Preview : L'Apprenti sorcier – Quand Nicolas Cage emprunte le chapeau de Mickey
Article Cinéma du Lundi 14 Juin 2010

Soixante-dix ans après Fantasia, les studios Walt Disney Pictures s'inspirent à nouveau d'un poème de Goethe pour conter les aventures d'un apprenti sorcier. Sous l'égide du producteur Jerry Bruckheimer, Mickey abandonne ses pouvoirs et ses balais incontrôlables pour permettre à Nicolas Cage de sauver New-York. Toujours empreint de magie, le film promet d'être moins poétique mais aussi plus spectaculaire que la célèbre séquence de Fantasia, dont les racines datent de 1797...

Par Pierre-Eric Salard



1797 est en effet l'année durant laquelle le poète et dramaturge allemand Johann Wolfgang von Goethe (Faust) écrit l'une de ces plus légendaires œuvres, Der Zauberlehrling, plus connu en France sous le nom L'Apprenti sorcier. Le récit de cette poésie semble s'inspirer d'un texte d'un sculpteur et écrivain grec de l'antiquité, Lucien de Samosate, intitulé L'incrédule. Pour l'anecdote, ce dernier est considéré comme étant l'un des premiers auteurs de science-fiction, puisque son conte L'Histoire véritable narre un voyage sur la lune, près de deux siècles avant Jésus Christ ! Dans le court poème de Goethe, un jeune sorcier profite de l'absence de son maître pour jouer avec ses pouvoirs magiques, ce qui lui est formellement interdit. Il anime un balais, lui adjoint des membres pour porter des seaux et lui demande de chercher de l'eau dans un ruisseau. Mais il perd le contrôle de l'objet, qui vide indéfiniment ses seaux ! L'eau se répand, et l'apprenti sorcier se voit obligé d'attraper le balais et de le casser en deux... Mais les deux moitiés se redressent et continuent à renverser leurs seaux ! La pièce entière est inondée, et le jeune magicien se retrouve obligé d'appeler au secours son maître, qui répare les dégâts provoqués par l'apprenti avant de le punir... Cent ans plus tard, ce poème philosophique sur la sagesse et le pouvoir inspire l'orchestrateur et compositeur français Paul Dukas, qui rencontre le succès populaire en 1897 avec son célèbre scherzo symphonique L'Apprenti Sorcier. Mais cet air entrera définitivement dans l'Histoire une quarantaine d'années plus tard... En 1937, alors que les studios Disney viennent de rencontrer leur premier succès au cinéma avec Blanche-Neige et les Sept Nains, Walt Disney décide de développer en parallèle Pinocchio et un court-métrage d'animation s'inspirant de L'Apprenti Sorcier. Souhaitant produire une oeuvre ambitieuse et réconcilier les jeunes avec la musique classique, il se procure les droits d'adaptation et demande au chef d'orchestre Leopold Stokowski de diriger la composition de Dukas. Alors que le rôle principal est d'abord dévolu au nain Simplet, Walt Disney décide finalement de l'attribuer à un certain Mickey Mouse, dont l'aura commence à décliner. La décision est salvatrice, l'apparition de Mickey étant l'une des plus emblématiques de l'histoire de la souris ! Magnifiée par l'entêtant thème musical de Paul Dukas, cette version de L'Apprenti Sorcier respecte le poème original, à ceci près que le sorcier se montre bien plus sévère envers son élève que dans le texte de Goethe. Mickey Mouse y est un modeste balayeur qui profite du sommeil de son maître pour lui dérober son chapeau magique (devenu depuis l'un des emblèmes des studios Disney) et provoquer une série de catastrophes ; la marche des balais est encore gravée dans la mémoire collective... Achevé en 1938, le court-métrage incite les studios Disney à poursuivre la fusion de l'animation et de la musique classique et à produire un projet bien plus ambitieux : Fantasia. Sept autres célèbres thèmes musicaux y sont illustrés sous forme de court-métrages d'animation, tous plus réussis les uns que les autres. A sa sortie, en 1940, ce film expérimental, sans dialogue, est considéré comme un pont entre les arts. Si les jeunes générations ne sont pas choquées par ce mélange des genres, le film ne rencontre pas le succès escompté. Cependant, au cours des décennies suivantes, Fantasia obtiendra le statut de film culte et popularisera l'histoire de Goethe. Mais les studios Disney n'en ont pas terminé avec L'Apprenti Sorcier ! Le segment est tellement populaire qu'il sera réutilisé soixante ans plus tard dans Fantasia 2000. Et la firme de Mickey cache plus d'un tour dans son chapeau magique...



