Dossier WONDER WOMAN 1984 : Entretien avec Pedro Pascal (Max Lord)
Article Cinéma du Lundi 07 Decembre 2020

Propos traduits par Pascal Pinteau

Pedro Pascal s’est fait connaître en incarnant Oberyn dans GAME OF THRONES. Au cinéma, on l’a vu dans KINGSMAN LE CERCLE D’OR et dans l’excellent film de science-fiction à petit budget PROSPECT, mais c’est le rôle-titre de la série LE MANDALORIEN conçue par Jon Favreau qui lui a permis de consolider son statut de vedette principale, même s’il reste dissimulé sous son casque pendant presque tous les épisodes !

Votre personnage symbolise la figure du « gagnant » apparue dans les années 80 aux USA, c’est-à-dire celle de l’homme d’affaires qui ne cesse de parler de sa propre réussite, étale tous les signes extérieurs de sa fortune, et vend à un public crédule ses méthodes d’enrichissement dans des « publireportages ». Étant né au Chili, comment avez-vous travaillé ce rôle, alors qu’il s’agit d’un phénomène typiquement américain ?

J’ai pu voir des personnages de ce genre dès mon enfance, car mes parents, mes frères et moi sommes venus vivre aux États-Unis. J’ai donc été exposé à cette obsession maladive de la réussite, et à la manière dont ses effets pervers ont imprégné la culture à partir de cette époque. Je crois que ces dérives ont subsisté et que beaucoup de gens continuent à penser que l’on ne peut juger une personne que par son niveau de richesse, la taille de sa maison ou le nombre de ses voitures. Cette image du « gagnant » est l’inverse de ce qui constitue la valeur réelle d’un individu sensible et donc vulnérable.

Donc tout cela faisait déjà partie de vos références, de votre ADN ?

Absolument. De plus, Patty Jenkins et moi avons des goûts cinématographiques similaires, ce qui nous permet de parler cinéma tout au long de la journée et d’évoquer nos films favoris, qui sont souvent les mêmes. Nous étions donc sur la même longueur d’ondes, parfaitement synchrones, concernant ses souhaits pour Max Lord. Je comprenais très bien sa vision. Je ne sais pas si j’ai atteint cet objectif (rires), mais en tous cas, elle m’a bien guidé sur cette voie.

Max Lord n’est pas le seul adversaire de Wonder Woman dans ce film, et comme il s’allie à Barbara Minerva / Cheetah, cela vous a donné l’opportunité de jouer plusieurs scènes avec Kristen Wiig…

Oui ! Tout le monde la considère à juste titre comme l’une des plus grandes comiques américaines, et je l’admirais depuis des années, avant d’avoir la chance de faire sa connaissance. Kristen est aussi une des meilleures actrices actuelles, et savoir que je pouvais compter sur son talent et ses capacités pendant nos scènes communes était formidablement gratifiant.

Max Lord est un « méchant » assez différent de ceux que le public a l’habitude de voir dans les films de super-héros, car ils possèdent généralement leurs propres superpouvoirs, comme c’est le cas de Cheetah. Comment Max interagit-il avec elle ?

Je crois que grâce aux décisions narratives et artistiques prises par Patty, cela va être l’une des nombreuses surprises du film, parce que Barbara Minerva / Cheetah et Max Lord ne cessent jamais d’agir en êtres humains. Au cinéma, on n’a pas souvent l’opportunité de comprendre vraiment ce qui pousse une personne à se comporter en héros ou à accomplir les pires méfaits. Même si WONDER WOMAN 1984 est un divertissement, l’adaptation d’une célèbre bande dessinée, son histoire repose sur des éléments profondément humains qui constituent ces deux personnages, et déterminent ce qu’ils sont capables de faire, que ce soit bien ou mal. Ce qui les réunit dans le cadre de ce récit est une partie très spécifique de la vision de Patty.

