Entretien exclusif avec le Numéro Quatre, Alex Pettyfer
Article Cinéma du Mercredi 30 Mars 2011

Après Paranoiak et L’œil du mal, le réalisateur D.J. Caruso s’inspire des productions Spielberg des années 80 pour signer un film d’aventure et de Science Fiction sans prétention, efficace, spectaculaire et attachant.

Trois sont déjà morts. Il est le Numéro Quatre. Venu se réfugier sur terre, tout petit, en compagnie d’Henry, son protecteur, John Smith s’efforce d’échapper aux cruels Magodoriens qui sont prêts à tout pour le tuer. Changeant perpétuellement d’identités, ne restant jamais longtemps dans la même ville, John et Henri mènent une course contre la montre, sans savoir comment se débarrasser de leurs ennemis. Mais cette fuite en avant va cesser quand John sera confronté à son premier amour, et à la découverte de ses incroyables pouvoirs. Désormais, las de fuir, John voudra en découdre une fois pour toutes avec ses implacables ennemis….



Grâce à son exigence et à son talent, D.J. Caruso a réussi à faire de Numéro Quatre bien mieux qu’une énième adaptation de roman destiné aux ados  (Le scénario est signé Alfred Gough & Miles Millar et Marti Noxon, d’après le livre de Pittacus Lore): il livre là, une fois encore, un film d’action et de suspense au rythme soutenu, dépourvu de mièvrerie, dont les morceaux de bravoure étonnent. Tout cela avec un budget modeste – à l’échelle américaine - de 52 millions de dollars, remarquablement utilisé pour assurer le spectacle sur l’écran. Très agréablement surpris par le visionnage de ce film, dont la sortie est prévue pour le 6 avril 2011, qui faisait jusqu’alors « profil bas », nous avons rencontré son acteur principal, Alex Peyttifer, ainsi que son réalisateur, D.J. Caruso…

Entretien avec Alex Pettyfer (Numéro Quatre)

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Né en Angleterre, Alex Pettyfer a entamé sa carrière d’acteur en 2005 dans Tom Brown’s Schooldays , téléfilm avec Stephen Fry et Jemma Redgrave. Il perce à l’âge de 15 ans lorsqu’il est choisi parmi des centaines d’autres jeunes acteurs pour jouer le jeune héros d’Alex Rider : Stormbreaker (2006) aux côtés de Mickey Rourke et Alicia Silverstone. Il joue ensuite face à Emma Roberts dans Wild Child, comédie sur une jeune fille rebelle envoyée dans un pensionnat en Angleterre. Nous le retrouverons prochainement dans le premier rôle de Beastly, une version sombre et réactualisée de La Belle et la Bête.

Qui étaient vos héros de BD, et vos films favoris, quand vous étiez adolescent ?

J’aimais beaucoup Spider-Man et Batman. Batman, parce qu’il est un héros qui s’est formé tout seul, et Spider-Man à cause de sa vulnérabilité. Quand j’étais enfant, je passais mon temps à regarder des films, j’en ai vu des centaines, presque tous les Alfred Hitchcock, tous les Stanley Kubrick. Parmi ceux de Kubrick, Orange Mécanique m’avait particulièrement frappé. J’aimais aussi beaucoup Butch Cassidy et le Kid, Luke la main froide, et les films de Steve McQueen comme Bullit, La grande Evasion et Papillon. Tous ces films ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ils m’ont donné envie de savoir ce que c’est que d’être sur un plateau de cinéma et de participer à une aventure comme celle de Numéro Quatre.

Vous souvenez-vous précisément du moment où vous vous êtes rendu compte que vous vouliez devenir acteur ? Quand ce déclic s’est-il produit ?

Je crois que la toute première fois que j’ai été certain que je voulais en faire mon métier pour la vie, c’était juste après la fin du tournage de Beastly, il y a quelques mois de cela !

Vraiment ?

Oui ! Ce n’est que là que j’ai été convaincu que je pourrai en faire mon vrai métier, mon gagne-pain pour les années à venir.

Voulez-vous dire que vous aviez eu des moments de doute après Alex Rider : Stormrider, parce que le film n’avait pas eu le succès espéré ?

