Furiosa : Une saga Mad Max – Entretien avec George Miller (Réalisateur / Scénariste / Producteur)
Article Cinéma du Mardi 14 Mai 2024

Dans un monde en déclin, la jeune Furiosa est arrachée à la Terre Verte et capturée par une horde de motards dirigée par le redoutable Dementus. Alors qu’elle tente de survivre à la Désolation, à Immortan Joe et de retrouver le chemin de chez elle, Furiosa n’a qu’une seule obsession : la vengeance.

GEORGE MILLER : « L’intrigue de FURY ROAD se déroulait sur trois jours et deux nuits. Il s’agissait de raconter une histoire dont on devait cerner rapidement les personnages. Pour y parvenir, il fallait bien connaître cet univers. Par exemple, s’agissant de Furiosa, il fallait savoir d’où elle était originaire, dans quelles conditions elle avait vécu, ce qui avait forgé sa personnalité. Où a-t-elle acquis ses facultés ? Comment s’est-elle retrouvée en conflit avec le monde et quelles sont ses aspirations ? Du coup, il a fallu qu’on écrive l’histoire de Furiosa avant même d’entamer le tournage de FURY ROAD. On avait le scénario de FURY ROAD, mais il a fallu, d’une certaine façon, le déconstruire et revenir en arrière. On a écrit le scénario de FURIOSA, et au moment de tourner FURY ROAD, on a pu faire lire le script de FURIOSA aux acteurs et à l’équipe technique. FURIOSA ne parle pas seulement du personnage, mais du monde dont elle est originaire. Ce scénario s’est révélé précieux pour tout le monde. Et on s’est dit ‘Si FURY ROAD a du succès, on pourra tourner cette autre histoire’. Neuf ans se sont écoulés depuis FURY ROAD et le nouveau film est terminé ».

GEORGE MILLER : « L’histoire s’attache à un personnage entre 10 et 26 ans. Il s’agit d’une odyssée d’une quinzaine d’années. Et elle s’étale jusqu’aux événements de FURY ROAD. Ces deux films pourraient presque se suivre chronologiquement. FURY ROAD se déroulait sur trois jours et deux nuits, autrement dit sur un laps de temps très ramassé. Pour ceux qui n’ont pas vu le film, cela ne change rien. Et pour ceux qui l’ont vu, cela ne change pas grand-chose à ceci près qu’ils percevront les enjeux et les conflits qui ont nourri l’intrigue de FURY ROAD. Ces deux films composent une saga. Pour l’essentiel, il s’agit d’une enfant qu’on arrache à sa famille et qui fait le serment de rentrer chez elle, quoi qu’il en coûte. Et elle passe toute sa vie à tenter d’atteindre son but. C’est une odyssée. Or tout l’intérêt d’une ‘odyssée’ réside moins dans les événements qui se produisent que dans leur impact sur l’âme du protagoniste. Le film raconte donc ce qui lui arrive au cours de son périple et évoque la personne qu’elle devient : Furiosa ».

La répétition du comportement humain

GEORGE MILLER :
« En tant qu’êtres humains, nous répétons les mêmes schémas comportementaux, quelle que soit l’époque et quel que soit le lieu. Ce que je trouve très intéressant quand on évolue dans l’univers de la Désolation, c’est qu’on retrouve ce phénomène dans les films de la saga. Bien que les récits se déroulent dans un futur dystopique, on revient à des comportements qui sont médiévaux, ou prémédiévaux, ou néo- médiévaux. Des comportements à l’œuvre dans les rapports propres aux structures du pouvoir, aux rapports entre les peuples, entre les groupes et les individus. Par conséquent, d’une certaine façon, on avance dans le temps tout en revenant dans le passé. Et en découvrant ces histoires aujourd’hui, on les compare nécessairement à la société actuelle et aux phénomènes que nous vivons à notre époque, car ces comportements sont quasiment les mêmes. On dit parfois qu’avec la technologie, le futur est déjà là – sauf que la technologie ne bénéficie pas à tous de manière équitable. Je crois qu’on peut en dire de même de notre rapport au monde à l’heure actuelle. Certains aspects du comportement humain sont clairement futuristes. Nous tentons de réfléchir à l’évolution de l’espèce humaine d’ici un siècle. Mais il y a aussi des aspects du comportement humain qui sont très primaires et qui n’ont pas beaucoup changé depuis des siècles, voire des millénaires. C’est tout l’éventail des comportements humains qu’on retrouve dans l’univers de la Désolation ».

