Entretien avec Gemma Arterton, nouvelle icône du cinéma fantastique
Article Cinéma du Jeudi 05 Aout 2010

Après avoir vampé James Bond dans QUANTUM OF SOLACE cette ravissante anglaise, sortie de son cours d’arts dramatique il y a seulement trois ans, s’affirme comme l’une des jeunes actrices les plus en vue à Hollywood. Alors que nous venons de la découvrir dans le rôle de Io, la demi déesse du CHOC DES TITANS, puis en grande prêtresse, chargée de protéger à tout prix une dague magique dans PRINCE OF PERSIA, LES SABLES DU TEMPS, elle est encore présente cet été sur les écrans dans LA DISPARITION D’ALICE CREED et dans l’adaptation de la bande dessinée TAMARA DREWE, et démontre toute l’ampleur de son talent. Nous l’avions rencontrée peu avant la sortie de PRINCE OF PERSIA pour évoquer ses débuts au cinéma, sa découverte des coulisses des superproductions, et ses projets…

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Vous intéressiez-vous déjà au cinéma fantastique, quand vous étiez enfant ?

Oh oui. Jusqu’à 12-13 ans, j’adorais les comédies musicales comme MARY POPPINS, et les films d’action comme LE CHOC DES TITANS, puis à l’adolescence, je me suis passionnée pour les drames psychologiques et les films très sombres, comme ceux de Michael Haneke. (rires) Et paradoxalement, les trois premiers films dans lesquels j’ai joué sont tous des films d’action ! J’ai été très surprise de devenir une James Bond girl, parce que je m’attendais à jouer des rôles de femmes névrosées dans des films d’auteurs bizarres ! (rires)

Qu’est-ce que cela vous fait de vous retrouver à l’affiche des deux plus gros blockbusters de cette année ?

Si j’y pense en ces termes, ça me sidère. Je ne m’imaginais pas tenir ce genre de rôles, à cause de ma formation théâtrale. Je joue d’ailleurs dans une pièce en ce moment.(THE LITTLE DOG LAUGHED, présentée au théâtre Garrick, à Londres, NDLR.) Donc si je commence à me dire que je suis à l’affiche de deux superproductions en même temps, ça a tendance à m’inquiéter, car je ne me vois pas du tout mener une carrière d’actrice abonnée aux blockbusters. Pour ne pas stresser, je me dis que ce sont juste deux rôles parmi d’autres que j’ai joués depuis…Heureusement, je suis la seule fille mise en avant dans PRINCE OF PERSIA. Cela me permet de jouer la séductrice en étant plus à l’aise, car je me perçois pas du tout comme ça dans la vraie vie ! Mais ce qui est le plus réconfortant, c’est que j’ai vu le film il y a quelques jours, et que je l’ai adoré. Je l’ai même trouvé absolument brillant ! Je ne peux pas vous dire à quel point ça m’a soulagée. Avant la projection, je croisais les doigts en me disant « Mon dieu, faites que ce soit bien ! », car le tournage avait été très long, et représentait un gros investissement de travail… J’étais donc ravie. Même si LE CHOC DES TITANS et PRINCE OF PERSIA appartiennent au même genre, les personnages que j’incarne sont très différents. Quant à la suite des évènements, tout ce que je peux vous dire, c’est que je touche du bois tous les jours en espérant que les films seront bien accueillis, et si tel est le cas, je verrai ensuite comment je gérerai cette nouvelle situation, et le « cirque médiatique » qui l’accompagnera sans doute. J’ai eu la chance de me préparer un peu à tout ça en apparaissant dans QUANTUM OF SOLACE, donc j’ai eu un avant-goût de ce qui attend une jeune actrice qui débarque dans le monde du cinéma.

Dans ce film , vous incarnez une jolie prêtresse…

Oh, ne dites pas ça !

…Pourquoi donc ? Il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que vous êtes ravissante !

