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[Star Wars] Dernières nouvelles de la galaxie lointaine : de la jeunesse de Han Solo aux derniers des Jedi
Article Cinéma du Vendredi 12 Mai 2017

Ce mois-ci, Star Wars fête son quarantième anniversaire. À cette occasion, nous vous proposons de revenir sur les nombreux films prévus par Lucasfilm à court terme. Car d’ici treize mois, nous découvrirons pas moins de deux longs-métrages issus de la franchise : le tant attendu Épisode VIII, en décembre prochain, suivi du film consacré à la jeunesse de Han Solo, en mai 2018. Retour en galaxie lointaine.

Pierre-Eric Salard



Contre toute attente (ou presque), Rogue One, le premier film qui s’émancipait de la saga des Skywalker, a rencontré un succès phénoménal. Ce qui n’était qu’un galop d’essai est devenu, avec un peu plus d’un milliard de dollars récoltés dans le monde (pour un budget de 200 millions), le plus grand succès cinématographique de la saison 2016. Le film, dont le montage a subi de profondes altérations quelques mois plus tôt, n’est pourtant pas exempt de défauts : le premier acte n’a pas convaincu tous les spectateurs, et il était difficile de s’attacher à des personnages que l’on a à peine eu le temps de connaître. Mais ce spin-off transpire d’amour pour la trilogie classique, sans pour autant prendre la forme de semi-remake, parfois décriée, du Réveil de la Force. Certains clins d’œil furent certes trop appuyés, mais Rogue One regorge d’hommages à la saga. On pense notamment à la reprise de plans, tournés pour Un Nouvel espoir (1977), où apparaissent certains pilotes de la bataille de l’étoile de la mort (qui se déroule, chronologiquement, dans les jours qui suivent la bataille de Scarif). Dans l’ensemble, Rogue One fut une bonne surprise. Qui appartient déjà au passé. Les regards se tournent désormais vers la suite des aventures de Rey, Finn et Poe. À début de l’été 2016, nous nous étions arrêtés sur la fin du tournage du film réalisé par Rian Johnson (Looper). Rappelons que les prises de vues se sont déroulées — de février à juillet 2016 — aux studios Pinewood, en Angleterre, ainsi qu’en Irlande et à Dubrovnik, en Croatie. Plusieurs séquences furent tournées à l’aide de caméras IMAX. Depuis lors, et pour une durée exceptionnelle de 17 mois, Rian Johnson supervise la postproduction de l’Épisode VIII (dont le titre de production fut Space Bear). Excepté Harrison Ford, tous les acteurs du précédent opus seront de retour. Ils ont été rejoints par Laura Dern (Jurassic Park) et Benicio del Toro (Les Gardiens de la galaxie), dont les personnages nous sont pour l’heure inconnus, et et Kelly Marie Tran, qui incarne la Résistante Rose. Sans oublier Jimmy Vee (Harry Potter), qui remplace le regretté Kenny Baker, décédé en août dernier. «Kenny était un acteur fantastique», se souvient Jimmy Vee. «Il m’a appris tous les “trucs” permettant de donner vie à R2-D2, que je vais continuer à jouer en son honneur». Les années aidant, l’heure est au passage de relais. Peter Mayhem incarne une ultime fois Chewbacca, en compagnie de Joonas Suotamo, alors que Han Solo et Lando Calrissian seront bientôt incarnés par de jeunes acteurs dans un spin-off. À moins d’une apparition-surprise (à l’instar de Jimmy Smits/Bail Organa dans Rogue One) dans le costume de Lando, Billy Dee Williams est aux abonnés absents. «S’ils désiraient que je joue ce vieil homme, j’en serais heureux», rappelait-il en 2016. Suite à la disparition, en décembre, de l’inoubliable Carrie Fisher (qui, comble de l’ironie, avait retrouvé sa jeunesse dans Rogue One grâce à la magie des images de synthèse), la Générale Leia Organa s’apprête à faire une ultime apparition. «On se souviendra d’elle exactement pour ce qu’elle était : l’un des esprits les plus brillants, irrévérencieux et lumineux», déclarait J.J. Abrams. «La connaître et travailler avec elle, surtout en tant que personnage, était surréaliste et merveilleux». Lucasfilm a depuis annoncé que Leia ne sera plus jamais «ressuscitée» par le biais du numérique. John Williams, lui, a commencé à enregistrer la bande originale dès le mois de décembre, afin que Rian Johnson puisse s’en servir pour le montage. Un privilège rare.

