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La critique d’ESI : JUSTICE LEAGUE : Mission réussie ! DC Comics, Warner et Zack Snyder nous livrent le divertissement à grand spectacle que l’on espérait
Article Cinéma du Mercredi 15 Novembre 2017

Quatre étoiles sur cinq

Par Pascal PINTEAU

Ouf ! Le temps est venu pour les fans de comics de pousser un grand soupir de soulagement et de se décrisper. Après avoir vu Clark Kent / Superman vivre un véritable chemin de croix christique dans Man of Steel puis être traité comme un ennemi potentiel par un chevalier noir amer et rancunier dans Batman v Superman, Justice League clot efficacement la trilogie de Zack Snyder en marquant bien la fin de la période de déconstruction ô combien âpre et sombre de l’univers cinématographique DC. Après avoir traversé maintes épreuves, mûri et choisi leurs destinées, Batman et Wonder Woman sont désormais bien les icônes fidèles aux récits de BD que nous connaissons, même si certaines blessures de leur passé ne se sont pas tout à fait cicatrisées. A la fin de l’épisode précédent, nous savions qu’une invasion extraterrestre se préparait, et que le sacrifice de Superman allait contraindre Batman et Wonder Woman à assembler une équipe de guerriers « métahumains » pour y faire face. Grâce à un scénario efficace qui impose un rythme rapide à la narration visuelle, Justice League ne perd pas de temps à entrer dans le vif du sujet : alors que le monde entier pleure Superman, et que les premiers paradémons des troupes du redoutable Steppenwolf se manifestent déjà, Batman et Wonder Woman doivent argumenter pour convaincre rapidement Aquaman, Flash et Cyborg de se joindre à eux pour mener un combat qui s’annonce très difficile, pour ne pas dire perdu d’avance. Et la très bonne surprise du film est que cette équipe fonctionne immédiatement à l’écran.

Les nouveaux venus sont d’emblée attachants, car on comprend pourquoi et comment ils sont devenus des êtres solitaires, aspirant à se trouver une nouvelle famille sans en avoir encore pris conscience. Les premières tentatives de collaboration sont un peu rugueuses et souvent drôles, grâce aux dialogues bien ficelés où l’on devine parfois la patte de Joss Whedon (venu en renfort) et au talent des comédiens. Avec ses tatouages ethniques recouvrant pratiquement tout son corps, Jason Momoa n’a presque plus rien en commun avec l’aspect traditionnel d’Aquaman dans les comics, hormis son trident. Il incarne aisément le héros d’Atlantis, grâce à son charisme et à son physique hors normes. Il faut saluer aussi la réussite des effets visuels qui montrent Aquaman en action sous l’eau : ils sont à la fois beaux, spectaculaires et tout à fait convaincants, en dépit du fait que toutes ces scènes ont été tournées « à sec », en studio. Ray Fisher est touchant dans le rôle de Cyborg, un jeune homme profondément traumatisé par l’accident qui a failli le tuer et qui tente de s’adapter au corps robotique que son père lui a greffé pour lui permettre de survivre.

En revanche, Flash n’est pas toujours bien servi par le script. Après une scène émouvante où l’on découvre Barry Allen dialoguant au parloir avec son père injustement emprisonné depuis longtemps, le personnage, quoi que sympathique, devient une caricature de fan éperdu de Batman et de Wonder Woman. Il hérite aussi des deux ou trois réparties du film qui tombent à plat. Gageons que l’excellent Ezra Miller, qui pétille d’énergie, disposera de meilleurs dialogues et de scènes plus nuancées dans sa première aventure en solo. Les séquences d’action sont toutes bien conçues, mais les plus efficaces sont de loin celles qui reposent majoritairement sur des prises de vues réelles, telle la première apparition saisissante de Batman, qui se sert d’un cambrioleur comme d’une proie pour attirer un paradémon. Idem pour la scène d’anthologie où la sublime Wonder Woman montre à un groupe de terroristes qui sévit à Londres ce dont elle est capable. En revanche, la surdose de 3D alourdit certains moments d’autres séquences, comme celle de l’attaque de l’île des Amazones. Trop de virtuel tue le virtuel, aurait-on envie de rappeler. D’autant que l’ennemi principal de la Ligue des Justiciers, le fameux Steppenwolf, est lui aussi réalisé en synthèse et s’avère être LE point faible des effets visuels du film. Impossible d’oublier qu’il est un personnage virtuel lorsqu’on le voit. Et la manière dont il articule ses mots (en version originale) semble être une version ralentie et amoindrie de la performance originale de Ciaran Hinds.

Vu ce résultat, il aurait été sans doute plus judicieux que ce talentueux comédien porte des prothèses faciales et une armure, joue directement et que des effets numériques lui donnent ensuite une taille de géant. Ce faux pas très surprenant dans un tel film est compensé par l’aspect horrifique et l’animation réussie des hordes de paradémons, qui donnent quelques sueurs froides à nos héros, bien soulignées par l’excellente bande originale du grand Danny Elfman. Malgré de petits défauts, Justice League est bien le grand spectacle divertissant et drôle que l’on attendait, jalonné aussi de moments d’émotion qui sonnent juste. Et le retour de Superman est bien conçu lui aussi. Plusieurs belles surprises attendent les spectateurs, auxquels on ne saurait trop conseiller de rester jusqu’au bout du bout du générique de fin pour découvrir un avant-goût de ce que Justice League 2 nous réservera peut-être. Bref, la première mission de la Ligue des Justiciers est une réussite : l’univers cinématographique DC est définitivement mis sur la bonne voie.



JUSTICE LEAGUE - USA 2017. Réal.: Zack Snyder. Scén.: Chris Terrio & Joss Whedon d’après une histoire de Zack Snyder et Chris Terrio. Prod.: Charles Roven, Deborah Snyder, Jon Berg. Photo : Fabian Wagner. Décors : Patrick Tatopoulos. Mont.: David Brenner, Richard Pearson, Martin Walsh. Cost.: Michael Wilkinson. Mus.: Danny Elfman. Effets visuels : Weta Digital, Double Negative, MPC, Scanline VFX. Dist.: Warner. 1h50. Avec : Henry Cavill, Ben Affleck, Amy Adams, Gal Gadot, Jason Momoa, Ezra Miller, Ray Fisher, Jeremy Irons. Bookmark and Share


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