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Entretien exclusif avec Morgan Freeman : Rendez-vous avec une légende
Article Cinéma du Lundi 05 Decembre 2011

C’est à l’occasion de sa participation à L’INCROYABLE HISTOIRE DE WINTER LE DAUPHIN, film inspiré de faits réels – un dauphin amputé de sa queue a été sauvé par la création d’une prothèse révolutionnaire - que nous avons rencontré un acteur mythique du cinéma, passionné de fantastique, le grand Morgan Freeman. Il a évoqué sa prestigieuse carrière, les films de SF qui l’ont marqué, et le grand projet qui lui tient à cœur depuis près de 15 ans : produire l’adaptation cinématographique de RENDEZ-VOUS AVEC RAMA, l’un des romans les plus célèbres d’Arthur C. Clarke, l’auteur de 2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE, et en jouer le rôle principal ! Rappelons que dans cette histoire, un gigantesque vaisseau extraterrestre approche de la terre. Une équipe de savants part alors l’explorer pour déterminer s’il constitue ou pas une menace…

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau



Vous avez rencontré les vrais protagonistes de l’histoire de Winter, et joué avec le dauphin lui-même. Etait-ce un avantage ? L’occasion de puiser des émotions réelles ?

Mon travail d’acteur reste le même, que le film soit une pure fiction ou qu’il s’inspire de faits réels. Cependant, tourner dans les lieux authentiques et jouer en face du vrai animal était une source d’inspiration et de réactions viscérales, car je joue le rôle di créateur de la prothèse de queue qui a permis à Winter de nager normalement à nouveau.

Avez-vous fait des suggestions au réalisateur à propos de votre personnage ?

Je lui ai proposé de porter les cheveux longs pour illustrer le côté anticonformiste du Dr McCarthy, et j’ai choisi aussi mon costume. Pour le reste, quand je m’implique dans le travail du réalisateur au sujet de mon rôle, c’est pour l’aider à résoudre un problème de mise en place d’une scène ou suggérer un cadrage pour souligner tel ou tel moment. Je n’interviens pas sur le script, et rarement sur mes répliques, car si je m’investis dans un projet c’est que le scénario est bon dès le départ !

En étudiant votre filmographie jalonnées de réussites, on est étonné par la justesse de vos choix. Que recherchez-vous dans un scénario que l’on vous propose ?

D’abord une bonne histoire. Ensuite, je refuse de jouer un personnage trop proche d’un de mes précédents rôles, car je ne veux pas me répéter. Les gens m’envoient souvent des scripts parce qu’un personnage leur rappelle celui que j’ai incarné dans un film précédent. Ayant joué plusieurs fois le policier Alex Cross, je refuse les rôles de détectives. Je cherche des personnages intéressants et atypiques.

Vous aimez beaucoup le Fantastique et la SF. Quels sont vos films préférés dans ces deux genres, et les thèmes que vous appréciez particulièrement ?

Le thème de la découverte de l’autre. L’un des films de SF que je préfère est RENCONTRES DU TROISIEME TYPE, qui est l’exact opposé de LA GUERRE DES MONDES. Nous sommes visités par une culture extraterrestre qui n’a absolument rien de menaçant, même si elle semble mystérieuse. En regardant ce merveilleux film, on est souvent ébahi, fasciné, mais on n’est jamais saisi par un sentiment de peur, ni de rejet. Pour toutes ces raisons, RENCONTRES DU TROISIEME TYPE est au sommet de ma liste, ainsi que les films qui ont la même démarche, ou font preuve de la même ouverture d’esprit. Dans le monde actuel, on génère tant de peurs à propos des formes de vies extraterrestres… Je ne sais pas pourquoi on fait cela…

Probablement parce que les gens ont peur de ce qui est différent…C’est une réaction assez bête, mais on ne peut que la constater…

Oui, c’est vrai. Mais pourquoi ne peut-on pas avoir une attitude aussi positive que celle de Spielberg ? C’est peut-être révélateur de nos propres tendances à vouloir toujours partir en guerre contre quelqu’un ou quelque chose.

