TOMB RAIDER : Entretien avec le réalisateur Roar Uthaug
Article Cinéma du Vendredi 11 Mai 2018

Comment l’icône des jeux vidéo est revenue au cinéma dans un reboot musclé, au traitement plus réaliste, à découvrir ou redécouvrir en vidéo le 18 Juillet….

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Disons-le tout net, les deux premiers volets de la saga de Lara Croft produits par la Paramount et réalisés par Simon West en 2001 et Jan de Bont en 2003 n’ont pas laissé de grands souvenirs aux cinéphiles, excepté la vision d’une Angelina Jolie moulée dans des tenues mettant sa plastique en valeur, et quelques scènes d’action réussies dont celle de la salle aux statues animées dans l’esprit des films de Ray Harryhausen, meilleur moment de ce dyptique des années 2000. En reprenant la franchise quinze ans plus tard, la Warner savait qu’il faudrait présenter une approche radicalement différente des aventures de Lara Croft pour séduire le public. Le choix du réalisateur allait être capital et il s’est judicieusement porté sur le norvégien Roar Uthaug, qui avait signé avec The Wave l’un des meilleurs films-catastrophe de ces dernières années. L’autre atout majeur a été l’attribution du rôle principal à la formidable Alicia Vikander, dont le talent maintes fois salué par la critique lui a valu de recevoir un Oscar en 2016 pour son second rôle dans The Danish Girl. La comédienne suédoise avait été également sidérante d’ambiguïté en interprétant l’androïde Ava dans Ex-Machina. Renonçant aux aspects caricaturaux de la Lara Croft originelle – apparue sous la forme d’une pinup cartoonesque dans le premier jeu de 1996 – Roar Uthaug et Alicia Vikander se sont basés sur le reboot vidéoludique réaliste lancé avec succès en 2013 pour nous présenter les origines de Lara, et sa toute première aventure. Avant sa sortie en DVD et Blu Ray le 18 Juillet, ESI revient sur sa conception avec son réalisateur…

Nous avions beaucoup aimé votre film-catastrophe The Wave et le réalisme du comportement des personnages pendant les scènes d’action. Avez-vous approché Tomb Raider et le personnage de Lara Croft avec le même désir de décrire des situations ancrées dans le réalisme ou au moins dans une certaine crédibilité, même s’il s’agit d’un grand film d’aventure ?

Oui, c’est exactement la manière dont j’ai abordé ce projet de film. Je voulais que ce soit une aventure qui paraisse authentique, âpre, crédible. Et présenter aussi au public une Lara Croft assez réaliste pour que l’on puisse croire qu’elle existe vraiment dans le monde actuel. Quand notre Lara tombe et se fait mal, elle a des hématomes ! (rires) Mais elle se relève et continue à se battre parce que c’est sa façon d’être. Et parce que c’est justement ce qui caractérise une héroïne.

Pouvez-vous nous parler des méthodes que vous avez employées pour atteindre ces objectifs ?

Cela a commencé par le travail sur le script, bien sûr, en imaginant des scènes qui expriment tout cela, et qui se déroulent dans de vrais endroits de notre planète. La deuxième étape a consisté à choisir Alicia Vikander pour incarner Lara, car je savais qu’elle allait apporter beaucoup d’authenticité à ce rôle. Ensuite, j’ai tenu à tourner le plus possible en décors extérieurs, dans de vrais paysages. Et quand nous étions obligés de tourner en studio les scènes qui se déroulent dans des lieux imaginaires, je voulais que nous construisions le plus possible d’éléments de décors « en dur » afin que les comédiens puissent les toucher et jouer dans un univers concret. Il y a eu un minimum de parties de décors à base de fonds verts afin de limiter le recours aux images de synthèse à ce qui était strictement indispensable. Idem pour les effets spéciaux : nous avons employé beaucoup de trucages réalisés directement à la prise de vue, et filmé de vraies cascades. Cette volonté de réalisme s’est infiltrée ainsi dans chacune des étapes du design, de l’écriture, de la création artistique et de la fabrication technique du film. Je pense que c’était indispensable pour présenter au public un grand spectacle qui soit impressionnant parce qu’il reste toujours crédible.

Pouvez-vous revenir sur le choix de proposer le rôle de Lara Croft à Alicia Vikander ?

