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Entretien avec Jeffrey Katzenberg, fondateur de Dreamworks Animation
Article Animation du Dimanche 23 Mars 2008

Jeffrey Katzenberg est avec Steven Spielberg et David Geffen le fondateur du studio Dreamworks SKG (Gladiator, American Beauty) et de Dreamworks Animation (Shrek, Madagascar). Il vient d’annoncer que tous les films d’animation du studio seront désormais conçus et distribués en relief...
Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Bee Movie - Drôle d’abeille est un film très réussi, mais c’était pourtant un pari assez risqué, compte tenu que Jerry Seinfeld n’avait aucune expérience préalable dans le domaine de l’animation. Comment avez-vous créé le bon environnement autour de lui pour lui enseigner tout ce qu’il devait apprendre sur cette technique ?

Jeffrey Katzenberg : Je crois que Jerry est arrivé dans ce projet avec plusieurs atouts importants. C’est un excellent narrateur. Que vous racontiez une histoire en 30 minutes, comme dans sa série Seinfeld, ou que vous racontiez des plaisanteries pendant une heure et demie sur une scène devant le public, il s’agit toujours de la même discipline : l’art de savoir raconter une histoire. Jerry sait d’instinct ce qu’est une bonne narration. Il est également très drôle, et possède un sens de l’observation et de la dérision exceptionnel. Mon rôle a consisté à l’entourer d’un groupe de gens très expérimentés et très compétents, afin de l’aider à raconter son histoire par le biais de l’animation : d’excellents producteurs, d’excellents réalisateurs, d’excellents animateurs, concepteurs graphiques, scénaristes, etc… Jerry est un collaborateur formidable : il sait précisément ce qu’il veut et ce qu’il aime, mais il n’a jamais peur d’écouter une idée nouvelle qui vient de quelqu’un d’autre. Il a l’esprit ouvert, ce qui n’est pas si fréquent dans le milieu du cinéma.

Quels conseils personnels lui avez-vous donnés ?

Mon rôle s’est apparenté à celui d’un entraîneur sportif, d’un coach. J’étais là pour l’encourager, pour l’aider, pour m’assurer que le résultat final soit bien un film de Jerry Seinfeld, et surtout pas un film de Jerry Katzenberg ! Disons que je veillais à ce que le projet reste bien sur les rails. Je l’ai également rassuré assez souvent car l’animation est un projet très long. C’est un marathon, pas un sprint ! Je crois que ce que je l’ai aidé à faire, c’est à se rendre compte où il en était de la réalisation du film, à chaque étape de son travail. C’est très difficile de le savoir, car le processus de l’animation est très complexe. Je le rassurais en lui disant « Ne t’inquiètes pas, tu as encore beaucoup de temps devant toi. Le projet n’est pas en retard. Vous avancez bien, tout est normal, etc . »

J’ai été très impressionné par son implication dans la promotion du film : les deux bandes-annonces dans lesquelles il apparaît sont très drôles, tout comme les « TV Juniors », ces petits sketches humoristiques qui prétendent montrer les coulisses du film...

C’est là le génie de Jerry Seinfeld. Je ne crois pas qu’il y ait une autre personne au monde qui aurait songé à créer ces bandes-annonces, et cette série de programmes courts, pour offrir davantage de choses à son public, et pour nous aider à vendre le film.

Bee Movie TV Juniors - Idiot with Coffee :


Allez-vous intégrer les « TV Juniors » sur le DVD du film ?

Je pense que oui. En tout cas, on devrait le faire. C’est une très bonne question. Je vais la poser tout de suite ! ( Jeffrey Katzenberg sort un appareil de sa poche et envoie immédiatement un email à son bureau de Los Angeles !)

L’un des grands défis du film consistait à transposer efficacement les plaisanteries de Jerry en animation. Comment y êtes-vous parvenus ?

C’est Jerry qui y est parvenu. Il a un sens du timing exceptionnel. Il sait comment on conçoit et comment on présente une plaisanterie au public, et il sait la raconter à la perfection. Il avait tous les moyens de contrôler la manière dont ses plaisanteries et ses gags seraient présentés dans le film. Il collaborait de manière très étroite avec les réalisateurs et les animateurs. Les gags du film ne sont pas que des plaisanteries orales, ce qui implique que l’animation des personnages, la composition de l’image, et les éléments physiques de l’action doivent être réglés à la perfection pour que tout fonctionne. Un simple geste déplacé ou une demi-seconde mal placée au cours d’une action peut réduire une bonne plaisanterie à néant. Jerry le sait, et il a donc été particulièrement vigilant tout au long de la production du film.

