Les Chroniques de Spiderwick : Entretien avec Freddie Highmore
Article Cinéma du Lundi 21 Avril 2008

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Comment avez-vous débuté dans le métier d’acteur ? Il semble que vous ayez décidé de vous consacrer très sérieusement à ce métier…

Oui, mais je me souviens pas de m’être dit un jour « Tiens, il faudrait que j’apprenne le métier d’acteur ». Les choses sont venues naturellement, par une suite de situations. J’ai d’abord joué dans des pièces à l’école, puis un jour, on a proposé à mes parents que je joue un petit rôle, puis un rôle plus important, et au bout d’un moment, on m’a offert des rôles principaux, comme dans Charlie et la Chocolaterie et Arthur et les Minimoys . Les choses ont bien marché, mais je crois surtout que j’ai eu beaucoup de chance, car ça compte énormément dans ce métier. Je crois que j’aimerais bien continuer à exercer le métier d’acteur dans le futur, mais je préfère ne pas avoir que cette option-là en tête.



Qu’est-ce que vous aimez dans ce métier ?

C’est très amusant de rencontrer des gens nouveaux et de voyager dans le monde entier, ce que j’ai eu la chance de faire ces dernières années. Nous avons tourné Les chroniques de Spiderwick à Vancouver, mais je suis allé aussi à New York, et à Los Angeles, au Cambodge et en Thaïlande, des endroits étonnants que j’ai beaucoup aimé visiter. Il y a peu d’enfants de mon âge qui ont cette chance, et j’en suis conscient. Au Cambodge, quand nous tournions Deux frères, avec Jean Jacques Annaud, j’ai eu l’occasion d’approcher des tigres, et de voir les magnifiques ruines des temples de la région. Nous avons passé deux semaines au milieu de la jungle et chacun vivait dans sa propre tente. C’était comme si nous étions partis faire une expédition ! Une vraie aventure ! J’ai eu aussi la chance d’aller au Japon pendant quelques jours cette année. Le Canada était sympa, mais un peu trop froid à mon goût… Je me souviens que nous avons dû chercher des bottes à ma taille pour tourner certaines scènes de Spiderwick dans la forêt. Quand nous sommes allés dans un magasin, la vendeuse nous a conseillé de prendre des bottes qui permettent de supporter des grands froids, jusqu’à moins 20 degrés ! (rires)

En revanche, y a-t’il certains aspects de cette profession qui vous rebutent ?

Oui : le fait d’être séparé de votre famille et de vos amis. J’ai un frère cadet. Mon père m’accompagne souvent pendant les tournages, mais ma mère et mon petit frère me manquent. Heureusement, on continue à se parler par téléphone quand je suis loin de la maison, et on se raconte les dernières nouvelles. L’autre inconvénient, ce sont les obligations liées aux contrats que je signe quand je tourne : pour des problèmes d’assurance, on m’interdit de pratiquer des sports qui risqueraient d’occasionner des blessures. A l’école, j’ai le droit de jouer au foot et au criquet, mais pas au rugby. Je n’ai pas non plus le droit de skier, bien sûr.

Quand on a votre âge, on a souvent besoin d’avoir à ses côté quelqu’un qui vous pousse à faire vos devoirs, à réviser vos cours, etc.. Qui s’occupe de cela quand vous êtes tout seul ? Arrivez-vous à vous discipliner par vous-même ?

Oui. Je sais que j’ai du travail à faire et je le fais. Comme n’importe quel enfant d’ailleurs, car si on ne travaille pas, les notes s’en ressentent et on est forcément pénalisé. Mais ma famille est toujours là pour m’encourager et me soutenir. Entre les tournages, je reviens dans mon école pour y suivre des cours avec mes camarades.

Prenez-vous vos décisions vous-même au jour le jour sur le plateau de tournage, ou êtes-vous quelquefois conseillé par votre père ?

