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Dans les coulisses de L'Empire contre-attaque – L'Édition Spéciale de George Lucas
Article Cinéma du Mercredi 27 Decembre 2017

Après avoir découvert la création des trucages du cinquième épisode de la saga Star Wars, penchons-nous à présent sur son Édition Spéciale. Si ce ravalement de façade n'a pas forcément plu aux puristes, il a inauguré une nouvelle ère en matière d'effets visuels numériques et de retouches d'images. Retour dans cette galaxie lointaine, très lointaine...

Par Pierre-Eric Salard

La richesse du travail effectué en 1980 par les équipes d'Industrial Light & Magic sur L'Empire contre-attaque a été saluée par un Oscar et un Saturn Award des Meilleurs effets spéciaux. George Lucas ne s'est pourtant pas endormi sur ses lauriers. « Les films furent de biens plus grands succès que je ne l'espérais », explique le réalisateur. « Or cela ne me rendit pas pour autant satisfait du résultat ! J'ai dû faire des compromis afin de respecter le planning et le budget. Ma frustration venait également de la technologie, qui à l'époque ne permettait pas de réaliser les séquences à effets spéciaux que j'avais en tête ». Le budget alloué à la trilogie s'est effectivement avéré exponentiel : de 10,5 millions de dollars en 1977, pour La guerre des étoiles, il est passé à 32 millions pour Le retour du Jedi, en 1983 ! D'autre part, si les effets spéciaux étaient alors à la pointe de le technologie, George Lucas n'avait pas pu concrétiser sa vision d'origine. Les limites des trucages traditionnels étaient désormais atteintes. Ce qui explique pourquoi le cinéaste a attendu quinze ans avant de s'attaquer à la seconde trilogie Star Wars! Pour donner vie aux univers fantastiques dont il rêvait, il fallait attendre que la technologie numérique, alors balbutiante, atteigne sa maturité. Mais les années 1980 ont vu l'essor d'Industrial Light & Magic (ILM), qui devint rapidement le plus grand et talentueux studio d'effets spéciaux d'Hollywood. Un succès qui fut d'ailleurs récompensé par de nombreux Oscars! Si George Lucas vendit à Steve Jobs, en 1986, le Lucasfilm Graphics Group (qui devint Pixar), ILM fit ses premières expérimentations numériques grâce à Star Trek 2, Le Secret de la Pyramide, Willow ou encore Abyss. A l'orée de la décennie suivante, le T1000 de Terminator 2 : le jugement dernier et les dinosaures de Jurassic Park enfoncèrent le clou. Parallèlement, George Lucas décida de réduire les coûts de ces trucages révolutionnaires en produisant en 1992 la série Les Aventures du Jeune Indiana Jones, qui fut un véritable laboratoire cinématographique. Les artistes d'ILM essayèrent toutes les possibilités offertes par les ordinateurs : grâce à la définition réduite de la télévision, les trucages pouvaient être conçus plus rapidement. La série fut un véritable terrain d'essai ; des décors furent prolongés par ordinateur en quelques heures, des figurants multipliés par centaines... Autant de techniques plus efficaces et moins onéreuses que leurs ancêtres ! La qualité de ces effets spéciaux numériques expérimentaux, créés à moindre coût, incitèrent George Lucas à se lancer enfin dans la production de la prélogie Star Wars. Mais une dernière étape sépare les aventures du jeune Henry Jones de celles d'Anakin Skywalker. En effet, l'intérêt croissant pour la conservation des films classiques, au cours des années 1990, a généré une nouvelle mode: les éditions spéciales présentant des films restaurés pour correspondre aux visions originelles de leurs créateurs. En 1995, Lucasfilm créé l’événement en annonçant la ressortie de Star Wars Episode 4 : Un Nouvel Espoir pour les vingt ans du film, deux ans plus tard. Outre l'exploitation en salles, cette décision poursuit d'autres objectifs : récolter le financement nécessaire à la production des films suivants, relancer la célèbre franchise auprès des jeunes générations et vendre les nouveaux produits dérivés, mais aussi peaufiner la maîtrise des effets numériques dans une sorte de répétition générale ! Et l'expérience acquise par ILM sur Les Aventures du jeune Indiana Jones fut fort utile...