Parlez-nous de votre collaboration avec Gal Gadot…

Gal est l’une de ces personnes dont la beauté, la personnalité chaleureuse et le talent vous frappe quand vous la voyez au cinéma. Vous vous demandez comment autant de qualités peuvent être réunies en une seule personne, et puis quand vous la rencontrez dans la vie, vous vous rendez compte qu’elle est encore plus agréable que ce que vous imaginiez ! C’est rare qu’une vedette de ce niveau soit aussi détendue et accessible.

Elle a également produit le film, ce qui a lui a donné de nouvelles responsabilités…

Gal et Patty sont toutes les deux très attentives à ce que tout se passe bien devant et aussi derrière la caméra. Elles veulent que tout le monde vive une expérience agréable et professionnellement gratifiante sur le tournage. Je peux attester que Gal a beaucoup oeuvré en productrice en plus de tenir son rôle de Wonder Woman, et agi pour que tout le monde puisse travailler à l’aise et en se sentant soutenu. De plus, comme Gal et Patty collaborent depuis plusieurs années, elles ont eu à cœur de faire entrer les nouveaux venus dans leur cercle professionnel en les mettant tout de suite à l’aise. Pour Kristen et moi, c’était un grand soulagement, car nous n’avions pas envie de bouleverser cette harmonie. Gal et Patty nous ont incité à nous immerger dans cette nouvelle expérience avec elles, et à entrer dans leur famille de tournage, ce qui était vraiment très agréable.

Le grand public vous a découvert grâce au rôle d’Oberyn dans GAME OF THRONES. Et les personnages de Max Lord et d’Oberyn sont tous les deux des hommes puissants et très charismatiques. Comment décririez-vous ce qui les rapproche, et ce qui les différencie ?

Je considère qu’ils sont très différents, en fait. Certes, ils ont tous les deux une forte présence, mais il me semble que Max Lord – et c’est là un aspect sur lequel Patty insistait beaucoup, et qui me plaisait énormément – n’a ni la suavité, ni la politesse, ni la subtilité d’Oberyn. Nous nous sommes beaucoup plus reposés sur ses caractéristiques humaines les moins attirantes, comme l’envie, la peur et la cupidité.

Vous en avez déjà parlé un peu, mais que retenez-vous de l’ambiance des années 80 ? Et avez-vous éprouvé un sentiment de « déjà vu » en arrivant sur le plateau du film, et en découvrant la reconstitution de cette époque ?

Je me souviens de tout ce qui a fait les années 80 ! La musique était sensationnelle, et nous la consommions sans retenue. Nous avons été abonnés à la télévision par câble qui est apparue à cette époque. Mon père m’emmenait au cinéma plusieurs fois par semaine. Et pour mes parents, aller voir un concert de rock était une sortie familiale idéale. Ma mère adorait Prince. Je me souviens avoir vu jouer Police, avoir applaudi Madonna pendant sa tournée « LIKE A VIRGIN ». J’ai vu aussi Tears for Fears, les Rolling Stones. Mon enfance a été marquée par tout cela, les productions et les films de Spielberg, les programmes de HBO, les bandes originales des blockbusters. Mon père était un vrai cinéphile, et notre foyer était typique de ceux des années 80. Et comme mes parents étaient très jeunes, notre vie ne consistait pas à donner une image de succès grâce à ce que nous possédions, mais à aimer la vie et tout ce que le cinéma, la télé et la musique de cette époque pouvait offrir de meilleur. Patty comprend parfaitement cette culture et c’est la raison pour laquelle elle va donner au public la nostalgie de ce que l’on pouvait vivre à cette époque, tout en abordant aussi les problèmes qui sont apparus alors, et qui ont imprégné notre expérience commune. WONDER WOMAN 1984 va être un grand spectacle très amusant, débordant d’action, et un divertissement qui plaira aux cinéphiles comme moi.

La suite de notre dossier WONDER WOMAN 1984 arrivera aussi vite sur ESI que si c’était Superman qui le mettait en ligne. Bookmark and Share


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