Je prends mes décisions moi-même, mais pas lorsqu’il s’agit de négocier mes contrats ou ce genre de choses. Là ce sont mes parents qui décident. De mon côté, je considère ce métier comme un amusement, mais je le fais sérieusement. Je n’ai pas besoin de l’aide de quelqu’un pour travailler le rôle avec le réalisateur, ni pour me chercher un verre d’eau quand j’ai soif. Je sais aussi être autonome.

Votre famille et vos camarades vous considèrent-ils toujours comme un enfant « normal » ?

Oui, bien sûr. Ma famille n’a pas changé de comportement depuis que je suis acteur. Et à l’école, c’est pareil. Je n’ai pas de problèmes quand je retrouve mes copains. Je suis inscrit dans une école publique de Londres.

Ils ne vous traitent pas comme une vedette ?

Non, et c’est bien comme ça. Je suis content de pouvoir m’intégrer sans faire d’histoires.

Vous souvenez-vous de la manière dont vous imaginiez le monde du cinéma avant de devenir acteur ?

Je crois que comme tout le monde, j’avais tendance à imaginer que les grandes stars avaient un comportement spécial. Quand j’ai travaillé avec Johnny Depp pour Charlie et la chocolaterie, on me demandait souvent « Il est comment Johnny Depp ? Sympa ? Il doit être incroyable ! ». En réalité, Johnny est quelqu’un de tout à fait normal, qui a les pieds sur terre. C’est un acteur incroyable, et c’est un plaisir de jouer avec lui et de le voir incarner un personnage, mais Johnny est d’abord quelqu’un de normal, avec lequel on peut avoir des relations simples. Il ne se considère pas comme quelqu’un de spécial, ni de supérieur à qui que ce soit. Et c’est formidable.



Le tournage des scènes des Chroniques de Spiderwick dans lesquelles vous interprétez les deux frères jumeaux a-t’il été compliqué ?

Oui, pour des questions de logistique et de technique. Cela nécessitait beaucoup de préparation, mais en même temps, c’état amusant à faire. Je jouais d’abord le rôle d’un des deux frères, puis il fallait que je change rapidement de vêtements et de coiffure pour jouer l’autre. Au début, il nous fallait dix minutes pour passer d’un personnage à l’autre, puis nous nous sommes organisés pour réduire ce temps à deux minutes. Evidemment, nous aurions pu nous contenter de faire porter les mêmes tenues aux deux personnages, et d’ajouter simplement un petit accessoire comme une écharpe, qui permette de les différencier, mais ça aurait été un « truc » un peu trop évident. Nous avons préféré nous donner un peu plus de mal. Génétiquement, ces deux enfants sont la même personne, mais il existe des petites différences entre eux, malgré tout. Il fallait imaginer comment les jumeaux réagiraient chacun de manière particulière à la même situation. On pourrait croire que Jared est plus affecté par le divorce de ses parents que Simon, mais en fait Simon manifeste simplement ses émotions à sa façon, en les réprimant. Il ne veut pas essayer de comprendre ce qui s’est passé alors que Jared est convaincu que tout est de la faute de sa mère. Simon essaie d’ignorer ce que son frère raconte. Il est plus introverti.

Est-ce étrange de se voir dédoublé à l’écran, quand on interprète des frères jumeaux ?

Un peu, parce que je sais que je n’ai pas de frère jumeau, mais les trucages sont tellement bien faits que cela paraît tout à fait naturel à l’image. On ne se pose pas de questions quand on voit l’une des premières scènes avec les deux frères, dans la chambre où ils sortent leurs affaires de leurs valises. C’était une scène amusante à répéter parce qu’il fallait que je me tienne à des endroits précis, et que je dirige mon regard là ou l’autre jumeau était sensé se trouver, tout en disant mon texte. C’était comme un jeu de mémorisation. Un travail très intéressant à faire.

Avez-vous cherché à savoir comment d’autres acteurs s’étaient débrouillés pour jouer des rôles de jumeaux ?

