Visite exclusive des coulisses du ROI LION : Quand l’animation Disney devient hyperréaliste
Article Animation du Lundi 22 Juillet 2019

Par Pascal Pinteau

Pour Disney, la nouvelle version du ROI LION marque un tournant dans l’approche de l’animation aussi décisif que l’a été AVATAR dans l’histoire du cinéma et des effets spéciaux.

On le sait, les innovations artistiques et techniques font partie de l’ADN des Studios Disney depuis que le génial Walt a initié successivement le premier dessin animé de long métrage (BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS – 1938), le premier film d’animation en son stéréophonique (FANTASIA - 1940), et a imaginé la caméra Multiplane qui donnait une profondeur saisissante aux décors plats. Plus tard, le traçage des cellulos à la main a été remplacé par la photocopie des dessins d’animation sur cellulos (processus utilisé pour la première fois dans LES 101 DALMATIENS – 1961), et la 3D a pointé le bout de son nez dans l’animation dessinée (Les engrenages de l’horloge de Big Ben dans la séquence finale de BASIL DETECTIVE PRIVÉ – 1986) avant que le logiciel C.A.P.S. ne permette de numériser tous les éléments peints ou dessinés pour réaliser des images composites libérées des contraintes physiques du papier ou des cellulos, comme dans TARZAN (1999). Avec TOY STORY (1995), Disney et Pixar ont prouvé que l’animation par ordinateur pouvait – entre de bonnes mains – devenir aussi expressive et émouvante que celle issue des crayons des artistes. En perfectionnant leurs logiciels comme le fameux Renderman, les as de Pixar nous ont habitué à découvrir des environnements aux rendus de plus en plus détaillés autour de leurs personnages de style cartoon. Mais il restait encore à franchir le pas de la narration de contes animaliers grâce aux images de synthèse hyperréalistes…

L’avancée décisive du LIVRE DE LA JUNGLE 

Conforté par les bons scores au boxoffice des adaptations en prises de vues réelles de ses classiques de l’animation - comme LES 101 DALMATIENS, ALICE AU PAYS DES MERVEILLES, CENDRILLON, LA BELLE ET LA BÊTE, pour n’en citer que quelques uns – Disney avait confié en 2016 la nouvelle version du LIVRE DE LA JUNGLE au réalisateur Jon Favreau (IRON MAN). Comme les péripéties de la célèbre histoire écrite par Rudyard Kipling n’auraient pas pu être filmées en ayant recours à des bêtes dressés, le jeune Neel Sehti incarnait Mowgli en jouant sur des fonds bleus, face à des marionnettes, et c’est pendant la postproduction qu’il a été entouré par toute une ménagerie d’animaux réalisés en images de synthèse. Les compagnons de Mowgli, la panthère Bagheera et l’ours Baloo, ainsi que ses ennemis le python Kaa et le tigre Shere Khan avaient été volontairement stylisés pour accentuer leurs prestations comiques ou effrayantes, mais le reste des animaux de la jungle était déjà traité de manière remarquablement réaliste.

Un nouveau défi

Comme on ne change pas une équipe qui gagne, c’est bien sûr à Jon Favreau qu’a été confié le remake du ROI LION. Une fois encore, le cinéaste et ses équipes réussit à nous époustoufler : alors que les personnages et les décors ont été entièrement créés et animés en images de synthèse, on croit voir de véritables animaux filmés dans des paysages africains, du moins jusqu’au moment où ils se mettent à parler ! Mais comment cet exploit a-t-il été accompli ? Pour le savoir, ESI a visité le studio où le film a été fabriqué : un bâtiment de 6000 M2 à l’aspect soigneusement banalisé, quelque part à Los Angeles, où toute l’équipe de Favreau – auteurs, dessinateurs de storyboards, animateurs, concepteurs des décors, monteurs – était réunie pour travailler avec lui.

