Entretien exclusif avec Danny Trejo, le héros de MACHETE
Article Cinéma du Lundi 13 Decembre 2010

Figure bien connue parmi les seconds rôles patibulaires du cinéma d’action américain, l’excellent Danny Trejo a enfin accédé à un premier rôle grâce à son ami et fan de toujours Robert Rodriguez. Ce qui n’était qu’une bande annonce parodique insérée dans le long métrage Grindhouse qui réunissait Planète terreur et  Boulevard de la mort en 2007 est devenu à présent un film d’action humoristique et jubilatoire qui dépeint la situation peu enviable des travailleurs clandestins mexicains qui tentent d’entrer sur le territoire américain. ESI a eu le plaisir de rencontrer Danny Trejo à Los Angeles au moment où il faisait la promotion de Predators, peu après la fin du tournage de Machete

Propos recueillis par Pascal Pinteau



Vous collaborez avec Robert Rodriguez depuis longtemps. Il a été l’un des premiers à vous confier un rôle positif, celui de l’oncle sympathique des Spy Kids, l’oncle Machete. On l’a un peu oublié, mais ce personnage était déjà présent dans cette production destinée aux enfants !

Exactement ! Et c’est vrai qu’avec ma tête, et mon vécu, je suis abonné aux rôles de méchants. J’ai fait de la prison, vous savez, mais j’ai tourné le dos à cette vie quand j’ai trouvé la foi, et depuis, je m’aide de cette expérience passée pour parler à des jeunes en difficulté, afin de les aider à se réinsérer. Je vais souvent les rencontrer en prison, pour discuter avec eux, et je peux dire avec fierté que j’ai contribué à en sortir certains de la délinquance, avec l’aide de dieu. C’est ma manière de rendre aux autres une partie des cadeaux que la vie m’a fait. J’ai eu beaucoup de chance.

C’est assez étonnant de vous entendre parler ainsi, avec autant d’empathie pour vos prochains, en exprimant votre foi, car vous avez cette image de dur à cuire impitoyable, à cause de vos rôles. Et même si votre personnage de Machete est un héros, il a des méthodes plutôt expéditives…

 (Danny Trejo rit) Oui, et c’est bien pour cela qu’il s’appelle Machete ! Il ne fait pas dans le détail quand il a un compte à régler ! Je fais même voler des têtes !

Le succès de la fausse bande-annonce de Machete insérée dans Grindhouse vous a t’il surpris ?

Oh, il a surpris tout le monde. Au départ, c’était juste une plaisanterie, un clin d’œil pour les fans. Mais le public a si bien réagi que Robert a enfin décidé d’en faire un vrai film, à ma grande joie. Cela faisait très longtemps qu’il y pensait, à vrai dire.

Depuis combien de temps ?

Eh bien, Robert m’avait déjà parlé de son envie de faire un film appelé Machete pendant que nous tournions Desperado, il y a quinze ans. Vous voyez que ça ne remonte pas à hier…J’entends dire partout que Machete est issu de la bande-annonce, mais c’est faux, le projet est né bien avant, et comme vous venez de le dire, mon personnage de Spy Kids s’appelait déjà ainsi, « oncle Machete ». L’histoire de Machete est un peu celle d’une métamorphose…

Comment décririez-vous le film ?

Machete est un film d’action dans l’esprit des séries B des années 60 et 70, et le public qui apprécie les films de genre va l’adorer ! (rires) Les gens qui aiment l’univers de Robert Rodriguez vont se sentir en terrain connu, car on y retrouve des ambiances comme celles de Desperado, de Desperado 2, Il était une fois au Mexique, et aussi de Une nuit en enfer. Je ne dis pas cela parce que je joue le rôle principal, mais je crois que Machete va être l’un des meilleurs films de Robert. Et en plus d’avoir été divertis, les spectateurs vont sortir de la salle en ayant matière à réflexion, car le film traite des problèmes qui ont lieu autour de nos frontières, entre le Mexique et les Etats-Unis. Les gens sont vraiment très tendus à propos de ce qui se passe sur cette frontière, et je crois que cette situation montre malheureusement les côtés négatifs des deux pays. Le film ne prend pas parti en disant « Il faudrait laisser passer tout le monde » ou « Nous ne voulons laisser passer personne », il montre le mauvais côté de chaque camp, et donc, tout le monde va être énervé ! (rires)

Robert Rodriguez a t’il vieilli artificiellement la pellicule de Machete, comme dans la bande-annonce de Grindhouse ?

Oui, et je trouve que c’est parfait comme ça. On a encore plus l’impression de se retrouver dans les années 60, assis dans une salle de quartier, en train de manger du popcorn !

Le casting du film est incroyable. Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec tous les acteurs ?