Oui, car il se trouve que Mark Walters, le réalisateur, a travaillé avec Lindsay Lohan, qui a joué des sœurs jumelles par le passé. Il a peut-être évoqué ce sujet avec elle. En ce qui nous concerne, nous avons répété d’abord séparément les deux rôles, pour développer des personnalités et des gestuelles différentes pour chaque personnage, puis Mark tournait les personnages l’un après l’autre, en sachant exactement ce que l’un et l’autre allaient faire.

Dans le film, l’un de vos deux personnages, Jared, se dispute souvent avec sa mère. Vous êtes-vous inspiré d’expériences vécues avec vos parents pour tourner ces scènes-là ?

(rires) Oui, mais juste un peu ! (rires) Je m’entends très bien avec mes parents, et heureusement ils ne sont pas séparés, comme ceux du film. Mais en tant qu’acteur, on peut aussi utiliser ce que l’on ressent quant on est heureux et que tout va bien pour imaginer ce que l’on ressentirait si on était privé de la compagnie de son père ou de sa mère, à la suite d’un divorce. Ça ne vous empêche pas de pouvoir vous projeter en un personnage qui est malheureux et frustré, et qui devient hargneux et désagréable à cause de cela.

Avez-vous fini par avoir une préférence pour l’un des deux frères ?

Je crois que j’ai passé plus de temps à incarner Jared, car c’est lui qui est le plus aventureux des jumeaux. Mais après avoir passé toute une journée à courir et à crier, j’appréciais de pouvoir jouer Simon, et de m’asseoir tranquillement en caressant un chat. Les deux personnages avaient leurs bons côtés.

Avez-vous l’impression d’être un peu plus mûr que vos camarades d’école, parce que vous êtes déjà un professionnel, en dépit de votre jeune âge ?

Oui, j’ai un peu ce sentiment-là, car j’ai à assumer certaines responsabilités. Je passe aussi beaucoup de temps en compagnie d’adultes, ce qui me permet peut-être de communiquer plus facilement avec eux, et de savoir comment me comporter dans un environnement de travail. Mais je suis aussi un enfant normal. Je connaissais déjà mes meilleurs amis avant de faire du cinéma, et je ne crois pas qu’ils pensent que j’ai changé à cause de ce métier. Ils ne me traitent pas différemment depuis que j’apparais dans des films.



Connaissiez-vous les livres des chroniques de Spiderwick, auparavant ?

Non, parce qu’ils n’étaient pas aussi populaires en Angleterre qu’ils le sont aux USA. Evidemment, je pense que cela va changer avec la sortie du film, et qu’on trouvera ces livres partout. Quand on m’a proposé de passer une audition pour ce film, j’ai voulu connaître cet univers et je me suis mis à lire les livres. L’audition avait aussi pour but de tester la façon dont je pourrais jouer les jumeaux. Un peu avant, le réalisateur et les producteurs avaient essayé de trouver de vrais jumeaux pour jouer ces rôles. Sarah Bolger passait son audition en même temps que moi, et nous avons filmé une scène-test à Los Angeles ensemble. Après, j’étais persuadé que Sarah serait choisie parce qu’elle était excellente. En ce qui me concerne, j’étais plus pessimiste parce que je croyais qu’ils ne choisiraient pas deux acteurs d’origine britannique. Mais heureusement, j’ai eu tort !

Aimez-vous la Fantasy ? Le seigneur des anneaux ?

Oui. Je crois que tous les garçons de mon âge sont sensibles à cela. Aux livres qui décrivent d’autres mondes, qu’il s’agisse d’univers comme celui de Tolkien, ou de récits de Science-Fiction. C’est intéressant d’imaginer ce que pourraient être d’autres formes de vies sur des planètes lointaines. Dans le cas de Spiderwick, je crois que les enfants aimeront découvrir ce monde et les créatures qui l’habitent. Et les adultes seront intéressés aussi par le thème du divorce et son impact sur les relations au sein du cercle familial. Je crois que nous avons réuni tous les éléments qui constituent un bon film pour tous publics. Mais à cause de certains monstres, les petits enfants risquent d’avoir peur. Il vaut peut-être mieux éviter d’emmener un petit de cinq ans voir les chroniques de Spiderwick, même si les enfants adorent avoir peur ! C’est sympa d’avoir la trouille au cinéma, et même de fermer les yeux quand on est trop effrayé, et après de sortir de cette ambiance pour retrouver la vraie vie.

