Star Wars : Les petits secrets des vaisseaux emblématiques – 2ème partie
Article Cinéma du Dimanche 10 Decembre 2017

Par Pierre-Eric Salard

De nos jours, le TIE Fighter – aussi connu sous l’appellation TIE/Ln Starfighter, car d’autres modèles furent introduits dans les films suivants — peut être considéré comme l’engin le plus courant, et le plus faible, de l’arsenal de l’Empire. Muni d’aucun bouclier, et dépourvu de moteur hyperluminique, ce chasseur ne fait pas le poids face à la puissance de feu d’un X-Wing. Mais sa vitesse de pointe et le son strident émis par ses moteurs en font une arme psychologique, destinée à effrayer les populations. Une idée qui se reflète dans la création de son design — dont George Lucas souhaitait qu’il soit influencé par le style de John Berkey, un artiste américain qui signa de nombreuses illustrations pour la NASA et des couvertures de romans de SF (il réalisera également des affiches pour Star Wars). «Le TIE était constitué de plusieurs éléments technologiques», explique Colin Cantwell. «Il ne possède pas de moteurs classiques, et il est composé uniquement de cette boule au centre et de deux panneaux solaires». Si les chasseurs de l’Alliance Rebelle semblent âgés et détériorés, le TIE Fighter devait paraître à la pointe de la technologie. Presque avant-gardiste, en comparaison avec les véhicules de la faction adverse. «Il devait avoir l’air terrifiant, même s’il n’était pas nécessaire que tous ces trucs aient une fonction spécifique». Même si un pilote impérial ne peut compter que sur un armement (très) léger, l’apparence menaçante du TIE est voulue comme en arme en soi. «Durant la Seconde Guerre mondiale, les bombardiers en piqué avaient une sirène artificielle créée par des conduits d’air», rappelle Joe Johnston. «Ils ne servaient à rien d’autre qu’à produire ce bruit qui terrifiait la population. L’idée était que le TIE fasse le même effet».

Duel dans l’espace

La supériorité numérique des chasseurs TIE n’est toutefois pas suffisante face à la polyvalence des célèbres X-Wing de la Rébellion. Or dans les coulisses, l’équipe des concepteurs visuels recrutés par George Lucas a mis un certain temps pour mettre au point le design du vaisseau piloté par Luke Skywalker ou Wedge Antilles (puis, ultérieurement, Poe Dameron). «George voulait que tous les vaisseaux rebelles aient l’air d’être de seconde main, avec un aspect vieilli et cabossé», confie Joe Johnston. «Il ne voulait pas qu’ils aient l’air aussi propres et bien conçus que les vaisseaux impériaux». À l’origine, le cinéaste, grand amateur de courses automobiles, souhaitait que l’engin ressemble à un dragster, avec «un avant allongé et étroit». Après avoir imaginé les futurs duels spatiaux, Colin Cantwell proposera de faire séparer les ailes. «Dans l’espace, il devait pouvoir dégainer ses armes comme dans un western», explique le maquettiste. «On lui a donc fabriqué un système équivalent». Le X-Wing est donc l’héritier mécanique de nos cowboys. Mais les prototypes posent rapidement problème auprès des responsables des effets spéciaux menés par John Dykstra : ces designs n’allaient pas pouvoir être correctement photographiés devant un fond bleu. «Les ailes devaient être plus grosses ou on ne les verrait pas sur écran bleu», déclarait George Lucas. «On devait augmenter le volume des carlingues afin de pouvoir y fixer les barres de suspension». Joe Johnston sera chargé de cette révision esthétique. «Le X-Wing de Cantwell était un peu trop fin et élégant», précise ce dernier. «En fait, il avait utilisé le corps d’un dragster tiré d’une maquette Revell à l’échelle 1/16ème, puis ajouté quelques moteurs et un petit cockpit sur le dessus». À elle seule, la conception de la partie frontale du X-Wing représentera un certain défi. «À partir de l’avant, il vous faut cette petite lèvre dessus ; on a longtemps travaillé dessus, afin d’obtenir une forme qui n’aurait pas l’air obscène». L’un des dessins de production réalisés par Ralph McQuarrie montre une variation de la composition des ailes et des moteurs. Cette configuration sera ultérieurement recyclée pour un vaisseau introduit dans l’univers étendu, le Z-95 Headhunter (chasseur de têtes). Ce dessin inspirera également la version T -70, introduite quatre décennies plus tard dans le Réveil de la force.



