Signé d’un ZAZ comme…David Zucker
Article Cinéma du Mercredi 14 Mai 2008

Les confidences d’un maître de la parodie

Par Pascal Pinteau

En reprenant la direction de la série des Scary Movie il y a quelques années , David Zucker a réussi un double exploit : faire oublier un second épisode bâclé et insoutenable de vulgarité, et obtenir un meilleur score en salles que celui du premier opus. Scary Movie 3 a dépassé la barre des 100 millions de dollars au bout de cinq semaines, et Scary Movie 4 a été tout aussi bien accueilli. Aujourd’hui, ce membre de l’équipe ZAZ (Jerry Zucker/Jim Abrahams/David Zucker) auquel on doit moult dynamitages de clichés hollywoodiens, s’attaque aux justiciers masqués avec Super-héros movie (sortie le 4 juin en France). Zucker est cette fois-ci producteur tandis que Craig Mazin officie au script et à la réalisation.

La naissance du trio ZAZ

La carrière de David Zucker commence sur les bancs du collège, dans les années 70, lorsque le jeune iconoclaste réalise ses premiers films en super-8, déjà truffés de gags. David et son frère Jerry connaissent par cœur les BD du journal MAD, dans lequel le scénariste Harvey Kurtzman et les dessinateurs Jack Davis, Wally Wood et Bill Elder caricaturent les mythes Américains avec une intelligence féroce. Les frères Zucker persuadent leur camarade Jim Abrahams de se lancer avec eux dans le spectacle pour transposer leurs parodies sur scène. Ils créent la troupe du Kentucky Fried Theater - référence dérisoire à la chaîne de restauration rapide « Kentucky Fried Chicken » , spécialisée dans le poulet frit ! - dans l’arrière-boutique d’une librairie de la petite ville de Madison, dans le Wisconsin. Après cette période d’apprentissage, le trio tente la grande aventure et part s’installer à Los Angeles en 1972. S’ensuit une période de petits boulots alimentaires et d’expériences théâtrales de plus en plus abouties. Les trois amis présentent leur premier spectacle professionnel en 1977, qui mêle déjà des vidéos satiriques, et des projections de films aux sketches. Le public réagit d’autant mieux que l’émission Saturday night Live présentée sur NBC a déjà popularisé ce nouveau style comique qui tire sur tout ce qui bouge. Grâce au bouche à oreille des spectateurs et à quelques critiques élogieuses, Zucker, Abrahams et Zucker jouissent rapidement d’une excellente réputation. Ils sont alors approchés par John Landis. C’est lui qui transpose au cinéma les sketches de leur spectacle dans the Kentucky Fried movie (En VF Hamburger film sandwich !) Interprété, écrit et produit par le trio, cet Ovni du rire remporte un énorme succès, et se classe en tête des recettes du cinéma indépendant.

Les années Paramount

En 1980, les ZAZ signent un contrat avec les studios Paramount. Airplane (Y-a t’il un pilote dans l’avion ?) marque les débuts du genre cinématographique qui sera leur marque de fabrique : les comédies interprétées par des acteurs « sérieux ». Lorsque Robert Stack (Eliott Ness dans la série les Incorruptibles ) ou Peter Graves (Jim Phelps, le chef de l’équipe de Mission impossible ) déclament leurs répliques avec un flegme imperturbable, le chaos qui les entoure atteint son paroxysme comique. Ce premier film « 100% ZAZ » est un véritable tir de barrage de gags visuels et de dialogues crétins. On n’a encore jamais vu des gags jaillir à un tel rythme au cinéma, si ce n’est dans les cartoons de Chuck Jones ou de Tex Avery. Sacrés rois de la parodie par le public et par les critiques, les ZAZ sont sollicités par la télévision . Ils conçoivent la série Police Squad ! dans laquelle apparaît le personnage du Lieutenant Frank Drebin, incarné par un Leslie Nielsen stupéfiant de drôlerie. L’acteur qui fut le vaillant capitaine de Planète interdite , bijou de la SF des années 50, stagne alors dans des seconds rôles sérieux, au cinéma et à la télévision. Malheureusement, les petits bijoux de 25 minutes que sont les Police Squad ! réjouissent plus les critiques et les fans que le grand public, accaparé par Arabesques ou Magnum. La série s’arrête au bout de six épisodes, malgré la participation de réalisateurs comme Joe Dante. Déçus, les ZAZ se rattrapent au cinéma avec le sublime Top Secret ! , qui restera leur chef d’œuvre. En 1986 David Zucker et Jim Abrahams réalisent ensemble Ruthless people (Y a t’il quelqu’un pour tuer ma femme ?) , une comédie qui n’aura pas le même succès que leurs parodies, en dépit de l’abattage de Bette Midler. Pour renouer avec le succès, David Zucker réalise seul The Naked Gun, from the files of Police Squad ! en 1988. Ce « pistolet nu » , opportunément rebaptisé Y a t’il un flic pour sauver la reine ? en France, marque le retour de Frank Drebin. L’inénarrable Leslie Nielsen devient enfin une star. Le second volet, Y a t’il un flic pour sauver le président ? dépasse les scores de l’original au box-office mondial. Le troisième et dernier épisode, Y a t’il un flic pour sauver Hollywood : l’ultime outrage est lui aussi un franc succès. Peu avant Scary Movie 3 , David Zucker a également mis en scène My boss’ daughter avec Ashton Kutcher, Tara Reid et Terence Stamp. Après Scary movie 4, il ne pouvait que réagir à la déferlante de films de superhéros. C’est plus particulièrement Spider-Man qui est passé à la moulinette par la seconde génération de collaborateurs de l’équipe Zucker…

