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L’univers étendu d’Alien : Quand le huitième passager s’incruste sur papier
Article Produits Dérivés du Lundi 03 Juillet 2017

Depuis plus d’un quart de siècle, la franchise Alien se permet régulièrement des écarts. Elle abandonne parfois les écrans pour s’épanouir, voire s’étendre sur les pages de nombreux comics et romans. Les longs-métrages ayant été produits à un rythme indolent, ces aventures ont permis de satisfaire, parfois, l’appétit des aficionados. Ou d’imaginer les rencontres les plus improbables. Retour sur un univers méconnu, mais qui prend une place de plus en plus large dans les rayons de nos librairies…

Par Pierre-Eric Salard

Dès 1979, Alien, le huitième passager obtient une adaptation en comics, publiée dans les pages du magazine Heavy Metal (pendant américain du périodique français Métal Hurlant) : Alien The Illustrated Story. Tirée du scénario de Dan O’Bannon, cette bande dessinée est l’œuvre de l’auteur de comics Archie Goodwin, qui a notamment travaillé sur Vampirella, Iron Man et les Quatre Fantastiques avant de co-créer plusieurs personnages de Marvel Comics, dont Luke Cage (qui possède depuis quelques mois sa propre série TV) et Spider-Woman. De 1978 à 1985, il participera également à la série de comics Star Wars éditée par Marvel comics. Les illustrations sont signées par Walt Simonson (Les Quatre fantastiques, Star Wars, X-Factor, Thor, Robocop vs Terminator). Publié en France depuis 2013 aux éditions Soleil, ce roman graphique de 64 pages est digne du talent de ces deux légendaires auteurs de comics. Cerise sur le gâteau : n’étant pas une adaptation littérale du film, mais bien du script, cet album permet de (re)découvrir un certain nombre de scènes coupées (certaines ont cependant été réintroduites dans le Director’s Cut, visible notamment dans les éditions Blu-ray). L’approche de certaines scènes du film est également différente, voire complémentaire à ce que nous montrait Ridley Scott en 1979. Notons enfin qu’Archie Goodwin (à titre posthume) et Walt Simonson obtinrent en 2013 le prestigieux prix Harvey du meilleur album non inédit pour leur travail sur cette adaptation. Aussi étrange que cela puisse paraître, la franchise disparut ensuite des rayons. Et ce, pour une décennie ! Alien, le huitième passager ne semblait pas être destiné à obtenir une suite. Ce film culte aurait pu n’obtenir aucune descendance, comme de nombreux autres. Pourtant, l’année 1986 est marquée par trois événements : l’arrêt de la publication des comics Star Wars par Marvel ; la sortie d’Aliens, le retour réalisé par James Cameron ; la création de la maison d’édition américaine Dark Horse Comics, par Mike Richardson. Nouveau sur la scène, Dark Horse va tenter de trouver sa place, entre Marvel et DC. Ainsi Mike Richardson va-t-il notamment opter pour l’obtention des droits d’adaptation de nombreux films (dont Robocop, The Thing, Terminator et La Planète des singes). Et avant même de s’attaquer à Star Wars, à partir de 1991, il décide de mettre en scène la suite des aventures d’Ellen Ripley, Hicks et Newt. Aliens, le retour les avait abandonnés en cryostase, à l’intérieur du vaisseau spatial Sulaco. La série de comics éponyme – Aliens – leur offrira un avenir (pas forcément radieux). Un futur qui sera forcément balayé, comme nous le savons, lors de la sortie d’Alien 3, en 1992. Le long-métrage de David Fincher débutant avec le réveil d’Ellen Ripley et la découverte des cadavres de Newt et Hicks, leurs aventures dessinées deviennent apocryphes (une problématique que contournera le jeu vidéo Colonial Marines, en 2013, grâce à une astuce scénaristique). Prenons donc le temps de revenir sur la cohérence de que nous nommerons «l’univers étendu» de la franchise Alien.