Vous êtes aussi un fan du KING KONG original de 1933…

Oh oui ! Un fan enthousiaste, même ! C’est l’un des tout premiers films que j’ai vu. Je crois que je devais avoir 6 ans et demi. C’était merveilleux de découvrir un tel film à cet âge, avec ces dinosaures, ces jungles magnifiques, et cette histoire d’amour impossible entre la bête et la belle Fay Wray… Pour moi, il n’y aura jamais qu’un seul KING KONG, celui de 1933 ! Il est tellement supérieur à tous les remakes qui ont été faits par la suite ! Il est toujours magique aujourd’hui…Dans le domaine de la SF, un autre film m’a beaucoup marqué : LE JOUR OU LA TERRE S’ARRETA, réalisé par Robert Wise dans les années 50. J’avais trouvé fascinant le personnage de Michael Rennie, l’extraterrestre Klaatu. Et son robot sentinelle, Gort, m’avait impressionné.

Klaatu est lui aussi un extraterrestre pacifique…

Cela me semble indissociable du comportement d’une civilisation assez avancée pour pouvoir traverser les vastes étendues de l’espace. Son discours final sur la tendance des humains à s’autodétruire est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a 60 ans !

Où en êtes-vous du développement de l’adaptation de RENDEZ-VOUS AVEC RAMA sur laquelle vous travaillez avec David Fincher depuis des années ? C’est un film que les fans de SF attendent avec impatience !

C’est Andrew Kevin Walker, qui a écrit les scripts de SEVEN, SLEEPY HOLLOW et de THE WOLFMAN, qui est maintenant en charge du développement du scénario. Nous avons rencontré le studio Sony/Columbia il y a quelques semaines pour faire le point sur le projet, et ils nous ont confirmé qu’ils étaient toujours partants pour produire RENDEZ-VOUS AVEC RAMA, en investissant le budget approprié. Maintenant, ce qu’il nous reste à faire, c’est d’obtenir enfin un script dont nous soyons tous satisfaits. Le développement du scénario est toujours la partie la plus ardue de la préparation d’un film. Et ce projet-là est doublement compliqué, en raison de l’ampleur de la vision d’Arthur Clarke. Il y une quantité phénoménale de designs à produire pour représenter le vaisseau géant Rama.

Pourriez-vous évoquer la conception artistique du projet ? Elle a débuté il y a plus de dix ans…

Oui. Pour être sûrs de faire le meilleur travail possible, nous avons consulté de nombreux savants : des astrophysiciens, des scientifiques de la NASA, des biologistes. Ce n’est pas facile de capturer l’ampleur du livre sous la forme d’un script, d’autant plus que Arthur C. Clarke était à la fois un scientifique et un auteur de fiction. Il n’écrivait rien au hasard, et il a même annoncé dans ses œuvres des inventions qui ont été appliquées des années plus tard, comme les satellites géostationnaires… Plusieurs scénaristes talentueux ont travaillé sur cette adaptation du roman pendant toutes ces années. Certains d’entre eux ont résolu certains problèmes, mais nous n’étions pas parvenus à un scénario qui nous convenait entièrement. Nous avons appris des choses au cours de ce processus, mais nous reprenons tout depuis le début avec Andrew Kevin Walker.

Parlez-nous de la conception visuelle du vaisseau Rama… C’est une tâche énorme, compte tenue de sa taille, car Arthur C. Clarke le décrit comme un cylindre mesurant 50 Km de long et 20 Km de diamètre !

Nous avons mené ce travail complexe en collaborant avec plusieurs designers, dont votre compatriote Jean « Moebius » Giraud. Nous disposons des designs de la plupart des décors principaux du Rama, des machines et des « biots », les robots qui se trouvent dedans. En revanche, nous n’avons pas encore développé l’aspect de l’astronef Endeavour qui est utilisé par l’équipe de savants terriens pour se rendre sur le Rama.

