Exclusif : Les effets spéciaux de maquillage de PREDATORS - Entretien avec Greg Nicotero – Troisième partie
Article Cinéma du Mardi 14 Septembre 2010

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Quels sont les éléments nouveaux des armures, masques et armes des predators que vous avez fabriqués ?

Nous avons sculpté les différentes parties des armures dans nos ateliers, en utilisant le même type de résine que celle qui a été employée pour fabriquer les armures d’IRON MAN. Il s’agit d’un uréthane légèrement flexible, armé avec une toile de fibre de verre. Cette matière n’est pas assez dure pour casser et éclater en morceaux en cas de choc. Sa flexibilité et sa légèreté sont d’énormes avantages pour nous.

Comment un acteur enfile t’il un costume de predator ?

Il enfile d’abord le costume qui représente le corps du predator, sa partie « chair » si vous voulez, puis les pieds, puis l’armure, puis les mains, puis les protections des avant-bras, puis la tête, puis la partie qui représente le cou, et enfin le masque. Dans le cas des super predators, dont les armures ne cachent pas le dos, il fallait aussi coller une sorte de longue prothèse pour masquer la fermeture du costume. Dans le film original, il lui avaient fait porter les ossements d’une colonne vertébrale sur le dos, uniquement pour cacher la fermeture-éclair ! (rires) En moyenne, préparer un acteur dure de 45 à 55 minutes.

Est-ce que les canons lasers et les armes sont également animés par vos soins ?

Oui, par des servomoteurs radiocommandés. C’est le cas du canon fixé sur l’épaule, qui est complètement articulé et animé. Le canon de Mr Black était particulièrement élaboré parce qu’il bougeait non seulement de haut en bas et de droite à gauche, mais aussi parce qu’il fonctionnait comme une mitrailleuse, avec des fûts qui tournaient rapidement sur eux-mêmes tout en tirant ! Cette arme a été particulièrement complexe à fabriquer, mais elle est très spectaculaire.

Quel est le poids du costume ?

Je dirais approximativement 20 kilos. Les têtes sont assez lourdes à cause des équipements animatroniques placés à l’intérieur. Et le costume s’alourdit pendant la journée, parce que la transpiration de l’acteur s’accumule forcément à l’intérieur. Ensuite, il faut le faire sécher et vaporiser un produit antibactérien à l’intérieur pour assainir la matière. Comme nous avons filmé beaucoup de scènes à Hawaï, les costumes ont du résister à des températures de 32 degrés à l’ombre, puis quand nous avons fini cette partie du tournage, nous nous sommes retrouvés au Texas, à travailler de nuit, par moins 6 degrés ! Il gelait ! (rires) Quand nous retirions les têtes animatroniques pour soulager un peu les acteurs, nous voyions des panaches de vapeur s’échapper, tellement la chaleur et l’humidité qui s’étaient accumulées dans les costumes contrastaient avec le froid ambiant.

Quels sont les trucs que vous avez mis au point pour assurer la maintenance des costumes pendant le tournage, au jour le jour ? Ils doivent être souvent abîmés pendant les cascades et les scènes d’action…

Oui, mais nous avions anticipé le problème en fabriquant plusieurs exemplaires de chaque costume. Quand une scène très éprouvante endommageait un costume, le jour suivant, l’acteur en portait un autre exemplaire, pendant que nous effectuions les réparations en fixant des pièces de mousse de latex par dessus les parties déchirées ou arrachées. Nous appliquions ensuite un produit qui permettait d’obtenir une surface uniforme, et de sceller complètement les petites déchirures en les masquant, puis nous peignions le tout, et nous nous assurions que toutes les coutures du costume, et notamment les jonctions entre la mousse et la partie en lycra placée en dessous, étaient parfaitement recollées et réparées. Nos équipes étaient divisées en deux groupes : il y avait celui qui accompagnait l’acteur costumé sur le tournage et pouvait intervenir immédiatement, tandis que le second groupe réalisait les réparations qui permettait d’assurer un roulement permanent. La première chose que nous avons demandé aux acteurs de faire quand ils sont venus essayer leurs costumes dans notre atelier, cela a consisté à leur faire lever les bras très haut au-dessus de leurs têtes, afin de provoquer des déchirures au niveau des dessous de bras. Nous avons alors appliqué des raccords supplémentaires en mousse de latex à ces endroits là, afin d’ajouter de la matière et d’éliminer d’emblée les zones de tensions qui se créent toujours lorsque les acteurs en costume lèvent les bras. Par la suite, cela nous a permis d’éviter de nombreuses réparations dans ces parties-là.

Vos costumes ont-ils été scannés en 3D en vue de créer des clones numériques de ces personnages ?