Une minutieuse restauration

Au départ, le projet consistait simplement à ressortir les films tels qu'ils avaient été découverts au cinéma, quinze à vingt ans plus tôt. Mais Lucasfilm, la société de production de George Lucas, découvrit rapidement que le négatif original du film se trouvait dans un état lamentable. La couleur s'était détériorée de 10 à 15%, et une quantité inhabituelle de poussière s'était accumulée, provoquant des trous et des éraflures. Suite au succès inattendu du premier film, en 1977, de multiples tirages de copies supplémentaires avaient abîmé la pellicule. Et l'un des quatre types de pellicules utilisés lors du tournage s’était considérablement altéré avec le temps. Ces dégradations étant indignes de la commémoration d'un classique du cinéma, la restauration intégrale des négatifs originaux fut décidée. Si les dégâts étaient moins importants sur les négatifs des deux autres volets de la trilogie, ce travail s'étala sur trois années. George Lucas avait heureusement conservé tout ce qui se rapportait à la création de son film, dont les imprimés en technicolor (enregistrement non photochimique de couleurs qui ne peut pas s'affadir avec le temps), ce qui permit de refaire le timing des couleurs pour qu'il corresponde à l'original. Les incrustations furent également reconstituées. Cette restauration a nécessité la collaboration de YCM Labs pour le timing des couleurs, Pacific Titles, 20th Century Fox, des monteurs du Skywalker Ranch et des membres d'ILM ! A l'aide d’éponges et de bains chimiques, une trentaine de personnes nettoyèrent méticuleusement les négatifs, image par image. Il a également fallu rassembler tous les éléments des films dans leurs conditions initiales, tel que George Lucas l'avait réalisé. « Cette restauration était ce qu'il y avait de plus important car elle est la raison initiale de cette ressortie », avoue Rick McCallum, le producteur de l'Édition Spéciale. « Nous avons pu améliorer la qualité et le consistance de chaque optique. Il fallait restaurer la qualité originale du film et la préserver pour toujours... tout au moins jusqu'à ce que George Lucas décide de faire de nouvelles modifications (rires) ! » Une décision que George Lucas aura pris très rapidement. « Au départ, c'était juste un projet de restauration », précise le producteur. « Mais nous avons réalisé que nous pourrions changer les détails qui ont toujours tracassé George. Nous avons saisi cette opportunité pour réaliser de nouveaux effets numériques et insérer des plans auxquels George avait dû renoncer à l’époque, en raisons des contraintes matérielles. ILM avait entre-temps consacré beaucoup de temps et d'argent pour que tout cela soit possible. Depuis Jurassic Park, le studio n'avait jamais autant progressé. Mais la plus grande difficulté de ce projet a été la restauration en elle-même. Cela a été la partie la plus laborieuse de tout le processus ! »

Respecter l'original

Si George Lucas souhaite initialement réintégrer au sein de l'Épisode 4 une scène coupée introduisant l'infâme Jabba, il finit par retoucher de nombreuses autres scènes du film. Parallèlement, il demande au superviseur des effets visuels Dennis Murren de visionner le film afin d'établir une liste des plans à refaire. « Grâce aux nouvelles technologies, je pouvais reprendre mon travail initial et compléter cette première trilogie telle que je l'avais imaginée », s'enthousiasme le réalisateur. « Nous sommes arrivés à un niveau technologique qui me permet de rendre les films plus proche de ce que j'avais l'intention de faire au début. Il n'y a rien de plus frustrant que de travailler avec une palette limitée. On pourrait dire que pour la trilogie, j'ai travaillé sur une palette en noir et blanc, et que j'ai désormais la possibilité de rajouter beaucoup de couleurs ». Pour les artistes d'ILM, ce projet s'apparente à un voyage dans le temps : il faut absolument que leurs retouches s'insèrent de manière invisible dans le métrage d'origine. Les nouveaux effets numériques doivent ainsi restituer l'esthétique d'un univers conçu à l'aide de trucages traditionnels ! Parallèlement à la restauration des négatifs, l'équipe d'ILM, supervisée par le producteur des effets visuels Tom Kennedy, a finalement pu accomplir ce que George Lucas espérait depuis une vingtaine d'année.« J'ai commencé à travaillé sur cette réédition dès 1994 », explique Tom Kennedy. « Mon travail consistait à identifier ce que nous pouvions faire, en combien de temps, et à quel prix. Le travail sur les deux volets suivants n'a commencé qu'une fois bouclé Un Nouvel Espoir ». En effet, début 1996, George Lucas s'avère tellement satisfait des résultats obtenus qu'il décide d'appliquer la même traitement aux films suivants. « Les deux autres opus n'avaient pas subis les restrictions qu'avaient affronté le premier film, avec des scènes qui avaient dû être enlevées parce que nous étions pressés par le temps », déclare George Lucas. « Le premier Star Wars, lui, a tout juste pu sortir au cinéma ! Mais il y a des scènes qui méritaient d'être refaites à mon goût... » Si les retouches effectuées sur l'Empire contre-attaque paraissent moins spectaculaires, elles n'en sont pas moins nombreuses. « Même si les changements apportés au premier film sont les plus visibles, les deux autres films ont eux-aussi subi un traitement très poussé », précise Tom Kennedy. « En fin de compte, il y a eu autant de plans refaits sur L'Empire contre-attaque que sur Un Nouvel Espoir, mais ils sont tellement discrets que le public n'en remarque qu'une faible partie ». Les modifications sont effectivement plus subtiles ; aucune scène n'a été réintégrée, même si quelques plans ont été ajoutés. Mais si ce film fut le moins retouché de la trilogie, peut-être est-ce dû à son excellence d'origine ?

Ce dossier fut réalisé à l'aide d'ouvrages que nous ne cesseront de conseiller aux plus curieux : les Making of publiés en France par les éditions Akileos, Naissance d'une galaxie de Lorne Peterson (Akileos), les deux volumes de Star Wars Storyboards par Huginn & Muninn, Star Wars Chronicles, Le cinéma de George Lucas (La Martinière), Effets Spéciaux : 2 siècles d'histoires (Bragelonne), The Art of Empire Strikes Back, ainsi que les revues SFX, Cinefex, Star Wars Insider et Lucasfilm Magazine (auquel le rédacteur en chef vient de consacrer un livre : Les années Lucasfilm Magazine (Hors collection).

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