Non, ce n’était pas vraiment une question de doute, mais plutôt de manière dont je ressentais les choses. J’ai tourné Alex Rider quand j’avais 15 ans, et à ce moment-là, pour moi, un tournage était surtout une occupation amusante, une sorte de hobby extraordinaire que j’avais la chance de faire. Je n’arrive toujours pas à considérer le cinéma comme un travail, d’ailleurs, tellement je prends de plaisir à tourner. Mais j’ai aussi eu l’occasion de voir à quel point ce métier n’est pas fiable. Quand vous prenez la décision de l’exercer à temps plein, en vous engageant totalement, vous prenez un pari risqué, assez effrayant. Car vous ne savez jamais si vous allez travailler à nouveau. Après Alex Rider, je suis retourné au lycée et j’ai poursuivi mes études, et une fois mon diplôme en poche, je suis retourné dans l’arène à nouveau, avec la ferme intention de me battre et de gagner !

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le script de Numéro Quatre , en tant qu’acteur ? Le mélange de romance, d’action et de Science Fiction ? L’opportunité de travailler avec DJ Caruso, Steven Spielberg et Michael Bay ?

Oui, pour toutes ces raisons. DJ, Steven et Michael font partie de mes idoles de cinéma. Mais au-delà de cela, je crois que ce qui m’a le plus attiré dans le personnage de numéro quatre, c’est sa vulnérabilité, qui assez proche de celle de Spider-Man. Comme Peter Parker, John est un « héros malgré lui », en quête d’identité, dont le vœu le plus cher est de mener une vie tout à fait normale. J’aimais bien son côté mystérieux et solitaire, et aussi le fait qu’il ait déjà vécu tant d’expériences à 18 ans. La trajectoire du personnage est très dynamique.

Votre personnage est un fugitif. Avez-vous fait des recherches sur la manière dont les fugitifs « fonctionnent » mentalement, et agissent pour ne pas se faire remarquer ?

Non, je n’ai pas fait de recherches de ce genre, parce que je préfère éviter de m’appuyer sur des témoignages, des récits « de seconde main » si vous voulez. Je préfère trouver des moyens de ressentir moi-même les choses de manière organique, de l’intérieur, de façon naturelle. En réalité, John n’a plus envie de se cacher et de fuir perpétuellement. Il préférerait rester une bonne fois pour toutes dans une ville, et si ceux qui le cherchent le trouvent là, eh bien tant pis, il est prêt à en subir les conséquences. Il me semble que c’était plus crédible ainsi, car au début de l’histoire, même si John sait quelle est sa situation, il y a encore beaucoup de choses qu’il ignore, notamment au sujet de ses pouvoirs, et des alliés qu’il va croiser ultérieurement. John se trouve à un moment de sa vie où, comme tout être humain, il doit faire des choix. Il voudrait être un adolescent normal, rester dans sa ville avec sa famille et ses amis, devenir adulte, se marier, mais son destin le pousse à devenir un guerrier, alors qu’il n’en a vraiment pas envie. Il veut juste être normal, mais pendant cette aventure il va découvrir qu’il ne l’est pas. Il va prendre conscience qu’il a des pouvoirs et qu’il est un être exceptionnel. Malgré tous les choix qu’il peut faire, le destin joue toujours un rôle dans sa vie.

Pouvez-vous nous parler de la relation de John avec Sarah ?

Le danger auquel est confronté John éveille en lui des sentiments pour Sarah, qui est incarnée par Dianna Agron. Ces sentiments vont aussi déclencher l’apparition de ses pouvoirs. John sait qu’avec Sarah, il pourrait enfin mener une existence normale, mais en tombant amoureux, il se produit toutes sortes de choses qu’il ne veut surtout pas voir arriver. Ses pouvoirs se réveillent et la jalousie qu’il éprouve envers l’ex petit ami de Sarah le pousse à devenir plus fort et à utiliser la télékinésie et son pouvoir sur la lumière.

Quel genre de superpouvoirs aimeriez-vous avoir ?

Il y a beaucoup de choses que j’aimerais pouvoir faire dans la vraie vie…Si je devais choisir, je dirais le pouvoir de voler !

Comment avez-vous travaillé votre personnage avec DJ Caruso ? Quelles idées avez-vous proposées ? Que vous a-t’il suggéré ?

Il m’a suggéré que je reste souvent immobile. Que l’on puisse voir par mon regard ce à quoi je suis en train de penser. Je ne crois pas avoir fait de suggestions importantes à propos du personnage, car j’étais entouré par des gens qui ont beaucoup plus d’expérience que moi. Deux semaines avant le début du tournage, nous nous sommes souvent réunis, DJ et moi, pour parler du personnage. Il m’a notamment demandé de regarder Rencontres du 3ème type.

