AQUAMAN ET LE ROYAUME PERDU : l’alliance des frères ennemis - Entretien exclusif avec le réalisateur James Wan - 1ère Partie
Article Cinéma du Vendredi 19 Janvier 2024

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Le souverain des Abysses et son demi-frère Orm doivent protéger le royaume d’Atlantis contre Black Manta, qui détient une arme dévastatrice. Découvrez comment James Wan a créé ce film de super-héros très divertissant, qui remporte un succès bien mérité en salles.

Le Pitch : N’ayant pas réussi à vaincre Aquaman au cours de leur première confrontation, Black Manta ne recule devant rien pour s’assurer une victoire définitive et venger la mort de son père : il s’empare du mythique Trident noir et libère ainsi une force ancienne terriblement malveillante. Comprenant que son adversaire est plus redoutable que jamais, Aquaman se tourne vers son demi-frère Orm, l’ancien roi d’Atlantide, emprisonné pour avoir fomenté un complot et s’être emparé du trône par la force. Il le convainc de mettre de côté leurs différents passés et d’oublier leurs rancunes pour protéger ensemble le royaume, sauver leur famille et le monde d’une destruction irréversible. C’est ainsi que débute l’alliance improbable de ces anciens antagonistes, et la plus dangereuse de toutes leurs missions…

Un marginal devenu roi

Cinq ans après la première aventure d’Aquaman, James Wan et Jason Momoa se retrouvent pour donner suite au plus gros succès jamais remporté par une transposition cinématographique de l’univers DC Comics, cet opus initial ayant généré 1,1 milliard de dollars de recettes dans le monde entier. C’est en assumant pleinement les aspects délirants, naïfs et kitschs de la BD originale que James Wan est parvenu à séduire les fans, tout en veillant à moderniser et à donner un aspect plus science-fictionnesque à la civilisation d’Atlantis. Le résultat, sorte de STAR WARS océanique, avait déjà de nombreux atouts visuels pour plaire à un large public, mais c’est essentiellement grâce à l’excellent casting (dû à Zack Snyder, rappelons-le) de Jason Momoa dans le rôle-titre que le premier AQUAMAN a été tant apprécié. Grâce à son physique de colosse, son charisme et son talent d’acteur, Momoa parvient à rendre crédible, drôle et attachant ce personnage dont la transposition en chair et en os était pourtant une vraie gageure : dans son apparence classique, il s’agissait un homme blanc, à la longue barbe blonde, au costume orange et vert décoré d’écailles, et qui brandissait un trident doré ! L’introduction de ce nouvel Aquaman « rock n’roll » dans le Snyderverse a eu lieu très brièvement d’abord en 2016 dans BATMAN V SUPERMAN, L’AUBE DE LA JUSTICE, puis plus longuement l’année suivante dans la version inaboutie de JUSTICE LEAGUE. Snyder ne l’a achevée qu’en 2021, nous permettant ainsi de découvrir de nombreuses scènes inédites avec Aquaman, comme ce moment incroyable où les femmes du village de pêcheurs où il a coutume de se rendre entonnent spontanément un chant traditionnel, pour honorer cet être surnaturel…La vision de Snyder aura permis ainsi de brosser le portrait d’un demi-dieu mélancolique et paumé, l’un des rares super-héros incapables de s’intégrer pleinement à une communauté. Né d’un père humain et d’une mère Atlante, Arthur Curry / Aquaman est décrit comme un vagabond qui erre entre deux mondes. Les gens de la surface ne lui font pas confiance parce qu’il est un atlante, et le peuple d’Atlantis se méfie de lui parce qu’il a vécu longtemps sur la terre ferme, et veut protéger aussi les humains. Comme le disait James Wan pour décrire l’odyssée de son héros dans le premier film : « Le chemin que doit parcourir Arthur consiste à se faire accepter tel qu’il est, et surtout de s’accepter lui-même et de croire en ses propres capacités. C’est une trajectoire intéressante dans l’évolution d’un super-héros. Le côté marginal du personnage est également ce qui fait de Jason un acteur tellement formidable pour incarner Aquaman. C’est un sentiment qui fait écho en lui. » En effet, le comédien a puisé dans son vécu pour exprimer l’impact de cet ostracisme sur Arthur Curry : « Je suis à moitié polynésien par mon père et à moitié Irlandais/allemand et amérindien par ma mère. Je suis né dans l’île d’Hawaï, à Honolulu. L’océan a joué un grand rôle dans ma petite enfance. Mais quand mes parents ont divorcé, ma mère et moi avons déménagé dans une bourgade de l’Iowa, au centre des États-Unis. En arrivant, j’ai été dévisagé avec méfiance et mis à l’écart par les autres enfants, comme si j’étais un habitant d’Atlantis ! D’autres gosses étaient exclus pour d’autres raisons, parce qu’ils étaient issus de milieux défavorisés et ne pouvaient pas porter les mêmes vêtements de marques que leurs camarades. Ces situations concernent beaucoup de gens. »