Vous êtes trop gentil. Vous savez, quand mon agent m’a appelé pour me dire qu’on voulait me rencontrer pour me proposer un rôle dans PRINCE OF PERSIA, j’ai d’abord demandé « C’est quoi, PRINCE OF PERSIA? » parce que je ne m’étais jamais intéressée aux jeux vidéo dans mon adolescence, trop occupée que j’étais à regarder les films de Michael Haneke ! (rires) Je me suis donc rendue à l’audition sans rien connaître du sujet du film, ce qui était un peu effronté de ma part, et en étant très détendue avec Mike Newell. J’étais complètement inconsciente de l’ampleur du projet et de la popularité du jeu depuis plus de 20 ans. J’avais mentionné ce rendez-vous à quelques amis, qui m’avaient dit « Tu vas auditionner pour PRINCE OF PERSIA? Mais c’est dément ! Tu ne te rends pas compte !! » Mais ça ne m’avait pas plus impressionné que ça. Puis, j’ai réalisé que ce personnage était l’une des nouvelles princesses de Disney, et ça m’a beaucoup amusé. Mike m’a dit « Je voudrais vraiment que vous jouiez Tamina. » et je lui ai répondu « Oh, je ne pense pas être la fille idéale pour ce rôle, parce que je ne me comporte vraiment pas comme une princesse dans la vie ! » (rires) Mais cela ne l’a pas découragé. Il a poursuivi en disant : « Ecoutez, je crois que vous pourriez incarner parfaitement cette princesse. Faites-moi confiance. » Ce à quoi, j’ai répondu : « Mais pourquoi ne prenez-vous pas Nathalie Portman ? Elle est très sexy ! » (rires) « Ou pourquoi pas Frieda Pinto, l’héroïne de SLUMDOG MILLIONNAIRE ? Elle a les origines ethniques du rôle, pas moi ! » (rires) Je n’ai pas réussi à dissuader Mike. Il m’a dit « Non, non, c’est vraiment vous que je veux. Dans le script, Tamina est énergique, pétulante, audacieuse, intelligente, et ne se laisse pas faire. Exactement comme vous en ce moment ! » (rires) L’une des raisons pour lesquelles j’avais du mal à me voir dans ce rôle de princesse exotique, c’est que j’avais encore les cheveux teints en roux et le teint très pâle, car c’était le look de mon personnage dans le James Bond. D’ailleurs, je me souviens qu’après que nous ayons été engagés pour tenir les rôles principaux, Jake Gyllenhaal et moi, certains fans étaient furieux parce qu’ils trouvaient que nous n’avions pas du tout l’aspect physique qui correspondait aux personnages de Dastan et Tamina. Pourtant, Jake s’est forgé une musculature impressionnante, et il ressemble parfaitement au personnage dans le film. Quant à moi, j’ai été transformée en princesse à la peau mate et aux longs cheveux noirs, qui ne ressemble absolument pas à ce que je suis dans la vraie vie, comme vous pouvez vous en rendre compte. (rires) Mais cela m’a aidé à entrer dans la peau du personnage.

Comment avez-vous abordé le côté oriental de Tamina ?

On ne précise pas vraiment ses origines dans le film, mais elle est la princesse de la ville d’Alamat, qui est située dans une région proche de l’Inde, non loin de la chaîne de l’Himalaya. Compte tenu qu’il s’agit d’un pur film d’aventure produit par Disney, nous n’avons pas joué la carte du réalisme ethnique : je parle sans accent, et en anglais, comme vous vous en doutez. Mais j’ai une peau vraiment plus foncée qu’à l’habitude, parce que je me suis fait bronzer pour me préparer à ce rôle. Je ne sais pas pourquoi je me suis infligé cela volontairement, mais je l’ai fait. Avec des séances d’UV à Londres, puis sous le soleil du Maroc. C’était devenu une obsession (Gemma Arterton prend une voix de personne en transe) « Je dois avoir une peau plus foncée…Je dois avoir une peau plus foncée… » (rires) Ma peau a dû vieillir de 25 ans après ces mauvais traitements, mais bon… Le côté oriental, je l’exprime grâce aux postures de la princesse, notamment lorsqu’on la voit accomplir ses tâches de prêtresse, car c’est la fonction qu’elle occupe. Tamina a des convictions religieuses très fortes, ce qui la place un peu à part des autres princesses Disney. La spiritualité tient une grande place dans sa vie, et elle a une belle âme. C’est encore une autre différence qui existe entre moi et ce personnage : je ne suis pas du tout comme cela. Mais j’ai beaucoup aimé jouer cette facette du personnage : sa spiritualité, sa foi, et la manière dont elle ouvre les yeux de Dastan, qui ne croit pas du tout à ce qu’elle lui explique. Heureusement, elle ne se contente pas d’être une belle plante, purement « décorative », sinon je n’aurais pas eu envie de l’incarner. Elle a beaucoup d’humour, elle est maligne, et elle est aussi l’égale de Dastan à tous points de vue. Elle sait se battre et se tirer de situations périlleuses toute seule. A eux deux, ils forment vraiment une équipe. Et il arrive souvent que Tamina ait le dernier mot quand elle argumente avec Dastan.

Est-ce que vous êtes un peu comme cela, dans la vraie vie ?