GEORGE MILLER : « Le tournage de MAD MAX a été particulièrement difficile parce qu’avec Byron Kennedy, on n’avait pas vraiment d’expérience et qu’on ne s’était encore jamais retrouvés sur un plateau de cinéma. À l’époque, je m’étais dit que je n’étais pas fait pour être réalisateur et qu’on n’avait pas tourné le film qu’on voulait. Et puis, à ma grande surprise, il a trouvé un écho dans le monde entier, et notamment au Japon où certains ont comparé Mad Max à un samouraï. En Scandinavie, on l’a comparé à un ‘viking solitaire’ et les Français ont parlé d’un ‘western motorisé’. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que l’intrigue du film était une allégorie, tout comme le western a été le genre fondateur du cinéma américain depuis l’époque du muet jusqu’aux années 60 et 70, et peut- être même encore aujourd’hui. MAD MAX était un western motorisé et donc un film allégorique. Au moment de tourner MAD MAX 2, j’avais compris les thèmes sous-jacents et cela a incontestablement nourri la dimension mythologique de ce nouvel opus. Max est devenu un archétype de héros. Ceci étant dit, c’est l’un des principaux centres d’intérêt de ces histoires. C’est pour cela qu’elles me hantent – c’est un univers extrêmement riche et fécond. Il remplit plusieurs critères de ce qui, à mes yeux, constitue une bonne histoire ».

« Parlons maintenant de FURIOSA. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est le fait que les personnages se révèlent dans des situations extrêmes : qui que l’on soit, quel que soit le contexte dans lequel on évolue, ce sont ces situations qui nous révèlent à nous-mêmes. Et quel que soit l’enfant que nous sommes ou avons été, nous devons trouver notre place dans le monde. Nous avons des personnes qui nous guident, nous sommes marqués par notre culture, nous avons des parents, des frères et sœurs – ce sont tous ces paramètres qui influencent notre comportement. Mais chaque individu se construit et se révèle aussi en s’opposant à tous ces paramètres. J’imagine que c’est la nature même de la dramaturgie. Et que rêver de mieux que de raconter une histoire dans ce monde dystopique et postapocalyptique ? C’est ce qui m’a vraiment donné envie de m’atteler à FURIOSA. Furiosa fait partie de ces enfants – et j’en ai connu certains – qui, très jeunes, ont des ressources extraordinaires, des facultés hors du commun, et qui apprennent très vite de leurs erreurs. Ils parviennent à trouver leur place dans le monde sans se laisser dominer ou anéantir. C’est quelque chose que j’ai toujours admiré. Je connais des gens qui ont traversé des épreuves, et qui semblent les avoir surmontées et développent des facultés extrêmement impressionnantes. Je trouve cela fascinant. Et c’est pour cette raison que nous avons choisi de raconter l’histoire de Furiosa ».

