Entretien avec Gemma Arterton, nouvelle icône du cinéma fantastique - Seconde Partie
Article Cinéma du Dimanche 08 Aout 2010

Retrouvez la première partie de cet entretien


Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Quelles ont été les principales difficultés pendant le tournage de PRINCE OF PERSIA ? La chaleur ?

Oui. La raison pour laquelle nous sommes allés tourner au Maroc, c’est que l’on y trouve un grand choix de paysages : les montagnes, le désert, les oasis de verdure, la mer, etc. Visuellement, c’était formidable, mais en juillet et en août, la température dans le désert dépassait les 55 degrés, et nous tournions toute la journée sous ce soleil de plomb. J’arrivais à supporter la chaleur, mais j’avais la chance que l’on s’occupe de moi, et je pouvais faire des pauses entre deux prises. Ce n’était pas le cas de l’équipe technique qui devait s’activer constamment. De plus, nous étions en pleine période de Ramadan, ce qui contraignait les mulsulmans de l’équipe à ne pas boire ni manger pendant toute la journée. Je dois dire qu’avec une chaleur pareille, j’étais très inquiète pour leur santé. Tourner toute une journée dans des conditions normales est assez fatigant, mais ça l’est infiniment plus lorsqu’on est exposé à de telles températures. A un autre moment, quand nous nous trouvions au sommet des montagnes, à 1500 mètres d’altitude, pour tourner une grande séquence de combat, l’oxygène de l’air était très ténu, et nous avions du mal à respirer. Dès que nous nous battions, nous étions vite à bout de souffle, et après, nous nous traînions lamentablement ! (rires) Cela m’a énervée, car j’avais pris la précaution de me préparer au tournage en prenant des cours de gym. Mais comme je devais courir en remontant une pente pendant cette séquence, je peux vous assurer que c’était là un entraînement bien plus dur et bien plus efficace. A force de gravir cette pente 50 fois par jour, j’ai acquis une forme olympique ! Et quand nous sommes revenus au niveau du sol, dans la plaine, toutes les scènes d’action me semblaient faciles à tourner, en dépit de la chaleur marocaine !  Mais je partais avec un handicap, car nous autres anglais, nous ne sommes pas habitués au soleil, mais à la pluie ! (rires)

Avez-vous réalisé certaines cascades vous-même ?

Oui, car j’aime beaucoup ça. Je suis plutôt une personne active. J’étais même gymnaste, dans le passé. J’ai travaillé avec deux doublures cascades sur PRINCE OF PERSIA, une doublure pour les scènes équestres, et une autre pour les cascades. Elles sont devenues des amies toutes les deux. De temps en temps, elles me disaient « Tu veux tenter le coup ? » et je disais OK, parce que je savais que si elles me le proposaient, c’est parce qu’elles savaient que j’en étais capable. J’ai fait deux cascades dont j’étais particulièrement fière. Je me suis entraînée pendant quatre semaines pour être en mesure de faire la première, qui a été intégrée à la bande annonce, mais finalement coupée dans le film ! Quand j’ai appris ça j’ai hurlé « Noooon !! » (rires). Il s’agit de la scène dans laquelle Dastan, qui est à cheval, se dirige vers moi en tendant le bras. Je m’accroche alors à lui et je me hisse sur le cheval pendant qu’il galope. J’ai réussi dès la première fois, mais après, il a fallu que je refasse cette acrobatie prise après prise. Et c’était assez terrifiant parce que je voyais ce cheval foncer vers moi, tandis que d’autres chevaux passaient sur les côtés. Après avoir tourné cette cascade plusieurs fois, je me suis dit « Oh zut. Comme je suis filmée de dos, les gens vont penser qu’il s’agit de ma doublure ! Ensuite, je me suis mis à regarder derrière moi à chaque prise pour que l’on puisse bien voir mon visage ! (rires) Il y une autre cascade pendant laquelle nous courons vers une lourde grille qui s’abaisse, je passe en dessous in extremis en roulant par terre,  puis je me redresse pour continuer à courir. Mike me disait « Tu vas pouvoir faire ça, n’est-ce pas ? » et je lui disais « Oui, oui, pas de problème » tout en réfléchissant au fait que c’était une vraie grille en métal qui s’abaissait ! Quand nous avons vu le film en projection, je me souviens que j’ai dit à tous mes amis qui étaient là « C’est moi qui a fait ça ! C’est moi, là ! » Et ils me répondaient, « Mais non, c’est ta doublure ! » (rires)

Jusqu’à quel niveau de difficulté vous laisse t’on faire des cascades ?

