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KONG : SKULL ISLAND, entretien exclusif avec le réalisateur Jordan Vogt-Roberts. 1ère partie
Article Cinéma du Vendredi 03 Mars 2017

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

C’est avec un premier épisode fort réussi, le GODZILLA réalisé par Gareth Edwards en 2014, que Legacy Pictures et Warner avaient entamé la construction de leur « Monsterverse », autrement dit leur univers de monstres géants adapté des productions japonaises de la Toho, qui connurent un grand succès à partir du Godzilla original de 1959 et devinrent culte dans les années 60. En attendant son prochain combat contre le dragon nippon, prévu pour 2020, c’est un King Kong qui a presque déjà la taille d’un Kaiju que nous découvrons dans KONG : SKULL ISLAND. Les créateurs de ce film d’aventures réjouissant et très spectaculaire ont eu l’idée judicieuse de redonner au souverain de l’île du Crâne l’aspect qu’il avait dans le chef d’œuvre de 1933. Aujourd’hui, Kong reprend vie non seulement avec son look culte, mais grâce aux animations et aux effets 3D époustouflants d’ILM.

ESI s’est entretenu avec le réalisateur du film, Jordan Vogt-Roberts, qui a débuté sa carrière en créant des films et séries humoristiques comme KINGS OF SUMMER (2013) et SINGLE DADS (2009), avant de séduire les dirigeants de Legacy en leur proposant une approche insolite de ce reboot façon Kaiju de KING KONG, puisque l’action se déroule en 1973, à la fin de la guerre du Vietnam.

Entretien avec Jordan Vogt-Roberts

Êtes-vous un grand fan des films de Kaijus et de la saga GODZILLA ? Est-ce que certaines des productions de la Toho ont été des sources d’inspirations majeures pour ce projet ?


J’ai grandi en me nourrissant de cinéma de genre, à une époque où les films fantastiques et de science-fiction étaient assez rarement diffusés à la télévision. Donc quand un film de monstres était programmé, c’était un événement important et très spécial dont on se délectait. J’ai dévoré tous les genres cinématographiques, mais effectivement, j’aimais les grands films de monstres comme King Kong, les films de Godzilla… Je me souviens aussi que j’allais lire en bibliothèque les livres consacrés aux effets spéciaux et aux créateurs de monstres, et que c’est ainsi que j’ai découvert tout un « catalogue » de films anciens que je n’avais encore jamais vus, comme les créations de Ray Harryhausen. Je me souviens qu’un jour, mon père est revenu à la maison avec une maquette déjà assemblée de King Kong qui devait mesurer une bonne trentaine de centimètres et qu’il avait dénichée dans une brocante. Il me l’a offerte et ce King Kong a trôné ensuite dans ma chambre. Toute l’iconographie de ces créatures vues dans des livres a eu un grand impact sur moi, car n’ayant pas pu voir ces films, je fantasmais sur ce qui pouvait se passer dans ces films de monstres géants !

Vous avez souvent travaillé sur des projets de comédie dans votre carrière. En tant que réalisateur, avez-vous utilisé votre expérience de la précision du timing des effets comiques pour la transposer dans le rythme des grandes scènes d’action de KONG : SKULL ISLAND ?