Je crois que certaines personnes vous répondraient oui ! (rires) Jake serait d’accord, à coup sûr. Et c’est certainement vrai… Vous savez, quand on est une jeune actrice qui découvre l’univers du cinéma, on comprend vite que c’est un milieu très masculin. Les femmes y sont largement minoritaires. Il faut savoir s’affirmer et se défendre. Si vous n’apprenez pas à vous imposer rapidement et à faire entendre votre point de vue, on vous marche dessus ! Donc, oui, je dois admettre que je suis très combative ! (rires)

Vous a t’on laissé la possibilité d’improviser et donner un peu de votre fougue et de votre spontanéité personnelle à Tamina ?

Oui. Quand Mike m’a appris que c’était Jake qui allait jouer Dastan, j’ai été ravie. Je lui ai dit « C’est génial. C’est un acteur formidable, et d’après les interviews de lui que j’ai lues, il semble avoir un bon sens de l’humour et un bon esprit. » Et quand je l’ai rencontré, nous nous sommes très bien entendus. Au bout de quelques jours, nous échangions des plaisanteries comme si nous nous connaissions depuis toujours, et je crois qu’on se rend bien compte de cette complicité en voyant le film. Nous avons pris l’habitude de nous faire des petites farces, de nous taquiner, et cela nous aidait à jouer les relations conflictuelles de nos personnages. Je pense notamment à une scène pendant laquelle Jake essaie de comprendre comment fonctionne la dague magique. Tamina, elle, sait comment elle marche. Elle irrite Dastan en faisant tout pour l’empêcher de tester la dague, et le pousse à bout. Nous nous sommes amusés comme des fous, ce jour-là ! Nous improvisions de nouvelles répliques, des situations comiques, etc. C’était un vrai plaisir, car Jake est un acteur qui possède une formation classique, qui lui permet de se lancer dans de multiples versions d’une scène, et de s’amuser beaucoup en le faisant. Mike nous encourageait à aller dans ce sens. C’était formidable, car le danger, quant on joue dans une superproduction, et que chaque minute de tournage coûte des dizaines de milliers de dollars, c’est d’être obligé de s’en tenir strictement à ce qui a été prévu dans le script. Mais Mike nous a toujours  laissé la liberté de tenter des choses nouvelles. C’était une excellente manière de procéder, car on ressent cette liberté de ton et cet enthousiasme capté sur le vif quant on voit le film.

Tamina n’est pas une « damoiselle en danger », mais Dastan sort t’il lui aussi des clichés du héros de film d’action ?

Oui, car Jake lui donne beaucoup de charme et d’espièglerie. Il le joue comme un garçon normal, qui possède des aptitudes particulières, acquises dans sa jeunesse. En le voyant, on n’a pas l’impression qu’il s’agit d’un surhomme inaccessible. On peut tout à fait imaginer devenir son amie… ou sa petite amie ! (rires)

Comment vous êtes-vous adaptée à la manière de travailler hollywoodienne ?

Je peux dire que j’ai fait tout à l’envers, en débutant au cinéma. Au lieu de tourner d’abord dans des petits films indépendants et d’aller ensuite faire un tour à Hollywood, j’ai collectionné d’emblée les superproductions. C’est ce qui me pousse maintenant à faire quelques pas en arrière pour reprendre ce qui aurait du être le cours normal de mon métier. C’est pour cela que je joue au théâtre, et que j’ai tourné dans un film à tout petit budget, avec une intrigue dramatique. Et je vais tourner prochainement avec Bille August, dans un drame psychologique. Mais je n’ai pas non plus l’intention de ne tourner que ce genre de films. S’il y a un autre PRINCE OF PERSIA, et un autre CHOC DES TITANS, je serai ravie d’y participer. Je reste ouverte à toutes les propositions. Mais je tiens à jouer des rôles très différents les uns des autres, plutôt que de me cantonner dans le même registre. D’ailleurs, entre LE CHOC DES TITANS et PRINCE OF PERSIA, on me verra dans un tout petit film indépendant, LA DISPARITION D’ALICE CREED, dans lequel je suis séquestrée et battue, et où j’apparais les cheveux en bataille, avec un maquillage qui dégouline. Ce sera l’anti-glamour ! Rien à voir avec une princesse ou une déesse ! (rires)

Votre contrat sur PRINCE OF PERSIA vous lie t’il à deux suites ?

Il me lie à une suite. D’ailleurs, quand vous verrez le film, vous constaterez qu’il semble assez logique que cette aventure soit prolongée par un second épisode. Pour l’instant, je n’ai pas entendu parler d’un script en développement, donc je pense que l’équipe du film attend de voir comment il va marcher avant de prendre la décision de préparer une suite.

Retrouvez bientôt la suite de cet entretien !

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