Dernières nouvelles des studios Disney : Entretien avec le producteur Don Hahn, à l'occasion de la sortie de Fantasia 2000 en Blu-Ray
Article Animation du Mercredi 01 Decembre 2010

Don Hahn est une figure du monde de l'animation. Né en 1955, sa formation est double, à la fois musicale et graphique, et c'est par ce biais qu'il entre chez Disney à la fin des années 70 en tant qu'assistant animateur sur Peter et Eliot le Dragon, puis assistant réalisateur sur Rox et Rouky. Avec Taram et le Chaudron Magique, il se lance dans la production et il ne quittera plus cette branche. Il deviendra ainsi le premier producteur de dessins animés à être nominé aux Oscar avec La Belle et la Bête. Mais on lui doit également Qui veut la peau de Roger Rabbit, Le Roi Lion, Le Bossu de Notre-Dame, Atlantide l'Empire Perdu ou encore Fantasia 2000. Fort de cette expérience unique, il a réalisé un documentaire, Waking Sleeping Beauty, qui raconte avec passion, mais aussi une honnêteté rafraîchissante, la renaissance de l'animation Disney dans les années 90. Alors que Waking Sleeping Beauty vient de sortir en vidéo en même temps que Fantasia 2000, il nous a semblé intéressant de revenir avec lui sur ces deux projets hors normes...

Propos recueillis et traduits par Jérémie Noyer

Fantasia a consacré l'animation comme un art à part entière. Mieux, il nous a montré que la musique classique pouvait être interprétée et comprise d'une manière différente à travers le prisme de cette nouvelle forme d'art. Pour Fantasia 2000, comment vous êtes-vous positionné par rapport à la vision de Walt ?

Comme vous le savez, l'idée originale de Fantasia était d'en faire une sorte de concert, de telle sorte qu'à chaque fois que vous alliez le voir, il pouvait être différent. 20 ans ou 30 ans plus tard, Fantasia devait présenter des pièces connues et d'autres nouvelles. En réalité, la guerre et d'autres éléments ont changé la donne et cette idée n'a pu réellement voir le jour qu'au début des années 90. Je pense que l'essence de Fantasia 2000 est la même : considérer des oeuvres musicales et essayer d'imaginer comment les interpréter visuellement. Parfois le résultat est abstrait( parfois même c'est abstrait sans narration, sans avoir à créer une histoire), et parfois, la musique suggère concrètement une histoire. C'est ce qui me fait dire que Fantasia 2000 est comme l'original, dans la mesure où nous avons essayer de jouer sur les deux tableaux nous aussi. Nus avons créé des séquences abstraites basées sur des jeux de couleurs, de formes et de lumières, et d'autres qui racontaient des histoires.

En quoi la fin des années 90 était le bon moment pour un nouveau Fantasia ?

Tout cela est venu de l'essor de la vidéo. A cette époque, les gens commençaient à acheter en masse des magnétoscopes et des VHS de Fantasia. C'est là que Roy Disney a décidé de réinvestir les bénéfices de ces ventes pour créer un nouveau Fantasia. Roy a vraiment été le fer de lance de ce projet. L'autre élément important, c'est que Fantasia 2000 a été animé entre plusieurs films. Les animateurs travaillant sur La Petite Sirène, La Belle et la Bête et Aladdin avaient des pauses entre les films, et c'est pendant ces pauses qu'ils pouvaient travailler sur le film. Après une année sur un long-métrage, c'était comme une bouffée d'oxygène pour eux que de passer deux ou trois mois sur Fantasia 2000, avant de ré-attaquer sur un nouveau projet long.

Une autre sortie vidéo importante en cette fin d'année est celle du documentaire Waking Sleeping Beauty. Comment se fait-il que Disney se mette à relire son histoire de la sorte ?

Nous voulions le faire -en fait, je voulais le faire- parce qu'il me semble que les années 1990 ont été une époque très particulière tant par la qualité des films que nous avons alors produits, comme Roger Rabbit, La Belle et la Bête ou encore Aladdin, mais aussi par le fait que la culture Disney était en train de changer. C'était une époque d'innovations technologiques, une époque où nous avons fait venir de nouveau talents comme Howard Ashman. C'était un véritable foisonnement créatif dans le studio, qui a nourri tous ces films. C'est ce qui fait que je voulais raconter cette histoire. Ce n'était pas tant une volonté de la Compagnie qu'un désir personnel, à moi et au producteur du film, Peter Schneider. Nous voulions vraiment préserver cette histoire car, si vous n'apprenez pas du passé, vous êtes condamné à le répéter. Certes, de grandes choses ont été faites à cette époque, mais également des choses moins glorieuses, et je me suis dit que cela valait la peine d'en parler pour ne pas recommencer les mêmes erreurs.

