est passé à la mise en scène : il a notamment signé des épisodes de Ken & Kel (1996) Nightmare Room (2001) et Birds of Prey (2002), trio de super héroïnes dirigée par la fille de Batman et de Catwoman ! Il passe ensuite au cinéma avec les comédies The Perfect Score (2004) et The Shaggy Dog (2006), remake d’une comédie Disney des années 70, dans lequel Tim Allen se transforme en chien, puis entame une fructueuse collaboration avec Eddie Murphy à l’occasion de Norbit (2007), qui se prolonge aujourd’hui avec Appelez-moi Dave…

Appelez-moi Dave est le second film que vous réalisez après Norbit avec Eddie Murphy dans le rôle principal. Comment cette collaboration avec lui a-t’elle commencé ?

Tout a commencé quand mon agent m’a fait lire le script de Norbit. J’ai toujours été un grand fan d’Eddie Murphy et j’ai sauté sur l’occasion de réaliser un film avec lui. Nous nous sommes rencontrés et le courant est bien passé, et par la suite, pendant le tournage, l’entente a été parfaite. Le film a très bien marché et nous avons eu envie de retravailler ensemble. C’est Eddie qui m’a donné Appelez-moi Dave à lire, et qui a demandé à ce que je sois impliqué dans ce projet. Nous nous sommes bien amusés, une fois de plus, et quand on m’a présenté le projet de 1000 mots, sur lequel je travaille actuellement, j’ai proposé à Eddie de le lire, et il l’a aimé. Donc, à présent, nous sommes quittes ! (rires)



Qu’appréciez-vous le plus dans cette relation de travail ?

Eddie est tellement doué que je ne sais pas par quoi commencer. Il a un talent naturel pour jouer la comédie. Tout semble lui venir sans effort. Il m’étonne tous les jours, et je peux vous dire qu’en tant que réalisateur, c’est une bénédiction d’avoir un tel acteur sur le plateau tous les jours. Il rend mon travail beaucoup plus facile ! C’est un plaisir de tous les instants de le voir en action. Toute l’équipe technique s’amuse beaucoup en le voyant. Rire pendant que l’on travaille, c’est plutôt rare…

Comment collaborez-vous avec Eddie Murphy ? S’implique-t’il dans tous les aspects de la production de ses films, ou se concentre-t’il surtout sur le script et sur sa performance pendant le tournage ?

Eddie travaille surtout sur le script et sur sa performance devant les caméras. J’essaie de créer un environnement confortable pour lui, afin de lui permettre d’arriver le matin sur le plateau sans se faire de souci, et de jouer dans les meilleures conditions.Il peut ainsi se concentrer sur son propre travail et sur ce qu’il a à faire, c’est à dire sur le script, son rôle, et ses nouvelles idées qui permettront que la scène soit la plus drôle possible. Et cela fonctionne très bien ainsi. Avant un film, nous passons aussi un moment à réfléchir au script, et à le retravailler ensemble.

Ajoute-t’il des répliques au dialogue ? Ou de nouvelles idées de scènes dans le scénario ?

Oh oui, absolument, mais ce processus créatif se passe surtout sur le plateau. Je l’encourage à procéder ainsi. Dans la plupart des cas, nous tournons d’abord la scène telle qu’elle figure dans la dernière version du script, puis une fois que j’ai toutes les prises dont j’ai besoin pour pouvoir la monter dans le film, nous essayons d’autres idées et d’autres versions. Eddie est un improvisateur tellement doué que ce serait criminel de le brider à ce moment-là ! Chaque jour, nous essayons de trouver une nouvelle façon d’aborder la scène que nous venons de tourner, d’y ajouter des répliques amusantes, ou des gags. C’est vraiment dans cet exercice qu’il excelle : quand il agit dans l’énergie du moment.



Quelles sont les modifications qui ont été apportées par vous au script original du film ? En avez-vous changé certains aspects ?

