Avant-première : Iron Man
Article Cinéma du Jeudi 03 Avril 2008

Iron Man (littéralement “l’homme de fer”) est né en mars 1963 grâce à la collaboration de trois hommes : Stan Lee et son frère cadet Larry Lieber ont écrit ensemble cette première aventure, intitulée Iron Man is born, tandis que Don Heck en signait les dessins élégants et particulièrement dynamiques. Le prolifique Stan Lee n’en était pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà inventé les 4 Fantastiques en 1961, Spider-Man, Thor et Hulk en 1962, et allait imaginer les X-Men en septembre 1963, puis Daredevil en 1964 !
Par Pascal Pinteau

Lorsque la lourde silhouette grise d’Iron Man apparut sur la couverture du magazine Tales of Suspense, les fidèles lecteurs de Marvel accueillirent avec enthousiasme ce héros à l’étrange et alors massive carapace de métal. En France, ce n’est qu’en 1970 que le personnage est apparu, dans la revue Strange publiée par les éditions Lug.

Un playboy au coeur fragile

Comme la plupart des récits de Stan Lee, les aventures d’Iron Man sont inspirées des faits marquants de leur époque. Ici, tout débute pendant la guerre du Vietnam. Anthony Stark est un riche industriel qui développe et fabrique des armes pour le compte du gouvernement américain. En dépit de son allure de playboy nonchalant et de ses penchants pour les fêtes et les conquêtes féminines, Stark est un savant de haut niveau, capable de mettre au point des inventions révolutionnaires. Il se rend au Vietnam pour y faire la démonstration de sa dernière trouvaille, des transistors capables d’accentuer un millier de fois l’intensité des champs magnétiques. Alors qu’il est escorté par une patrouille équipée des mortiers miniatures qu’il a mis au point, Tony Stark tombe dans une embuscade. Il tente de fuir, mais déclenche accidentellement l’explosion d’une mine. Lorsqu’il reprend connaissance, Stark découvre qu’il a été fait prisonnier par le cruel Wong-chu, chef de la guérilla locale. Pire encore, il apprend que les fragments métalliques de la mine se sont logés près de son cœur, et s’en rapprochent de plus en plus, au rythme de ses pulsations cardiaques. Le médecin du camp ne lui donne pas plus d’une semaine à vivre. Mais Wong-chu a bien l’intention de mettre les dernières heures du prisonnier à profit. Connaissant la réputation de Stark, il le séquestre dans un hangar rempli de pièces de métal et de matériel électronique de rebut, et lui ordonne de construire la plus fantastique des armes. L’américain accepte, mais il a déjà une idée derrière la tête...



Un compte a rebours mortel

Au lieu d’un outil de destruction, c’est un appareil de survie que Tony Stark va concevoir à partir du bric-à-brac qui l’entoure. Mais ses forces déclinent. Par chance, Wong-chu lui donne un compagnon d’infortune : le professeur Yinsen, un homme âgé qui s’oppose aux agissements des troupes communistes. Stark, qui connaît bien le travail de Yinsen pour avoir lu ses ouvrages, lui dévoile son plan: créer une armure électronique qui évoque un homme de fer. Munie d’articulations obéissant à de servomécanismes, elle sera capable de faire battre son cœur lorsque celui-ci sera atteint par les éclats métalliques. Yinsen et Stark collaborent étroitement et réussissent à construire l’armure avec les moyens du bord, en travaillant jour et nuit, jusqu’aux limites de leurs forces. Lorsque tout est fini, Tony Stark revêt l’armure et sombre dans l’inconscience. Le professeur Yinsen active le générateur de l’invention espérant que les hommes de Wong-chu ne surgiront pas avant que l’armure soit prête à fonctionner. Hélas, il est trop tard ! Alors que des pas résonnent dans le couloir, le vieil homme décide de créer une diversion en faisant mine de s’enfuir. Stark s’éveille en entendant les tirs de mitraillettes et les cris d’agonie de son ami. Il se redresse et, grâce aux jets d’air sous haute pression qui jaillissent de ses bottes, il peut voler et se dissimuler dans un recoin de la toiture du hangar. Lorsque Wong-chu arrive, il découvre un endroit vide et croit que Stark s’est évadé. Mais quelques minutes plus tard, alors que le tyran s’amuse à lutter contre un prisonnier affaibli par la faim, c’est un Iron Man en pleine possession de ses moyens qui surgit devant lui, détruit le camp de prisonniers et fait exploser le dépôt de munitions, causant ainsi la mort du tortionnaire.