L'incroyable introduction de Y a t'il un flic pour sauver Hollywood ?, qui parodie Les Incorruptibles :


Entretien avec David Zucker

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Quelles étaient vos idoles et vos sources d’inspiration à l’époque où vous avez fondé l’équipe « ZAZ » avec votre frère Jerry et avec Jim Abrahams ?

Nous adorions Woody Allen, et j’aimais tout particulièrement les Marx brothers. Mais nous aimions tout autant les films « sérieux », surtout lorsqu’ils s’agissait de séries B, qui étaient souvent plus savoureuses que des films comiques ! Tous ces films de la série Airplane (Le plus connu de ces films fut 747 en péril, avec Charlton Heston) qui décrivaient des catastrophes aériennes nous semblaient hilarants. Certains acteurs comiques de notre époque nous étaient indifférents tandis que des comédiens comme Robert Stack, Leslie Nielsen et Llyod Bridges nous faisaient mourir de rire ! Je ne sais pas si vous vous souvenez de ce film Japonais que Woody Allen avait entièrement doublé avec de nouveaux dialogues, What’s up Tiger Lily ? , eh bien c’est cette idée que nous avons poussé plus loin lorsque nous avons conçu Y a t’il un pilote dans l’avion ? . Nous avons mis Robert Stack, Leslie Nielsen et Peter Graves dans les situations les plus stupides, en leur demandant de jouer le plus sérieusement du monde. A l’époque, c’était la première fois qu’un film comique était interprété par des acteurs sérieux.

N’étiez-vous pas aussi de fidèles lecteurs du magazine MAD ?

Oh, oui, bien sur ! J’ai oublié d’en parler ! Ma mère me dit souvent qu’elle se souvient de moi, à 13 ans, en train de hurler de rire, plongé dans la lecture du dernier numéro de MAD ! Je me rappelle de cette rubrique du magazine qui s’intitulait « Des scènes que nous aimerions voir », qui parodiaient des films ou des séries télé. Et c’est exactement ce que nous avons fait plus tard au cinéma !

Vous avez débuté au théâtre, par un spectacle qui a attiré l’attention d’Hollywood. Ce show « live » a-t’il été enregistré pour la postérité ?

Oui, nous en avons gardé des bandes vidéo. Mon bureau de Los Angeles vient de les transférer sur DVD pour éviter que la qualité des images ne continue à se détériorer. Je vais faire un montage du show qui sera présenté cet hiver au festival de comédie d’Aspen, au cours d’une soirée qui nous sera consacrée.

Quels sont les secrets de la méthode « ZAZ » ? Comment travaillez-vous pour passer à la moulinette les films que vous allez parodier ensuite ?

Nous nous réunissons et nous regardons les video de ces films, en faisant presque du « doublage spontané ». Nous lançons des idées et nous les notons ainsi au fur et à mesure. Dans la plupart des cas, nous prenons des situations établies et nous les transformons pour surprendre le public. Nous nous éclatons à faire çà ! Nous sommes payés pour organiser ces parties de rigolades ! Au début c’était Jim qui retranscrivait tout ça sur ordinateur. Mais ça fait longtemps que je n’ai plus retravaillé ainsi avec Jerry et lui. Ça remonte au premier film de la série Y a t’il un flic… . Je travaille à présent avec Pat Proft et Greg Mason.

Quels souvenirs gardez-vous de la série Police Squad ! dans laquelle le personnage du lieutenant Frank Drebin est apparu pour la première fois ?