Comme je viens de la comédie, l’improvisation fait partie de mon processus de travail de réalisateur. Bien souvent, on considère que l’improvisation est plus particulièrement utile dans les comédies, mais ce n’est pas ma vision des choses. L’improvisation est aussi un outil de la vie de tous les jours, quand il faut se lancer et tenter de faire des choses que l’on a jamais faites. Elle vous apprend à échouer avec courage et panache ! (rires) Et dans le cinéma, elle peut s’appliquer à toutes les situations, qu’il s’agisse d’obtenir une interprétation plus naturelle et plus spontanée d’une scène dramatique, ou plus généralement, d’aborder le texte du script de manière assez souple pour que les acteurs puissent l’adapter à leur sensibilité personnelle. Et c’est très important dans un film où tous les comédiens doivent à un moment ou à un autre réagir de manière crédible lorsque leurs personnages respectifs se disent « Bon sang, il y a un singe géant juste devant moi ! » La pire des choses serait d’aborder ces instants-là de façon rigide. Compte tenu de ces situations, nous avons distillé un certain sens de l’humour délirant tout au long du film, et paradoxalement cela le rend plus réaliste. Quand un événement est incroyable, complètement fou, les gens réagissent souvent avec de l’humour parce que c’est un réflexe salvateur, un mécanisme de défense. Nous avons essayé de trouver un bon équilibre entre cet humour et les grandes scènes d’action pure, où nos héros se retrouvent en danger. Et même dans ces moments-là, comme j’ai eu la chance de travailler avec une troupe d’acteurs formidables, nous avons essayé d’ajouter ensemble des petites ponctuations amusantes quand cela nous semblait naturel et intéressant. L’autre bénédiction du film a été de travailler avec les équipes des effets visuels d’ILM. On pourrait croire que le processus de création des trucages est assez rigide et sec, mais en fait, nous avons eu beaucoup de latitude pour modifier, adapter ou improviser les moments des grandes scènes d’action avec les créatures. Il m’est souvent arrivé de voir un moment d’animation avec Kong, et de dire aux animateurs « Oh ce qui se passe là est génial, et vous savez ce que nous pourrions faire juste ensuite ? » puis de reprendre avec eux le reste de la scène afin d’améliorer son rythme et sa fluidité. C’était presque comme si j’avais un acteur de chair et d’os devant moi, avec lequel je pouvais peaufiner l’approche du personnage. Mais bien évidemment, on ne pouvait pas faire cela tout le temps. C’est difficile de trouver le bon équilibre entre les choses qui sont préparées longtemps à l’avance et la spontanéité, lorsque l’on réalise un film qui est une machine aussi énorme.

Quand vous avez lu pour la première fois le script initial de KONG : SKULL ISLAND, quelles sont les choses que vous avez décidé d’ajouter, de changer ou de couper ?

Quand j’ai lu la première version du script, l’action se déroulait en 1917. Il y avait des idées très sympathiques et intéressantes dans cette approche de Legendary, mais je dois dire que cette vision-là ne me semblait pas être une base suffisante pour créer un film qui tienne vraiment la route. Après avoir lu ce scénario-là, je me suis pas dit « Oh, il faut que je voie ce film à tout prix. »

Est-ce que ce récit initialement située en 1917 sous-entendait que le film était une préquelle du film original de 1933 ?

Non, cela ne signifiait pas nécessairement cela. Je crois que l’idée était tout simplement de situer l’action dans un passé assez lointain. Mais en fin de compte, ce contexte était trop proche de l’atmosphère de l’original de 1933. Cela m’a donc incité à revenir vers Legendary avec un pitch plutôt fou, qui a consisté à leur dire « Et si nous situions l’action en 1973, en nous référant à l’imagerie cinématographique des films consacrés à la guerre du Vietnam ? » De nombreux thèmes majeurs de cette époque trouvent un écho frappant dans les évènements auxquels nous sommes confrontés actuellement. Très franchement, je m’attendais à ce que ma proposition les fasse éclater de rire et que je sois immédiatement expulsé de la salle de réunion, mais leur réaction a été très positive, ce qui en dit long sur l’ouverture d’esprit de Legendary. Ils m’ont répondu «C’est une idée vraiment intéressante, voyons ce que nous pourrions en faire ensemble. » Entre cette première version du script que j’avais lue et ce que le film est devenu par la suite, c’est pratiquement le jour et la nuit. Il y a énormément de nouveaux personnages et de nouvelles situations.

La suite de notre colossal dossier KONG : SKULL ISLAND paraîtra bientôt sur ESI ! Bookmark and Share


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