Une liberté d’action

L’Épisode VIII se trouve donc actuellement entre les mains des magiciens d’Industrial Light & Magic (ILM). Un épisode qui a toutefois obtenu un titre : Les Derniers Jedi (The Last Jedi). «Je n’avais pas réalisé que ces mots se trouvaient dans le texte d’introduction de l’Épisode VII», souffle Mark Hamill. Etrangement, le titre original est, pour Rian Johnson, au singulier. Comme le laissait supposer la dernière séquence du Réveil de la Force, la relation maître/apprentie de Luke et Rey semble être au cœur du long-métrage. À moins qu’ils ne soient réellement les ultimes Jedi de la galaxie lointaine ? Selon Rian Johnson, une partie du film sera consacrée aux raisons qui ont amené Luke à s’exiler. Rey, quant à elle, doit apprendre à gérer le fait qu’elle possède un don extrêmement puissant. «Elle fait un premier pas vers l’acceptation. Elle ne savait pas qu’elle avait ce pouvoir en elle, et elle commence à découvrir ce potentiel». Surtout que Rey semble apprivoiser la Force avec une rapidité et une aisance peu communes. Ce qui est certain, c’est que Les Derniers Jedi débute au moment où son prédécesseur se termine. «Je voulais savoir ce qui se passait juste après leur première rencontre», précise le réalisateur. Une proximité temporelle qui s’avère inédite au sein de la saga. Mais le ton du récit devrait être bien différent. «Si le premier film était une explosion d’aventures, cette suite creuse la personnalité des protagonistes», ajoute Rian Johnson, qui a préparé son équipe en leur montrant des classiques du cinéma, dont Un Homme de fer (1949), La Main au collet (1955) et Trois samouraïs hors-la-loi (1964). «Un Homme de fer fut une véritable pierre angulaire, pour l’atmosphère et la dynamique du combat aérien», explique le réalisateur. «Les personnages sont poussés dans une nouvelle direction, d’une manière vraiment cool», souligne John Boyega (Finn). Adam Driver indique, quant à lui, que le film va explorer l’humanité de Kylo Ren – qui n’aurait donc pas forcément totalement succombé au côté obscur. «Rian est un cinéaste incroyablement malin et fascinant», ajoute Kathleen Kennedy. «Ses mouvements de caméra me rappellent ceux de Steven Spielberg. Il a introduit de nouvelles idées, et c’est ce que je recherche. Je veux être surprise ! » Le réalisateur a d’ailleurs reçu carte blanche : «Kathy m’a fourni le script du Réveil de la Force, avant de me demander ce qui se passait ensuite ! C’était la dernière chose à laquelle je m’attendais». Malgré la démesure de la production, il a ainsi pu raconter «une histoire qui me tient à cœur avec une caméra et quelques acteurs. Et un wookie». Certains fans, eux, imaginaient que Rey pouvait être la fille de Luke. Selon un extrait du film dévoilé à un public restreint, ce ne serait pas le cas. À moins qu’il ne s’agisse d’une habile manière pour détourner l’attention ! Auquel cas nous n’avons plus qu’à attendre le 13 décembre pour connaître le fin mot de l’histoire. Ou presque, puisque la trilogie se conclura en mai 2019 sur un Épisode IX réalisé et co-écrit par Colin Trevorrow (Jurassic world). Le tournage débutera d’ici la fin de l’année, alors que celui du second film dérivé viendra tout juste de se conclure…



