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Horizon 2020 : l’emploi du temps des superhéros
Article Cinéma du Mercredi 15 Fevrier 2017

Tous les studios – et plus particulièrement The Walt Disney Company, Warner Bros et 20th Century Fox – préparznt des dizaines de films consacrés aux superhéros, levons le voile sur ce que les spectateurs découvriront d’ici la fin de la décennie…

Par Pierre-Eric Salard

Le phénoménal succès obtenu par la formule mise au point par les studios Marvel, qui appartiennent au groupe Disney, a évidemment incité les concurrents à marcher dans leurs pas. Le grand public a réservé un accueil enthousiaste à l’univers cohérent entamé en 2008 avec Iron Man et L’Incroyable Hulk. Nous allons donc évoquer en particulier les trois univers cinématographiques dont l’essor est exponentiel : celui des Marvel Studios, bien sûr, mais également ceux de Warner/DC et de la Fox (lui-même tiré de licences issues Marvel Comics, dont les X-Men). Près d’une dizaine de superproductions, par an, s’apprêtent ainsi à prendre d’assaut les salles obscures. Dotés de budgets plus que confortables et d’investissements promotionnels hors-norme, ces longs-métrages sont voués à triompher au box-office international, à abattre des records et à conquérir de nouveaux marchés (dont la Chine, nouvel eldorado pour les majors hollywoodiennes, comme l’a récemment prouvé le relatif succès de WarCraft). Si les amateurs de comics et autres passionnés d’aventures super-héroïques ne peuvent que se réjouir de cette offre pléthorique, ce système repose sur un équilibre précaire. Il suffirait qu’une poignée de ces productions aux coûts pharaoniques ne fonctionnent pas en salle pour que les responsables des studios fassent machine arrière. Steven Spielberg ne disait pas autre chose à l’occasion de la promotion de son Pont des espions, en septembre 2015 : «Nous en étions là quand le genre western est mort. Un jour viendra où les films de superhéros prendront le même chemin que le western. Bien entendu, en ce moment, ces films sont en pleine forme. Je dis juste que ces cycles ont une durée de vie limitée dans la culture populaire. Un jour, les histoires mythologiques seront racontées à travers un autre genre, et peut-être qu’un jeune réalisateur est déjà en train d’y réfléchir». Ces déclarations alarmistes firent logiquement grand bruit. Les résultats en demi-teinte de Batman v Superman : L’Aube de la Justice (872 millions de dollars de recettes pour un budget annoncé de 250 millions et une promotion dont le coût s’est élevé à 165 millions au minimum) et X-Men Apocalypse (477 millions de recettes pour un budget de 178 millions), au premier semestre 2016, alimentèrent d’ailleurs le débat. Dans les coulisses, les studios réagirent ; ainsi DC Films obtint deux nouvelles têtes pensantes, en mai dernier. Mais ne soyons pas des oiseaux de mauvais augure : à l’heure actuelle, comme le dit si bien le réalisateur des Aventuriers de l’Arche perdue, les films de superhéros sont en pleine forme. Ne boudons pas notre plaisir, et découvrons ce que nous réserve Hollywood à moyen terme. À commencer par les productions issues des studios Warner Bros/DC Films, qui ont élargi cette année leur univers cinématographique cohérent, avec Batman v Superman et Suicide Squad, trois années après la sortie de l’opus fondateur : Man of Steel.

