Exclusif : Les effets spéciaux de maquillage de PREDATORS - Entretien avec Greg Nicotero – Seconde partie
Article Cinéma du Dimanche 12 Septembre 2010

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Combien de mouvements différents une tête animatronique de predator peut-elle effectuer au total ? Pourriez-vous nous les décrire?

Les parties animatroniques de chaque predator étaient animées par quatre manipulateurs. En termes de mouvements faciaux, les mandibules se déploient vers l’avant à partir des mâchoires, pour darder les dents à leurs extrémités, mais il y a aussi deux articulations intermédiaires dont on contrôle l’amplitude. Non seulement ces parties sur lesquelles sont fixées les dents peuvent s’abaisser et pivoter, mais les mandibules se déplient vers l’avant grâce aux deux articulations supplémentaires. La mâchoire elle-même s’ouvre et se referme. Il y a aussi les mouvements des arcades sourcilières, les mouvements des paupières qui peuvent s’ouvrir normalement, rester en position entr’ouvertes pour créer un regard crispé, et aussi cligner. Et il y a bien sûr les mouvements des yeux eux-mêmes. Généralement, un manipulateur pilote les paupières et les yeux, un autre s’occupe des mandibules, un troisième anime la mâchoire et les arcades sourcilières, et un quatrième gère les animations des armes, quand c’est nécessaire.

Donc pour animer totalement trois super predators, vous avez besoin d’une équipe de douze personnes ?

Oui.

Quels sont les perfectionnements que l’on a pu apporter aux animations des têtes animatroniques, pendant ces dernières années ? Est-ce que la diminution de la taille des servomoteurs vous permet d’en disposer davantage dans les têtes ?

Exactement. Les servos actuels sont plus petits et plus puissants, ce qui est un grand avantage pour nous, étant donné que les têtes des super –predateurs sont plus étroites et plus longues, et qu’il fallait que tous les servos soient placés à l’intérieur. En ce qui concerne le predator classique, étant donné que nous utilisons les vrais yeux de Derek Mears, il ne reste plus beaucoup de place autour pour placer les servomoteurs qui animent le visage à l’avant. L’astuce que nous avons employé a consisté à placer les moteurs à l’arrière de la tête, cachés dans le volume des dreadlocks. Les mouvements imprimés par les axes des moteurs étaient transmis par des câbles à l’avant du visage. Cela étant dit, malgré ces progrès, l’emploi des servomoteurs est encore perturbé par certains problèmes ponctuels. Quand nous tournions la nuit, dans des décors extérieurs, alors qu’il faisait très froid, les batteries des servos se déchargeaient beaucoup plus vite. Nous avons aussi subi les conséquences d’un autre cas de figure : la chaleur extrême. Je me souviens notamment d’un jour pendant lequel l’acteur qui jouait un des super predators avait tellement transpiré que sa sueur avait provoqué de la condensation à l’intérieur des servos, et provoqué la panne de l’émetteur, qui ne recevait plus le signal de la radiocommande ! Du coup, ce mouvement-là était bloqué, comme si le predator souffrait d’une soudaine paralysie faciale. Il a fallu s’arrêter pour déterminer d’où venait la panne, comprendre ce qui s’était passé, puis sécher l’intérieur de la tête pour y remédier. Cet exemple est caractéristique des problèmes qui peuvent surgir pendant un tournage, en dépit de tous les tests préparatoires que vous avez fait dans votre atelier, pour vérifier le fonctionnement des équipements dans différentes situations.

De combien de temps avez-vous disposé pour tout fabriquer ?

Notre équipe de 60 personnes a travaillé pendant 12 semaines pour créer toutes les pièces des costumes, des têtes et des armures des personnages. Chaque predator avait besoin d’un costume principal complet, puis d’un costume secondaire complet pour les scènes de cascades et de combats, de plusieurs exemplaires des casques, et de deux types de têtes : une version simplifiée et ouverte du visage, qui est portée en même temps que le masque de métal, et la tête animatronique principale.

Certaines des expressions basiques des predators sont-elles « préprogrammées » et stockées dans un ordinateur ? Ou les animations ont t’elles toutes été réalisées « en direct », sur le plateau, pendant le tournage de chaque scène ?