Une autre approche de la réalisation en 3D

Comme il n’y a aucun protagoniste humain dans LE ROI LION, Jon Favreau n’avait nul besoin d’un studio classique. Pour mettre en scène ce film d’animation 3D comme s’il tournait en prises de vues réelles, il utilise un plateau de capture de mouvements, mais au lieu d’y enregistrer les gestes de comédiens pour animer des personnages humains, ce sont des caméras, des projecteurs et des équipements de cinéma transposés en 3D qu’il manipule avec des joysticks, casque de réalité virtuelle sur la tête.

1ère Étape : un Tournage reconstitué dans le monde virtuel

Grâce au casque, Favreau voit tout autour de lui en relief une version simplifiée du paysage de la séquence qu’il s’apprête à filmer. Quand nous avons testé le système en portant le casque, il s’agissait d’un paysage dominé par une chute d’eau, dans lequel cheminaient le lion Simba et sa compagne Nala. Grâce à cette animation provisoire, le grand directeur de la photographie Caleb Deschanel (connu pour son approche naturaliste de la lumière) avait déjà pu placer des dizaines de projecteurs 3D pour éclairer toute la trajectoire des personnages. Jon Favreau choisit alors un objectif dont il équipe une caméra virtuelle, puis manipule les joysticks pour la placer à l’endroit du décor où il a envie de « filmer » le passage des lions. Il règle le cadrage de l’image, puis le mouvement panoramique qui suit les personnages et le plan est enregistré. Pour « tourner » les suivants, il pourra installer la caméra sur la réplique 3D d’une grue, et filmer de cette manière un plan d’ensemble, ou la poser sur les rails d’un travelling 3D pour avancer aux côtés des lions.

2ème Étape : un montage en perfectionnement constant

Les différents plans de la scène sont assemblés, mais Jon Favreau a encore la possibilité de peaufiner et d’enrichir le découpage de l’action, puisque tous ses éléments – décors et personnages animés – sont encore stockés dans la mémoire des ordinateurs. Il lui suffit de retourner sur le plateau, de demander que l’on refasse défiler l’animation, et là, de filmer de nouveaux plans serrés de Simba et de Nala ou toute autre image qui lui semblerait manquer.

3ème Étape : l’Animation est finalisée

Quand le montage de la scène est validé, les mouvements provisoires des lions sont finalisés par les animateurs sous l’autorité du superviseur de l’animation Andy Jones (AVATAR, LE LIVRE DE LA JUNGLE). Jones et ses équipes ont passé des centaines de milliers d’heures à visionner des documentaires animaliers, et à analyser image par image les mouvements des bêtes pour pouvoir les reproduire à la perfection.

4ème Étape : Calcul du rendu définitif à Londres

Chaque scène d’animation achevée est transférée de l’autre côté de l’Atlantique, au studio MPC de Londres. C’est là que les rendus définitifs des personnages et des décors sont obtenus grâce à des logiciels de simulation complexes : Simba et Nala sont dotés d’yeux, de dents et de fourrure hyperréalistes. Le même soin est apporté à l’aboutissement des décors. Comme les équipes de MPC sont parties pendant six semaines en repérages au Kenya, elles en ont profité pour réaliser sur place plus d’un million de photographies de références en très haute résolution. Tout a été documenté, comme les formes des nuages aux différents moments de la journée et du soir, et ce, par tous les temps. Les aventuriers de MPC ont mitraillé aussi les textures des plantes, des sols, des rochers, des écorces d’arbres…Les textures les plus intéressantes ont été numérisées puis mappées / plaquées sur les volumes des décors 3D. Et grâce à ces minuscules fragments de réalité, les paysages digitaux du film sont devenus si crédibles que l’on serait incapable d’imaginer en les voyant qu’ils ont été fabriqués de A à Z. Paradoxalement, toutes ces formidables prouesses artistiques et techniques réalisées en coulisses n’ont qu’un seul but : se rendre invisibles, voire insoupçonnables, pour mieux raconter l’histoire du ROI LION. Reste encore à inventer un adjectif pour désigner ce tout nouveau registre du cinéma d’animation, entièrement virtuel mais pourtant d’un réalisme troublant. ESI ne peut que vous conseiller de ne surtout pas rater ce film, véritable événement et nouvelle étape majeure de l’évolution des techniques artistiques du 7ème art. Bookmark and Share


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