Jerry Seinfeld m’a dit qu’il n’avait pas d’autre projet d’animation pour l’instant, mais vous, en avez-vous déjà pour lui ? Comme Bee Movie 2, 3, 4...

Comme je vous le disais précédemment, un film d’animation est vraiment un marathon. Du début du projet jusqu’à la fin de la promotion, vous devez y consacrer quatre ans de votre vie. Quatre ans ! Un marathon se court sur une distance de 45 kilomètres. Demander à Jerry Seinfeld aujourd’hui s’il aurait envie de se consacrer à un autre film d’animation, ce serait comme tendre un micro à un coureur qui vient à peine de franchir la ligne d’arrivée, pour lui demander « Vous voulez courir à nouveau ? ». Je pense que la première réaction de ce coureur serait de saisir le micro et de vous frapper avec ! (rires) Je n’ai pas le courage de poser un telle question à Jerry en ce moment, alors que son pied droit vient tout juste de dépasser la ligne d’arrivée ! D’autant plus qu’il lui reste encore quelques pas à faire, notamment pour la fin de la promotion, et pour la préparation du DVD ! Si vous voulez lui poser la question, allez-y, mais je ne le ferai pas ! (rires).

Comment Steven Spielberg s’implique t’il dans les projets d’animation de Dreamworks ?

Cela dépend. Il s’est beaucoup impliqué dans Bee Movie, parce que l’idée du film est née au cours d’un dîner chez lui avec Jerry Seinfeld. De temps en temps, il vient nous rendre visite pour voir ce qui se passe, où nous en sommes dans nos projets. Il s’implique dans différents projets de différentes manières. En règle générale, tout dépend du temps dont il dispose. J’essaie toujours de recueillir le plus possible de ses suggestions, mais comme il a été accaparé par le tournage d’Indiana Jones 4 pendant les six derniers mois, il n’a forcément pas pu être disponible. Pour avoir une influence notable sur ces films, il faut vraiment venir régulièrement travailler au studio, rencontrer les artistes, les animateurs, et tout cela requiert du temps, comme Jerry Seinfeld a pu s’en rendre compte. Ce n’est pas le genre de choses qu’on peut régler par téléphone ! J’essaie de consulter Steven de temps en temps au cours de la production d’un film, pour lui demander son avis. Il est étonnant. Chacun de ses conseils est juste. A chaque fois que je peux en obtenir un, je l’utilise scrupuleusement !

Parmi les projets de Dreamworks figure un concept d’un autre grand comique, John Cleese, des Monthy Pythons. Pouvez-vous nous dire où en est le projet « Crood awakening » et quand nous pourrons le voir ?

Le film sera réalisé par Chris Sanders, qui avait signé Lilo and Stitch, et qui est venu se joindre à nous au début de l’année. Il collabore de manière très active avec le scénariste anglais qui a développé le script avec John Cleese.

John Cleese suit-il le film de près ?

En fait, il va et vient. Pendant certaines périodes, il est très présent, et quand il est accaparé par un autre projet, nous le voyons moins. Mais il se tient constamment au courant du développement du film.

La parodie de superhéros Master Mind, developpée par Ben Stiller, a l’air très alléchante aussi. Quel type de traitement visuel allez-vous utiliser pour ce film ?

Je crois que le design du film va être très original. C’est une formidable occasion de parodier les films de superhéros, à la façon de Shrek, qui dynamitait les contes de fées classiques. Toutes les valeurs du monde des superhéros sont inversées dans ce récit. Le slogan de Mastermind, c’est « C’est bon d’être méchant ». Je crois que ce sera très drôle et que l’aspect graphique surprendra agréablement le public.

Dreamworks a créé la formidable attraction Shrek 4-D pour les parcs à theme Universal, et auparavant, un extrait de Shrek avait été converti en relief pour être intégré à un film Imax 3D composé de plusieurs séquences. Aviez-vous déjà envie de produire des films d’animation en relief ?

