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[Flashback] District 9 – Les ressources du Canada au service des extraterrestres
Article Cinéma du Lundi 14 Aout 2017

Succès surprise de la saison cinématographique 2009, District 9 s'est imposé grâce à l'originalité de son scénario, mais aussi pour la qualité de ses trucages. Ce film de science-fiction, tourné en partie sous forme documentaire, montre des extraterrestres insectoïdes ayant trouvé asile en Afrique du Sud. C'est pourtant du côté de Vancouver qu'ont été conçu les effets spéciaux du premier film de Neill Blomkamp...

Par Pierre-Eric Salard

Bien avant d'être pris sous l'aile du producteur de District 9, Peter Jackson, Neill Blomkamp a en réalité débuté sa carrière dans les effets visuels. Originaire d'Afrique du Sud, il déménage en 1997 pour le Canada, où il intègre la Vancouver Film School. De 1998 à 2004, il travaille pour le studio d'effets visuels Rainmaker Digital Effects avant d'être un des membres fondateurs de The Embassy Visual Effects, à Vancouver. Il y est animateur 3D sur les séries Stargate SG-1, Smallville ou encore Dark Angel. Il se lance ensuite dans la réalisation de court-métrages, dont le premier, Alive in Joburg, est très remarqué. Alors qu'on lui commande de nombreux clips publicitaires (dont celui où une Citroen cache un clone de Transformers), Peter Jackson lui propose de mettre en scène l'adaptation cinématographique d'Halo, la célèbre série de jeux vidéo. Si le développement de ce film est finalement abandonné, il réalise une série de trois publicités à l'occasion de la sortie du jeu vidéo Halo 3. Élaborés avec l'aide du studio d'effets spéciaux Weta, ces clips publicitaires reçoivent de nombreux prix à travers le monde.



C'est donc fort de son expérience dans les trucages que Neill Blomkamp investit deux années de sa vie dans la réalisation de District 9, dont l'histoire est inspirée de son court-métrage Alive in Joburg. « Il est évident que mon expérience dans le domaine m'a aidé à communiquer avec les membres de l'équipe », explique le jeune metteur-en-scène. « Nous parlions le même langage ! J'ai pu leur expliquer ce que je désirais, et je l'ai obtenu très facilement (rires). Ce qui n'a pas empêché cette production d'être épuisante ! Mais cela en valait la peine. C'est comme l'ascension d'une montagne : lorsque vous arrivez au sommet, la vue est excellente. C'est exactement ce que j'ai ressenti lorsque nous avons bouclé la post-production... » Si le scénario de Neill Blomkamp mélange toutes ses préférences en matière de science-fiction, il s'inspire surtout des films d'action fantastiques des années 1980, dont Aliens, Terminator, Robocop et Predator. « District 9 devait sembler aussi réel que possible – même si seulement la moitié du film est filmée de manière traditionnelle. L'environnement en lui-même est 110% réel : c'est Johannesburg ! Je ne voulais pas mettre les effets spéciaux sur un piédestal ; ils sont simplement au service du récit... »



