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Dans les coulisses de l'Édition Spéciale de L'Empire contre-attaque – 3ème partie
Article Cinéma du Lundi 01 Janvier 2018

Par Pierre-Eric Salard

A l'aide de l'ordinateur

Au final, seul une poignée de plans de la Cité des Nuages ont été intégralement générés en 3D, dont l'arrivée du Faucon Millenium (avec l'ajout de vaisseaux et de mines de gaz flottantes dans le ciel) et une balade virtuelle au sein de la cité se terminant devant le bâtiment (modifié pour correspondre au décor intérieur) abritant les quartiers de Leia. Là encore, la ville fut modélisée sous Alias et les textures furent traitées par Renderman. « Animer la modèle numérique du Faucon Millenium au sein de la Cité conçue en 3D s'est avéré très simple », précise le superviseur des images de synthèse Tom Hutchinson. « Cela revenait à faire bouger un disque (rires). Le vaisseau n'interagit pas vraiment avec son environnement. Il fallait simplement ajouter la lumière de son réacteur ». La modélisation informatique des véhicules de la Cité des Nuages a été très pointilleuse. « Nous avons souvent reproduit les textures des maquettes originales sur les modèles 3D », précise le superviseur des effets visuels Dave Carson. « Nous avons ensuite ajouté un grain afin que l'image de synthèse s'intègre parfaitement dans l'image originale. Heureusement, ces véhicules sont brillants et très colorés, ce que les ordinateurs apprécient (rires) ». Lorsque George Lucas décida d'ajouter dans certains plans les mines de gaz flottantes dessinées par Ralph McQuarrie en 1979, Dave Carson en a modélisé une réplique numérique afin de pouvoir inclure un léger mouvement de rotation. Il a ensuite fallu équilibrer l'éclairage de ce modèle afin qu'il s'intègre parfaitement au sein des nuages. « On peut dorénavant voir le Faucon Millenium évoluer devant de magnifiques levers de soleil », s'enthousiasme Dennis Murren. La Cité des Nuages a également bénéficié d'un ravalement intérieur. Alors que les couloirs du film original étaient d'un blanc immaculé et propres à la claustrophobie, de nouvelles ouvertures permettent d'admirer le superbe panorama qui entoure la cité, à l'instar de ce qu'imaginait Ralph McQuarrie dans ses recherches artistiques. Certains couloirs ont été transformés en balcons. Les images de synthèse ont été mises à profit pour créer ces vues, ainsi que de nombreux éléments de décors (dont un ascenseur). Deux nouveaux plans permettent également de découvrir la réaction des citoyens lorsque Lando Calrissian donne son ordre d'évacuation. Des prises de vues réelles de figurants ont ainsi été incrustées dans une peinture digitale d'une place piétonnière. George Lucas a également souhaité ajouter une poignée de plans montrant Dark Vador quittant la Cité des Nuages pour rejoindre son Super Star Destroyer en orbite. Un acteur a repris le costume du Seigneur des Sith le temps d'un plan dont les décors ont été conçus en 3D. De nouveaux plans spatiaux nécessitent l'utilisation d'une reproduction numérique de la navette impériale, alors que la planète Bespin et le croiseur de Vador sont des éléments graphiques tirés de la première version du film. Enfin, lorsque l'ancien Jedi débarque dans le hangar de son imposant vaisseau, il s'agit tout simplement de brefs plans coupés du Retour du Jedi !

Une œuvre inachevée

L'Édition Spéciale de l'Empire contre-attaque subit de nouvelles modifications en 2004, à l'occasion de la sortie de la trilogie en DVD. George Lucas étant un perfectionniste dans l'âme, ces retouches visaient à assurer une continuité, tant visuelle que narrative, entre ce film et la prélogie. La séquence de l'échange holographique entre Dark Vador et l'Empereur Palpatine fut ainsi recréée. En effet, en 1980, l'acteur Ian McDarmid n'avait pas encore été engagé pour incarner le vil Empereur (un rôle qu'il jouera dans Le Retour du Jedi et l'intégralité de la prélogie). Dans l'édition originale de l'Empire contre-attaque, Clive Revell prêtait sa voix à un trucage optique mêlant le visage d'une femme grimée aux yeux d'un chimpanzé ! En 2004, Ian McDiarmid retrouve donc son repoussant maquillage de La Revanche des Sith (qu'il venait de tourner) et (re)joue la première apparition de l'Empereur dans l'ancienne trilogie, tout en déclarant de nouveaux dialogues. Une autre retouche « invisible » concerne les insignes des officiers impériaux. Rappelons qu'à l'origine, la passerelle du Super Star Destroyer de Dark Vador ne devait apparaître que dans un nombre réduit de scènes. Les décorateurs ne construisirent donc qu'une poignée de décors. Or des plans d'ensemble de la passerelle s'avérèrent nécessaires ! On filma donc la moitié droite du décor, puis la pellicule fut inversée de droite à gauche pour simuler l'autre moitié ! Le décor devient bel et bien symétrique... mais les décorations des officiers impériaux se retrouvent également du mauvais côté de leurs poitrines ! Un quart de siècle plus tard, cet erreur de raccord fut enfin corrigé grâce à la magie numérique. Notons également qu'en 1997, comme en 2004, les sabre-lasers et autres rayons ont été modifiés par Pacific Title Digital (ou ILM sur les plans que le studio de George Lucas devait traiter) afin d'établir une cohérence visuelle sur l'ensemble de la saga. Mais les fans les plus pointilleux espèrent encore à l'heure actuelle que les lumineuses lames des sabre-lasers seront de nouveau corrigées pour la prochaine édition Blu-ray de la saga, prévue pour septembre... Au final, le budget consacré à l'Édition Spéciale s’est élevé à près de dix millions de dollars. Mais le succès inattendu de cette ressortie permit de financer la prélogie, tout en testant les nouvelles technologies utilisées pour créer l'univers du jeune Anakin Skywalker ! Le réalisateur de L'Empire contre-attaque, feu Irvin Kershner, n'apprécie pourtant pas vraiment les derniers épisodes en date. « Si les trucages sont extraordinaires, l'intrigue et le jeu des acteurs auraient pu être meilleurs » avouait-il avant sa disparition. « Mais si les enfants aiment ces films, tant mieux ! » Quant aux critiques adressées à l'encontre de l'Édition Spéciale, Tom Kennedy a le dernier mot. « Ce n'est pas comme si nous avions introduit de nouveaux éléments créatifs. C'est le metteur en scène qui révise lui-même son film, afin de l'améliorer ! » Le peintre du cinéma George Lucas redonnera-t-il, un jour, un coup de pinceau sur son œuvre ? Le doute est plus que permis : en 2012, il a confié son bébé aux studios Disney...

Ce dossier fut réalisé à l'aide d'ouvrages que nous ne cesseront de conseiller aux plus curieux : les Making of publiés en France par les éditions Akileos, Naissance d'une galaxie de Lorne Peterson (Akileos), les deux volumes de Star Wars Storyboards par Huginn & Muninn, Star Wars Chronicles, Le cinéma de George Lucas (La Martinière), Effets Spéciaux : 2 siècles d'histoires (Bragelonne), The Art of Empire Strikes Back, ainsi que les revues SFX, Cinefex, Star Wars Insider et Lucasfilm Magazine (auquel le rédacteur en chef vient de consacrer un livre : Les années Lucasfilm Magazine (Hors collection).

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