Alicia était d’emblée en tête de notre liste d’actrices. Étant moi aussi d’origine scandinavienne, je connaissais tous ses films, même les premiers, et cela faisait des années que j’admirais son travail. Je n’étais pas sûr qu’une actrice récemment oscarisée et saluée pour ses compositions dramatiques comme elle accepte cette proposition de film d’action… Quand elle a dit oui, j’en ai été très heureux. Et soulagé !

Le film est basé sur le reboot de la franchise des jeux Tomb Raider qui a eu lieu en 2013. Mais vous êtes-vous également inspiré de certains épisodes antécédents de cette longue saga vidéoludique ?

Dans ce film, nous tentons de raconter d’une nouvelle manière les origines du personnage de Lara Croft, pour la présenter au public qui ne connaissait pas forcément ses aventures précédentes. Mais nous prenons en compte aussi la fidélité des fans de la saga des jeux Tomb Raider, et nous avons inclus dans ce film de nombreux clins d’oeil qui devraient leur faire plaisir.

Qu’est-ce qui différencie le plus cette nouvelle version de Tomb Raider des films précédents ?

Même si nous montrons comment Lara devient une aventurière de choc, audacieuse et endurcie, nous décrivons aussi les aspects vulnérables de sa personnalité. Je crois que l’on se sent vite en empathie avec elle quand on voit le film. Cette intimité émotionnelle et la description de la sensibilité de Lara faisaient partie des éléments que nous voulions absolument mettre en avant.

On a vu à plusieurs reprises et encore tout récemment avec Assassin’s Creed que les adaptations de jeux vidéo au cinéma avaient du mal à convaincre le public. Que pensez-vous de cela ?

Je ne peux pas parler à la place de ceux qui ont conçu ces autres adaptations de jeux vidéo, mais il me semble que ce qui compte le plus pour faire en sorte qu’un film soit réussi, c’est que l’on se prenne d’affection pour le personnage principal, que l’on puisse s’identifier à lui, et que l’on ait envie de savoir ce qui va lui arriver. Si la connexion entre le héros et le public ne se fait pas, alors c’est fini : rien d’autre ne pourra réussir à faire fonctionner le film. Dans notre version, on découvre tout par les yeux de Lara, qu’il s’agisse des situations émouvantes ou des grandes scènes d’action très spectaculaires.

Vous semblez avoir choisi les partenaires d’Alicia dans le film à la fois pour leur talent d’acteurs et pour leur capacité à faire eux-mêmes leurs cascades…

Oui, c’était bien l’idée. Tout a été calibré autour d’Alicia. Le public a déjà pu apprécier son travail dans des films d’époque, souvent dans des drames d’ailleurs, et il connaît la justesse et le réalisme de son jeu d’actrice. Quand elle incarne un personnage, on y croit immédiatement, car elle a un registre dramatique très étendu. Alicia a abordé la partie physique du rôle de Lara avec le même souci de faire les choses à la perfection et d’être toujours crédible. Elle vous a certainement dit qu’elle s’était entraînée pendant des mois avant le tournage, avec le coordinateur des cascades et le chorégraphe des combats, mais elle n’a peut-être pas mentionné qu’elle avait appris aussi à tirer à l’arc et s’en était si bien sortie que ses professeurs en ont été impressionnés ! Alicia a abordé tous ces défis de manière frontale, et elle les a tous relevés. Elle s’est totalement dévouée au projet, et je pense que les spectateurs s’en rendront compte en découvrant le film.

Pourquoi avez-vous choisi Daniel Wu pour incarner Lu-Ren ?

Daniel est un acteur formidable, qui s’est parfaitement emparé du rôle et de toutes ses facettes, tel qu’il était écrit dans le scénario. Comme on le connaît déjà pour des rôles où il a démontré son excellente maîtrise du Kung-Fu, nous avons choisi de le faire combattre différemment dans ce film, et de lui donner davantage l’occasion d’utiliser ses dons d’acteur de composition. Daniel s’est beaucoup investi dans le tournage et je pense que les spectateurs vont apprécier ce qu’il a fait de Lu-Ren. Il a su injecter du réalisme dans le personnage, car il sait d’où il vient, et je crois que ses différents apports vont faire de Lu-Ren un compagnon de route original aux côtés de Lara.

La suite de cet entretien sera publiée prochainement sur ESI ! Bookmark and Share


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