Au cours de ses aventures suivantes, on découvre que Tony Stark porte sous ses vêtements une version plus fine du plastron de métal qui fait battre son cœur. Il se déplace avec une mallette dans laquelle se trouve le reste des nouveaux éléments de son armure. Contrairement au premier prototype, lourd et peu maniable, cette version est composée d’un métal capable d’être comprimé et aplati. Mais une simple impulsion des fameux transistors de Stark suffit à lui redonner sa forme et sa solidité d’origine. Stark est alors prêt à se transformer en Iron Man et à agir en tant que justicier... tant que ses batteries sont pleines. S’il oublie de les recharger à temps, il devient incapable de se défendre et risque de mourir d’un arrêt du coeur. Après avoir affronté plusieurs méchants hauts en couleurs, Stark se rend compte que sa carapace est encore bien trop lourde.

L’évolution du personnage

Il décide de l’alléger de manière drastique pour prolonger son autonomie énergétique. La fameuse armure rouge et or est révélée dans le numéro de décembre 1963 de Tales of suspense, au cours d’une aventure écrite par Stan Lee et dessinée par Steve Dikto (co-créateur de Spider-Man) et Dick Ayers. Elle est composée de parties encore plus fines et plus flexibles, qui se déploient grâce à une “traction magnétique”, et recouvrent instantanément les bras et les jambes de Stark. C’est en février 1964 que Iron Man combat pour la première fois celui qui deviendra son ennemi juré : le Mandarin, un génie scientifique dont l’influence maléfique s’exerce dans divers pays orientaux. Les anneaux qu’il porte à chacun de ses doigts contiennent des armes redoutables dont notre héros ne tardera pas à découvrir la puissance. Il réussira à vaincre momentanément le Mandarin, mais celui-ci, gravement offensé par cette défaite, n’aura de cesse de prendre sa revanche au cours des années suivantes. Les deux prodiges de la science s’affronteront souvent, mais Iron Man ne tardera pas à rencontrer un ennemi bien pire encore: lui-même...

Descente aux enfers

Après avoir résolu ses problèmes de santé grâce à l’implantation d’un cœur artificiel, Tony Stark traverse une période de doute. Fervent patriote, il se rend compte que les armes qu’il conçoit pour le gouvernement américain peuvent être employées à mauvais escient et tuer des civils innocents. Cette prise de conscience du personnage illustre une fois de plus son époque : au début des années 70, l’opinion publique américaine commence à réaliser que la guerre du Vietnam ne pourra pas être gagnée. Elle découvre la réalité crue des combats grâce au travail des grands reporters de la télévision: les images des villageois brûlés par les bombardements au napalm choquent terriblement. L’Amérique compte ses soldats morts ou mutilés par dizaines de milliers. Déprimé par cette période sombre, et par son rôle de fournisseur d’armes, Stark noie ses remords dans l’alcool. C’est le début d’une longue déchéance, à l’issue de laquelle le milliardaire devient incapable d’utiliser son armure. Il la cède à son collaborateur et ami Jim Rhode, qui le remplacera pour lui laisser le temps de se reprendre...



Le meilleur de la saga

Le film de Jon Favreau (Elfe, Zathura) reprend les principaux évènements que nous venons d’évoquer, en les transposant dans le contexte actuel de la présence des troupes américaines en Afghanistan. C’est là-bas que Stark est victime de l’attaque surprise qui le contraint à fabriquer son lourd prototype d’armure, à l’aspect très proche de celle de la bande dessinée de 1963. Mais Favreau et Marvel ont choisi d’ajouter à l’intrigue quelques personnages plus récents, afin de contenter plusieurs générations de lecteurs des aventures d’Iron Man. Soucieux de plaire aussi aux cinéphiles, Favreau les a séduits d’emblée en annonçant un casting particulièrement judicieux : le talentueux Robert Downey Jr, choisi pour incarner Tony Stark, a mené lui aussi une existence de playboy et connu une véritable descente au enfers à l’époque où son addiction à la drogue et ses rechutes répétées l’ont conduit en prison.