Il y a une atmosphère très plaisante, très « Production Spielberg des années 80 », dans le film…

Oui, c’était l’un des objectifs que DJ s’était fixé : retrouver le charme des vieilles production Amblin que nous aimons tous tant, comme Les Goonies, Gremlins, Retour vers le futur…Nous avons travaillé en ce sens, et je suis ravi que vous l’ayez ressenti ainsi.

Quel genre de réalisateur est DJ Caruso . Comment travaille-t’il au jour le jour avec ses acteurs ? Comment leur redonne t’il de l’énergie à la fin d’une longue journée de tournage ?

DJ est très impliqué dans tous les aspects du tournage. Il agit comme une sorte de figure paternelle bienveillante, tout en vous incitant à dépasser vos limites. Il vous pousse à faire des choses que vous vous imaginiez être incapable de faire. Quand il vous lance un défi, vous avez tendance à vous rebeller un peu, au début, mais une fois que le but est atteint, vous n’en ressentez que plus de fierté.

Pouvez-vous nous donner un exemple de quelque chose que vous n’aviez pas envie de faire ?

Oui. Je n’avais pas du tout envie de sauter d’une falaise en faisant une pirouette en arrière ! Mais alors, pas du tout ! (rires) DJ m’a expliqué qu’il avait vraiment besoin de ce plan dans cette scène où John se lâche et expérimente ses nouveaux pouvoirs, et que son impact serait déterminant. Il m’a dit « Si tu as peur, je le ferai aussi ! ». Je lui ai répondu que j’allais m’entraîner et essayer de faire cette acrobatie. Je me suis donc préparé de manière intensive pendant deux semaines, en travaillant avec des câbles, et le jour du tournage, j’ai réussi à faire cette acrobatie. Bien entendu, DJ avait raison : le plan est étonnant. Il est tellement spectaculaire qu’il a été inséré dans la bande-annonce du film .

Avez-vous envisagé à un moment de développer une gestuelle, des postures ou des mimiques particulières pour montrer les origines extraterrestres de votre personnage ? Ou a t’il toujours été sensé se comporter comme n’importe quel autre jeune terrien ?

John est à 99% un jeune terrien comme les autres, car il est arrivé sur notre planète à l’âge de 4 ans. Il n’a que très peu de souvenirs de son monde natal. Toutes ses émotions sont humaines. Mais cependant, je pense que l’on peut encore sentir ce côté extraterrestre en lui de temps en temps dans le film, notamment dans la scène où il raccompagne Sarah chez elle et ne peut s’empêcher de tomber en arrêt devant la façade de sa maison, tant elle lui semble être un décor de rêve, tandis que Sarah la trouve banale. Pour revenir à votre question, nous voulions souligner l’aspect mystérieux de John, mais sans le rendre trop différent des autres jeunes qui l’entourent. Il fallait que l’on éprouve de la sympathie pour lui, tout en sentant que John avait constitué une sorte de carapace autour de lui, afin de se protéger.

Quelle sorte d’entraînement physique avez-vous suivi pour être en mesure de tourner les scènes de combat et d’action du film ?

Beaucoup de culture physique, d’exercices d’assouplissement, mais aussi beaucoup d’entraînement avec les câbles. L’entraînement a duré pendant deux mois, à Los Angeles. J’avais deux sessions quotidiennes, deux heures le matin et deux heures le soir. L’assouplissement était un élément important parce que nous ne voulions pas donner à John l’allure d’un boxeur ou d’un combattant en arts martiaux. Il fallait que ses méthodes de défenses soient plus fluides et plus organiques. J’ai appris des mouvements de gymnastique que je me serai cru incapable d’exécuter !

Quelles sont les parties les plus compliquées de l’apprentissage des acrobaties sur câbles ? Garder son équilibre ? Arriver à faire une pirouette en avant, puis en arrière ?