En route vers l’Atlantide

Comme nous l’avons vu dans les pages précédentes, l’univers DC va poursuivre son essor en 2017 grâce à la sortie de Wonder Woman, durant l’été, puis de la première partie de Justice League, à l’automne. The Flash devait originellement ouvrir l’année 2018, mais le projet a perdu successivement deux réalisateurs : Seth Grahame-Smith (Abraham Lincoln : Chasseur de vampires) et Rick Famuyiwa (Dope) . Le tournage, prévu pour janvier 2017, a été repoussé vers une date inconnue. L’automne 2018 sera consacré à un superhéros méconnu dans nos contrées, et souvent moqué par les lecteurs de comics ou dans la culture populaire : Aquaman. Créé par Paul Norris et Mort Weisinger en 1941, Aquaman – alias Arthur Curry — n’avait pas encore eu les honneurs d’une déclinaison cinématographique (il est cependant apparu dans de nombreux dessins animés, ainsi que dans la série «Smallville»). Bien avant la sorte de cette première aventure solo, son nouvel interprète, Jason Momoa («Game of Thrones»), a cependant été entraperçu dans Batman vs Superman. Son rôle sera évidemment étoffé dans le film Justice League. Notons qu’il fut d’ailleurs l’un des membres fondateurs de cette équipe de superhéros (aux côtés de Superman, Batman, Wonder Woman, The Flash, Green Lantern et Martian Manhunter), dont la formation fut racontée dans un comic book paru en 1960. Malgré sa puissance herculéenne et ses pouvoirs télépathiques, le roi de l’Atlantide souffre d’une mauvaise réputation, en comparaison avec ses collègues de la Justice League. De nombreuses parodies ont raillé son image ou ses pouvoirs, dont de truculents sketches de la série «Robot Chicken». Les personnages de «The Big Bang Theory» l’ont aussi ridiculisé. Il faut dire que son apparition dans le dessin animé «Le Plein de super» («Super Friends»), produit par Hanna-Barbera entre 1973 et 1986, n’a pas laissé une bonne impression dans l’imaginaire collectif. Aquaman y chevauchait notamment un hippocampe géant ! Or chacun sait que les superhéros – et leurs superpouvoirs — évoluent avec les époques et les modes. En trois décennies, DC a transformé le seigneur de l’Atlantide en un puissant gladiateur, capable d’introspection. Et qui utilise ses pouvoirs télépathiques pour contrôles la faune marine, plutôt que pour converser avec elle… Le long-métrage – envisagé par Warner Bros depuis plus d’une douzaine d’années — devrait ainsi achever la réhabilitation du personnage. À l’été 2014, le studio annonce que deux scénaristes, Will Beall (Gangster Squad) et Kurt Johnstad (300), sont mis en concurrence pour l’écriture du scénario. Dès le mois d’octobre, le rôle principal est offert au musculeux Jason Momoa. Il faut attendre juin 2015 pour que James Wan rejoigne le projet en tant que réalisateur. Suite à l’accueil dithyrambique réservé à ses précédents films (Saw, The Conjuring, Fast and Furious 7), le jeune homme se voit même offrir le choix entre les adaptations de The Flash et Aquaman. Mais la relative impopularité du second, qui n’a en outre jamais bénéficié de ses propres séries TV, attire James Wan, qui se lance ainsi un véritable défi. Concernant le script, dont une nouvelle version a été écrite par David Leslie Johnson (Le Colère des Titans, The Conjuring 2) suite à la sélection de l’ébauche proposée par Kurt Johnstad, nous savons simplement que l’intrigue se déroulera après la première partie de Justice League. Le film ne devrait donc pas être consacré aux origines du personnage (sauf sous forme d’hypothétiques flash-back). Le plus difficile reste à faire, puisqu’une partie de l’histoire pourrait se dérouler sous les mers ! Nous saurons si James Wan a réussi son pari et à transformer Aquaman en superhéros populaire, à l’été 2018. Quelques mois plus tard, les spectateurs pourront découvrir un nouveau personnage issu de l’écurie DC : Shazam. Autrefois connu sous le nom de Captain Marvel (à ne pas confondre avec la Captain Marvel des studios éponymes), Shazam a été créé en 1940, pour la maison d’édition Fawcett Publications, par Bill Parker et C.C. Beck en tant que miroir parfait de Superman : il dispose d’ailleurs, peu ou prou, des mêmes superpouvoirs : voler dans les airs, puissance phénoménale, vitesse surhumaine, etc. DC Comics récupère les droits de ce personnage en 1972, soit deux décennies après avoir intenté un procès à cause de la trop grande ressemblance entre Shazam et Superman. Marvel Comics ayant entre-temps lancé son propre Captain Marvel, DC comics cessera d’utiliser ce nom, même si ce superhéros fut extrêmement populaire dans les années 1940. Ainsi Shazam devint l’une des têtes d’affiche de l’univers DC. Faisant partie des personnages les plus puissants des comics DC, il s’est vu confier ses pouvoirs par un sorcier qui lutte contre les forces du mal depuis l’époque de l’Égypte antique. Et il lui suffit de prononcer « Shazam » pour les obtenir. En français, ce mot est l’acronyme de Salomon (la sagesse), Hercule (la force), Atlas (l’endurance), Zeus (la puissance), Achille (le courage) et Mercure (la vitesse).