Terrence Howard joue son ami James Rhodes (qui porte l’armure de War Machine dans la BD), Gwyneth Paltrow incarne sa secrétaire dévouée, la séduisante Virginia “Pepper” Potts, tandis que Jeff Bridges, chauve et barbu, est le redoutable Obadiah Stane, prêt à tout pour s’emparer des entreprises Stark. Samuel Jackson devrait quant à lui apparaître brièvement dans le rôle de Nick Fury, l’agent secret borgne, chef de l’organisation S.H.I.E.L.D. ! Le méchant principal du film est l’incontournable Mandarin, dont l’aspect s’avère très différent de celui qu’il avait dans la BD des années 60. Iron Man est aussi un enjeu important, car il s’agit de la première production de cinéma entièrement financée par Marvel Studios, pour un budget annoncé de 75 millions de dollars. Jusqu’à présent, la nouvelle filiale audiovisuelle des éditions Marvel s’était contentée de produire des téléfilms d’animation («The Avengers», «The Invincible Iron Man»et «Doctor Strange») distribués directement en dvd. Grâce aux royalties perçues sur les recettes des films produits par Sony-Columbia ()Spider-Man) et )Ghost Rider), Universal ()Hulk)) et Fox ()X-Men, Daredevil), et )Les 4 Fantastiques)), le trésor de guerre de Marvel a considérablement fructifié depuis la sortie de )Blade) (Steven Norrington, 1998) et surtout de )X-Men) (Bryan Singer, 2000), premier long métrage à gros budget tiré des comics maison. Désormais, les Marvel Studios produiront seuls les nouvelles adaptations de leurs personnages, passant simplement des accords de distributions avec d’autres compagnies. Parmi leurs projets figurent les aventures du dieu nordique Thor, de Sub-Mariner alias le prince Namor, souverain des océans, de Captain America (que Marvel vient pourtant de faire mourir dans une récente BD !) et du justicier noir Luke Cage. Les décors d’Iron Man ont été construits dans le dôme de Long Beach où l’on pouvait jadis admirer l’hydravion géant du milliardaire Howard Hughes, le fameux “Spruce Goose” qui ne vola que quelques instants en 1947. Fait amusant, Hughes est précisément la personnalité dont Stan Lee s’est inspiré pour créer Tony Stark !

Des trucages en tout genre

Depuis que l’avion a été transporté en Oregon, le dôme d’aluminium a été réaménagé pour devenir le plus grand plateau de tournage au monde. C’est dans ce lieu insolite qu’ont été tournées les scènes où l’on voit Stark captif des terroristes afghans, ainsi que celles qui se déroulent dans leur repaire aménagé dans les tunnels d’une mine. Mêmes les décors des bureaux des entreprises Stark étaient ont été construits là. Les séquences sensées se dérouler dans les plaines afghanes ont été filmées en extérieurs, dans le désert californien. On y voit un Tony Stark arrogant et sûr de lui s’adresser aux militaires américains en leur disant : “Je vais avoir le plaisir de vous montrer la puissance de nos nouveaux missiles, dotés d’un système de propulsion révolutionnaire. On dit quelquefois que la meilleure arme est celle que l’on n’a jamais à utiliser. Avec tout le respect que je vous dois, permettez-moi de dire que ce n’est pas mon avis. Selon moi, la meilleure arme est celle que l’on n’a à utiliser qu’une seule fois. C’est comme ça qu’on règle les problèmes, en Amérique”. Robert Downey Jr, très à l’aise dans ces scènes, y campe un millionnaire à l’ego surdimensionné, qui n’a pas l’habitude de s’entendre dire non. Son interprétation très amusante devrait ravir les spectateurs. A l’issue des dernières prises de vues, tournées le 25 mai 2007, dans le cadre du célèbre hôtel-casino Caesars Palace de Las Vegas, Jon Favreau s’est immédiatement attelé au long travail de post-production du film, qui compte énormément d’effets spéciaux. Refusant de recourir systématiquement aux images de synthèse, Favreau a souhaité filmer la plus grande partie des trucages en direct, devant ses caméras, comme il l’avait déjà fait pendant le tournage de Zathura. Ravi du travail accompli par le studio de Stan Winston sur le robot et les extraterrestres de cette aventure de Science-Fiction, Favreau lui a confié la fabrication de l’élément le plus important du film: le costume de métal d’Iron Man.