Oui, car je voulais en être pleinement satisfait avant de le faire lire à Eddie. Le script original était conçu comme une comédie romantique entre le vaisseau Dave et cette femme qu’il rencontre sur terre, et qui tombe peu à peu amoureuse de lui. Quand on m’a soumis le projet, j’ai pensé qu’il gagnerait à être modifié un peu pour s’adresser au public familial. Nous avons donné un fils à cette femme, ce qui nous a permis de développer une relation intéressante entre cet enfant dont le père est parti, et le vaisseau Dave, qui devient son ami et une figure paternelle. Il y a toujours un peu de romance autour de Dave dans l’histoire, mais ce n’est plus le moteur principal du script, et nous pensons que cela fonctionne nettement mieux comme ça.

Quelles parties de la préparation puis du tournage ont-elles été les plus complexes ?

La conception du décor du poste de commande du vaisseau, qui représente l’intérieur de la tête de Dave, a été assez complexe à mettre au point. Le décor final était énorme et remarquablement bien construit. Il fallait que l’on sente bien le rapport d’échelle entre l’extérieur du vaisseau Dave, et notamment sa tête, et les minuscules extraterrestres qui le pilotent. Notre directeur artistique Clay A. Griffith a fait un travail fantastique. L’autre partie du film qui a été complexe à filmer, c’est la scène où le capitaine du vaisseau – également joué par Eddie Murphy – et son second officier – joué par la ravissante Gabrielle Union – sont éjectés du vaisseau à la suite d’une mutinerie. Ils tombent sur un trottoir de Times Square et doivent essayer de survivre en évitant de se faire écraser par les piétons ou par les voitures. Le vaisseau Dave s’éloigne en marchant, et ces deux être minuscules doivent courir pour le rattraper et essayer de remonter à bord. C’était techniquement très difficile à tourner, mais cela en valait la peine, car le résultat final est très amusant.

Quelle est la raison pour laquelle l’équipage se mutine ?

Le commandant en second considère que le capitaine ne suit plus la mission qui lui a été confiée. Il pense qu’il passe trop de temps à s’occuper du garçon et de sa mère, et il décide de se débarrasser du capitaine et de prendre sa place.

Comment avez-vous travaillé avec Eddie sur les deux personnages qu’il incarne dans le film, le “vaisseau Dave” et le capitaine du vaisseau ?

Nous nous sommes beaucoup amusés à définir la gestuelle étrange du vaisseau. Eddie avait imaginé toutes sortes de mouvements bizarres pour montrer qu’il s’agit d’un robot. Il a aussi eu l’idée de ne jamais cligner des yeux quand il joue le vaisseau. Il écarquille les yeux, et son regard devient vague, perdu dans le vide, ce qui marche très bien. En ce qui concerne le capitaine, nous l’avons représenté comme un homme efficace et très professionnel, qui veut toujours aller de l’avant. Sa personnalité se rapproche de celle du capitaine Kirk de Star Trek.

Eddie Murphy a-t’il voulu imiter un peu les attitudes de William Shatner dans ce rôle ?

Non, je ne crois pas qu’il soit allé jusque là, mais disons qu’il a gardé cette référence en tête pour imaginer l’attitude du capitaine lorsqu’il est confronté à certains évènements. Il ne s’avoue jamais vaincu !

Jusqu’à quel point avez-vous improvisé beaucoup pendant le tournage ?

Nous sommes restés fidèles aux scènes du script, mais disons que nous avons toujours essayé de les améliorer. A la fin de chaque scène, Eddie lance toujours une plaisanterie qui ne figurait pas dans les dialogues originaux. Sans vouloir vous dévoiler le gag, il a notamment trouvé une réplique très drôle dans une scène où apparaît une petite brute qui embête l’enfant dont s’occupe le vaisseau Dave. Il s’agit d’un de ces petits voyous comme il y en a dans toutes les classes du monde, qui prend un malin plaisir à choisir un gamin comme tête de turc et à le martyriser pour se mettre en valeur. Ce serait trop long de vous raconter le contexte qui aboutit à la réplique qu’à trouvé Eddie, mais elle marche très bien dans le film. Le public éclate de rire en l’entendant.

Quelles ont été les scènes de comédie les plus difficiles à tourner ?