J’ai toujours été un grand fan de relief. Ma première expérience dans ce domaine date de l’époque à laquelle je travaillais pour Disney. J’ai personnellement supervisé la création de deux attractions qui étaient présentées en relief : Chérie, j’ai rétréci le public (NDLR : que l’on peut voir à Disneyland Paris) et Muppetvision 3-D. Il y a donc 18 ans que j’ai pu me rendre compte de l’impact que pouvaient avoir de bonnes présentations en relief et à quel point elles amusaient le public. Evidemment, quand on conçoit une attraction pour un parc, le récit est conçu autour des effets qui apparaissent sur l’écran et qui sont relayés dans la salle par différents trucages. Le public est donc toujours conscient qu’il se trouve dans une attraction, et on joue sur cela. C’est très différent de la narration d’un film, qui doit vous entraîner dans un autre univers et doit retenir votre attention d’un bout à l’autre. Mais cette première expérience m’a permis de mesurer l’impact du relief, et de me rendre compte de la manière dont on pourrait utiliser cette technique au cinéma. Aujourd’hui, nous disposons de nouveaux appareils stupéfiants. Ce sont des outils qui ont été développés pendant les 18 derniers mois, spécifiquement pour l’animation en relief, et qui n’ont rien à voir avec le procédé de performance capture ou avec l’équipement que James Cameron a mis au point. Mis entre les mains de bons auteurs et d’un bon réalisateur, ces équipements vont permettre de créer des images révolutionnaires, qui vont profondément changer la manière dont les spectateurs percevront un film. Ils seront vraiment « dans le film », ce qui créera des sensations très excitantes.



Avez-vous conservé les données de chacun de vos films d’animation en images de synthèse, pour les convertir en relief un jour prochain ? Ou est-ce techniquement impossible à faire ?

C’est techniquement possible, mais en fait, je crois que cela ne présente qu’un intérêt limité. Vous pouvez prendre un film tourné en 2D et le transformer optiquement pour créer une version œil droit, œil gauche de ce film...

C’est le procédé de la société In-Three, notamment.

...Oui. C’est un procédé amusant, mais qui n’a strictement rien à voir avec la vraie conception artistique d’un film en relief par un réalisateur, qui vous entraîne au cœur de son histoire, et vous place dans l’action. Quand nous concevons un film d’animation en relief, nous créons l’axe de vision du spectateur et son environnement en trois dimensions pendant qu’il découvre l’histoire. Dans la vie, nos yeux fonctionnent de telle manière qu’ils nous permettent toujours de savoir à quel endroit précis nous nous trouvons dans un environnement. C’est ce qui nous permet de ressentir ce qui se passe autour de nous, d’être impliqué directement dans les événements en cours. C’est donc quelque chose qui a un impact fondamental sur notre ressenti, nos émotions. Le son nous permet aussi de ressentir des émotions, comme le toucher, les odeurs, et toutes les informations qui nous sont procurées par nos sens. Si on analyse nos capacités actuelles d’enregistrement, de captation des informations qui nous sont procurées par nos sens, le domaine dans lequel nous sommes le moins performant est la reproduction du sens de la vision. Nous pouvons reconstituer artificiellement des odeurs, des goûts. Nous pouvons enregistrer et restituer parfaitement le son, ce qui nous permet de ressentir des émotions très intenses. Ecouter nos musiques favorites dans les meilleures condition élève l’âme, et nous transporte littéralement. Par contre, en ce qui concerne la vue, nous sommes toujours très limités : nous enregistrons pratiquement toutes nos images en 2D et nous les visionnons aussi de cette manière, à plat. Je crois que le cinéma en relief est la première étape d’une révolution des techniques d’enregistrement et de visionnage des images qui va avoir lieu tout au long des 20 prochaines années. Cela va changer complètement la manière dont nous allons nous divertir dans le futur.

Est-ce que cela signifie aussi que les films en relief que vous produisez actuellement sont réalisés avec une résolution plus importante que les films 2D précédents ? La résolution d’une image Imax 3D est 15 fois supérieure à celle d’un film 35mm habituel...

Je sais que nous avons augmenté énormément la résolution de nos films, car nous avons dû augmenter beaucoup notre capacité de stockage de données pour créer ces projets. Je ne sais pas exactement jusqu'à quel point. Si vous venez nous rendre visite dans nos studios, vous pourrez poser directement la question aux bonnes personnes !