Une histoire de canon

Dès 1992, les premiers comics entrent donc en contradiction avec Alien 3. En outre, Dark Horse Comics ne va pas tarder, dès 1990, à faire affronter les aliens et les predators – deux créatures dont les droits appartiennent au studio 20th Century Fox. Enfin, un dialogue d’Alien Résurrection (1997) explique que l’humanité n’a jamais rencontré de xénomorphes depuis les événements d’Alien 3. Un nombre conséquent de récits littéraires (ou dessinés) sont ainsi automatiquement évacués de la chronologie des films. Depuis lors, certaines séries de comics ou romans sont estampillées comme faisant partie de la continuité des films, pour des raisons promotionnelles. Ainsi en 2013 la Fox promeut le roman Hors des ombres, les comics Le Feu et la Roche et le jeu vidéo Alien Isolation comme les pierres angulaires d’une continuité dite officielle. Auparavant, il y eut évidemment les novélisations qui accompagnèrent la sortie des quatre premiers films, publiés aux États-Unis par Warner Books (et parfois en France par J’ai lu). Un spécialiste des novélisations, Alan Dean Foster (Star Wars, Outland, The Thing), s’est chargé des trois premiers romans (1979, 1986, 1992), et A.C. Crispin (Starbridge) d’Alien Résurrection (1997). Les fans sont cependant en droit de se demander quelles œuvres font partie de la continuité des films, et lesquelles ne le sont pas ? Nous avons posé la question à Frédéric Wetta, l’un des spécialistes de l’univers Alien en France. Et pour cause : il traduit et publie les comics Alien au sein de l’hexagone, via sa maison d’édition Wetta ! À l’exception de l’adaptation d’Alien, le huitième passager dont nous avons précédemment parlé : «Il y a dix ans, j’avais essayé de le publier, mais les droits étaient "perdus" entre Heavy Metal, la Fox et Brandywine. Depuis, ils se sont accordés, mais c’est arrivé lors de la période où j’avais temporairement abandonné l’édition». Frédéric Wetta a, en effet, été en activité de 2004 à 2008, avant de reprendre le flambeau en 2014. S’il est en contact avec la Fox pour la gestion des droits, c’est bien avec Dark Horse Comics qu’il travaille sur l’aspect créatif. «Ce sont eux qui me donnent accès au catalogue. On discute de ce qui va être fait, de la façon dont je peux sortir ce qu’ils ont fait par le passé. Or j’essaie, dans la mesure du possible, d’être raccord avec eux pour les grosses sorties, à l’instar de l’arc Dead Orbit». Fan de cinéma fantastique, Frédéric Wetta a grandi avec les franchises qui nous sont chères. «RoboCop, Predator, Aliens et Terminator font partie de ma vie et j’ai la chance d’avoir pu publier des B.D. qui leur ont été consacrées. Mais j’ai un gros faible pour l’Alien. Les B.D. Aliens peuvent aller bien plus loin que les films. Elles les complètent en apportant de nouveaux éléments, et se permettent des différences de ton qu’on aurait du mal à imaginer sur un écran. Dans les bandes dessinées, le xénomorphe est toujours fidèle à lui-même : c’est une machine à tuer, mais les personnages centraux et le contexte dans lequel ils évoluent apportent à chaque fois des couleurs différentes à cet univers. La plupart des albums tournent autour de l’horreur et de l’action, mais certains touchent à l’étrange (Aliens Havoc) voire à la comédie (Aliens Stronghold), ou adoptent même un style cartoonesque (Aliens Mondo, Aliens Lovesick...). De plus, comme la chronologie est ouverte, les auteurs sont bien plus libres que sur d’autres séries. Ils peuvent contribuer à écrire une continuité en perpétuelle expansion, ou à en créer de nouvelles. C’est véritablement ce qui rend la série Aliens passionnante : chaque album est la pièce d’un puzzle. Au lecteur de les assembler». Justement, en ce qui concerne la continuité, Frédéric Wetta note qu’une certaine confusion règne, plus ou moins intentionnellement.