Comment expliquez-vous que l'essence-même de la compagnie fondée par Walt a toujours été le département le plus menacé ?

Il a même été menacé, dit-on, de fermeture dans les années 90, mais même à cette époque, je ne pense pas que la menace était sérieuse. Ceci dit, rappelez-vous qu'il ne s'agit pas seulement d'animation. C'est aussi du show business. Les films que nous produisons coûtent cher et ils doivent donc rapporter de l'argent. C'est pour cela qu'ils doivent être bons. Pendant un temps, nous n'avons pas eu de films très rentables. Des films comme Taram et le Chaudron Magique ont été des déceptions tant sur le plan artistique que financier. Ce n'est pas parce qu'une institution a toujours exister qu'elle doit forcément perdurer. Roy Disney lui-même le dit dans Waking Sleeping Beauty : "Si vous voulez faire en sorte que les choses demeurent telles qu'elles ont toujours été, alors vous devriez vous occuper d'un musée." Roy a toujours été très positif. C'est lui qui a fait venir de nouveaux talents au studio, des artistes comme Howard Ashman et Alan Menken, vous le revitaliser. Toute forme artistique a ses hauts et ses bas, que ce soit la musique, le rock'n roll, l'impressionnisme, toutes les formes. L'animation n'y fait pas exception. C'est là le sujet de Waking Sleeping Beauty. Il s'agit d'un groupe de gens qui voulaient faire avancer les choses. Non pas sauver une forme d'art, mais créer une version nouvelle et revivifiée de cette forme d'art, toujours présente aujourd'hui.

A tel point que des films comme La Princesse et la Grenouille, et surtout Raiponce sont de grands succès. Selon vous, ne sommes nous pas à l'aube d'un nouvel âge d'or de l'animation ?

Absolument. Nous vivons une époque merveilleuse pour l'animation. Et même, si vous regardez plus largement, au delà de Disney, avec Pixar, Dreamworks et Blue Sky, toute l'animation produite en ce moment. Il y a même une catégorie pour cela aux Oscar, maintenant, avec 15 ou 16 films d'animation produits par ans et des talents aux quatre coins du monde comme Miazaki et d'autres. Je pense qu'il faut prendre le temps de prendre du recul et de mettre les choses en perspective pour l'affirmer, mais j'ai vraiment le sentiment que c'est un âge d'or que nous vivons. L'animation n'a jamais autant rapporté, et n'a jamais connu autant de succès -il n'y a qu'à regarder Toy Story 3 pour en être convaincu!

Après Fantasia 2000, il y avait un autre projet, intitulé Fantasia 2006, autour des musiques du monde, avec des séquences comme One by One ou The Little Matchgirl, mais qui n'a jamais vu le jour en tant que tel. Pensez-vous que, compte-tenu de l'essor de l'animation que nous vivons, on pourra envisager un troisième opus à Fantasia ?

Il n'en est pas question pour le moment. Mais ce qui est intéressant chez Pixar, c'est qu'ils ont eu envie de produire des courts-métrages pour révéler de nouveaux talents, et c'est exactement ce qu'est Fantasia : une série de courts-métrages. Il n'y a pas de projet pour faire un nouveau Fantasia, mais cela reste une possibilité. Ce qu'il y a de génial dans Fantasia, c'est sa liberté artistique. Prenez le Carnaval des Animaux avec ses aquarelles, ces flamands roses... et ce yoyo! On ne pourrait pas nécessairement le faire dans un long métrage, mais on peut très bien repousser des limites artistiques dans un court et le rendre divertissant. C'est comme un court métrage de Pixar. Ils prennent des tas de risques artistiques et demeurent irrésistibles. En résumé, qui sait s'il y aura un nouveau Fantasia, mais cela n'empêche pas que l'esprit est toujours là, très présent

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