L’homme qui valait trois milliards

Si les studios Warner évoquent une adaptation de Shazam depuis le début des années 2000, il faut attendre la mise en place d’un univers cinématographique cohérent pour que le projet obtienne un feu vert. L’écriture du scénario est ainsi confiée en 2014 à Darren Lemke (Jack le chasseur de géants). Au mois d’août de la même année, Dwayne «the Rock» Johnson (Le Roi scorpion, San Andreas) annonce sa participation. Il pourrait jouer le principal adversaire de Shazam, une sorte de double maléfique doté de pouvoirs similaires : Black Adam. L’emploi du conditionnel n’est pas un hasard : entre-temps, Black Adam a obtenu son propre film solo. Il ne deviendrait donc pas forcément l’adversaire de shazam dans le film éponyme… En juin 2016, une nouvelle version du script de Shazam était en cours d’écriture. Le producteur Hiram Gracia précise que même si l’intrigue disposera de véritables enjeux, le film sera amusant. «Nous avons un personnage qui est un adolescent. Il se retrouve soudainement dans le corps d’un adulte, et voit son plus grand souhait se réaliser. Tous les lecteurs des comics, tout le monde peut s’identifier. Et si vous vous réveilliez avec la possibilité de réaliser vos rêves…» L’interprète de Shazam n’a cependant pas encore été déniché. «Nous avons plusieurs noms en têtes, mais rien n’est confirmé», ajoute le producteur. «À l’heure actuelle, notre priorité est d’obtenir la bonne histoire». La sortie de Shazam est pour l’instant prévue pour le 5 avril 2019 aux États-Unis ; le tournage ne devrait donc pas débuter avant le second semestre 2017, voire début 2018. À l’été 2019, les spectateurs pourront découvrir en salle la seconde partie de Justice League, réalisée par Zack Snyder, et qui s’annonce invariablement spectaculaire. A moins que la sortie de ce film soit repoussée : les studios Warner pourraient proposer The Batman à la place de Justice League 2. En avril 2020 – déjà ! —, Cyborg obtiendra son propre long-métrage. Nous aurons d’ici là l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce personnage entraperçu dans Batman v Superman (sous les traits de Ray Fisher), puisqu’il rejoindra la Justice League en fin d’année. Créé en 1980 par Marv Wolfman et George Pérez, Cyborg a longtemps fait partie de l’équipe des «Teen Titans». Depuis le reboot de l’univers DC comics, en 2011, il est devenu un membre fondateur de la Justice League. Comme son nom l’indique, Cyborg, alias Victor Stone, dispose de nombreuses prothèses – qui lui sauvèrent la vie suite à un accident — qui lui offrent des capacités surhumaines (et à la pointe de la technologie). Il est ainsi devenu extrêmement endurant, résistant aux attaques physiques, rapide, etc. Quelques mois plus tard, durant l’été 2020, DC Films et Warner Bros devraient proposer Green Lantern Corps. Rappelons que la désastreuse version sortie en 2011 avait enterré un premier projet d’univers cinématographique cohérent (relancé deux ans plus tard grâce à Man of Steel). Bien avant le succès de Deadpool, Ryan Reynolds y incarnait Hal Jordan, l’un des rares terriens ayant eu l’honneur de rejoindre le corps des Green Lantern dans les comics. Le premier d’entre eux, Alan Scott, est apparu pour la première fois en 1940. Un anneau magique lui permettait de lutter contre la criminalité new-yorkaise. À la fin des années 1950, ce superhéros fut réinventé et devint membre d’une agence de police interstellaire. De nombreux extraterrestres sont ainsi des Green Lantern, et la Justice League a souvent pu compter sur la présence de l’un ou l’autre des représentants terriens de cette organisation. L’anneau vert confère de nombreux pouvoirs, dont la possibilité de voler, matérialiser des objets à volonté, ou encore respirer dans l’espace. Comme son titre l’indique, Green Lantern Corps pourrait inviter plusieurs «porteurs de l’anneau», dont Hal Jordan, au sein de l’univers cinématographique DC. Un ou plusieurs Green Lantern pourraient être introduits à l’occasion du second opus consacré à Justice League. Après tout, si le puissant extraterrestre Darkseid s’avérait être la principale menace de ce diptyque, l’aide d’un membre d’une force de police cosmique serait logique et la bienvenue ! Notons que certaines rumeurs évoquent l’intérêt de George Miller pour ce projet – qui, rappelons-le, devait originellement réaliser une précédente version de Justice League…