Quels sont vos films préférés ?

Ça va peut-être vous surprendre, mais je ne vois pas énormément de films, parce que quand je ne tourne pas, j’étudie. Et en dehors du travail et des études, je préfère retrouver mes copains, lire, faire du sport. Mais pour répondre à votre question, j’ai beaucoup aimé le film Les évadés (The Shushank Redemption - Frank Darabont 1994) et récemment Ma vie en rose (Alain Berliner- 1997), car je l’ai vu il y a quelques jours seulement.

Regardez-vous les films d’une autre manière depuis que vous connaissez les coulisses et les « trucs » du cinéma ?

Non, pas vraiment. Quand un film est bon, je suis toujours captivé par l’histoire, par les performances des acteurs. Je me laisse entraîner par la vision du réalisateur. Bien sûr, je sais maintenant comment on règle les mouvements de caméra, l’éclairage, à quoi sert le montage, etc, mais ce n’est pas gênant. Au contraire, je comprends mieux la signification de certains mouvements de caméra, pourquoi le réalisateur les a choisi et quelles émotions il exprime de cette manière. Je continue à ne pas remarque les erreurs de continuité, par exemple. Par contre, dès qu’une coiffure ou un accessoire change d’un plan à un autre, mon père le remarque tout de suite.



Est-il exact que vous soyez ami avec une autre jeune vedette des films fantastiques, Daniel Radcliffe, alias Harry Potter ?

Oui, nous nous connaissons depuis longtemps ! Avant même que nous tournions pour le cinéma. Puis nous avons eu l’occasion de travailler ensemble et nous ne nous sommes jamais perdus de vue depuis cette époque. C’est très facile de se faire des amis quand on tourne un film, car on forme une sorte de famille pendant quelques mois. Mais quand le tournage s’achève, chacun part de son côté et on ne se voit plus, ce qui est plutôt triste. Quand les gens vivent dans différents pays du monde entier, c’est inévitable, malheureusement, et c’est ainsi que l’on perd le contact avec des gens très sympathiques que l’on a aimé rencontrer.

Vous avez 16 ans et pourtant, on vous fait jouer souvent des rôles de garçons plus jeunes. Est-ce que ça vous ennuie un peu ?

Non. C’est vrai que ça peut paraître un peu bizarre quelquefois, mais les rôles qu’on m’a proposés jusqu’à présent étaient tous intéressants. Les adultes disent souvent « Il faut profiter de son enfance, car elle passe vite ». Pour ma part, je suis content d’avoir l’âge que j’ai et je sais que peu à peu, je vais changer de registre et jouer des rôles d’ados puis de jeune homme, et ça me plaira tout autant. Mais je suis content de profiter encore de l’enfance et des films fantastiques qu’on me propose actuellement avant de passer aux rôles que l’on joue quand on a atteint l’âge adulte. D’ailleurs, je ne sais même pas si je serai encore acteur à ce moment-là. Je n’ai rien décidé. Peut-être que mes études vont m’amener à me passionner pour un autre métier. Je pense que j’aurai plus d’options qui se présenteront à moi quand j’aurai passé tous mes examens scolaires. Mais être acteur, c’est un métier très amusant, et il est possible que je décide de continuer.

Il y a de nombreuses créatures dans Spiderwick. Quelles indications vous donnait-t’on pour vous permettre de jouer sans voir les monstres, puisqu’ils allaient être ajoutés plus tard dans l’image ?

