Saint Maud : Un thriller fantastique célébré au Festival de Gérardmer - Entretien avec la réalisatrice Rose Glass – 1ère partie
Article Cinéma du Mercredi 30 Septembre 2020

Maud, infirmière à domicile, s’installe chez Amanda, une célèbre danseuse fragilisée par la maladie qui la maintient cloitrée dans son immense maison. Au début, Amanda est intriguée par cette étrange jeune femme très croyante, qui la distrait. Maud, elle, est fascinée par sa patiente. Mais les apparences sont trompeuses. Maud, tourmentée par un terrible secret et par les messages qu’elle pense recevoir directement de Dieu, se persuade qu’elle doit accomplir une mission : sauver l’âme d’Amanda.
Au cinéma le 25 novembre 2020.



Entretien avec la réalisatrice Rose Glass

SAINT MAUD EST VOTRE PREMIER LONG-MÉTRAGE. POURRIEZ-VOUS RÉSUMER VOTRE EXPÉRIENCE DE RÉALISATRICE JUSQU’ICI ?


Dès mon enfance, vers 11 ou 12 ans, j’ai commencé à manipuler la caméra vidéo de mes parents et à filmer des petits moments familiaux. Tout au long de mon adolescence j’ai tourné des films parodiques le week-end avec mes amis, dans le simple but de m’amuser. A 18 ans, j’ai quitté la maison pour aller à l’université (le London College Of Communication), où j’ai réalisé deux courts-métrages. C’était la première fois que j’écrivais de véritables scénarios, que je travaillais avec des acteurs et une équipe technique, que je me préoccupais vraiment de la lumière… En parallèle de mes études, j’ai travaillé comme assistante sur des publicités, des clips musicaux et un long-métrage. Quelques années plus tard, j’ai également fréquenté la National Film and Television School au sein de laquelle j’ai mis en scène plusieurs courtsmétrages, dont Room 55, qui a éveillé l’intérêt de Film4. A chaque fois que c’était possible, je continuais à tourner des courts-métrages expérimentaux à petit budget ou même sans budget aucun, ainsi que des clips pour des amis, tout en travaillant régulièrement à côté comme serveuse de café ou ouvreuse dans un cinéma.

QUEL ÉTAIT VOTRE OBJECTIF PRINCIPAL AVEC CE FILM EN TANT QUE SCÉNARISTE ET RÉALISATRICE ?

L’image que nous présentons au monde peut être radicalement différente de ce qui se passe vraiment dans notre tête. Je trouve qu’il est facile dans la vie, en réaction aux informations télévisées ou à des films, de rejeter ceux qui font des choses terribles ou simplement des choses que l’on ne comprend pas, en pensant avec arrogance que nous, les gens « normaux », n’avons pas de connexion avec eux. Je voulais faire le portrait d’une jeune femme qui appréhende la réalité différemment de son entourage et se retrouve poussée à des extrémités dramatiques. A travers cette histoire, j’espère amener le public à comprendre ses raisons intimes. Je pense qu’il y a des motivations universelles derrière les actions de chacun.

DANS VOS COURT-MÉTRAGES COMME DANS SAINT MAUD, VOUS PARLEZ BEAUCOUP DE LA SOLITUDE ET DE SES EFFETS NÉFASTES SUR LES GENS À LONG TERME.

Le simple fait d’être un humain est assez solitaire : nous sommes coincés dans cette enveloppe charnelle, et nous vivons tous dans le même monde matériel, mais chacun en fait l’expérience très subjectivement. C’est l’une des choses que je trouve passionnantes avec le cinéma et la littérature, ce rare moment où l’on parvient à atteindre une fenêtre ouvrant sur le cerveau de quelqu’un. J’essaie moi-même d’explorer le voyeurisme, le désir de se connecter à l’autre, et les dangereuses situations auxquelles cela peut conduire lorsque les choses tournent mal. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est ce que nous faisons pour nous distraire de notre solitude et pour nous sentir vivants.

SAINT MAUD EST UN DRAME HUMAIN, MAIS VOUS OSEZ FLIRTER LÉGÈREMENT AVEC LE GENRE FANTASTIQUE…

Le film a fini par plus ressembler à un film d’horreur que je ne l’avais initialement prévu. Dans mes courts-métrages, il y avait déjà une sorte d’imagerie hypnotique, donc je suppose que j’ai toujours aimé le genre. J’ai toujours voulu faire des films qui partaient d’histoires psychologiques réalistes pour mieux en décupler ensuite l’intensité créative. Même s’il y a des moments surréalistes dans le film, j’essaie de constamment préserver une certaine logique. J’apprécie que les gens interprètent le métrage comme ils l’entendent, mais pour moi Saint Maud n’est pas particulièrement ambigu, je visais plus les métaphores et le réalisme magique. Maud qui lévite au-dessus du sol n’est pas à prendre au sens propre, c’est une illustration de sa sainte épiphanie, une façon de visualiser ce qu’elle ressent à ce moment précis. Même les choses les plus folles peuvent paraître très réelles aux yeux de quelqu’un, tout dépend de l’état mental de chacun.

CETTE APPROCHE MÉTAPHORIQUE INDUIT UNE DISCRÈTE ET SUBTILE UTILISATION D’EFFETS SPÉCIAUX.

C’était la première fois que j’avais la possibilité d’utiliser des effets digitaux et des cascades, c’était très excitant. Même si vers la fin du film nous avons utilisé quelques CGI, nous avons essayé d’employer des effets mécaniques autant que possible. Par exemple dans la séquence du pub, quand Maud a des hallucinations et voit des tourbillons dans la bière, tout a été réalisé en direct sur le plateau. L’accessoiriste a percé des trous dans la table, puis dans le fond des verres, et a connecté un petit moteur de drone à une hélice provenant d’un avion jouet. Quand elle lévite, par contre, elle est élevée par une plateforme que nous avons effacée en post-production. Nous avons donc essayé d’utiliser un mélange de chaque type d’effets, et nous nous sommes énormément amusés à tourner les séquences horrifiques.

LA MAISON, LA PLAGE, CHAQUE ENDROIT SEMBLE AVOIR ÉTÉ SOIGNEUSEMENT CHOISI. COMMENT AVEZ-VOUS REPÉRÉ VOS LIEUX DE TOURNAGE ?

Dès que l’idée a germé, l’histoire a toujours été située dans une ville anglaise en bord de mer, car ces villes tendent à avoir cet aspect surréaliste, étrange et oublié, elles ont quelque chose d’intemporel. Nous avons visité une quantité d’endroits à travers le pays, pour finir par nous installer à Scarborough, dans le Yorkshire, au Nord de l’Angleterre. Maud perçoit le monde comme intimidant, donc nous voulions que ce monde extérieur apparaisse comme étrange. Nous avons utilisé ces arcades et néons particuliers tel qu’ils l’étaient dans les films new-yorkais des années 70 que j’adore, comme Taxi Driver. Bookmark and Share


.