Dossier WONDER WOMAN 1984 : Entretien avec la réalisatrice Patty Jenkins - 3 ème Partie
Article Cinéma du Samedi 12 Septembre 2020

Par Pascal Pinteau

Les scènes d’action semblent être encore plus spectaculaires que celles de l’épisode précédent, qui se déroulaient pourtant au milieu des champs de bataille de la première guerre mondiale. Comment avez-vous réussi à surpasser ces moments-là en travaillant avec vos équipes chargées des cascades et des effets spéciaux ?

J’ai placé la barre extrêmement haut, et nous avons filmé énormément d’actions en prises de vues directes et en décors extérieurs. Tout s’est formidablement bien passé parce que nos équipes se sont consacrées à 120% à cet objectif très ambitieux. Je ne vous cache pas que c’était un défi à relever parce que nous vivons à une époque où l’on peut vous dire ‘Mais pourquoi ne pas tourner tout ça devant un fond vert ?’ La réponse , c’est que j’avais envie que l’on sente que ces personnages sont bien présents dans le monde réel, et qu’ils accomplissent vraiment ces exploits physiques, ces incroyables cascades, devant les caméras. Il fallait donc viser très haut. Idem pour les scènes de poursuites en voitures. Nous sommes allés jusqu’à soulever et faire tournoyer en l’air un véritable camion ! Cette cascade-là est époustouflante, et je crois qu’on se rend compte qu’elle a été filmée « en vrai » en la voyant dans le film. Le public le sentira instinctivement en découvrant ces images. Il comprendra aussi que nous nous sommes réellement allés tourner certaines séquences dans différents pays. Nous avons voulu lui proposer un spectacle de grande ampleur, tout en racontant une histoire captivante.

A propos d’images étonnantes, comment avez-vous fait intervenir l’armure dorée et ailée de Wonder Woman dans cette histoire ?

Son inspiration vient de « KINGDOM COME », (Mini-série de BD publiée en 1996, écrite par Mark Waid, avec de superbes peintures d’Alex Ross, NDLR.) car j’adore cet album. Il est d’une beauté à couper le souffle, absolument magnifique. Et l’armure dorée peinte par Alex Ross est juste fantastique. J’ai toujours eu des posters de cette illustration chez moi ou épinglés sur les murs de mon bureau, même pendant la production du premier film. J’ai voulu utiliser avec respect la belle armure conçue par Zack Snyder pour l’apparition de Wonder Woman dans BATMAN VS SUPERMAN, mais je ne pouvais pas résister à la perspective sensationnelle d’ajouter nos propres armures à tout ce qui se trouve désormais dans l’arsenal de notre héroïne.

C’est sans doute aussi un clin d’œil que vous adressez aux fans des comics de DC ?

Oui, mais je le fais également pour mon propre plaisir. J’aime cette armure, et je me réjouis de la voir dans le film. Elle nous permet de présenter une nouvelle apparence de Wonder Woman qui est à la fois très cool et rigoureusement fidèle à son passé dans les comics.

Pouvez-vous évoquer votre collaboration avec la chef costumère Lindy Hemming qui a créé ce nouveau look pour Wonder Woman, ainsi que les designs des tenues que porte Diana ?

Lindy est l’une des plus grandes créatrices de costumes de tous les temps, et chaque moment que je passe à travailler avec elle est un pur plaisir. Son processus créatif est très spontané, naturel, et porté par ses émotions. Ensuite, elle mélange tout cela au fruit de nombreuses recherches de sources historiques et artistiques. Lindy essaie de trouver comment ces tenues pourraient exprimer au mieux les sensations qui conviennent aux scènes du film, et comment les intégrer parfaitement à leur environnement, à leur monde. Ensuite, elle élabore une théorie à partir de ces recherches et de nos discussions, et commence à planifier son approche. Elle m’a apporté des idées sensationnelles qui ont vraiment sublimé ce que l’armure dorée pourrait être dans notre vision du film. Et c’est ainsi qu’elle a créé cette chose merveilleuse, qui est une véritable œuvre d’art. J’ai particulièrement apprécié l’idée que cette armure puisse être à la fois une véritable protection et une création dont le design superbe est inspiré de ce qui fait dans la haute couture. Nous avons procédé de la même manière au sujet de la garde-robe de Diana, dans sa vie quotidienne. Nous savions qu’elle aurait un goût très sûr, et que ses tenues issues d’une époque passée témoigneraient de ses excellents choix, et représenteraient le meilleur du design des années 80. On pourrait dire qu’il s’agit d’un style discret mais toujours élégant. Lindy m’a proposé des concepts étonnants, et les a fait réaliser à la perfection, dans les moindres détails des finitions. Gal a beaucoup collaboré à ce processus et nous a apporté d’excellentes suggestions que nous avons utilisées et qui figurent dans le film.

Comment avez-vous reconstitué visuellement l’ambiance des années 80 avec votre chef décoratrice, notre compatriote Aline Bonetto, et avec le directeur de la photographie Matthew Jensen ?

Matt et moi avons des sensibilités et des préférences visuelles très proches, et de ce fait, nous arrivons très vite à développer les mêmes idées d’approches techniques et de l’esthétique des prises de vues. Ensuite, je le laisse agir, et la qualité de son travail me stupéfie. Le visionnage des prises de vues de la veille est un plaisir chaque jour renouvelé, car si je me souviens très bien de ce que j’ai vu sur le plateau et sur les moniteurs, ce que je découvre le lendemain sur un grand écran dépasse toujours mes attentes. Matthew est un remarquable peintre de la lumière. Et il est toujours fiable, quelles que soient les conditions de tournage. Aline et moi venons d’horizons très différents, mais je suis fascinée par le fait que ce qui devrait opposer nos visions respectives s’avère être est un formidable atout créatif dans notre processus de collaboration. Elle est vraiment une artiste de grand talent, l’une des meilleures parmi les meilleures dans son domaine. Elle conçoit des choses et des designs extrêmement élaborés que je n’aurais jamais pu imaginer.

Quel est votre processus de travail avec elle ?

Nous discutons des choses en termes généraux. Ce que nous avons envie qu’elles fassent ressentir aux spectateurs, dans quel registre elles devraient se situer, et comment elles vont venir s’intégrer à l’aspect global du film et à sa palette de couleurs. Ensuite, Aline part travailler de son côté, et à chaque fois, elle revient en me présentant un plan que je n’aurais jamais pu anticiper, mais qui élève la qualité du film tout entier, et qui lui va comme un gant.

Qu’espérez-vous que le public retiendra du film après l’avoir vu en salles cet été ?

J’espère que les gens viendront le voir et l’aimeront, bien sûr. Mais je souhaite qu’il leur apporte d’autres choses en plus. Après s’être bien divertis et avoir apprécié l’expérience d’un film de super-héros à grand spectacle, j’espère que notre histoire les amènera aussi à réfléchir à la manière dont chacun d’entre nous peut trouver la part héroïque de sa personnalité. C’est ce dont ce monde a besoin aujourd’hui plus que jamais, et je suis heureuse de participer à ma manière à l’expression de ces pensées positives.

La suite de notre dossier WONDER WOMAN 1984 arrivera sur ESI à la vitesse d’une cavalière Amazone et de sa monture au grand galop. Bookmark and Share


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