Oui. Cela étant dit, je crois que l’on ne verra pas beaucoup de doublures numériques des predators dans le film. D’après ce que j’ai compris, ces clones 3D ont surtout servis à créer les effets des silhouettes camouflées, quasi-invisibles, des super predators. Nous avons aussi filmé un comédien portant un costume rouge sur un fond rouge pour obtenir certains mattes pour ces effets de camouflage holographique. En revanche, 99% des scènes de combats et des cascades dans lesquelles interviennent les predators ont été tournées en prises de vues réelles, sans utilisation des clones 3D.

Comment avez-vous créé les chiens de chasse des predators et comment les avez-vous animé ?

Nous avons créé deux versions animatroniques de ces animaux, utilisées en complément des chiens 3D que l’on voit courir dans les images en plan large. Ces chiens animatroniques étaient fixés chacun à l’extrémité d’un bras télescopique que l’on pouvait lever ou abaisser, pendant qu’ils étaient animés. Nous avons placé des articulations à la base des épaules et du cou, ainsi que sur la mâchoire, et les lèvres étaient animées elles aussi. L’avantage d’avoir ces versions animatroniques à disposition, c’est que nous pouvions tourner des interactions complexes en gros plans avec nos héros humains. Mais les plans larges ont recours aux chiens créés en images de synthèse.

Avez-vous sculpté et conçu seulement un modèle de chien, avec des modifications de couleurs et de détails, pour différencier les deux versions animatroniques ?

Les designs des différents chiens étant assez proches, nous avons surtout joué sur les emplacements et les angles des cornes, ainsi que sur les couleurs, pour les différencier à l’image. Mais effectivement, la sculpture et les mécanismes sont les mêmes.

Avez-vous construit une version animée de l’extraterrestre baptisé le « Ram Runner » ?

Oui. Robert et Nimrod souhaitaient que les spectateurs aient l’impression de se trouver sur une autre planète, et comprennent qu’il y a d’autres créatures sur place, parmi lesquelles cet extraterrestre baptisé « Ram Runner ». Ça ne vous dit rien en France, mais aux USA, les « Ram runners » sont des attaquants de football américain aux épaules protégées par des renforts volumineux, parce qu’ils participent à des mêlées assez brutales. Quand Robert et Nimrod m’ont parlé de cette créature j’ai tout de suite pensé aux créations de certains sculpteurs japonais qui m’avaient énormément plu. Ce qui me plaisait dans cette approche, c’était de concevoir une silhouette très fine, complètement différente de celle des predators, afin que l’on puisse voir la différence entre ces deux races extraterrestres en une fraction de seconde. Nous avons créé une très belle sculpture et le costume a été porté par Kerry Jones, qui joue aussi l’un des super predators. C’est une créature qui a un côté un peu « Gigeresque », si j’ose dire, car elle a un exosquelette osseux assez proéminent. La structure de son corps évoque les armures des samouraïs, tout en révélant les muscles par endroits. Cela lui donne un petit côté asiatique. Je trouve cette créature vraiment superbe !

Avez-vous utilisé de l’animatronique pour créer ses mouvements faciaux ?

Non, nous avons conçu des mécanismes très simples que l’acteur qui portait le costume pouvait actionner avec sa bouche. Comme la tête est très osseuse, et ressemble à un crâne dont on ne distingue pas bien les yeux, nous avons préféré rester sobre, ne pas risque de l’épaissir davantage en y plaçant des mécanismes. Il valait mieux jouer sur cette apparence mystérieuse pour obtenir un résultat intéressant.

L’idée est donc que cet extraterrestre est une proie, tout comme les humains ?

C’est exact. Lui aussi a été capturé et lâché sur cette planète. Il est tout aussi perdu dans cet environnement que le sont les humains.

Quels autres types de maquillages et d’accessoires spéciaux avez-vous créés pour le film ? Il doit y avoir un certain nombre d’effets « gore » et de blessure…

Comme vous pouvez l’imaginer, les personnages humains du film se voient infliger des mauvais traitements pendant le déroulement de la chasse, et sont éliminés assez brutalement les uns après les autres ! Une fois de plus, nous nous sommes référés au film original pour décider de ce que nous allions faire. Et si vous vous en souvenez bien, il n’y avait pas tant d’effets « gore » que cela dans le premier volet. De même, nous avons prévu quelques effets sanglants pour décrire la mort de certains personnages, mais nous ne sommes pas allés aussi loin que les deux film de la série AVP, par exemple. Deux gars de mon équipe, Chuck Cover et Greg Funke, se sont occupés des maquillages sanglants et des prothèses et mannequins liés à ces effets.

Avec le recul, quels sont les effets du film dont vous êtes le plus fier ?

Les super prédators, sans aucun doute. Ils sont le fruit de beaucoup d’efforts de nos équipes, qui se sont surpassées pour concrétiser la vision de Robert et de Nimrod. En dépit des contraintes de temps, et des conditions de tournage en extérieurs parfois pénibles, nous étions tous heureux d’apporter notre contribution à la saga PREDATOR, en participant à un film qui est particulièrement respectueux de l’épisode original. Il n’y avait que des fans de PREDATOR sur le tournage, devant et derrière la caméra !

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