Oh, c’est une question de bon sens. Pour des questions d’assurance, il est évident que l’on ne va pas laisser les acteurs prendre des risques trop importants. Nous sommes très bien encadrés par les superviseurs des cascades qui coordonnent le travail de toute l’équipe sur le plateau afin de supprimer tous les dangers. Ils savent juger si un acteur est capable de faire une cascade particulière sans se faire de mal. Tout est répété longuement, et tous les risques sont anticipés et calculés. Jake s’est lui aussi beaucoup entraîné pour être capable de faire ses propres cascades. Mais ni lui ni moi n’avons la prétention d’être aussi bons que des cascadeurs professionnels. S’ils sont là, c’est pour une excellente raison. Mais dès que nous pouvons tourner une scène d’action, nous le faisons, car le public préfère voir les vrais visages des acteurs plutôt que le dos des cascadeurs. Cela donne plus de crédibilité à ces séquences.

Continuez-vous à vous entraîner en dehors des tournages ?

Pas de manière aussi intensive ! Avant les tournages, je m’entraînais six fois par semaine. Mais maintenant, je suis passée à trois séances hebdomadaires.

Vous faites de la gymnastique ?

Non : du trampoline ! (rires) Je soulevais des haltères avant, mais je me suis rendue compte que cela finissais par me donner une musculature trop masculine ! (rires) J’ai arrêté et depuis, je prends beaucoup de plaisir à faire du trampoline. Ce sont des sessions de 45 minutes pendant lesquelles on rebondit à un rythme assez soutenu. C’est très amusant et nettement moins dur que la gym classique. Mais la gym traditionnelle est indispensable pour se préparer à tourner un film d’action. D’ailleurs, pendant le tournage, Jake s’entraînait deux heures par jour. Je lui disais « Vas-y doucement, Jake, tu vas t’épuiser ! »  Bien sûr, s’il le faisait, c’était parce qu’il sentait que cela l’aidait et qu’il en était capable.

Votre rôle de James Bond girl étant assez bref dans QUANTUM OF SOLACE vous avez dû apprendre beaucoup plus de choses pendant la production de PRINCE OF PERSIA …

Oh oui, j’ai énormément appris pendant ce film. Et notamment à jouer des scènes de comédie et d’action très visuelles, tout en continuant à être vraiment le personnage que j’incarnais, ce qui n’est pas facile. Cela exige beaucoup de concentration, car sinon, vous risquez de tomber dans les clichés ou la caricature. J’ai aussi appris en observant la manière dont Alfredo Molina jouait le Cheik Amar de manière comique, et en voyant Ben Kingsley donner une aura très sombre à Nizam, le méchant du film. Comme je venais à peine de sortir de mon école d’arts dramatiques, ma formation était uniquement théâtrale. C’est d’ailleurs l’une des différences majeures entre les formations d’acteurs britanniques et américains : aux USA, ils sont formés d’emblée pour le cinéma et le théâtre. Pas ici.  Il a donc fallu que je mette de côté ce que je savais et que j’apprenne à jouer pour le cinéma, ce qui est entièrement différent. On ne peut pas jouer devant l’objectif d’une caméra comme au théâtre. Il faut agir plus spontanément, en arrivant à garder son énergie pendant les pauses entre chaque prise, pour arriver gonflé à bloc au moment où le réalisateur crie « Action ! ». Jake, lui, avait plus d’expérience. Il savait déjà comment adapter son jeu en fonction de l’emplacement de la caméra, et de l’objectif utilisé. S’il savait qu’il était filmé en plan large, il forçait un peu le trait pour que ses actions et ses expressions soient lisibles, alors que cadré en gros plan, il jouait de manière très subtile, presque imperceptible. Je me suis rendu compte qu’il était impossible d’apprendre tout cela de manière théorique, à l’école. Cet entraînement-là, on ne le reçoit qu’en tournant dans un film. Et d’ailleurs, vous vous en rendrez compte en voyant PRINCE OF PERSIA, car il y a clairement des plans dans lesquels, on constate que je n’avais pas encore appris à jouer pour le cinéma, et d’autres dans lesquels on se rend compte que j’ai fini par comprendre ! (rires) Heureusement, comme le film est un conte des 1001 nuits, qui se déroule dans une ambiance féerique, il m’était plus facile d’apprendre les choses ainsi, dans la foulée, que si j’avais joué dans un drame où j’aurais été contrainte de « sortir mes tripes » tous les jours.

Comment envisagiez-vous votre carrière quand vous êtes sortie de l’école d’arts dramatique ?

Je ne m’attendais pas à ce qu’elle décolle ainsi. Je comptais mener une carrière au théâtre. Je dois préciser qu’en Angleterre, l’industrie du théâtre est bien plus importante que celle du cinéma. Si vous connaissez un peu Londres, vous savez que l’on y trouve un très grand nombre de salles de théâtre, et que c’est ici que l’on crée les pièces et les comédies musicales qui sont reprises ensuite aux Etats Unis et dans le reste du monde. Je m’attendais donc à me faire une petite place dans ce milieu. Et par une coïncidence heureuse, ces trois grands films financés par les USA ont été tournés au moment même où je débutais. J’ai eu beaucoup de chance d’être là au bon endroit et au bon moment. De plus, pour LE CHOC DES TITANS comme pour PRINCE OF PERSIA, les studios voulaient employer une majorité d’acteurs anglais, car ils considèrent, comme Mike a certainement dû vous le dire, que l’accent anglais correspond mieux aux films qui se déroulent dans le passé. Vous imaginez donc ma surprise, moi qui ne m’attendait même pas à tourner dans des films, quand j’ai été engagée dans une, puis deux, puis trois superproductions ! Et d’être devenue une princesse Disney !