Dans la peau d’un atlante

Tout comme le justicier qu’il incarne, Momoa a su transcender ces épreuves par la persévérance dans ses études, la pratique du sport de haut niveau, et en devenant comédien. Mais de son propre aveu, il n’avait pas anticipé les inconvénients du rôle d’Aquaman : « Je dois arriver très tôt le matin dans la loge de maquillage, parce que l’application de tous les tatouages du personnage dure trois heures. J’enfile un costume qui pesait 18 kilos, et j’étais constamment aspergé alors qu’il faisait froid sur les plateaux et encore plus quand nous filmions à l’extérieur ! (rires) Mais le côté positif, c’est que j’entrais immédiatement dans la peau du personnage. Aujourd’hui encore, le déclic, c’est quand je mets mes lentilles de contact et que je me vois dans le miroir, avec les tatouages et le costume. Là, je « replonge » aussitôt dans l’esprit d’Aquaman, avec un grand plaisir. » Pleinement associé à la conception d’AQUAMAN ET LE ROYAUME PERDU , Momoa a soumis un pitch concernant l’évolution de son personnage, qui doit trouver l’équilibre entre ses fonctions de roi d’Atlantis et son nouveau rôle de père. Sa proposition a été validée par James Wan et par le studio, et lui permis d’obtenir son premier crédit de co-auteur de l’histoire.

Le retour de l’ennemi juré

Dans le premier volet de la saga, James Wan nous avait présenté David Kane, alias Black Manta, l’antagoniste principal d’Aquaman, incarné par Yahya Abdul-Mateen II. Rappelons qu’au début du film, Kane faisait partie de l’équipe de mercenaires et de pirates dirigée par son père, et les aidait à attaquer et à détourner un sous-marin. Mais Aquaman avait surgi, et lorsque le père de David était resté coincé dans le sous-marin endommagé par les combats, le justicier avait préféré sauver l’équipage attaqué plutôt que le chef des pirates. Rejetant la faute de sa mort sur Aquaman, Black Manta est animé par un terrible désir de vengeance, qui atteint un point culminant dans cette nouvelle aventure, puisqu’il réussi à s’emparer du Trident noir, arme maléfique qui pourrait provoquer une apocalypse mondiale…Autour de Jason Momoa et de Yahya Abdul-Mateen II, le casting du premier opus revient dans LE ROYAUME PERDU : Patrick Wilson incarne Orm, demi-frère et ennemi d’Aquaman qui faire équipe avec lui ; Amber Heard interprète Mera, reine d’Atlantis et mère de l’héritier du trône ; Nicole Kidman joue Atlanna, redoutable souveraine et mère au cœur de guerrière ; Dolph Lundgren tient le rôle du roi Nereus et Randall Park celui du docteur Stephen Shin. Le film est produit par Peter Safran, James Wan et Rob Cowan, tandis que la production exécutive a été assurée par Galen Vaisman et Walter Hamada. Le scénario est signé David Leslie Johnson-McGoldrick, sur une histoire originale de James Wan & David Leslie Johnson-McGoldrick, Jason Momoa & Thomas Pa’a Sibbett, d’après les personnages DC créés par Paul Norris et Mort Weisinger. James Wan a tenu à s’entourer de ses chefs d’équipes d’AQUAMAN : le directeur de la photographie Don Burgess (CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD), le chef-décorateur Bill Brzeski (JUMANJI : NEXT LEVEL), le chef-monteur Kirk Morri (FAST & FURIOUS 7), le compositeur Rupert Gregson-Williams (WONDER WOMAN) et la superviseuse musicale Michelle Silverman (MALIGNANT). L’équipe technique réunit encore le superviseur des effets visuels Nick Davis (la nouvelle saga du CHOC DES TITANS, THE DARK KNIGHT) et le chef-costumier Richard Sale (DOCTOR STRANGE IN THE MULTIVERSE OF MADNESS, READY PLAYER ONE).