On nous a montré des dessins des différentes créatures pour nous permettre de les visualiser, de savoir quelle était leur taille, comment elles se déplaçaient, etc.. Nous avons vu aussi des tests d’animation 3D, ainsi que des scènes d’animatique. Dans la plupart des cas, les voix avaient été enregistrées à l’avance, ce qui nous permettait de dialoguer avec les personnages. Mais il nous arrivait souvent de regarder une balle de ping pong clouée au bout d’une tige de bois pour représenter les yeux de la créature !

Ce n’était pas trop dur de jouer la comédie dans ces scènes-là ?

Non, sauf quand il fallait que je joue les deux frères jumeaux, tout en réagissant à la présence de plusieurs monstres ! Là, ça devenait un peu compliqué. Il y avait des points de repères disséminés un peu partout dans le décor, et des silhouettes de monstres en carton que l’on disposait aussi à certains endroits.

Est-ce que la discipline que l’on doit s’imposer pour apprendre le texte d’un rôle principal, ou plutôt de deux rôles principaux dans le cas de Spiderwick, ressemble un peu au travail scolaire ?

Le point commun entre les deux activités, c’est qu’il y a une partie de travail que l’on doit faire sérieusement, mais jouer la comédie, c’est d’abord un amusement, surtout quand on tourne une aventure fantastique avec des scènes d’action et des créatures. Je crois que si on ne s’amuse pas quand on est acteur, on ferait mieux de changer de métier ! Il y a tellement de gens qui aimeraient avoir la chance d’exercer cette profession. Je sais à quel point j’ai de la chance, et si jamais je traverse un petit moment de découragement ou de fatigue, je m’en rappelle et ça me redonne aussitôt l’énergie de réagir.

Est-ce que vous êtes obligé de réfléchir beaucoup à vos rôles, à vos personnages, ou est-ce que l’inspiration vous vient naturellement ?

J’étudie très attentivement le script et j’essaie de devenir le personnage. De croire réellement à ce qu’il croit, et de ressentir ses émotions au cours de la scène que je joue. C’était particulièrement important dans ce film fantastique, car on passe de scènes familiales qui doivent être réalistes à des scènes où déboulent des dizaines de monstres extravagants. Il fallait d’abord qu’on s’attache à ces personnages pour que l’on puisse croire à ce qui se passe ensuite.

Vous êtes-vous surpris à être capté par l’histoire et par certaines scènes un peu effrayantes quand vous avez vu le film ?

Oui ! Pendant le tournage, même si vous n’êtes poursuivi que par une simple découpe en carton, vous essayez quand même de vous persuader que c’est un vrai monstre, et qu’il est terriblement dangereux ! Les autres acteurs vous aident aussi à croire à la réalité du moment. J’ai retrouvé ces émotions en voyant le film comme un spectateur normal.

Avez-vous eu réellement peur pendant le tournage ?

Pas vraiment peur, mais quand on se retrouve perché en haut d’un décor comme celui du toit de la maison, même s’il existe tout un tas de systèmes de sécurité, comme des câbles qui pourraient vous retenir si vous tombiez, et des matelas par terre pour amortir une chute éventuelle, vous pouvez avoir un peu le vertige. C’est plus excitant qu’effrayant, en fait. C’est un peu comme relever un défi en surmontant ses craintes. On n’en est que plus fier une fois qu’on l’a fait.

Quelles ont été les scènes d’action les plus difficiles à tourner ?

Les scènes de dialogues et d’interaction entre les jumeaux, particulièrement quand nous nous disputons, car il a fallu que je joue avec une doublure dont ils ont retiré la tête avec des effets spéciaux numériques pour la remplacer par la mienne. Pendant le tournage, c’était assez long à mettre au point et à filmer. Mais le résultat final est bluffant.

Y avait-il à chaque fois une doublure en face de vous quand vous jouiez les deux rôles dans la même image ?