De la suite dans les idées

Si les responsables de Warner Bros ont validé les productions précédemment citées, d’autres projets d’adaptation – une dizaine, selon un cadre du studio — sont évidemment envisagés. Deux films, prévus pour octobre 2018 et novembre 2019, n’ont ainsi pas encore été présentés. Excepté pour les films déjà filmés ou en cours de tournage (Wonder Woman, Justice League 1), toutes les dates de sorties des longs-métrages prévus peuvent à tout moment être décalées pour laisser le champ libre à un projet prioritaire. À commencer, par exemple, par de nouvelles aventures solos consacrées à Batman et Superman. The Batman semble être le projet le plus avancé. Ben Affleck, le nouvel interprète du justicier de Gotham City, a d’ores et déjà écrit le script, en compagnie d’un scénariste vedette de DC Comics (et nouveau grand manitou de DC Films), Geoff Johns. Si nous savons que l’histoire ne racontera pas les origines de cette version de Batman, elle pourrait éclairer de nombreuses zones d’ombre de son passé – dont ses relations avec le Joker (Jared Leto). Tout en s’inspirant d’éléments emblématiques des comics, le script ne sera pas, selon Ben Affleck, une adaptation littérale. Les fans peuvent donc s’attendre à quelques surprises. Auréolé par sa récente gloire (Argo), le cinéaste ne souhaitait pas de contenter d’incarner le personnage principal et de cosigner le scénario ; il désirait également réaliser ce qui s’annonçait comme un film très personnel. Peine perdue : en février 2017, Ben Affleck annonce ne pas pouvoir tout faire de front : Matt Reeves (Cloverfield) prend ainsi le relais derrière l’objectif des caméras. Un second Man of Steel pourrait être produit d’ici 2020, à condition de «trouver une bonne histoire», selon Zack Snyder. Le réalisateur sera toutefois occupé pour de nombreuses années par Justice League. Les probabilités sont plus fortes pour Suicide Squad 2. Margot Robbie, l’interprète d’Harley Quinn dans le même film, souhaite également produire un long-métrage consacré aux femmes de l’univers DC (dont Batgirl, Poison Ivy et Harley Quinn). Avec le soutien de DC Films et Warner Bros, elle a commandé un script intitulé Birds of Prey. Là encore, le destin du projet repose sur le montant des recettes qu’obtiendra Suicide Squad au box-office international. Greg Berlanti, cocréateur des séries issues des comics DC («The Flash», «Arrow»…) qui ne s’inscrivent pas dans l’univers cinématographique, pourrait produire, voire réaliser une adaptation de Booster Gold. Zack Stentz (Thor, X-Men : Le commencement) est actuellement chargé d’écrire le scénario de ce qui pourrait être une comédie d’aventure. Créé en 1986 par Dan Jurgens, Booster Gold s’empare, dans un avenir lointain, de gadgets futuristes. Grâce à une machine à voyager dans le temps, il utilise ces engins du futur pour devenir un superhéros de l’époque contemporaine. Mais Booster Gold n’est pas un personnage humble, et les membres de la Justice League risquent d’avoir de grandes difficultés à le prendre au sérieux. Lobo, un antihéros populaire créé en 1983 par Roger Slifer et Keith Giffen, pourrait un jour rejoindre l’univers cinématographique DC. Dès 2009, Guy Ritchie envisageait de réaliser une adaptation des aventures de ce mercenaire extraterrestre. Avant de rejoindre Shazam, Dwayne Johnson se montra intéressé pour jouer Lobo dans une nouvelle itération du projet. Aux dernières nouvelles, Jason Fuchs (Wonder Woman) a signé en début d’année pour écrire un nouveau script. Rappelons enfin que Guillermo del Toro a souhaité, de 2013 à 2015, réaliser une adaptation de Justice League Dark, un comic book initié en 2011. Cette Ligue des ténèbres rassemble des protagonistes plus habitués aux phénomènes surnaturels, dont John Constantine (joué par Keanu Reeves dans le long-métrage de 2005), Zatanna, Deadman et Swamp Thing. Leur ennemi fut L’Enchanteresse (qui apparaît cette année dans Suicide Squad). Ce film, qui tenait à cœur – parmi tant d’autres – au cinéaste mexicain, aurait dû s’inscrire dans l’univers DC. Un scénario, terminé fin 2014, ne semble pas avoir convaincu les responsables de Warner Bros, puisque Guillermo del Toro abandonna officiellement ce projet en juin 2015. Le studio semble miser sur la patience et tester la popularité de ce concept à l’aide d’un long-métrage d’animation. Ce film n’aura évidemment aucun rapport avec l’univers cinématographique DC. Pas davantage que la comédie LEGO Batman, le film, qui vient de sortir en France. Ce film dérivé de La Grande aventure LEGO nous invite à retrouver un Bruce Wayne bien plus amusant que celui que nous avons (re) découvert sous les traits de Ben Affleck ! Soit un bel hommage parodique à l’un des super-héros les plus célèbres de la planète…

La suite de ce dossier sera publiée très prochainement. Bookmark and Share


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