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LES DERNIERS JEDI : Entretien exclusif avec Gwendoline Christie (Le Capitaine Phasma)
Article Cinéma du Mercredi 24 Janvier 2018

On la connaissait bien sûr grâce à sa formidable interprétation de Brienne de Tarth dans GAME OF THRONES, et c’est avec plaisir que l’on a retrouvé Gwendoline Christie dans les nouveaux épisodes de la saga STAR WARS, dès LE REVEIL DE LA FORCE, encore parée d’une armure, mais cette fois-ci dans le camp des méchants. ESI a rencontré cette talentueuse actrice pour parler de ses expériences dans ces deux sagas cultes.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Pouvez-vous nous parler de votre ressenti du tournage des DERNIERS JEDI ?

J’ai été persuadée très tôt que ce serait un film exceptionnel. Je crois que ce que ce film accomplit - et cela correspond exactement à ce que j’attendais en tant que fan de STAR WARS - c’est qu’il explore beaucoup plus profondément les relations entre les personnages. On commence à découvrir des facettes bien plus intimes et plus complexes de leurs caractères. Personne n’a été plus surpris que moi par l’impact qu’à eu le Capitaine Phasma sur le public dès que les premières images du REVEIL DE LA FORCE sont apparues, puis l’ampleur de la curiosité et des suppositions que ce personnage a suscitées. Au point de voir de nombreuses théories échafaudées par les fans circuler à son sujet sur le web. Ce trouve cela vraiment intéressant et révélateur, car on a eu pendant longtemps l’habitude de voir au cinéma et à la télévision des images de femmes qui appartenaient à des archétypes anciens et qui sont aujourd’hui dépassés…Il y avait les beautés qui correspondaient à des critères esthétiques et ethniques conventionnels, celles qui étaient très peu vêtues, et je pense que tout cela était restrictif et d’un intérêt très limité. Je crois que Kathleen Kennedy a voulu aller à l’inverse de ces clichés en me contactant pour me proposer ce rôle.

N’avez-vous pas été rebutée par l’idée de jouer à nouveau un personnage de femme en armure, après celui de Brienne dans GAME OF THRONES ?

Non, car ce sont des femmes totalement différentes, aux antipodes l’une de l’autre. Dans mon travail, j’ai toujours tenté de dépasser les clichés des représentations de femmes. Pas seulement pour faire évoluer la manière dont elles sont présentées dans les divertissements proposés au public, et pour que l’on accepte peu à peu de voir des physiques de tous les genres, mais aussi pour faire progresser la manière dont elles sont dépeintes dans la narration des histoires. C’est très important pour nous les femmes de nous sentir représentées correctement dans ces fictions que voient des millions de gens de tous les âges, et de rappeler toutes les diversités d’aspect, de culture et d’ethnies qui existent. Il est temps de sortir de la vision homogénéisée de la femme, et au-delà, de représenter toute la diversité du monde. Je pense que cette prise de conscience qui a lieu depuis quelques années ouvre de nouvelles perspectives formidables aux auteurs. Et pour en revenir à votre question sur le Capitaine Phasma, je crois que ce qui est intéressant à son sujet, c’est qu’elle est en fait l’antithèse des personnages féminins standardisés que l’on a l’habitude de voir sur le petit ou le grand écran. Dans le premier film, elle était recouverte de la tête aux pieds par son armure métallique, et le mystère qui l’entourait a enflammé l’imagination des gens. Tout comme le fait qu’il s’agisse d’une femme dont le comportement est impitoyable et violent, ce que l’on ne voit pas souvent dans les divertissements destinés au grand public.

On le sait depuis Dark Vador / Darth Vader, « le père sombre » et Luke Skywalker, littéralement « celui qui marche dans les étoiles », les noms des personnages sont extrêmement importants dans la saga STAR WARS. Or, dans la nature, un phasme est un insecte qui utilise la tactique du camouflage et que son corps et ses membres fins et longs fait ressembler à s’y méprendre à une brindille. Il devient ainsi quasi invisible quand il se trouve dans un arbuste, et échappe à ses prédateurs. Et l’armure de votre personnage est un miroir qui reflète ce qui l’entoure… Il y a-t-il un rapport entre ces caractéristiques et la nature du Capitaine Phasma ?

A mon avis, oui. Si vous vous souvenez bien de la fin de l’épisode précédent, on pouvait penser que le Capitaine Phasma était morte d’une manière assez horrible, puisqu’on l’avait vue tomber dans un compacteur de déchets. Or, elle est toujours en vie et de retour dans cet opus… Je ne sais pas si vous le savez, mais c’est J.J. Abrams qui a créé le nom de Phasma. Je sais que cela lui a été inspiré par l’un de ses films d’horreur favoris, PHANTASM, dans lequel on voit une boule de métal chromé prolongée par trois lames voler et venir se planter dans le front des gens. C’est un engin meurtrier terrifiant, qui perce ensuite un trou dans leur tête avec une foreuse !! (rires) Mais vous avez raison, les noms sont importants dans cette saga, et celui-ci m’a aidé à travailler mon personnage. A lui donner une aura menaçante, imprévisible, et à projeter l’idée qu’il y a quelque chose d’invincible et donc d’effrayant en elle.

Le Capitaine Phasma prend plus d’importance dans cet épisode, et votre personnage était aux côtés de Kylo Ren et du Général Hux sur la photo d’Annie Leibovitz parue en couverture de Vanity Fair, et donc clairement désigné comme l’une des trois grandes figures du Premier Ordre…

(rires) J’ai été très honorée de pouvoir participer à cela mais je ne peux pas m’exprimer sur ce sujet, ni sur l’avenir de Phasma, comme vous vous en doutez. Mais vous savez, dans un monde où il y a beaucoup de cynisme et de plaisir destructeur à révéler à l’avance les surprises pour ruiner le plaisir des autres, je trouve qu’il y a quelque chose de magique dans le fait de ne rien savoir de l’intrigue d’un film. Cela titille notre imagination, et l’attente et le plaisir de la découverte rappellent aussi les émotions de l’enfance. Dans notre civilisation dominée par la technologie, tout va très vite aujourd’hui, et vise à fournir des résultats immédiats. Alors revenir à la tradition du secret autour d’un film très attendu est quelque chose que je trouve vraiment sensationnel. Et je ne voudrais surtout pas gâcher cela ! Cela me rappelle aussi les sentiments que l’on éprouvait lorsque l’on voyait pour la première fois au cinéma la bande-annonce très mystérieuse d’un film dont on n’avait absolument jamais parler auparavant. Je suis sûre que vous vous souvenez de cette époque. On découvrait quelques images intrigantes et après, on se creusait la tête en se demandant quelle pouvait être leur signification et ce que l’histoire allait raconter. Chacun se faisait sa propre idée de ce que cela pourrait être. Et l’émotion était ainsi infiniment plus forte quand on allait voir ce film lors de sa sortie, et que l’on partageait avec tout le public dans la salle le plaisir de savoir enfin de quoi il s’agissait. Aujourd’hui, même si l’on n’a absolument pas envie de connaître quoi que ce soit de l’intrigue d’un film, on peut tomber sur des révélations désastreuses sans le vouloir, juste par mégarde. C’est vraiment dommage.

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