Quelquefois, mais pas tout le temps. Dans la plupart des cas, nous tournions simplement la scène deux fois. L’équipe utilisait des caméras dont les mouvements sont pilotés par ordinateur, pour que la caméra soit capable de reproduire exactement les mêmes mouvements à chaque fois. Nous répétions les mises en place avec une doublure, et nous nous calions par rapport aux différentes positions de la caméra, qui étaient indiquées par des repères placés sur le sol, pour m’aider. La scène pendant laquelle Simon et Jared déballent leurs affaires a vraiment été compliquée à tourner, comme je vous le disais. Il a fallu tout chorégraphier à la seconde près. J’arrivais d’abord en tant que Jared et je devais faire semblant de m’adresser à Simon, et ensuite nous tournions la seconde partie. Dans la plupart des cas, nous enregistrions d’abord le dialogue de l’autre personnage, pour que je puisse me parler à moi-même et bien caler mes répliques.

Comment a-t’on tourné la scène pendant laquelle les créatures vous agrippent et essaient de vous entraîner hors du cercle magique ?

Il y avait plusieurs hommes qui portaient des combinaisons entièrement bleues, et qui avaient des sortes de tiges accrochées au bout des bras dont ils se servaient pour m’entraîner hors du cercle. Ils ont été effacées numériquement ensuite, et remplacés par les créatures en 3D.



Quelle est la scène que vous avez préféré tourner ?

La ballade sur le dos du gryphon. Elle a été tournée devant un fond bleu, alors que j’étais assis sur un support monté sur des vérins hydrauliques. Il pouvait bouger dans tous les sens, comme s’il s’agissait du dos de la créature en train d’évoluer dans le ciel. Je me suis assis dessus et après, j’ai fait semblant de voir des choses merveilleuses autour de moi. C’était génial de voir le résultat final, quand les effets spéciaux ont été ajoutés. Le gryphon est magnifique !

Le tournage d’une production comme Spiderwick mobilise une grande équipe. Comme vous jouez le rôle principal du film, vous ne pouvez pas forcément prendre un moment de repos quand vous le souhaiteriez et vous portez aussi une grande responsabilité sur vos épaules. La trouvez-vous quelquefois un peu pesante ?

Pour moi, ça reste une activité amusante, mais que je fais de manière très professionnelle. Il est évident que je dois arriver sur le plateau en sachant parfaitement mon texte et en étant bien préparé. C’est une question de politesse vis à vis des autres acteurs, du réalisateur et de tout le reste de l’équipe. Personne n’est infaillible, mais nous faisons tous partie d’une équipe et nous nous entr’aidons. Je ne me souviens pas d’avoir déjà pensé « Oh comme j’aimerais être ailleurs » pendant que je travaillais sur un film.

Vous êtes anglais, et pourtant vous interprétez des jumeaux américains avec un accent d’outre-Atlantique très convaincant. Comment vous êtes-vous entraîné à obtenir ce résultat ?

J’avais déjà travaillé avec un coach pour incarner un enfant américain dans le film August rush. Il est revenu travailler avec moi tous les jours et me corrigeait à chaque fois que je reprenais des intonations anglaises. Au bout d’un moment, j’ai décidé de parler constamment avec l’accent américain, même en dehors du tournage, pour que ça devienne une habitude. Je ne voulais pas avoir à me soucier de ça pendant que j’interprétais les deux rôles, mais me focaliser uniquement sur les émotions des personnages. A force de parler comme cela tout le temps, c’est devenu naturel.

Chaque jumeau a une manière bien distincte de parler…

Oui, nous avons essayé de donner un ton plus aigû à Simon, et une voix un peu plus grave à Jared. C’était un moyen supplémentaire d’aider le public à différencier les deux frères.

Avez-vous aimé travailler avec Nick Nolte ?