Vous avez récemment annoncé la production de trois films d’animation en relief. Cela signifie-t’il que vous ne produirez plus que des films en trois dimensions, désormais ?

Oui. J’en suis convaincu.

Monsters versus aliens sera le premier film de Dreamworks animation créé directement en 3-D « immersive ». La production d’un tel film est-elle très différente de celle d’un film « plat » ? Avez-vous du créer de nouveaux outils pour visualiser puis animer les personnages et les scènes ?

Oui. Tout est différent. Tous les ordinateurs dédiés à l’animation, tous les logiciels, toutes les machines de montage, toutes les salles de projection dont nous nous servons chaque jour ont dû être changés ou adaptés au relief. Nous utilisons à la fois des lunettes à cristaux liquides et des lunettes polarisées pour visualiser le relief sur ces machines. Cela a un impact sur l’ensemble de notre équipement. D’ailleurs, un peu partout dans notre studio, nous avons épinglé au mur des pancartes sur lesquelles on peut lire « Pensez en 3-D ! ». Tout ce que l’on crée visuellement doit être pensé en fonction du relief. On ne peut plus se contenter de représenter une scène comme si on l’observait de loin. A présent, le spectateur se trouve DANS l’histoire. Et ce changement total de point de vue change aussi le mode de travail des concepteurs graphiques, des décorateurs et des animateurs. Tous les décors et tous les accessoires doivent systématiquement être conçus sur 360° , et sous tous les angles. Avant, il suffisait de créer l’illusion de perspectives réalistes. Maintenant, il faut les créer pour de vrai. Tout doit fonctionner réellement. On ne peut plus tricher comme on le faisait parfois pour créer une image plate. Les objets comme les personnages doivent fonctionner vraiment sous tous les angles.

Je suppose que cela pose aussi de nouveaux problèmes au réalisateur, car il doit concevoir sa mise en scène pour guider le regard du spectateur, et faire en sorte qu’il ne soit pas distrait par les éléments en relief qui ne sont pas primordiaux...

Oui, le job du réalisateur est effectivement d’attirer le regard à un point précis tout au long du récit. Un film en relief vous présente plus d’informations que vous êtes habitué à en absorber au cinéma actuellement, mais cela changera avec le temps. Nous allons aider le public à s’habituer à ce nouveau mode de narration. Toutes nos équipes sont contentes de se lancer dans ce projet inédit. C’est très excitant de travailler sur quelque chose qui est aussi radicalement différent.

Est-ce beaucoup plus cher à produire qu’un film 2D ?

15 millions de dollars par film. Les budgets de nos films d’animation se situent dans une moyenne de 130 à 150 millions de dollars. Cela représente donc un supplément de 10%.

A votre connaissance, existe-t’il déjà des projets pour adapter le procédé de relief au visionnage de Blue Ray, ou le relief sera-t’il réservé uniquement aux salles de cinéma, pour jouer aussi un rôle de procédé anti-piratage ?

J’imagine que cela se produira certainement à un moment ou à un autre dans le futur, mais à mon avis, pas avant un bon moment. Les équipements vidéo ont bénéficié d’améliorations fabuleuses pendant les dix dernières années : les écrans plats, les DVDs, puis les écrans plats haute définition, les DVDs haute définition, les transmissions de programmes de télé en HD, le son stéréo et la restitution des effets sonores dans l’espace comme au cinéma. Tout cela est accessible au grand public, dans le monde entier. Parallèlement à tout cela, les équipements des salles de cinéma n’ont pratiquement pas évolué. Et cette stagnation dure depuis 70 ans ! Bien sûr, les écrans sont devenus plus grands, la qualité du son s’est améliorée, mais nous en sommes restés à des salles qui ressemblent à une boîte noire dans laquelle on voit de grandes images plates. La dernière fois qu’une révolution majeure a eu lieu, c’est le moment où les films en noir et blanc ont été remplacés par les films en couleur. A mon avis, le passage des films 2D aux films en relief est une révolution du même calibre. Et d’ailleurs, pour revenir à votre question précédente, qui portait sur la transposition de films 2D en 3D, je pense que ce procédé ressemble beaucoup à celui de la colorisation des films en noir et blanc. On peut le faire, et les gens penseront qu’on arrive à obtenir une qualité convenable, mais si on y réfléchit bien, cette modification ne correspond pas à ce que le réalisateur voulait faire au moment où il a tourné son film. C’est un procédé très imparfait.