Notons qu’au cours de la construction des maquettes d’Un Nouvel espoir, l’escadron des X-Wing changea de couleur. À l’origine, Luke Skywalker devait être membre de l’escadron bleu – et non rouge. Mais les marquages bleus entrèrent en conflit avec les limites technologiques de l’époque. «John Dykstra avait des exigences très précises pour le passage devant les écrans bleus», se souvient le maquettiste Lorne Peterson. «Pas de bleu, et aucune finition spectaculaire. Les surfaces devaient rester mates, et plates». Durant le processus de composition optique, le bleu des marquages des chasseurs aurait pu se confondre avec celui du fond ! L’escadron bleu fut ainsi renommé escadron rouge. Le design de l’autre vaisseau utilisé par l’Alliance rebelle lors de l’attaque de l’Etoile noire, le chasseur-bombardier Y-Wing, est inspiré par un bombardier de la Seconde Guerre mondiale : le TBF Torpedo Bomber. La première maquette construite par Colin Cantwell permettait le même genre d’interactions. Si le vaisseau, tel que nous le connaissons (suite à des révisions majoritairement opérées par Ralph McQuarrie), ne contient finalement qu’un pilote et un droide astromech, ce concept de bombardier sera recyclé, à la demande de George Lucas, dans La Revanche des Sith (2005) pour la création de l’Arc -170, utilisé par l’armée de la République. Comme pour le X-Wing, la maquette du Y-Wing, telle qu’imaginée par Colin Cantwell, la rendait impossible à filmer. Selon Lorne Peterson, l’énorme dôme qui recouvrait le canonnier arrière du chasseur était un élément impossible à filmer devant un écran bleu. Pour Joe Johnston, le Y-Wing était «censé ressembler à un vieux chasseur de l’espace qui aurait du mal à voler. Ils l’avaient complètement dépouillé». Une version moins éprouvée par le temps sera ultérieurement introduire dans la série d’animation «The Clone Wars». Terminons avec un véhicule terrestre – et non spatial — qui fit sa première apparition dans L’Empire contre-attaque (1980) : le quadripode impérial AT-AT. Une nouvelle version de cet imposant engin est effectivement présentée dans Rogue One ; le marcheur y est reconfiguré afin de transporter des containers de matériel dans ce qui lui fait figure de «ventre». Notons d’ailleurs qu’une autre version de l’AT-AT, qui s’inspire plus directement des premiers dessins de Ralph Mcquarrie, a été dévoilée il y a quelques mois dans la série d’animation «Star Wars Rebels».

Au départ, lors de la préproduction de l’Empire contre-attaque, l’équipe des «concepts artists» tâtonne un certain temps avant de se mettre d’accord sur un design supposément terrifiant. Ainsi Joe Johnston dessinera d’abord un gigantesque tank doté de nombreuses roues (un concept, là encore, qui sera recyclé quasiment tel quel dans La Revanche des Sith ; les spectateurs peuvent apercevoir ce véhicule lors de la bataille de Kashyyyk. Mais aussi dans Rogue One). «J’ai pensé que les roues n’étaient pas assez exotiques pour l’Empire», se souvient Joe Johnston. Notons d’ailleurs que George Lucas et le producteur Gary Kurtz ont un temps envisagé, selon Lorne Peterson, de louer de simples véhicules utilitaires à chenilles pour les redécorer dans le style militaire impérial. Le concept du quadripode sera envisagé dans un second temps. Selon les interlocuteurs, les origines de l’AT-AT sont pour le moins différentes. Pour Joe Johnston, il s’agit d’un dessin, de l’illustrateur Syd Mead, découvert dans une brochure quelque temps plus tôt. Pour George Lucas, le quadripode s’inspire directement des fameux tripodes du roman La Guerre des mondes de H.G. Wells. Enfin, Phil Tippett, qui faisait partie de l’équipe chargée de l’animation image par image des maquettes, se souvient que ce design est basé sur un animal préhistorique : le Baluchitherium grangeri, une espèce éteinte de rhinocéros géant. Il s’agissait d’ailleurs du plus grand mammifère ayant foulé notre planète. Gageons que l’iconique quadripode est issu de la rencontre entre ces multiples influences ! Ralph McQuarrie finira par itérer ce concept jusqu’à obtenir le design que nous connaissons. Une quarantaine d’années après leur première apparition, tous ces vaisseaux et véhicules font donc leur retour, ce mois-ci, sur le grand écran. Or ce n’est pas hasard si Lucasfilm a souhaité inaugurer sa série de films dérivés – A Star Wars Story – avec une préquelle à Un Nouvel espoir. La réussite et l’aura de ce film incombent à la somme des éléments qui le constituent. Dont des véhicules qui, par leur originalité, ont su traverser les époques.

Si vous souhaitez en découvrir davantage sur la conception des vaisseaux spatiaux de la saga, nous vous conseillons la lecture des passionnants making of, publiés aux éditions Akileos et Huginn & Muninn, ainsi que Naissance d’une galaxie de Lorne Peterson. Plusieurs numéros des magazines Cinefex, SFX, Star Wars Insider et Lucasfilm Magazine permirent de compléter ce dossier. Bookmark and Share


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