Une armure high-tech

Conçue conjointement par plusieurs illustrateurs-designers, dont Adi Granov et Phil Saunders, et par l’équipe artistique de Winston, l’armure d’Iron Man est une réussite totale. Habile synthèse de l’évolution du design du personnage au cours des 45 dernières années, elle a satisfait d’emblée tous les fans de la BD, ce qui n’est pas un mince exploit ! “Nous voulions obtenir un résultat réaliste et fidèle à la bande dessinée, et lui permettre de prendre vie”, déclare Stan Winston. “Il s’agissait plus d’un défi artistique que d’un problème technique. Nous nous sommes demandés quelle serait l’allure de cet incroyable costume s’il existait dans le monde réel. Une fois que nous avons trouvé la bonne approche artistique, nous avons résolu les problèmes techniques un par un. Nous aurions été incapables de faire ce que nous avons fait pour Iron Man il y a quinze ans, car nous ne disposions pas encore des technologies appropriées”. Stan Winston et son équipe sont parvenus à fabriquer un costume au design très abouti et aux finitions parfaites grâce à l’utilisation depuis quelques années de la conception assistée par ordinateur (C.A.O.), et des machines qui leur permettent d’utiliser ces modélisations pour façonner automatiquement différents matériaux. Les pièces obtenues ainsi sont parfaites.

Nous ne pouvions pas obtenir un tel résultat à l’époque du premier Terminator”, poursuit-il, “parce que ses éléments mécaniques étaient réalisés de manière artisanale et quelquefois même sculptés à la main. Le Terminator original n’était pas une machine parfaite, loin de là ! Si vous le comparez à la Terminatrix du troisième épisode, qui avait été conçue et fabriquée grâce à la C.A.O., les différences de rendu sont très nettes. Iron Man a bénéficié des mêmes techniques issues de l’industrie, et nous sommes très fiers du résultat”. La version finale de l’armure est composée d’éléments réalisés en fibres de verre, en métal et en plastique. Robert Downey Jr a tenu à la porter lui-même dans la plupart des scènes du film, décision qu’il n’a pas tardé à regretter lorsqu’il s’est retrouvé enfermé dans cette carapace, sous le soleil brûlant de Californie! Les cascades plus complexes, qui exigent que l’on suspende Iron Man à des câbles pour le faire voler, ont été tournées avec des doublures. L’une des séquences d’action principales du film est un combat qui oppose Iron Man à Iron Monger, un colossal exosquelette mécanique développé par Obadiah Stane. L’armure d’Iron Monger a été réalisée grandeur nature – environ 4 mètres de hauteur – par l’équipe de Stan Winston.

Pendant ce choc de titans, qui se déroule en pleine rue et se poursuit sur une portion d’autoroute, Iron Monger se saisit des voitures qui passent et les utilise comme des projectiles pour écraser son adversaire ! Des voitures “allégées” (privées de leurs moteurs et de toutes les pièces non visibles de l’extérieur) ont été suspendues à des câbles reliés à des grues pour tourner cet affrontement spectaculaire en direct. Mais les effets réalisés “en live” ont leurs limites. Si l’armure mise au point par Winston a permis de tourner de nombreuses scènes, un tel costume entrave toujours un peu la gestuelle d’un acteur. Certaines actions nécessitant une plus grande fluidité des mouvements, comme l’envol du superhéros ou des acrobaties complexes, ont été réalisées en employant le double 3D d’Iron Man, conçu par Industrial Light and Magic.

ILM a la rescousse

Indiscernable du costume “réel”, le clone d’Iron Man est animé de manière très dynamique dans les scènes de combats et de vol. On le voit distancer des avions à réaction, et produire un bang supersonique en dépassant allégrement la vitesse du son ! Des images particulièrement alléchantes, qui n’ont qu’un seul défaut : nous faire regretter de devoir attendre avril 2008 pour découvrir le film de Jon Favreau !

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