Pour l’amour d’un contrebandier

Les origines du long-métrage consacré à la jeunesse de Han Solo sont anciennes. Dès la fin des années 1970, George Lucas envisageait déjà le concept des «spin-off». L’ambition issue de sa jeunesse (le réalisateur n’avait que 33 ans lors de la sortie de ce qui deviendra bientôt l’Épisode IV) lui permet d’entrevoir de nombreuses alternatives, dont des films dérivés de son univers et consacrés aux wookies, aux droides ou aux Jedi. Il n’en sera finalement rien. La fatigue accumulée au cours de la production de la trilogie, couplée à un douloureux divorce, aura raison de son enthousiasme. Non seulement les fans devront attendre seize ans avant de découvrir La Menace fantôme, en 1999, mais seuls deux téléfilms seront produits au milieu des années 1980. Ces deux Aventures des Ewoks, La Caravane du courage et La Bataille pour Endor, seront toutefois exploitées au cinéma dans certains pays, dont la France. Mais le terme «ambitieux» ne peut décidément pas correspondre à ces piètres téléfilms dérivés de la saga. Idem pour le long-métrage d’animation The Clone Wars, exploité en 2008, remontage des premiers épisodes de la série. En passant le relais à Disney, en 2012, le cinéaste n’a pourtant pas enterré son idée. Il fournit non seulement un traitement pour une nouvelle trilogie (des propositions qui seront finalement écartées), mais aussi une base de travail pour des longs-métrages ne s’inscrivant pas dans la saga de Skywalker. «George Lucas a réellement eu l’idée de ces spin-off. Il était intrigué par la notion qu’il existait d’autres histoires à raconter au sein de cet univers», expliquait l’ancienne productrice attitrée de Steven Spielberg, Kathleen Kennedy, que George Lucas avait adoubé comme sa remplaçante peu avant de vendre Lucasfilm à Disney. L’univers-monde Star Wars devient ainsi un terrain de jeu. Et si les premiers spins off sont forcément rattachés, d’une manière ou d’une autre, à la saga, il est fort probable que, le succès aidant, nous découvrirons dans quelques années des histoires ne tournant pas autour des événements ou des personnages des précédents films. Pour tâter le terrain, Lucasfilm a logiquement préféré éviter les risques inutiles. Ainsi Rogue One est-il une préquelle immédiate à Un Nouvel Espoir, alors que le second long-métrage hors saga – une catégorie que l’on désigne sous le nom de A Star Wars Story — sera dédié à la jeunesse de l’un des plus célèbres personnages des films : Han Solo, ce vaurien de contrebandier.

