Cœur d’encre : Entretien avec Helen Mirren
Article Cinéma du Mercredi 18 Fevrier 2009

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

« Cœur d’encre » est le premier film que vous avez tourné après « The Queen », qui vous a valu de remporter un Oscar. Vous y tenez un rôle très différent…

Oui, c’est en cela que réside le plaisir de jouer : incarner des personnages très différents les uns des autres. On passe d’un extrême à l’autre. Contrairement à The Queen, Cœur d’encre est un film qui nous entraîne dans un univers fantastique, avec des costumes et des décors irréels, des créatures étranges, et tout cela devrait être un divertissement très agréable pour les spectateurs de tous âges.



Vous incarnez Elinor Loredan, une passionnée de littérature, qui possède une grande collection d’ouvrages rares. Aimez-vous les livres autant qu’elle ?

Heureusement, je ne suis pas aussi obsédée par les livres. Je ne vis pas en recluse, pour protéger mes ouvrages précieux ! (rires) J’aime beaucoup la lecture, mais je n’ai pas du tout l’âme d’une collectionneuse. Je lis surtout pendant les pauses, sur un tournage, ou pendant mes vacances, comme le font la plupart des gens. J’adore me plonger dans un excellent roman que mon mari ou des amis m’ont recommandé.

La production a été à la fois surprise et ravie que vous acceptiez de jouer dans « Cœur d’encre », juste après avoir triomphé dans « The Queen »…

Vous savez, j’aime aussi les films qui font rêver avec leurs beaux costumes, leurs décors, leurs récits fantastiques. Pour nous les acteurs, c’est un immense plaisir d’entrer dans un décor magnifique et de jouer un personnage intéressant dans un bel environnement. C’est extrêmement gratifiant. Il y a des effets visuels et des images de synthèse dans ce film, mais pas trop. Il y en a juste assez pour rendre cette aventure spectaculaire, et pour plaire aux jeunes spectateurs, mais ce sont les personnages qui font avancer l’intrigue.

Diriez-vous que cette adaptation du roman de Cornelia Funke possède une touche de sensibilité allemande qui le différencie de films comme « Narnia », par exemple ?

C’est une question intéressante… Je dois avouer que je n’y avais pas songé jusqu’à présent. Il y a certainement des petites choses qui « parleront » plus particulièrement au public allemand, mais je pense que l’immense majorité des spectateurs ne s’en rendra pas compte. Je dirais que le thème de base du film, qui est un concept assez intellectuel, est certainement ce qu’il y a de plus allemand dans le projet, car il s’agit d’une sorte de réflexion sur les rapports entre l’imaginaire et du réel, présentée sous la forme d’une fable fantastique accessible à tous, et même aux jeunes enfants. L’auteur du roman original, Cornelia Funke, est une jeune femme très intelligente, qui a su créer plusieurs niveaux de lecture dans son œuvre, comme les frères Grimm dans leurs célèbres contes. Je crois que comme eux, elle aime bien les récits un peu effrayants, qui confrontent le lecteur à des peurs bien réelles qu’il pourra éprouver dans certaines circonstances de la vie. J’ai toujours eu un faible pour les contes de fées aux atmosphères sombres et menaçantes. (rires)

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire, quand vous avez lu le script ?

Eh bien, tout d’abord la délicieuse petite tricherie qui consiste à faire un film sur le thème de la lecture ! (rires) Je crois que c’est très important d’inciter les spectateurs de tous âges à lire, car le cinéma et la télévision ont tendance à nous rendre paresseux ! La lecture, elle, est un divertissement actif, pas passif.

Quelle est la scène que vous avez préféré tourner ?

J’ai beaucoup aimé la scène de l’ouragan, que nous avons filmée à Ballestrino, en Italie. Nous sommes restés trois semaines là-bas avant de venir tourner à Shepperton, et j’en garde un excellent souvenir. C’était un endroit magique, d’une beauté à couper le souffle. Je n’en croyais pas mes yeux quand je suis arrivée là-bas. On aurait dit que les décors du roman étaient apparus comme par enchantement, et s’étaient matérialisés en vraies pierres ! Il y avait aussi là-bas un village qui avait été abandonné après avoir été partiellement détruit par un tremblement de terre, dans les années 60. Et depuis, personne n’est revenu y vivre, parce que les bâtiments qui subsistent sont jugés trop dangereux. C’est une sorte de ville fantôme, perchée sur une haute colline. C’était merveilleux de commencer le tournage en travaillant dans un lieu si extraordinaire. Je me suis bien amusée à tourner la séquence de l’ouragan. Elle était très spectaculaire, avec tous ces effets spéciaux, ces ventilateurs géants…J’ai adoré courir dans les rues au milieu de ce cataclysme artificiel ! En dehors de cela, j’ai aussi un faible pour la scène finale, et pour de nombreuses petites scènes de comédie, tout au long du film. Je dois dire que nous nous entendons tous très bien, et que nous avons pris plaisir à travailler ensemble. Nous avons beaucoup ri pendant le tournage, et je crois que le plaisir que nous avons éprouvé se ressentira à l’écran. Il y avait une bonne humeur communicative sur le plateau de Cœur d’encre ! Nous avions vraiment le sentiment de former une troupe, comme au théâtre.



Votre personnage est un peu excentrique, et quelquefois un peu désagréable...

Oui, mais Elinor n’est pas méchante au fond. Disons qu’elle est restée seule pendant trop longtemps avec ses livres adorés, et qu’elle a fini par devenir un peu sauvage. Elle manque d’indulgence envers les autres, parce qu’elle a fini par s’habituer à la solitude. Quand j’ai parlé du personnage avec Ian Softley, il m’a donné des indications qui m’ont confortées dans ma compréhension de ses motivations.

Lisiez-vous des romans de Fantasy pendant votre enfance ?

Non, ce n’était pas ma tasse de thé quand j’étais petite. Et ce genre littéraire n’était pas aussi populaire et aussi répandu qu’il l’est de nos jours. Ce n’est que plus tard que je me suis intéressé à la Science Fiction, au Fantastique et à la Fantasy. J’ai beaucoup aimé lire Kurt Vonnegut, Ray Bradbury, Roald Dahl…Les récits imaginaires sont des moyens d’évasion formidables.

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