Une multitude de cordes

À tel point que la mention de la canonicité de certaines œuvres, comme mentionnée plus haut, ressemble davantage à un argument marketing qu’à une véritable volonté de cohérence. «À de rares exceptions près, tout est canonique et intègre la continuité officielle», précise-t-il. Selon lui, il ne faut toutefois pas confondre les termes «canon» et «continuité» : le canon rassemble des règles immuables de l’univers Alien, dont l’ensemencement des planètes par les Ingénieurs ou le cycle de vie des xénomorphes (une Reine alien pond des œufs, d’où sortent les facehuggers qui inséminent eux-mêmes un embryon dans un hôte, etc.). «C’est ce qui est établi par les films, mais ça ne s’y limite pas : un jeu vidéo ou une B.D. peut créer un canon», ajoute l’éditeur, qui pense que les (vieux) débats sur la canonicité de cette franchise se sont avérés futiles. En effet, Ridley Scott redéfinit ce canon depuis 2012 et la sortie de Prometheus ! Et Alien Covenant a évidemment ajouter de l’acide au moulin. Mais Frédéric Wetta va plus loin : «Rien n’exclut les Predators des canons, bien au contraire ! Leur existence et les événements des deux films Aliens vs Predator ne contredisent en rien les canons, ni la continuité des films Alien d’ailleurs. C’est un fait, que certains fans l’acceptent ou pas». Voilà effectivement une vision qui devrait probablement faire réagir quelques passionnés ! Or M. Wetta précise son approche de cet univers : «la continuité officielle représente la ligne temporelle dans laquelle sont inclus les films. Mais il faut comprendre qu’elle ne se limite pas qu’aux films : on y trouve aussi des B.D., des romans ou des jeux vidéo. Ce n’est pas parce que les longs-métrages ne font pas référence à tel événement se déroulant dans un autre média que ces faits n’intègrent pas la continuité». D’autant plus que la chronologie de cet univers se construit au fil du temps. «Des films, des romans, des B.D. ou des jeux peuvent se dérouler longtemps après ou avant les autres films. Prometheus, Covenant ou encore les deux AvP en sont de parfaits exemples : ils sont chronologiquement antérieurs à Alien, le huitième passager». Ce que l’on nomme «univers étendu» rassemble ainsi tous les éléments narratifs constituant l’univers Alien, qu’ils soient canoniques ou non. «Il s’agit d’un fourre-tout. On y retrouve aussi bien les longs-métrages que certains mini-comics accompagnant des jouets Kenner, ou les jeux d’arcade Aliens vs Predator». Au final, les principales différences au sein de la franchise peuvent être définies par le biais des «cordes». «Ce que j’appelle les Cordes — les amateurs de mécanique quantique comprendront la référence —, ce sont de multiples continuités parallèles, des univers alternatifs où la seule constante, c’est la présence des aliens eux-mêmes, que leurs origines soient canoniques ou non. Les crossovers avec Judge Dredd, par exemple, ne contredisent pas les canons de l’univers Alien, mais se déroulent dans la continuité des comics 2000 A.D. Et non la continuité officielle d’Alien, où il n’y a pas eu de guerre nucléaire, et où la ville de Mega-City One n’existe pas». Inversement, les comics Aliens qui font suite au film de James Cameron sont non seulement hors-continuité, mais également non-canonique, puisque les Space jockeys n’y sont pas des ingénieurs portant des scaphandres ! La plupart des bandes dessinées Aliens, en respectant les canons et ne contredisant pas les principaux longs-métrages, font donc ben et bien partie de la continuité des films. «À l’exception de la Série originale (NDLR : Titre de l’album français rassemblant les premiers comics édités par Dark Horse Comics), de certains crossovers et d’Aliens Apocalypse, toutes les bandes dessinées. Aliens respectent les canons et s’intègrent dans la continuité officielle», insiste Frédéric Wetta, qui compte mettre au point un guide de lecture pour aiguiller les lecteurs cherchant à savoir de quelle catégorie fait partie chaque album qu’il édite. «Ce qu’il faut savoir, c’est que les séries de B.D. Aliens sont indépendantes les unes des autres». Elles mettent en scène divers personnages, et chaque histoire est complète. «Ceci explique pourquoi elles portent des noms distincts». Nous allons donc vous proposer un aperçu de ce que propose l’univers étendu, et plus particulièrement les œuvres qui ont bénéficié d’une traduction française. Des romans et des comics qui mettent souvent en scène l’avidité et les inquiétantes expérimentations de la Compagnie Weyland-Yutani, les Marines et des colonies humaines infestées de xénomorphes… Bookmark and Share


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