Une opportunité à ne pas rater

La conception des effets spéciaux est confiée à quatre studios distincts. « Nous avons attribué les plans à truquer selon les éléments qui devaient être présents à l'écran. Les extraterrestres ont été conçus par Image Engine (Stargate Atlantis, Watchmen), à Vancouver, et les vaisseaux ont été réalisés par Weta Digital (Le Seigneur des Anneaux), en Nouvelle-Zélande. Deux autres studios de Vancouver ont participé à District 9 : The Embassy pour les exosquelettes et les créatures volantes, ainsi que Zoic Studios (Firefly, Terminator : The Sarah Connor Chronicles) pour une trentaine de plans mineurs. Cette spécialisation m'a simplifiée la vie, puisque chaque studio était responsable de sa propre partie. Le plus gros du travail incombait à Image Engine ; plus de la moitié des 600 plans à truquer du film montraient les extraterrestres ! A l'origine, je pensais que Weta pourrait s'occuper de tous les trucages du film. Mais ils m'ont répondu par la négative ; ils étaient trop occupés par le nouveau film de James Cameron, Avatar. J'ai donc contacté plusieurs studios aux alentours de Vancouver, car je vis là-bas. En outre, les taxes y sont moins onéreuses. Grâce à mes contacts dans l'industrie, j'ai fini par rencontrer les dirigeants d'Image Engine. Ils n'avaient jamais participé à un projet aussi important que District 9, mais je leur ai très vite accordé ma confiance. Ils ont engagé de nombreux artistes et nous étions sur la même longueur d'onde. C'était un pari, mais je ne le regrette pas. Cette équipe a travaillé pendant plus d'un an sur le film, et ils ont fait un excellent travail ». Le producteur des effets visuels pour Image Engine, Shawn Walsh, se souvient se souvient de l'excitation de son équipe lorsqu'ils furent sélectionnés par le réalisaeur. « Nous étions heureux de pouvoir aider Neill à retranscrire sa vision. La manière dont il détourne les clichés sur les extraterrestres va ravir les spectateurs ! Ayant travaillé dans le milieu, il nous connaissait et savait que nous nous investirions à 100% ! » Le design des aliens fut conçu par Weta Workshop (Le Seigneur des Anneaux) durant la préproduction du film. « Les extraterrestres ont nécessité un long développement », raconte Greg Broadmore, designer chez Weta Workshop. « Neill Blomkamp a fini par choisir une illustration en particulier. Il a tourné un plan-test avec cette créature, mais cela ne fonctionnait pas. Il s'est donc tourné vers un alien qui ne ressemblait absolument pas au précédent. Nous voulions juste faire une bestiole plus imposante et inquiétante... » En mai 2008, Image Empire modélise la créature en 3D. 110 artistes travaillent alors pour le studio, sous la supervision de Dan Kaufman. L'animation de l'extraterrestre est accomplie en utilisant plusieurs techniques : key-frame (méthode d'animation consistant à établir des positions fixes du modèle et à calculer ensuite les mouvements intermédiaires), rotoscopie et captures de mouvement. « En tant que superviseur de l'animation, District 9 a été une incroyable aventure », raconte Steve Nichols. « Grâce à l'appui d'un réalisateur enthousiaste, nos équipes ont pu concrétiser l'opportunité qui s'offrait à nous. Nous sommes très fiers du résultat ». Le rendu des aliens est ensuite réalisé sous le logiciel 3Delight de DNA Research.

Un travail de longue haleine

Bien avant la post-production de District 9, les équipes d'Image Engine avaient déjà collaboré avec The Embassy Visual Effects. Ces sociétés ont conçu une soixantaine de plans truqués pour deux productions des Studios Marvel (respectivement L'Incroyable Hulk et Iron Man). Après avoir travaillé sur la séquence de « l'armure Mark 1 » d'Iron Man, The Embassy s'est retrouvé être le candidat idéal pour s'occuper de la scène de l'exosquelette de District 9. L'exosquelette est une armure de combat à la technologie extraterrestre. L'un des fondateurs de The Embassy, Winston Helgason, a passé un mois en Afrique du Sud pour superviser le tournage de cette séquence d'action. « Il devait y avoir de nombreuses interactions entre l'exosquelette, les acteurs et le décor », se souvient Winston Helgason. « Il fallait modéliser l'amure de combat, l'animer par key-frames et l'intégrer dans les prises de vues réelles – qui furent tournées avec des caméras numériques RED comme un documentaire, sur le vif ! Il a donc fallu faire le tracking de l'armure de combat et récréer les lumières ! Nous l'avons animé sur le logiciel Softimage et avons fait le compositing sous Shake. Des soldats tiraient ; il fallait donc intégrer les impacts de balles et de la fumée. Ce fut un travail de longue haleine ! C'était la première fois que nous travaillions à partir d'enregistrements numériques. Cela a ses avantages, comme l'absence de grain. Mais le processus de compositing a été particulièrement ardu... » Les Studios Zoic ont également participé à la création de cette séquence, en ajoutant notamment des explosions. Les artistes de ce studio se sont surtout occupés du « fluide alien », qui se comporte comme le ferrofluid (un liquide noir formé de particules paramagnétiques de fer et qui peut être attiré par un aimant). « Nous l'avons animé sous Maya et nous avons fait le rendu sous Mental Ray », explique le superviseur des effets visuels de Zoic, Patti Gannon. « Nous nous sommes servi de Boujou pour le tracking et de Shake pour le compositing. Cela ne s'est pas avéré trop complexe, mais il nous a fallu un certain temps pour obtenir le résultat désiré par le réalisateur... » Grâce au travail passionné des artistes canadiens, Neill Blomkamp a pu signer l'un des films de science-fiction les plus surprenants de ces dernières années ! Gageons que cette collaboration perdurera pour ses projets futurs, qui sont d'ores et déjà très attendus par les fans de fantastique... qu'il s'agisse d'Halo ou non !

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