Comment Mike Newell travaille t’il avec les acteurs ?

Oh, Mike dirige merveilleusement bien les comédiens ! Tourner dans un film comme celui-ci est très dur, car il faut non seulement garder en tête une vision de l’ensemble de l’univers du film, mais il faut aussi savoir à tout moment ce que l’on essaie de faire passer pour raconter cette histoire le mieux possible. On peut facilement se laisser dépasser par les machineries, les cascades, les trucages et laisser passer les occasions de rendre les personnages attachants et réalistes. Nous avons tous vu des films qui souffraient de ces défauts, et dans lesquels le jeu des acteurs était en roue libre. Mike fonctionne exactement à l’opposé de tout cela. Il se concentre sur vous et sur le personnage que vous incarnez, et place tout le côté machinerie et effets spéciaux au second plan. Et pour m’aider à garder mon énergie avant une scène, prise après prise, il me répétait toujours : « N’oublie pas Gemma, c’est la première fois que ton personnage vit cela ». Je me souviens avoir été très impressionnée par sa manière de décrire le projet quand je l’ai rencontré pour la première fois. J’ai tout de suite eu confiance en lui. J’avais vu DONNIE BRASCO et 4 MARIAGES ET 1 ENTERREMENT, et je savais déjà qu’il était un brillant réalisateur, mais en plus de ses qualités-là, il était très à l’aise dans le monde fantastique de PRINCE OF PERSIA. On sentait qu’il n’allait pas se perdre dedans. C’est d’ailleurs ce qui m’a le plus impressionné quand j’ai vu le film : tous les personnages semblaient réels. Ce n’étaient pas des caricatures perdues dans un film de fantasy, mais de vrais gens. Je crois que c’est assez rare de parvenir à ce résultat dans ce genre de films. Mike voulait que le public puisse s’identifier aux héros. Il s’est assuré que nous connaissions chacun nos personnages comme s’ils existaient vraiment. Il nous a d’ailleurs fait répéter tous ensemble pendant trois semaines avant le début du tournage, afin que nous faisions connaissance et que des liens se tissent. Cela nous a permis de développer nos personnages ensemble. C’est d’autant plus appréciable qu’il arrive souvent que l’on se retrouve catapulté sur un tournage du jour au lendemain, et que l’on arrive au milieu d’une équipe où l’on ne connaît personne. Au théâtre, on répète une pièce pendant quatre semaine, et là, Mike nous a offert le luxe de répéter trois semaines. C’était formidable de pouvoir faire cela. Je crois que les réalisateurs anglais qui ont une formation théâtrale ou qui ont travaillé pour des dramatiques de télévision, comme Mike, sont particulièrement attentifs à la qualité de l’interprétation, et à la manière dont les acteurs peuvent tout changer dans une scène, même s’il s’agit d’une séquence à grand spectacle. Ils ne se perdent pas dans les effets purement visuels, même si cet aspect du film est très important lui aussi.

Quelles sont les idées que vous avez apportées pour développer votre personnage ?

Quand j’ai rencontré Mike et Jerry Bruckheimer, Tamina était déjà décrite comme une fille très énergique et pleine d’humour. Et comme j’étais extrêmement décontractée et que je plaisantais tout le temps – inconsciente que j’étais de l’importance du projet que l’on me proposait – cela les a incités à me laisser ajouter des réparties comiques. Quand Jake et moi avons commencé à jouer ensemble, nous sommes allés encore plus loin dans ces joutes verbales et physiques. Au théâtre, on me donnait toujours des rôles tragiques, de femmes accablées, à bout de force, qui finissent par fondre en larmes ! Mike savait que j’étais capable d’aller dans le registre de l’humour, mais il voulait aussi que je donne un peu de profondeur tragique au personnage de Tamina, car elle a la responsabilité de s’occuper d’un objet magique qui peut causer bien des malheurs s’il tombe entre de mauvaises mains. De même, si Mike a choisi Jake, ce n’est pas pour son physique, mais parce qu’il sait qu’il est capable d’exprimer des émotions de manière très convaincante. Jake peut être à la fois héroïque et vulnérable, et changer de registre d’une seconde à l’autre dans la même scène. Il y a notamment un moment au cours duquel il me confie des choses très intimes liées à son passé, et en l’écoutant on a le sentiment qu’il est sur le point de pleurer. On ne voit pas souvent ce genre de choses dans les films d’action. C’est la raison pour laquelle j’ai ressenti ce que j’avais ressenti quand j’avais vu STAR WARS ou d’autres classiques du cinéma fantastique en le voyant. Jake est formidable dans le film et je crois que cela va lui permettre de devenir une star de grande magnitude.

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