La classique lutte entre le bien et le mal

En février 2003, alors que le phénomène Harry Potter est en plein essor, les studios Disney envisagent de revisiter L'Apprenti Sorcier sous forme de long-métrage mêlant prises de vue réelles et images de synthèse. La réalisation est confiée à Rob Minkoff (Le Roi Lion, Stuart Little). Le scénariste David Berenbaum (Elfe, Les Chroniques de Spiderwick), quant à lui, est chargé d'enrichir l'histoire. Après tout, le court-métrage ne durait qu'une poignée de minutes ! La nouvelle de ce recyclage effraie les passionnés de cinéma, qui ne comprennent pas pourquoi Disney prend le risque de malmener un des joyaux de son héritage ! Sacrilège ! Le développement est finalement annulé ; le studio aurait été échaudé par ces réactions ou par le faible succès du Manoir hanté et les 999 fantômes, un film inspiré par une attraction des parcs Disneyland et réalisé en 2003 par Rob Minkoff. Quoiqu'il en soit, Walt Disney Pictures ne mentionnera plus ce projet... jusqu'en février 2007 ! Suite au succès de la saga des Pirates des Caraïbes et de Benjamin Gates et le Trésor des Templiers, le studio décide de s'associer à nouveau avec le producteur Jerry Bruckheimer (Armageddon, Prince of Persia). La réalisation de cette relecture de L'Apprenti Sorcier est d'ailleurs confiée à Jon Turteltaub, qui a signé les deux volets de Benjamin Gates ainsi que Rasta Rocket pour Disney. On ne change pas une équipe qui gagne ! Rodés aux adaptations musclées de leurs grands classiques (Les 101 Dalmatiens) et de leurs attractions (Les Pirates des Caraïbes), les dirigeants des studios Disney imaginent une grande aventure fantastique se déroulant à notre époque, à New York. Le film sera donc une libre adaptation du célèbre dessin animé et du poème. « J'ai vu Fantasia dans mon enfance », se souvient Bruckheimer. « Mais je ne l'ai plus vu depuis. Nous l'avons donc regardé de très nombreuses fois (rires) ! Je pense que L'Apprenti Sorcier est un très bon concept, qui possède toutes les qualités nécessaires pour devenir un bon film contemporain. Je n'ai jamais rien vu qui pourrait lui ressembler, et comme j'adore produire des films originaux... Nous respecterons le court-métrage original, mais il s'agira de notre version. J'insiste là-dessus. Nous ferons ce qu'il faudra pour que le film plaise aux spectateurs de notre époque... » L'écriture du scénario est confiée à Lawrence Konner (La Planète des Singes version 2001), Mark Rosenthal (Star Trek VI) et Matt Lopez (La montagne ensorcelée). Ils héritent d'une tache difficile : développer un véritable récit de long-métrage autour d'un concept réduit originellement à sa plus simple expression. Ils ajoutent notamment une histoire d'amour et une bataille immémoriale entre deux factions de sorciers : les adeptes de Merlin et les disciples de la fée Morgan. Vous aurez reconnu deux célèbres magiciens des légendes arthuriennes... et deviné où résident le bien et le mal ! Depuis de nombreuses années, un vieux sorcier, Balthazar Blake, voyage à travers le monde pour trouver un magicien capable de mettre un terme à ce conflit. Il protège désormais New-York des sombres desseins de son rival, le terrible sorcier Maxim Horvath. Déterminé à prendre prossession de Manhattan, ce dernier prépare un sombre plan avec l'aide d'un illusionniste. Mais Balthazar Blake finit par se trouver -enfin ! - un apprenti en la personne de Dave Stutler... Mais avant de donner un cours intensif de magie au sceptique jeune homme, il lui faut déjà le convaincre ! Non sans mal, l'apprenti suivra les pas du vieux sorcier et s'engagera dans la lutte contre le mal en partant à la recherche de reliques qui renferment les esprits des anciens sorciers maléfiques...