Police Squad ! était très difficile à tourner parce que nous ne disposions que d’une semaine pour filmer un épisode d’une demi-heure bourré de gags. Je ne crois pas que nous serions parvenus à garder un tel rythme si la série avait continué au-delà de six épisodes ! Heureusement, la série a été annulée rapidement ! Nous nous sommes rendu compte à ce moment-là que les gens ne regardent pas la télévision avec la même attention qu’un film, dans une salle de cinéma. Avec le grand écran, les rires des spectateurs autour de vous, l’impact comique est décuplé. Nous ne pouvions pas ajouter une piste de rires pré-enregistrés aux épisodes de Police Squad ! étant donné que les situations étaient sensées être sérieuses. A la maison, les gens parlent pendant qu’ils regardent la télé. Ils répondent même au téléphone ! Et ils loupent les meilleurs gags !

Un extrait Y a t'il un flic pour sauver la reine ? (1989) qui parodie les habituels montages entrecoupant de nombreux films :


Verra-t’on le lieutenant Frank Drebin dans de nouvelles aventures ?

Je connais bien les différences qui existent entre les studios, à Hollywood. Miramax et Dimensions Films sont dirigés par des gens très malins, d’excellents professionnels. J’ai beaucoup de respect pour les frères Weinstein et je comprends maintenant pourquoi leurs films récoltent souvent des Oscars. Paramount, qui détient les droits de Y a t’il un flic… , a complètement perdu le sens de l’humour. A l’époque où le studio était dirigé par Michael Eisner, Jeffrey Katzenberg et Frank Mancuso, les comédies y avaient leur place. Mais maintenant, on n’y trouve plus que des cadres étriqués et dénués de toute fantaisie.

Making of de Y a t'il un flic pour sauver le président (1991), première partie :


En un mot, Paramount laisse dépérir la franchise Y a t’il un flic… ?

Oui ! C’est une franchise connue dans le monde entier, et je suis sûr qu’un nouveau film de la série fonctionnerait très bien. Où que j’aille pendant mes voyages, on me réclame toujours un nouveau Y a t’il un flic… , mais malheureusement, tout est bloqué à Paramount…

Making of de Y a t'il un flic pour sauver le président (1991), seconde partie :


En Anglais, le titre des Y a t’il un flic… est « The Naked gun » (le pistolet nu). Qui a trouvé ce titre formidable ?

Des gens du service de pub de Paramount. C’était une idée géniale.

Making of de Y a t'il un flic pour sauver le président (1991), troisième partie :


C’est avec plaisir que l’on a retrouvé dans Scary Movie 3 et 4 des habitués de l’univers ZAZ comme Charlie Sheen et Leslie Nielsen. Pouvez-vous nous expliquer comment vous travaillez avec eux ?

Je n’avais pas travaillé directement avec Charlie auparavant, car les deux films de la série Hot Shots ont été conçus par Pat Proft et Jim Abrahams. J’ai eu beaucoup de plaisir à collaborer avec Charlie et à développer des concepts qu’il poussait plus loin encore. J’ai travaillé de la même manière avec Anna Farris. Ils comprennent parfaitement les ressorts de la comédie. Charlie débordait d’enthousiasme et de désir de faire de nouvelles choses. Quand à Leslie Nielsen…Leslie est un monument, un acteur extrêmement doué, qui vous surprend toujours par sa capacité à faire tout ce que vous voulez. J’ai été très heureux de le retrouver.

Les gags visuels de vos films sont souvent très élaborés et nécessitent l’emploi d’effets spéciaux que l’on devine longs à mettre en place et difficiles à tourner. Quels ont été les gags les plus complexes des deux Scary movie ?

Ceux avec les extraterrestres dans Scary Movie 3. Leurs yeux étaient contrôlés à distance, par radiocommande. Nous avions choisi les acteurs qui les incarnaient parce qu’ils étaient de bons mimes, sans nous rendre compte qu’ils étaient aussi très très gays. Tellement gays qu’il fallait leur demander de faire des gestes un peu moins maniérés lorsqu’ils portaient les costumes des extraterrestres ! Nous n’avions pas prévu de montrer des extraterrestres de ce genre dans le film !



Ou alors, ça aurait été une toute autre rencontre du troisième type…

Exactement ! (Rires) Nous avons utilisé d’autres effets spéciaux complexes pour torturer le pauvre petit Cody. Le garçon était alors remplacé par un mannequin que l’on a dû catapulter avec un canon, écraser, projeter dans les pales d’un ventilateur. Nous sommes de vrais monstres !

Avez-vous dû renoncer à tourner certains gags des Scary Movies, parce que les trucages étaient trop coûteux à réaliser ?

