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Brendan et le secret de Kells
Article Animation du Mercredi 11 Fevrier 2009

Ce film d’animation au graphisme superbe, à ne pas manquer, évoque l’un des textes fondateurs de la culture irlandaise.

Par Pascal Pinteau

Du manuscrit inestimable... au film d’animation

Ecrit aux environs de l’année 800 après JC par des moines et rédigé en latin, le « Livre de Kells » contient les quatre évangiles du « Nouveau Testament », chacun accompagné de notes préliminaires et explicatives, ornés des plus belles enluminures. Les évangiles selon Mathieu, Marc et Luc sont reproduits dans leur intégralité. Seul l’évangile selon Jean figure en partie dans le manuscrit conservé : des pages ont sans doute été égarées en traversant les siècles…. En raison de sa grande beauté et de l’excellence de son exécution, les médiévistes le considèrent comme l’un des plus remarquables vestiges de l’art religieux médiéval. Il a été écrit sur du papier Velin en lettres majuscules de style insulaire avec de l’encre noire, rouge, mauve ou jaune. Le « Livre de Kells » se trouve aujourd'hui conservé au Trinity College de Dublin où certaines de ses pages sont exposées ; il attire chaque année des milliers de visiteurs. Il est reconnucomme l'un des plus grands trésors du patrimoine artistique mondial pour ses enluminures, en particulier, et considéré comme un chef d’oeuvre du christianisme irlandais. L’abbaye de Kells est située dans le comté de Westmeath (ex province de Meath), en plein coeur de l’Irlande. Fondée au début du IXème siècle par des moines du monastère d’Iona (île des Hébrides située à l’ouest au large de l’Ecosse) chassés par les invasions vikings, elle abrita le manuscrit une bonne partie du Moyen Age.



L’histoire du film

C’est en Irlande au 9ème siècle, dans l'abbaye fortifiée de Kells, que vit Brendan, un jeune moine de douze ans. Avec les autres frères, Brendan aide à la construction d’une enceinte pour protéger l’abbaye des assauts réguliers des vikings. Sa rencontre avec Frère Aidan, célèbre maître enlumineur et “gardien” d'un Livre d'enluminures fabuleux mais inachevé, va l’entraîner dans de fantastiques aventures. Aidan va initier Brendan à l’art de l’enluminure pour lequel le jeune garçon révélera un talent prodigieux. Pour finir le livre et défiant ses propres peurs, Brendan sortira de l’abbaye pour la première fois et entrera dans la forêt enchantée où de dangereuses créatures mythiques se cachent et l’attendent. C’est là qu’il va rencontrer Aisling, la jeune enfant loup qui l’aidera tout au long de son chemin. Brendan va-t-il réussir sa mission malgré les hordes de vikings qui se rapprochent ? Pourra t-il prouver que l’art est la meilleure fortification contre les barbares ?

Un personnage attachant et original

Brendan, le héros du film, a 12 ans. Il est orphelin et vit avec son oncle, l’abbé Cellach, dans l’abbaye de Kells. Brendan possède une exubérance et une énergie naturelles étouffées par son oncle qui veut en faire son successeur. Lorsque Frère Aidan débarque d’Iona, Brendan est l’assistant et l’élève de l’abbé. Mais ce dernier est très absorbé par ses ambitieux projets et Brendan passe de plus en plus de temps aux côtés du bienveillant Aidan. Le travail de Frère Aidan lui ouvre de nouveaux horizons sur un monde dominé par l’art et les rêves, un monde plein d’enluminures étincelantes et rempli de beauté, lui montrant la voie de la vérité. Ce monde nouveau est à l’opposé de ce qu’il a toujours connu, le cadre gris et terne de l’immense chantier entrepris par son oncle, visant à entourer l’abbaye d’un mur infranchissable par les vikings et protecteur du monde extérieur… Son désir d’entrer dans cet autre univers donnera le courage à Brendan d’affronter ses peurs et d’avancer vers l’inconnu en quittant Kells. Le jeune homme délaisse l’abbé pour suivre Aidan qui va lui transmettre la connaissance et le souffle pour terminer le Livre. Alors, il sera temps pour Brendan de retourner à Kells…

“L’île des Saints et des Savants” : Les lieux du film racontés par Tomm Moore, réalisateur de « Brendan et le secret de Kells »