La magie du cinéma

La relation entre le sorcier et son apprenti est au cœur du film. « C'est la pierre angulaire du récit », confie Jerry Bruckheimer. « Il y a beaucoup d'humour, et j'adore quand on peut mêler la comédie avec des scènes dramatiques. Le réalisateur Jon Turteltaub possède un excellent sens de l'humour et dirige merveilleusement bien les acteurs. Imaginez donc sa joie de retrouver Nicolas Cage... » Le comédien n'en est pas à sa première participation à une production Bruckheimer. « Nous avons fait cinq ou six films ensemble. Dès le départ, nous pensions à lui pour Balthazar Blake. Vous savez, quand vous avez trouvé un partenaire talentueux, vous ne pouvez plus vous en passer (rires) ! C'est aussi simple que ça ! » Nicolas Cage n'a jamais caché sa passion pour Fantasia, qu'il avoue regarder chaque année. « Ce film fut ma première véritable introduction à la musique classique. Il y avait ces séquences animées avec des dinosaures, des ogres et des gargouilles... C'était brillant, tellement imaginatif ! C'est donc un honneur de pouvoir incarner le vieux sorcier. Le film parle de l'antique conflit entre le libre arbitre et le destin. Nous ne voulons pas faire un nouveau Harry Potter, mais le 11 septembre 2001 m'a poussé à faire des films pour les enfants. Lorsque les temps sont durs, il devient important de faire naître des sourires sur les visages des quatre coins du monde. C'est l'objectif de L'apprenti Sorcier... ». Le rôle éponyme est attribué à Jar Baruchel, un jeune comédien qui a fait ses armes dans Tonnerre sous les Tropiques. Le terrible Maxim Horvath est incarné par Alfred Molina (Les Aventuriers de l'Arche Perdue, Spider-Man 2, Prince of Persia). Monica Bellucci (Matrix Reloaded) interprète Veronica, une gentille sorcière, alors que Teresa Palmer (Mad Max 4) joue Becky, dont est éperdument amoureux l'apprenti sorcier... depuis ses dix ans ! Enfin, le rôle de l'illusionniste Drake Stoner est confié à Toby Kebbell (RocknRolla). Alors que les responsables artistiques cherchent à mêler notre monde à celui de la magie, la décoratrice Naomi Shohan crée une version imaginative de New-York, où les sorciers pourront mener bataille. Le film est d'ailleurs tourné dans la « Grosse pomme » au printemps 2009. « C'est fantastique », raconte Jerry Bruckheimer. « Cette ville est magnifique, elle fourmille de couleurs ! En plus, la mairie nous a fait une réduction (rires) ! Les new-yorkais ont été très coopératifs. Bien sûr, il faut rester réaliste : hors de question de bloquer Madison Avenue un vendredi à 17 heures (rires) ! » La coopération de la municipalité et des citoyens n'a malheureusement pas empêché quelques incidents sur le tournage. Un jour pluvieux de mai 2009, une Ferrari F430 utilisée pour une scène de poursuite automobile est sortie de la route et a traversé la vitre d'une pizzeria de Time Squares, blessant deux badauds au passage ! Deux jours plus tard, une voiture a renversé neuf membres de l'équipe de tournage en voulant éviter un taxi qui lui coupait la route... Plus de peur que de mal, puisque les techniciens s'en sont sortis avec de légères blessures. Même les pouvoirs des plus grands sorciers ne font pas le poids face à une chaussée glissante ! Le film a pu ensuite entrer en post-production. « Les techniques de prévisualisation se sont considérablement améliorées », raconte Jerry Bruckheimer. « Nous avons pu préparer les scènes d'action plan par plan ! Nos artistes ont créé de véritables petits films, qui ressemblent à des jeux vidéo. Cela nous permet de savoir ce que nous devons construire, ce que nous pouvons utiliser dans la ville et ce que nous devons créer en images de synthèse. Nous avons pu ainsi préparer en amont une spectaculaire scène qui se déroule sur le Chrysler Building. Dans une autre séquence, tournée à Brooklyn, Balthazar et Dave se battent contre des statues de loup réveillées par magie. Nous devions prévoir les nombreuses interactions entre les décors – la ville de New-York -, nos accessoires et les effets visuels. Ces derniers sont supervisés par John Nelson, qui a gagné l'Oscar des Meilleurs effets spéciaux pour Iron Man ». La bande-annonce diffusée en décembre dernier lève le voile sur un film qui a considérablement développé le postulat initial, à tel point que le rapport avec Fantasia et le poème de Goethe semble s'être évaporé. Et pourtant, nous pouvons y apercevoir l'iconique séquence des balais, pour le plus grand plaisir des amateurs de Fantasia ! Et la célèbre musique de Paul Dukas ? « Bien que le réalisateur souhaite apposer sa marque au film, je crois bien qu'il va intégrer, à un moment ou à un autre, le thème musical que nous connaissons tous », avoue Nicolas Cage. L'hommage devrait donc être présent. Tout comme la magie, qui prendra possession des salles françaises le 11 août prochain. D'ici là, enfermez vos balais ! L'Apprenti Sorcier est peut-être déjà près de chez vous...

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