Avec plaisir.  Quand j’ai vu pour la première fois Robert De Niro arriver sur la plateau, il est venu droit vers moi et il m’a dit « Ne me fais pas aimer ça. » C’était ma réplique dans Heat, le film de Michael Mann. Ça m’a fait rire, et il m’a dit très gentiment « Danny, mon gars, je suis vraiment fier de toi. Tu joues le rôle principal. Tu y es arrivé, c’est ton moment à toi. » Je l’ai regardé droit dans les yeux, et je lui ai dit  « Vous pourriez aller me chercher une tasse de café, Mr De Niro ? » (rires) Je savais que je pouvais me permettre cette blague avec lui, car Bob a un sens de l’humour à froid. Et il n’hésite jamais à vous envoyer une vanne. Je n’arrivais pas à croire que Robert Rodriguez ait réussi à convaincre De Niro de tourner dans le film, et Jessica Alba, et Lindsay Lohan, et Michelle Rodriguez, et Steven Seagal…Il ne fallait pas me prier beaucoup pour arriver sur le plateau le matin, j’étais comme un gosse le matin de Noël ! Robert m’a fait un cadeau extraordinaire. Mais une fois de plus, il a voulu me faire tenir une arme tranchante, c’est le point commun de tous les personnages qu’il m’a fait jouer depuis Desperado !

Quel genre de réalisateur est Robert Rodriguez ? Comment vous a t’il dirigé pendant le tournage ?

Oh, Robert est toujours le même, il déborde toujours d’enthousiasme. Il est même encore plus fou qu’à ses débuts, quand il tournait avec seulement quelques dollars en poche ! C’est l’une des raisons pour lesquelles tous ces acteurs renommés acceptent de tourner avec lui : il savent que c’est quelqu’un de bien, de passionné, qui se donne à fond, sincèrement, pour que son film soit le meilleur possible. Quand il est sur un plateau, il est là à 120%. Il repère tous les détails qui ne lui conviennent pas et les corrige tout de suite. Alors que certains réalisateurs ne s’intéressent qu’à la direction d’acteurs, Robert aime cela, mais il maîtrise aussi tout le reste de la technique, tout ce qui se passe pendant le tournage, et dirige tout comme un chef d’orchestre. Il a la réputation d’obtenir beaucoup plus que certains avec le même budget et je crois que c’est parce qu’il est toujours vigilant à la manière d’utiliser au mieux et de la manière la plus efficace visuellement les moyens qui sont à sa disposition. Avec le temps, il a assemblé autour de lui une équipe qui lit dans ses pensées, tellement elle le connaît bien. Il suffit que Robert dise « Je voudrais que… », et il y a tout de suite un de ses collaborateurs qui rapplique et qui lui dit « Oui, Robert, c’est déjà en place et prêt » avant même qu’il ait le temps de finir sa phrase ! (rires) Je travaille un peu de la même manière avec lui, parce que je sais comment il fonctionne dans sa tête. C’est normal, depuis le temps que nous nous connaissons et que nous tournons ensemble.

Est-il très direct dans ses indications ?

Oui. Il peut lui arriver de me dire « Baisse un peu ton menton, un peu plus sur la droite », tellement il a une image précise en tête. Et en tant qu’acteur, ça me plaît beaucoup. Il n’y a rien de pire qu’un réalisateur indécis, ou qui change d’avis pendant que l’on tourne une scène…Beaucoup de mes collègues ont tendance à demander systématiquement qu’on filme une prise de plus, pour essayer autre chose dans une scène. Je peux le comprendre, mais enfin, il y a des limites, et c’est le réalisateur qui les fixe. Quand Robert Rodriguez dit « C’est bon, la scène est dans la boîte ! », cela signifie qu’il a obtenu exactement ce qu’il voulait, et que quoi que vous essayiez par la suite, vous ne ferez rien de mieux. Il a eu ce qu’il voulait et on s’arrête là. Je le sais, et ça me convient parfaitement. Comme je sais comment il fonctionne, c’est à moi d’arriver parfaitement prêt sur le plateau et de me donner à fond dès les premières prises, en incorporant tout ce à quoi j’ai pensé quand j’ai préparé la scène. Donc j’arrive et on tourne, c’est aussi simple que ça. Et quand il dit « C’est bon, on passe à la suivante. », je suis content, parce que cela veut dire que c’était bien la scène qu’il voulait, et qu’il en est pleinement satisfait. Les acteurs sont comme des gosses, vous savez ? Il ne faut pas jouer le jeu de leur narcissisme. (Danny Trejo minaude) « Oh, m’sieur le réalisateur, est-ce que je peux essayer une autre fois ? » (rires) « Je voudrais me voir sur le moniteur encore une fois parce que je m’aime beaucoup ! » (rires) Heureusement, Robert évite de tourner avec ce genre de personnes, parce qu’elles ont tendance à l’énerver rapidement. Les productions des studios Troublemaker sont connues pour leur efficacité, et c’est justement à cause de sa vigilance que Robert obtient ce résultat. J’ai beaucoup appris en travaillant avec lui, et j’espère continuer à apprendre !

Aimeriez-vous tourner une suite à Machete ?

Vous voulez rire ? Si le film marche bien, je suis prêt à décrocher ma machette immédiatement pour le second épisode ! Si Robert m’appelle, j’arrive en courant ! (rires) D’ailleurs, il a déjà des idées pour non pas une, mais deux suites.

Que diriez-vous aux gens qui pourraient être gênés par les effets sanglants du film ?

Que s’ils vont voir un film qui s’appelle Machete sans deviner qu’il y aura du sang, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup réfléchi avant ! (rires) Je plaisante…Mais pour vous répondre plus sérieusement, la violence dans le film n’est pas totalement réaliste. Elle est traitée avec tellement d’excès qu’elle fera sourire les spectateurs. Et au-delà de ça, Machete n’est pas un film gore, c’est une histoire vraiment intéressante, pas un prétexte pour faire jaillir des flots de sang.

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