La formation d’une nouvelle galaxie lointaine

En février 2013, le Président de Disney, Bob Iger, annonce ainsi le développement de spin-offs, auxquels les noms des scénaristes Lawrence Kasdan (L’Empire contre-attaque, Le Réveil de la Force) et Simon Kinberg (X-Men : Days of Future Past) sont accolés. Les premières rumeurs évoquèrent d’ailleurs le passé de plusieurs personnages iconiques, dont Han Solo, Yoda ou Boba Fett. Lawrence Kasdan est effectivement à l’œuvre… sur les aventures d’un jeune Han Solo ! «Pour moi, en 1983, c’était clairement la fin de mon aventure avec Star Wars», se souvient le scénariste. On lui doit notamment les films Les Copains d’abord (1983), Silverado (1985), Wyatt Earp (1995) et Dreamcatcher (2003), sans oublier les scripts des Aventuriers de l’Arche perdue (1981) et Bodyguard (1992). En octobre 2012, il reçoit un coup de téléphone de Kathleen Kennedy, qui lui annonce que de nouveaux Star Wars allaient être produits. Le duo en charge de Lucasfilm (un poste qu’ils partageront quelques mois, le temps de passer le relais) souhaite que Lawrence Kasdan s’occupe du scénario d’un des prochains films. George Lucas lui présente un certain nombre d’idées qu’il avait en tête. «George avait exploré de nombreuses directions, et pas seulement une nouvelle trilogie. Il y avait notamment des films dérivés. Je n’étais pas certain de vouloir faire quoi que ce soit, mais j’ai choisi le spin-off consacré à la jeunesse de Han solo. Qui est mon personnage favori». Son attachement pour le contrebandier précède même sa participation à L’Empire contre-attaque. «Dans le tout premier film, lorsqu’ils s’apprêtent à libérer Leia de sa cellule, Han a cette conversation avec des stormtroopers via un comlink. Ils le questionnent, et n’ayant plus de réponses à donner, Han détruit le comlink avant de déclarer : “Il manque de conversation ce type-là” (NDLR : en anglais : It was a boring conversation anyway). C’est probablement ma scène préférée du film. C’est Han». George Lucas lui explique qu’il ne participera pas à la production des nouveaux films. «J’en ai fini, je prends ma retraite. Kathy va reprendre la société». Peu après, Lawrence Kasdan est engagé. Pour l’écriture du film Han Solo, mais également en tant que consultant pour l’Épisode VII, au sein du Story Group de Lucasfilm. «À ce moment-là, George n’avait pas encore vendu sa société. Cela s’est passé environ deux semaines plus tard, et je n’en avais absolument pas entendu parler. Je ne suis même pas sûr que Kathy le savait ! Tout le monde fut extrêmement surpris».

Un univers-monde

L’implication tardive de Lawrence Kasdan sur la réécriture du script du Réveil de la Force, début 2014, provoquera toutefois un léger contretemps. «Je me suis retrouvé à écrire l’Épisode VII au lieu de me concentrer sur le film sur Han», précise-t-il. «Tout cela s’est déroulé très rapidement». Il faudra donc finalement attendre le printemps puis l’été 2015 pour découvrir les deux premiers sujets abordés : le vol des plans de l’Étoile noire et la jeunesse de Han Solo. Un délai rendu nécessaire par la refonte totale de l’univers Star Wars. Entre-temps, Lucasfilm décida effectivement de faire table rase du passé en expurgeant du canon l’ensemble des romans, comics et jeux vidéo faisant partie de qui était nommé l’univers étendu (ces récits, développés durant près d’un quart de siècle, sont désormais des «Légendes»). Parallèlement, un nouveau département fut mis en place au sein de Lucasfilm : le Story Group. Soit un comité veillant à la cohérence de l’univers-monde à travers les différents médias (films, jeux vidéo, romans, etc.), tout en prévoyant les histoires qui seront racontées. «L’objectif consistait à définir le rôle d’un groupe de développement au sein de Lucasfilm, car cela n’avait jamais été fait», précise sa fondatrice, Kiri Hart, qui est désormais vice-présidente du développement de la société. Les membres de cette équipe savent déjà ce qui sera raconté dans une demi-douzaine d’années, peu importe le médium ! De fin 2012 à 2015, alors que Lucasfilm s’adaptait pour préparer des projets audacieux (notamment dans le domaine de la réalité virtuelle), le Story Group s’attela à la préproduction des premiers «A Star Wars Story». Le premier projet validé fut Rogue One. En mai 2014, le tournage du Réveil de la Force débute à peine. Gareth Edwards (Monsters, Godzilla) obtient pourtant le poste de réalisateur du spin-off initial, ce qui lui permettra de superviser la préproduction durant plus d’une année. Un mois plus tard, Lucasfilm annonce que Josh Trank (Chronicle) réalisera le second film dérivé, prévu pour mai 2018. Soit près de quatre ans en avance !

Mais ce projet va se heurter à d’importantes difficultés de production, comme nous le verrons dans la prochaine partie de ce dossier…. Bookmark and Share


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