Le capitaine et son équipière se disputent pendant qu’ils se trouvent dans les rues de New York et manquent de se faire écraser à chaque instant. Elle est jalouse de l’intérêt qu’il porte à la femme qui a recueilli le vaisseau Dave, comme s’il y avait une possibilité que quoi que ce soit se passe entre le minuscule capitaine et la gigantesque humaine !

Vous avez utilisé de nombreux effets spéciaux dans le film. Comment avez-vous préparé ces séquences ?

J’avais préparé des storyboards assez détaillés, et une fois que j’en ai été satisfait, ils ont été transposés sous la forme d’animatiques 3D. Cette préparation a été très utile, car je voulais que l’on réussisse toujours à établir un rapport d’échelle entre les minuscules extraterrestres et le monde humain qui les entoure. Le truc qui fonctionne le mieux, c’est de placer toujours à côté d’eux un objet qui rappelle l’échelle du monde de la terre. Quand ils se trouvent dans le poste de contrôle du vaisseau, les écrans vidéo géants ont la forme et la taille des yeux du robot, qui est fabriqué à l’échelle humaine. Et bien sûr, quand ils se retrouvent dans la rue, tous les objets jetés par terre - les canettes de coca-cola, les prospectus, les mégots de cigarette, les tickets de métro usagés – nous permettent de rappeler constamment l’échelle des personnages aux spectateurs. Il y a aussi un gag que j’aime bien qui illustre cette démarche : à un moment, on croit que le capitaine et sa compagne vont être écrasés par la roue d’une voiture, mais en fait, ils sont tellement petits qu’ils se faufilent par un heureux hasard dans les sillons du pneu, et s’en sortent sains et saufs !

Vous n’avez pas utilisé d’accessoires agrandis pendant le tournage…

Non, en effet. C’était plus pratique de filmer les environnements réels puis d’y incruster les acteurs filmés sur fond vert.

Quels sont les moments du film que vous préférez, en tant que réalisateur ?

Il y en a beaucoup. Je trouve que la relation entre Eddie et le gamin fonctionne très bien. Ces scènes sont charmantes et émouvantes. Et je trouve que l’histoire d’amour entre le capitaine et sa coéquipière est vraiment l’un des moteurs du film. Elle est vraiment très drôle quand elle devient jalouse de cette gigantesque terrienne. Il y a notamment une scène où l’on voit le vaisseau Dave jeter adroitement une balle de baseball et marquer un point. La terrienne est tellement contente qu’elle donne une tape amicale sur la nuque de Dave, et ce qui suit est l’un des moments les plus drôles du film. Mais je ne le gâcherai pas en vous le racontant ! (rires)

Quels sont les meilleurs souvenirs que vous en gardez ?

C’est vraiment fantastique d’aller travailler tous les jours avec Eddie Murphy, et de le regarder déployer son talent comique. Nous étions tous conscients d’être des spectateurs extrêmement privilégiés.

Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de 1000 mots, que vous réalisez actuellement, d’après un scénario qui a été développé par Alain Chabat ?

Eddie joue le rôle d’un agent littéraire qui parle vite et qui est extrêmement bavard. C’est un type très superficiel. Il s’apprête à signer un contrat d’édition avec un gourou « new age », mais comme les choses se passent mal, le gourou lui lance une malédiction. Il lui envoie un arbre, et à chaque fois que Eddie dit un mot, une feuille tombe de l’arbre. Il y a mille feuilles qui restent sur l’arbre, et il mourra lorsque la dernière feuille tombera, à moins qu’il trouve un moyen de s’amender et de devenir quelqu’un de bien. Pendant les trente première pages du script, Eddie joue ce personnage hyperactif, dont la logorrhée est presque insupportable, et ensuite, il est forcé de se taire et de trouver des moyens de communiquer sans dire un mot. Cela donne à Eddie la possibilité de faire des pantomimes dans la veine de celles de Charlie Chaplin et Buster Keaton. Dans le troisième acte du film, les choses deviennent plus dramatiques et plus graves, car le personnage doit se préparer à mourir et prendre toutes les dispositions pour mettre ses affaires en ordre, comme on a coutume de le dire.

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