« Pour raconter cette histoire, le producteur irlandais Paul Young et moi-même avons associé des faits historiques avérés et établis, à l'imaginaire, aux légendes de l'antique culture irlandaise. Cette diversité des sources transparaît dans le récit qui se déroule tantôt dans un univers très quotidien, tantôt dans une dimension onirique. Le cadre historique est l'époque de la création du « Livre de Kells », notre principale source d'inspiration. Cet ouvrage représente l'apogée de la connaissance et des influences qui traversaient alors l'Irlande. Il a inspiré maints artistes et on ne compte plus les motifs du Livre repris dans les objets les plus courants de la vie irlandaise, depuis les pièces de monnaie jusqu’aux blasons officiels, en passant par les souvenirs pour touristes et l'artisanat. Son iconographie est le produit d'influences du monde entier, certaines venues d'aussi loin que l'Afrique. Les encres étaient fabriquées à partir de matériaux rares et précieux, rapportés de contrées reculées comme l'Asie Mineure. C'était le temps où l'Irlande était connue comme “l'Ile des Saints et des Savants”. Le quotidien de l’abbaye de Kells est morne et banal, ce qui se traduit par des couleurs sourdes et désaturées. Ce monde plein de zones d’ombre hostiles et de bâtiments où l'on étouffe est l’expression architecturale de l’esprit de l’abbé Cellach, en particulier la tour ronde où il met au point ses plans pour le développement de son abbaye. On y trouve cependant quelques espaces de clarté, le scriptorium par exemple, où travaillent les enlumineurs. Le monde réel n’est pas une simple représentation. Il a une dimension expressionniste, en ce qu’il révèle quelque chose de la mentalité des personnages qui l’habitent. Les arrière-plans sont réalisés en utilisant des textures préalablement scannées, à partir de diverses techniques picturales. Par contraste, le monde extérieur, c’est-à-dire la forêt, est beau, lumineux et coloré, même s’il peut également se révéler effrayant. Ici l’influence des arts celtiques est tangible dans tous les arrière-plans. Toute l’imagerie est inspirée par le Livre de Kells, lequel regorge de références à la nature. C’est cette nature que Brendan va découvrir en s’aventurant hors de Kells et c’est elle qui va devenir la source d’inspiration principale de l’enlumineur qu’il deviendra en grandissant. L’univers onirique et imaginaire du jeune héros est représenté par des animations dans le style du livre originel, un travail complexe pour lequel nous avons associé images de synthèse et animation traditionnelle dessinée à la main. Tout au long du film, guidé par le talentueux Frère Aidan, Brendan acquiert un savoir-faire qui fera de lui l’artiste qu’il rêvait de devenir. D’un ouvrage assez grossier au début, on passe, à la fin du film, au style élaboré de la page de Chi Ro* appelée “page Chrisme”. Dans notre histoire, cette page est le chef-d’oeuvre de Brendan. Son élaboration spectaculaire, marque non seulement l’aboutissement du voyage, mais aussi la beauté intrinsèque du Livre pour un public moderne. Les figures nées de son imagination et de ses rêves semblent soudain transférées dans la réalité le jour où, se trouvant dans la caverne de Crom, il éprouve la plus grande peur de sa vie. »

La conception des superbes graphismes du film

Afin de les rendre plus expressifs, les personnages de « Brendan et le secret de Kells » ont été croqués d’un trait plutôt brut et spontané. Les animateurs ont en charge la totalité des scènes dont ils s’occupent ; ce qui permet de rendre visible leur “patte” à l’écran. Par exemple, lorsqu’un personnage est en colère, le trait peut se faire plus agité, plus agressif. Le coup de crayon de l’animateur vient ainsi enrichir l’expression du personnage. Ceci dit, la conception visuelle des personnages est simple et épurée. Bien qu’inspirés de l’iconographie même du « Livre de Kells », ils demeurent assez réalistes. Lorsqu’ils apparaissent dans les rêves de Brendan, les personnages demeurent reconnaissables, mais ils sont dessinés dans un style plus proche des humains dessinés dans le « Livre de Kells ». Les effets spéciaux, l’eau, le feu, etc… portent aussi l’influence manifeste de l’art celtique. Celtiques, les spirales qui se forment dans les flammes. Celtiques, les courbes des gerbes d’eau évoquant les poteries de l’époque. Celtiques enfin, les vagues sur la mer, telles des monstres tout droit sortis du « Livre de Kells ». Pour Brendan, le monde est un lieu subjectif. Quand il se laisse guider par l’imaginaire, il voit les choses autrement, tout lui est source d’inspiration. Le contraste ne saurait être plus vif avec son oncle, l’abbé, dont l’esprit fermé n’admet rien hors des austères réalités du quotidien.



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