Le casting de Furiosa

GEORGE MILLER :
« J’avais repéré Anya [Taylor-Joy] dans THE WITCH au moment de la sortie de FURY ROAD – elle était très jeune – et puis je l’ai revue dans un premier montage de LAST NIGHT OF SOHO que m’a montré Edgar Wright. En la voyant à l’écran, je me suis dit qu’il y avait quelque chose de captivant chez elle. Elle a du charisme, elle est déterminée, elle sait chanter et danser. Elle avait déjà toutes ces qualités qui, à mon avis, montrent qu’on a affaire à une bonne actrice. Elle était d’une grande précision sur le plan physique et donc, au bout du compte, d’une grande précision sur le plan émotionnel également. À la fin du film, j’en ai parlé à Edgar et je lui ai dit ‘Je crois qu’Anya serait formidable pour…’ Je crois bien que je n'ai pas pu aller plus loin et qu’il m’a dit ‘Vas-y, fonce ! Elle a toutes les qualités que tu recherches.’ Je n’arrivais pas à croire que je n’avais même pas évoqué Furiosa. J’ai énormément de respect pour Edgar – pour son intuition, sa méthode de travail. Il ne s’est pas contenté de me dire ’Elle est formidable’ – il m’a encouragé à foncer. Il se trouve qu’il avait totalement raison. Ensuite, j’ai discuté avec Anya, je lui ai envoyé le scénario, je lui ai expliqué ce qu’on cherchait à faire, et puis j’ai découvert sa personnalité. Tout comme Charlize [Theron], elle a reçu une formation de danseuse classique. Elle a fait de la moto très jeune, ainsi que de la danse. Elle a été entourée par une famille qui l’a toujours soutenue. Mais elle s’est lancée très jeune. Il y avait donc, incontestablement, beaucoup de points communs entre elle et le personnage. Qu’il s’agisse d’Anya et d’Alyla Browne [Furiosa enfant], elles ressemblent pas mal au personnage ».

Anya dans le rôle de Furiosa

GEORGE MILLER :
« Anya a été une formidable partenaire dont les propositions ont enrichi le personnage – personnage qu’elle s’est totalement approprié. Indéniablement, elle a apporté une férocité au personnage, et que ce soit un trait de caractère qui lui soit propre ou pas, elle a su le trouver au plus profond d’elle-même. Je l’avais déjà senti dans ses films précédents. Et c’est quelque chose que j’ai mieux cerné en travaillant avec elle. Il y a quelque chose de résolument déterminé et de féroce chez elle. Et ça se voit à l’image. Elle n’a pas d’appréhension physique, et en y réfléchissant, je pense que c’est dans ses gènes. Et que c’est lié à son éducation et à la manière dont elle a abordé le rôle ».

Dementus

GEORGE MILLER :
« Dementus est un seigneur de guerre qui bascule dans le schéma comportemental de beaucoup de figures historiques, dans de nombreuses cultures – celui de ces personnages qui ont pillé de vastes territoires, s’appropriant toutes leurs ressources – y compris leur population –, afin de conquérir d’autres civilisations. C’est un schéma qui s’est répété très souvent à travers l’histoire, et même dans les années 1950, on a vu émerger des personnages avec de telles aspirations et on en voit encore aujourd’hui. Dementus en est l’incarnation. Dans cet univers, la mobilité est un vrai facteur de survie. Du coup, il commence par se constituer une incroyable horde de motards et on comprend comment il s’y est pris : si, après l’effondrement de la société, on vivait sur un continent comme l’Australie, les populations quitteraient les villes côtières et se réfugieraient à l’intérieur des terres. Et on a moins besoin de carburant pour y parvenir si on circule en moto. C’est logique que ceux qui savent faire de la moto aient pu partir assez rapidement en emportant avec eux ce dont ils avaient besoin, mais ils n’ont pas pu se fixer dans un endroit précis. Ils se comportaient plus ou moins comme des parasites, des maraudeurs, dévorant ce qu’ils trouvaient sur leur passage … et c’est ce qui caractérise Dementus qui a les facultés et les compétences d’un chef charismatique pour se constituer une horde de motards qui traverse la Désolation. Il lui faut être imprévisible. Il lui faut être accessible et énigmatique à la fois. Et – qualité qu’on remarque chez beaucoup de ces chefs charismatiques – il est, à défaut d’un terme plus précis, très séduisant. Ces personnages ont de l’humour. Ils dégagent une gaieté qui peut vous charmer. Ils doivent être très doués – ils doivent être charmeurs. C’est ce qui définit Dementus ».

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