Tout a été animé « en direct ». Compte tenu de la manière dont le film a été tourné,  c’étaient vraiment les actions des comédiens qui dictaient ce qui allaient se passer. Et c’était différent à chaque prise. Donc programmer des expressions à l’avance n’était pas vraiment possible dans un tel contexte.

Quelles sont les principales différences corporelles entre le predator classique et les nouveaux predators ? Sont-ils plus fins et plus musclés ?

Ils sont beaucoup plus minces et élancés. Derek Mears, qui joue le predator classique, est très musclé. Nous avons choisi des acteurs plus grands que lui et aux silhouettes plus fines pour jouer les super predators. De la même manière, l’armure du predator classique est assez massive et carrée, tandis que celles des super predators possèdent des formes plus fines et plus organiques, qui « collent » davantage à leurs corps.

Quelles textures et quelles couleurs avez-vous employées sur leurs peaux ? Quelles ont été vos sources d’inspiration pour cela ? Certains animaux vous ont-ils servi de références ?

Nous avons observé des pieuvres, qui ont des textures de peau et des couleurs très intéressantes. Sur Mr Black, nous avons utilisé beaucoup de noirs et de rouges, et beaucoup de petites tâches. Nous avons adapté les textures et les couleurs du maître chien à celles de ses animaux, en employant certains jaunes proches de celui du ventre des chiens. Et sur le pilote du drone, nous avons eu recours à d’autres variations autour des teintes qui peuvent évoquer des crustacés : des bruns, de beiges, etc.

Avez-vous utilisé de la mousse de latex ou du silicone pour créer les peaux des visages des predators ?

De la mousse de latex, car nous n’avions pas besoin de créer des effets de transparence. De plus, la mousse de latex est beaucoup plus légère que le silicone, ce qui est un avantage important quand on fabrique des têtes animatroniques qui vont être portées pendant de longues heures par des acteurs.

Quels sont les effets les plus complexes que vous avez dû créer pour fabriquer les visages des predators ?

Je crois que le plus grand défi à relever consistait à loger tous les mécanismes des mouvements dans les têtes des super predators. Nous disposions que d’un espace réduit, dans lequel il fallait disposer le plus efficacement possible les servomoteurs, leurs batteries, les câbles et les mécanismes. Et toutes ces pièces ont été fabriquées une par une, comme tout ce que nous avons créé pour assembler ces personnages : les différentes parties sculptées des visages, des corps, des mains et des pieds, les yeux, les dreadlocks de plusieurs tailles, les bijoux autour des dreadlocks. Shannon Shea, qui avait travaillé sur le premier PREDATOR, était mon bras droit sur le film, et son expertise nous a été particulièrement précieuse. Un des éléments essentiels de la réussite de ce travail a consisté à s’assurer que chacune de nos équipes dialoguait constamment avec les autres. Nous avions rédigé un document de 17 pages pour les guider et pour s’assurer qu’aucun détail ne serait omis dans cette « chaîne de travail ». Les informations étaient connues ainsi de tout le monde : sculpteurs, mouleurs, fabricants des mécanismes, peintres, créateurs des accessoires, manipulateurs, etc. Pour vous donner un exemple concret, quand nous avons lancé la fabrication des dreadlocks, il fallait que les sculpteurs tiennent compte des indications liées au nouveaux designs des super predators, c’est à dire une implantation située plus à l’arrière de la tête, avec des mèches tendues vers l’arrière, ne retombant plus sur les côtés. Une fois qu’elles étaient sculptées et moulées, il fallait que les responsables des tirages en mousse de latex vérifient bien qu’ils avaient fabriqué 50 dreadlocks pour chaque tête. Et il fallait sculpter les bijoux accrochés aux dreadlocks…Tout cela était comme un gigantesque puzzle dont il ne fallait oublier aucune pièce afin de réussir l’assemblage final. Le simple fait que nous n’ayons commis aucune erreur, et que nous soyons arrivés à fabriquer tout ce que vous verrez dans le film en 12 semaines témoigne de l’excellence et du dévouement de nos équipes.

La suite de cet entretien paraîtra bientôt sur notre site

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