Est-ce que « Shrek the halls », qui vient d’être diffusé sur la chaîne américaine ABC, marque une volonté de votre part de réaliser régulièrement des courts-métrages pour la télévision ?

Nous développons plusieurs projets en ce moment avec la chaîne Nickelodeon. Il s’agit de plusieurs concepts de séries télé. J’espère que nous obtiendrons un feu vert pour le premier d’entre eux dans les prochaines semaines. C’est l’une de nos priorités majeures.


shrek, Joyeux Noël extrait hd
envoyé par _006-serie-TS_


Avez-vous prévu aussi une version 3-D de « Shrek the halls », peut-être en vue de l’utiliser dans le cadre d’une attraction future ?

Non, tout simplement parce que nous ne disposions pas encore des outils dont je vous ai parlé précédemment.

J’avais adoré Father of the pride, la sitcom animée, qui mettait en scène les tigres blancs des magiciens Siegfried et Roy...Elle était hilarante.

Oh merci ! Moi aussi je l’adorais. J’ai été tellement déçu que nous soyons obligés d’en interrompre la production à la suite de l’accident de Roy… C’est aussi l’une de mes séries d’animation préférées. (NDLR : Roy a été attaqué par un tigre blanc pendant une représentation, et ne s’est malheureusement jamais complètement remis de cette grave blessure. Le spectacle de magie le plus célèbre de Las Vegas a ainsi disparu du jour au lendemain…entraînant l’annulation de la série de Dreamworks dont plusieurs épisodes, disponibles en DVD, avaient déjà été produits).

Kung Fu Panda semble très prometteur. Que pouvez-vous nous dire sur ce film ?

C’est un projet que j’aime énormément. Po, le panda, pour une raison difficile à expliquer en un mot, est sans doute le personnage le plus adorable que nous ayons jamais créé à Dreamworks, et cela s’applique aussi à ceux qui ont été dessinés pendant les dix ans que j’ai passé chez Disney. On ressent quelque chose de très particulier quand on observe un panda. On a l’impression de ressentir une profondeur dans le regard, une âme, une certaine tristesse certainement due au pelage noir et à ce rond blanc qui entoure l’œil. La couleur blanche de son ventre rebondi et la forme ronde du panda est quelque chose d’adorable, vraiment. C’est un animal qu’on a instinctivement envie de caresser, de câliner et de ramener chez soi ! C’est un merveilleux don que la nature nous a fait. Et nos animateurs ont réussi à capturer tout cela à la perfection. Po est magnifique. Si nous avons la chance de plaire au public, nous avons de quoi développer six films autour de la saga de ce personnage. Au début, on le voit travailler dans une fabrique de pâtes, et à la fin de son odyssée, il devient un grand maître des arts martiaux. J’espère que nous aurons la possibilité de raconter tous les chapitres de ses aventures, car c’est une très belle histoire.


Kung Fu Panda - bande annonce VF
envoyé par Paramount_Pictures_France


Que pouvez-vous nous dire de Monsters versus Aliens, qui a l’air d’être un projet particulièrement réjouissant pour les amateurs de Science-Fiction ?

Le film s’inspire de toute l’iconographie des films de monstres des années 50, et transforme les créatures que nous avions tendance à considérer comme les méchants en véritables héros qui vont voler au secours de l’humanité. La terre est envahie par un extraterrestre. L’armée tente de l’arrêter, mais rien ne marche. C’est à ce moment-là qu’un vieux général auquel Kiefer Sutherland prête sa voix vient voir le président des Etats Unis et lui dit « Il nous reste peut-être une dernière chance : utiliser les monstres créés par les expériences atomiques des années 50, que nous cachons depuis longtemps dans la base « Area 52 » ! » . Ce n’est même pas l’aire 51, qui est top secret, mais que tout le monde connaît : l’aire 52 est tellement secrète que presque personne dans l’armée n’en soupçonne l’existence ! Le général a gain de cause, et va chercher tous ces monstres. Parmi eux, il y a la femme qui pèse 5 tonnes, Bob le blob, Insectosaurus, etc… C’est un peu le même principe que Les douze salopards : cette équipe de personnages incroyables va sauver le monde !