Il n’y a rien qui ait été supprimé pour des raisons budgétaires. Le studio nous a soutenu dans toutes nos démarches et nous a même encouragé à en rajouter. Selon moi, il ne faut pas que la comédie soit trop élaborée ou trop complexe. Certaines des choses les plus coûteuses que nous avons filmées ne se sont pas révélées être aussi drôles que nous l’avions espéré. Des scènes entières qui parodiaient Matrix 2 et 3 ont été coupées. Ces gags avaient été prévus avant que les films ne sortent et avant que l’on se rende compte que le public avait été déçu par ces deux suites. Nous avons tourné toute une scène qui parodiait le combat de Matrix reloaded qui oppose Neo aux clones de l’agent Smith. Dans notre version, Anna Faris se battait contre des centaines de petites filles identiques (rires). Nous avons aussi tourné une scène dans laquelle Simon Rex se transformait en Hulk et combattait les extraterrestres. Nous avions utilisé des effets de fausse perspectives et un costume pour filmer ça. Le public avait bien réagi lors des projections-test, mais cette séquence intervenait trop tard dans le film et le déséquilibrait.

Vous souvenez-vous de certains moments de désespoir et d’enthousiasme pendant la réalisation de Scary Movie 3 ? On vous demandait de ressusciter une franchise cinématographique en danger…

Oui, pendant la première projection-test, nous avions encore toutes ces scènes qui se moquaient des combats de Matrix et de Hulk. Le public réagissait bien à la première partie du film, mais ne riait pas assez pendant la seconde partie. C’est à ce moment-là que nous avons convenu de couper ces scènes et de tourner vingt nouvelles minutes. Il s’agit de toutes les scènes qui se déroulent dans la cave de la ferme de Charlie Sheen, et la découverte du puits. Nous avons coupé aussi toutes les scènes avec le psychiatre d’Anna, interprété par Christopher Plummer, qui lui révélait que le personnage de Cody n’était qu’une invention de son esprit, comme dans A beautiful mind . Mais en coupant les scènes du psy, les malheurs du vrai Cody n’en deviennent que plus drôles.

Avec tous ces gags et ces effets spéciaux complexes à préparer, quelle place laissez-vous à l’improvisation et aux idées de dernière minute au moment du tournage d’un film ?

Relativement peu de place. On garde toujours la possibilité d’ajouter des trucs in-extremis, mais ça arrive rarement. Nous consacrons beaucoup de temps à l’écriture. Chaque gag doit subir un certain nombre d’épreuves avant d’être retenu. Et s’il reste dans le scénario, après maintes réécritures, jusqu’au moment du tournage, c’est que nous le trouvons tous vraiment drôle. Quand je filme, j’insiste pour que les acteurs respectent les dialogues au mot près, car un seul mot en plus ou en moins peut tuer une plaisanterie. Il peut arriver que nous improvisions un dialogue de remplissage, qui a lieu pendant un gag visuel important, mais c’est tout. Les rares fois où nous tentons de tourner une nouvelle idée de gag sur le plateau, nous nous débrouillons pour la filmer de telle manière qu’elle puisse être aisément coupée au montage.



Les projections-tests sont donc très importantes pour vous…

Oui. C’est toujours le public qui a raison. Si un de nos gags ne les fait pas rire, il disparaît. C’est la raison pour laquelle nous tournons toujours des tas de gags, en sachant que certains d’entre eux vont être coupés.

Quels acteurs connus pour leur rôles sérieux aimeriez-vous diriger dans une de vos parodies ?

(David Zucker réfléchit longuement) Lee Majors ! (rires) (Lee Majors incarnait le colonel Steve Austin dans la série L’homme qui valait trois milliards ) Je le trouve drôle. Il pourrait être le prochain Leslie Nielsen ! Qui d’autre ? Voyons voir…

Et pourquoi pas Michael Douglas ?

Pourquoi ?

Il a cette sorte d’intensité, cette tendance à rendre dramatique la moindre réplique, comme si le sort du monde en dépendait.

Oh oui, vous avez raison…il pourrait être vraiment très drôle ! Okay, vous pouvez noter ça : j’annonce officiellement que j’aimerais bien tourner avec Michael Douglas !

Quels sont les gens qui vous font rire aujourd’hui, à la fois dans et en dehors du showbiz ?

Jim Carrey, Ben Stiller, Will Ferrell. J’aime beaucoup les frères Farelli. Ce sont des vieux, vieux amis. On jouait ensemble au basket devant mon garage bien avant qu’ils ne fassent des films ! Mohammed Ali avait un sens de l’humour incroyable. Rudi Giuliani, l’ancien maire de New York, est également très drôle.



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