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[Exclusif ESI] SEULS : Entretien avec David Moreau, réalisateur et co-scénariste – 2ème partie
Article Cinéma du Vendredi 31 Mars 2017

Propos recueillis par Pascal Pinteau

Suite de notre entretien avec David Moreau, réalisateur et co-scénariste

Pouvez-vous nous parler du casting des jeunes comédiens, et de ce qui a été déterminant dans l’attribution des rôles principaux ?

J’ai co-écrit l’adaptation de la BD avec Guillaume Moulin qui est aussi notre directeur de casting. Cela m’a permis de m’imprégner de ce qu’est un gamin de 13 ans et de la façon dont des ados peuvent jouer pendant les deux ans de travail sur le script et sur le casting. Dans la BD, les héros sont un peu plus jeunes et ont un rapport plus enfantin au danger. Je les ai vieillis parce que je voulais qu’ils soient plus conscients des risques que ne le sont des enfants. Cela correspondait mieux a mon traitement plus réaliste et plus sombre de l’histoire. Du coup, le héros le plus jeune qui n’a que 6 ans dans la BD en a 11 dans le film. Ce n’est pas énorme, mais cela change sa perception de ce qui l’entoure. En ce qui concerne le choix des acteurs, je les ai sélectionnés à la fois parce qu’ils ressemblaient physiquement aux personnages et parce que leurs caractères leur correspondaient. En choisissant des ados proches de leurs modèles au naturel, cela laissait plus de place pour le jeu et l’approche ludique du tournage. Après j’ai rencontré Sofia Lesaffre qui joue Leila, le personnage principal, et son audition a été si réussie que j’ai vu que sa générosité allait tout emporter. Je crois que c’est une grande actrice. En ce qui concerne le personnage d’Yvan, j’ai passé deux ans à le chercher et puis j’ai rencontré Paul Scarfiglio deux semaines avant le début du tournage, et dès la fin de son audition, je lui ai dit que je lui donnais le rôle. J’ai vu plus de mille ados en tout, mais ce processus a été passionnant.

Quelles ont été les plus grandes difficultés du projet ? Le choix et la description des paysages urbains vides ? Le travail avec les jeunes acteurs ?

Tout ! (rires) Je ne veux pas me plaindre car faire aboutir ce projet et tourner le film a été un bonheur, mais c’est vrai qu’il y avait de nombreux problèmes à résoudre en chemin. C’était un film de genre avec énormément de tournage de nuit, alors que selon les règlements de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales (DDASS) les enfants ne sont pas autorisés à tourner plus de cinq heures par jour, pas plus de deux heures le soir, et jamais le week-end. Or, il fallait que l’on vide des lieux pendant le week-end ou le soir ! Concilier tout cela a été un énorme casse-tête pour l’assistant-réalisateur et moi. Nous nous en sommes finalement sortis en reportant certaines scènes sur les acteurs les plus grands, afin d’avoir plus de latitude pour faire jouer les plus jeunes. Nous avons eu de la chance, l’appui des effets spéciaux pour effacer des passants et des voitures a été une aide énorme, et même si les enfants ont été très sollicités, ils ont tous été à la hauteur et se sont beaucoup amusés aussi.

Quelle a été votre approche des trucages numériques, et comment avez-vous investi le budget disponible pour obtenir l’impact visuel maximum ?

Le budget alloué aux effets étant assez serré, j’en ai parlé à mon chef opérateur Nicolas Loir. Il m’a présenté un studio d’effets spéciaux qui s’appelle Mathematic et qui intervient sur de nombreux spots publicitaires avec de gros effets depuis une dizaine d’années. Ce qui les amuse, ce ne sont pas les trucages « invisibles », mais les univers imaginaires spectaculaires. La publicité leur a permis d’aborder de nombreux environnements de ce genre. Comme les dirigeants du studio cherchaient à ouvrir ses activités au cinéma, une synergie s’est créée entre nos objectifs respectifs. Ils ont accepté de parier sur le film et de faire un travail exceptionnel en m’offrant beaucoup plus que ce que j’aurai pu obtenir d’un gros studio d’effets visuels qui n’avait pas besoin de ce projet pour se faire connaître dans le registre du cinéma. SEULS leur a plu et ils ont choisi le film autant que nous les avons choisis. Ils ont agi bien plus comme des partenaires impliqués que comme des prestataires. Nous avons trouvé ensemble de bonnes solutions, et les trucages portent efficacement l’histoire : c’est un bon équilibre visuel et narratif. En dehors des trucages d’effacement, les points importants étaient la création du brouillard brûlant, et de certains décors si bien simulés en 3D que vous ne pourrez pas vous rendre compte qu’ils ont été réalisés ainsi ! Même si nous avons pu trouver beaucoup de décors extérieurs réels dont nous nous sommes servis, certains environnements dont j’avais besoin nous manquaient. Nous les avons créés en combinant des parties de paysages réels ou de vrais décors intérieurs avec des éléments 3D. La 3D m’a vraiment permis d’obtenir la richesse visuelle dont j’avais besoin pour raconter cette histoire. Il y a 450 plans truqués en tout dans le film.

Sans révéler des points essentiels du récit, quelles sont les scènes qui ont été les plus complexes à préparer et à tourner ?

Avant que le monde normal ne disparaisse, on suit l’une des héroïnes dans un manège qui existe vraiment et qui s’appelle « l’Extrême ». Il est constitué de nacelles qui tournent dans tous les sens, et je voulais que l’on se trouve aux côtés de la jeune fille quand elle est dans le manège. Pour vous donner une idée de son impact, j’ai fait un tour dessus à 5% de sa vitesse, et malgré cela, j’ai failli avoir la nausée. (rires) Nous voulions accrocher la caméra à une nacelle, et pour parvenir à la fixer solidement et à supporter les accélérations du manège, nous avons fait fabriquer un dispositif spécial. Il a parfaitement fonctionné et m’a permis d’obtenir les images impressionnantes que je souhaitais. Comme nous avons tourné dans la foire du Trône, il y avait constamment des gens dans le cadre, même quand nous utilisions les silhouettes d’autres manèges pour cacher les allées. Il a donc fallu recourir à de nombreuses retouches numériques. Et il a fallu aussi réagir calmement quand un forain ivre a agressé notre régisseur ! (rires) En dehors de cela, il y a une séquence très importante dans laquelle nos héros sont poursuivis de nuit et sous une pluie battante par le méchant, le maître des couteaux. C’était une scène très éprouvante pour eux car il a fallu la tourner vraiment la nuit, sous une pluie artificielle, et par une température de quatre degrés. Nous avions bien sûr tout à disposition pour sécher nos jeunes acteurs et les réchauffer entre les prises, mais ils ont été formidables, et j’ai été ravi du résultat.

Voudriez-vous adapter d’autres albums de la BD, et transformer Seuls en franchise cinématographique ?

Absolument ! J’espère qu’il arrivera à séduire le public auquel il est destiné, et que cela nous aidera à tourner la suite en ayant un peu plus de moyens !

Qu’aimeriez-vous dire à nos lecteurs pour les inciter à venir découvrir SEULS en salles ?

Que c’est l’occasion de découvrir un univers fantastique qui s’assume pleinement comme étant français, et qui ne cherche pas à copier les formats américains. Il y a une bonne histoire, une ambiance mystérieuse, des surprises, et de jeunes acteurs très doués, de nouveaux visages qui donnent ainsi encore plus de crédibilité au récit. Et pour les amateurs de la BD originale, c’est aussi l’opportunité de revisiter cet univers d’une autre manière, sur le grand écran. Bookmark and Share


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