Oh oui ! C’est une légende du cinéma. Il a une telle puissance, une telle présence quand il arrive sur le plateau. J’ai trouvé formidable l’idée que l’ogre qu’il incarne apparaisse d’abord sous les traits d’un homme âgé un peu fragile. Mais Nick vous fait sentir toute la puissance maléfique qui émane de ce personnage. C’était incroyable d’avoir la chance de travailler avec un tel acteur.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé, comme Ridley Scott, Luc Besson, Tim Burton…

Ce qu’ils ont tous en commun, c’est leur énergie qui semble inépuisable. Ce sont vraiment les personnes qui mènent le film, qui le font avancer. Quand ils arrivent sur le plateau, ils débordent d’idées, comme si des étincelles jaillissaient en permanence de leurs têtes ! (rires) Si vous travaillez avec un réalisateur qui ne sait pas ce qu’il veut, tout le monde est déstabilisé sur le plateau et le film s’en ressent. Les grands réalisateurs savent très précisément ce qu’ils veulent, et ils arrivent en ayant tout prévu à l’avance. Ridley Scott peut rester très calme sur un plateau, parler doucement, tandis que Luc Besson est très expansif, parle fort, et crie même pour que tout le monde l’entende dire « Moteur, Action » ou pour donner ses indications. Tim Burton est très actif et aime donner des indications à tout le monde. Même si ces réalisateurs ont des personnalités différentes, ils ont tous le souci de l’efficacité et savent bien communiquer avec leurs comédiens et leur équipe technique.



Avez-vous hâte de grandir ?

Oui ! (rires) Je crois que j’aimerais être adulte et découvrir cette nouvelle étape de ma vie.

Mais après, vous allez être victime des paparazzis, comme les autres acteurs…

Pourquoi donc ? Je ne vois vraiment pas pourquoi je les intéresserais ! A moins qu’ils aient envie de me photographier quand je vais chercher les croissants à la boulangerie du coin, le dimanche matin ! (rires)

J’imagine que vous avez dû lire des articles consacrés à des jeunes acteurs qui ont connu des déboires ou dont les frasques ont fait les unes des journaux. Comment réagissez-vous au fait d’être devenu célèbre ? Est-ce que ça vous inquiète un peu parfois ?

J’ai les pieds sur terre et ma famille m’aide à ne pas perdre contact avec la réalité. Mes amis, mes camarades d’école et mes professeurs me traient normalement aussi. Je ne pense pas que je vais me mettre soudainement à faire n’importe quoi ! Je crois que je m’en sortirai !

Quelles sont vos matières favorites à l’école ?

J’aime bien les cours de langue. J’apprends le français, l’espagnol et le latin. Les profs de Maths de notre école sont très bons et j’aime bien cette matière aussi.

Et comment les filles réagissent-elles depuis que vous êtes connu ?

Vous savez, il y a toujours des gens qui ont envie de vous connaître parce que vous tournez dans des films. Ils ne s’intéressent pas vraiment à la personne que vous êtes au quotidien, mais plutôt aux rôles que vous avez incarnés. Et ce n’est pas vraiment une base saine pour avoir une relation avec quelqu’un.

Dans le film, vous passez du temps dans la forêt, pour suivre la trace de certaines créatures. Avez-vous passé du temps à la campagne pendant votre enfance, ou avez-vous surtout vécu à Londres ?

Il nous est souvent arrivé de passer les vacances d’hiver en famille, dans un cottage, et de rendre visite à des amis qui vivent à la campagne. J’aime beaucoup les ballades en forêt, mais j’ai surtout vécu en ville à Londres.

Avez-vous déjà signé un contrat pour jouer dans une suite de Spiderwick ?

Je pense que c’est prévu, mais que tout dépend de la manière dont ce film va marcher. En tous cas, ce serait sympathique de retrouver cette équipe et de voir quelles autres aventures ces personnages pourraient vivre.

Est-ce qu’il y a certaines choses que vous n’aimeriez pas interpréter ?

Non, au contraire, j’aime bien changer de registre de film en film. C’est intéressant et stimulant d’être confronté à de nouveaux défis, à de nouvelles visions des réalisateurs.

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