Je crois qu’un de ces personnages est aussi grand que Godzilla...

Oui, il s’agit d’Insectosaurus, qui mesure 120 mètres de haut, mais qui est très gentil ! Il y a aussi le docteur Cafard, et beaucoup d’autres personnages très drôles…

Le film va-t’il se référer aussi aux graphismes des années 50, c’est à dire les fusées avec les ailerons, les machines géantes, les soucoupes volantes rondes et argentées ?

Un petit peu, mais pas uniquement, parce que l’action se déroule dans le présent, et non dans les années 50. Mais nous avons bien l’intention de rendre hommage au cinéma de cette époque-là. D’ailleurs l’alien atterrit à San Francisco pour détruire la ville.

Avez-vous l’intention de continuer à produire des films avec des personnages de style cartoon, ou seriez-vous également tenté de développer des films au style semi-réaliste, des projets qui utiliseraient des reconstitutions 3D d’acteurs, ou des projets qui mêleraient acteurs réels et personnages animés ?

A l’exception de votre dernier exemple, qui pourrait tout à fait trouver sa place dans une de nos productions futures, je ne suis pas intéressé par les deux autres options. Le réalisme ne me passionne pas. J’admire le travail que d’autres gens font dans le domaine de la capture de mouvements, mais ça ne correspond pas à mes goûts personnels. Nous allons poursuivre dans la voie du cartoon. Animer, cela veut dire donner la vie. Et c’est justement ce qui m’intéresse dans cet art. Créer des choses qui n’existent pas, et qui dépassent ce que l’on peut voir dans la vie réelle. Disons que ce que je vois actuellement dans le domaine de l’hyperréalisme s’apparente à la réalité, mais ne ressemble pas vraiment à la réalité.

L’animation 3D hyperréaliste permet aussi de créer des visions qui dépassent ce que l’on voit dans la vie réelle, comme les scènes réalisées pour les films de superhéros, par exemple...

Oui, mais dans ce cas-là, l’animation a pour but de nous faire croire que ce que nous voyons a lieu dans le monde réel, qu’il s’agisse de Spider-Man 3 ou Superman. J’aime bien ces films, d’ailleurs. Je prends plaisir à les voir. Mais les réalisateurs de ces films nous invitent à croire que ces histoires se déroulent dans notre monde actuel, et nous présentent de nombreux détails réalistes. Ce n’est pas la manière, selon moi, dont il faut que Dreamworks utilise l’animation. D’autres sociétés peuvent le faire et y parvenir, mais je crois simplement que ce n’est pas le bon choix pour nous.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Comment dresser votre dragon ?

En tant qu’histoire, ce projet est probablement le récit le plus traditionnel que nous ayons jamais produit. Il est articulé autour de l’enfance, de l’adolescence puis de l’âge adulte de notre héros. C’est la première fois que nous racontons une histoire de ce genre, qui décrit l’évolution d’un personnage, de ses jeunes années jusqu’au moment où il devient un homme. Jusqu’à présent, tous nos personnages ont été des adultes. Cette histoire se déroule sur fond de mythologie Viking, ce qui est une première dans le monde de l’animation, et va nous présenter le monde des dragons comme nous ne l’avons encore jamais vu.

Comment voyez-vous Dreamworks animation dans 20 ans ?

J’espère que nous serons en train de produire Kung Fu Panda numéro 6 ! 20 ans, c’est très long, c’est un peu difficile de voir jusque là.

Pensez-vous passer de deux studios d’animation à trois ?

Je ne raisonne pas de cette façon. Nous sommes toujours en train de nous développer. Dreamworks est un studio très jeune. Disney existe depuis 80 ans, Pixar depuis 23 ans, tandis que nous n’avons que 12 ans. Nous sommes encore des bambins !

De tous les projets que vous avez initiés, quels sont ceux qui vous sont les plus chers ?

Pour être franc, les projets qui m’ont apporté le plus sont liés à des œuvres de charité dont je me suis occupé. J’adore mon travail. Je suis toujours content d’aller au studio, et je ne pourrais pas être plus fier de ce que nous créons, mais à titre personnel, ce sont les choses les plus désintéressées que j’ai pu faire, qui n’ont donc rien à voir avec ma société, qui m’ont procuré le plus de satisfaction.

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