Entretien avec James Wan, co-scénariste et réalisateur

En immersion dans l’univers d’Aquaman


Né en Malaisie, James Wan est venu s’installer en Australie avec sa famille à l’âge de sept ans. Il a fait ses étude de cinéma au Royal Melbourne Institute of Technology, où il a rencontré Leigh Whannell, devenu un ami et fréquent collaborateur. Spécialisé dans la création de franchises d’épouvante et les films d’action, ses grands succès ont été SAW (2004), INSIDIOUS (2010), CONJURING 2 : LE CAS ENFIELD (2016), FAST & FURIOUS 7 (2015), et AQUAMAN (2018).

Imaginer de nouveaux enjeux

Pouvez-vous nous parler du pitch initial du film proposé par Jason Momoa et de la manière dont vous avez développé le scénario du ROYAUME PERDU en ajoutant vos idées ?


Ce processus a été un travail d’équipe. Jason nous a proposé une approche intéressante de l’évolution de son personnage, qui est devenu père depuis les événements du premier film. Comme Jason adore ses enfants, il souhaitait s’inspirer de son experience personnelle pour évoquer comment cette paternité avait transformé Aquaman. Ses suggestions ont été intégrées à la narration de notre histoire principale, qui prolonge les événements auxquels nous avions assistés auparavant. Je considère que le premier et le deuxième AQUAMAN constituent les deux parties d’un seul grand récit, avec des arches narratives communes pour notre héros et les autres personnages principaux. Vous vous souvenez sans doute qu’Arthur Curry était un « héros malgré lui » dans le premier volet de cette histoire, une sorte de vagabond solitaire, qui n’avait pas encore trouvé sa place dans le monde. A la fin de ce premier film, il y parvenait en assumant son rôle d’héritier du trône et devenait le roi d’Atlantis. Quand LE ROYAUME PERDU débute, nous tenons compte du temps qui s’est écoulé et le retrouvons alors qu’il exerce ses fonctions de souverain depuis plusieurs années, et élève son fils avec Mera. Mais même s’il est devenu roi, une partie de la population d’Atlantis ne lui fait toujours pas confiance, parce qu’il est à moitié humain et à moitié atlante. Comme on le soupçonne de vouloir protéger les peuples de la surface, toutes ses décisions sont critiquées et remises en cause. Il est contraint de devenir un politicien, d’agir avec plus de diplomatie et de trouver des compromis avec ses opposants, bref, tout ce qu’il déteste faire ! (rires) Arthur n’aime guère son travail de roi, mais il doit continuer à régner pour empêcher les factions atlantes les plus extrêmes de se lancer dans une guerre contre les humains. C’est le fardeau qu’il doit porter pour préserver une paix fragile, et c’est dans ce contexte que nous avons utilisé les idées de Jason.

Pouvez-vous nous décrire plus précisément son pitch initial ?

Jason a proposé l’idée d’une technologie, d’une arme puissante qui n’affecte que les atlantes et les créatures marines. Et nous a suggéré aussi le principe d’alterner les scènes de la vie familiale et les descriptions des fonctions officielles d’Aquaman, afin de créer des effets de contrastes amusants. Par exemple, on le voit chez lui en train de changer les couches du bébé, puis en costume d’apparât, assis sur le trône d’Atlantis, en train d’écouter les ambassadeurs d’autres royaumes océaniques ! A un autre moment de ce montage, quelques années plus tard, il présente le monde des humains à son fils, en l’emmenant faire une ballade à moto à la surface. On le voit aussi occupé à se battre pour sauver le monde, puis s’occuper du travail administratif qui incombe à un roi. Quand David Leslie Johnson-McGoldrick et moi avons travaillé sur le scénario, nous avons trouvé ces idées si amusantes que nous les avons intégrées avec plaisir dans les scènes d’introduction du film !

La suite de notre entretien avec James Wan paraîtra bientôt sur E.S.I. !



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