Il faut déjà s’habituer à être suspendu ainsi, en faisant reposer tout le poids de votre corps sur votre bassin et votre entrejambes, à l’intérieur du harnais de sécurité. Les câbles sont fixés à des attaches métalliques, de part et d’autres de vos hanches. Les premiers exercices que vous faites ont pour but de vous apprendre à garder votre équilibre dans cette position, une fois que l’on vous a hissé à deux mètres du sol. Vous apprenez à pirouetter en avant, puis en arrière, et à vous rétablir en position d’équilibre, tête en haut. Une fois que j’ai acquis ces notions de base, on m’a hissé à une trentaine de mètres de haut, afin de répéter en studio la scène où je saute de la falaise. Là, je dois dire que ce n’était pas un moment facile. Il faut apprendre à faire confiance aux câbles alors que tout votre corps vous dit « Ne saute pas, tu vas te tuer, espèce d’idiot !! » (rires) Mais une fois que l’on a réussi à dominer ce que votre instinct vous incite à faire, on peut se libérer et faire de belles acrobaties.

Aviez-vous des ampoules LEDS fixées aux paumes de vos mains pendant les scènes où vous vous servez de vos pouvoirs pour éclairer les couloirs d’une maison plongée dans l’obscurité ?

Oui. A chaque fois que mes mains s’éclairent, tout était fait en direct sur le plateau. Je portais effectivement des petits supports avec des LEDS collés sur les paumes, et les fils électriques couraient à l’intérieur des manches de ma veste, jusqu’aux piles dissimulées dans mes poches. DJ voulait que la plupart des effets soient réalisés ainsi, devant la caméra, quitte à les « augmenter » plus tard, en post-production.

Mais vous ne portiez pas de prothèses de « chair » autour des ampoules… les images ont donc été retouchées après ?

Oui, il y a eu des retouches numériques par la suite. Et je ne portais pas de prothèses.

Quelle est votre scène favorite dans le film ?

Je dirais que c’est celle au cours de laquelle j’apprends à mon ami Sam, dont le père a étudié les OVNIS toute sa vie, que je suis un extraterrestre. Comme son père à disparu mystérieusement lorsqu’il était tout jeune, Sam en a été très affecté. Il a été privé de cette présence paternelle pendant toute son adolescence et en a souffert, devenant un solitaire qui peine à se faire des amis au lycée. John a vécu une jeunesse identique, privé de ses parents, vivant souvent seul. De ce fait, quand John révèle à Sam que les extraterrestres existent bel et bien, il permet à son camarade de reprendre confiance en lui, et de réconforter en sachant que son père avait raison. Cela fait également du bien à John de se libérer de son secret et de faire confiance à quelqu’un d’autre. Je crois que c’est une jolie scène, qui fonctionne très bien. J’aime aussi la séquence où John et Sarah sont dans la chambre de la jeune fille et tombent peu à peu amoureux l’un de l’autre.

Avec le recul, quelles ont été les plus grosses difficultés à surmonter pendant le tournage de Numéro quatre ?

La résistance physique nécessaire pour tourner les scènes d’action, et la création d’un personnage comme celui-ci, qui reste toujours sur ses gardes, et craint de se confier. Il fallait que l’on sente John toujours en éveil, sur la défensive, de manière subtile. Cela dit, je me suis beaucoup amusé pendant le tournage et la préparation physique qui l’a précédé. Je n’ai que 20 ans, je suis encore un grand enfant ! Peu de gens ont la chance de faire tout ce que j’ai fait pour ce film. C’était très amusant de courir partout sur le plateau avec des armes à feu et de sauter d’une falaise.

Pouvez-vous nous dire quelques mots des prochains films fantastiques dans lesquels vous allez apparaître ? Commençons par Beastly

Beastly est une modernisation du conte de La belle et la bête, qui est raconté selon le point de vue de la bête, contrairement aux versions précédentes. Le côté fantastique est apporté par la métamorphose du héros, due à une malédiction.

On vous verra aussi dans Now, film de SF dans lequel le temps, ou plus précisément la durée de vie, est littéralement de l’argent…

Là, je jouerai un personnage très inquiétant, une sorte de mélange de celui de Gary Oldman dans Leon, et de Charles Manson…

Avez-vous l’intention de continuer à vous impliquer dans des films Fantastiques, de SF et d’action, dans le futur ?

Je ne voudrais pas être aussi catégorique dans mes choix. J’aimerais surtout choisir de bonnes histoires, indépendamment de leur genre.

Vous avez déclaré que vous aimeriez réaliser des films, plus tard. Quels genre de films ?

Je crois que je choisirais plutôt des films dramatiques ou des histoires d’amour.

[En discuter sur le forum]
Bookmark and Share


.