Peut-on espérer découvrir ce film dans les salles d’ici deux à trois ans ?

Je touche du bois ! Il est temps que ce projet aboutisse.

Savez-vous déjà si vous allez utiliser les techniques développées pour AVATAR, comme les prises de vues 3-D « immersives » pour réaliser ce film ?

Absolument ! RENDEZ-VOUS AVEC RAMA est un film qui ne peut pas être envisagé autrement qu’en 3-D Relief, car c’est l’exploration d’un univers fascinant. Il faut que les spectateurs aient l’impression de se retrouver dans le vaisseau, aux côtés des savants qui cheminent dans cet environnement incroyable. Nous avons l’intention d’utiliser des effets visuels très spectaculaires. Nous espérons aussi réaliser une version Imax du film, car il sera particulièrement bien adapté à une projection sur écran géant.

En dehors du studio Sony/Columbia, avec-vous réuni d’autres partenaires autour du projet ?

Nous avons entamé des pourparlers avec différents partenaires, car nous aimerions adapter le film sous différentes formes. Des produits dérivés pour collectionneurs et des jeux vidéo, bien sûr, mais aussi des attractions destinées aux parcs à thème. L’univers du Rama est tellement riche qu’il pourrait même devenir un parc à thème à lui seul. Intel corporation nous apporterait aussi une aide logistique dans le domaine des effets 3-D  et des contenus liés au film que nous créerions pour internet.

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Dans les années 90, vous avez joué dans trois films qui sont devenus des classiques : IMPITOYABLE, LES EVADES, et SEVEN. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir ces rôles et ces films ?

C’étaient de formidables histoires. Quand j’ai lu LES EVADES pour la première fois, je ne savais pas quel personnage Frank Darabont souhaitait que j’incarne. Quand mon agent m’a dit que c’était Red, je me suis dit « C’est fantastique : Red est le cœur du film ! ». J’ai eu la même réaction en lisant le script de SEVEN, car je savais que David Fincher voulait que je joue le lieutenant Somerset, qui est lui aussi l’âme du film. Idem pour Impitoyable et le rôle de Ned Logan.



Vous avez joué un « méchant » mémorable dans un excellent film d’action teinté de fantastique, PLUIE D’ENFER, qui se déroule dans une petite ville complètement inondée. Ce personnage est un des rares criminels de l’histoire du cinéma qui éprouve des remords pendant un hold up et qui soit réellement attristé quand ses complices meurent…

Oui. Je ne voulais surtout pas qu’il devienne un cliché et regarde ses hommes tomber sans ciller. Il sait bien qu’il prend des risques avec sa bande, mais il n’a pas prévu l’impact dévastateur des erreurs de ses coéquipiers, ni la tournure que prennent les événements quant les convoyeurs de fond refusent de coopérer.



Quand un rôle de méchant est bien écrit, est-ce vraiment jouissif de le jouer ?

Je vais citer Bob Hoskins, avec lequel j’avais joué dans DANNY THE DOG de Louis Leterrier. A propos de ces rôles de méchants, il disait « Ce qui est formidable quant on joue un sale type, c’est que l’on n’a plus à se préoccuper de rien. On peut se comporter n’importe comment, et laisser tous ses mauvais instincts prendre le dessus pendant que l’on joue. » C’est effectivement libérateur ! (rires)

Pouvez-vous évoquer la création du personnage de l’inventeur Lucius Fox dans la trilogie BATMAN de Christopher Nolan, et ses relations avec Bruce Wayne ?

Lucius est un « contretemps » (Morgan Freeman dit ce mot en français) très intéressant vis à vis d’Alfred. Ces deux personnages ont chacun une influence différente sur Bruce Wayne. Bien sûr, Alfred peut se targuer d’avoir élevé Bruce après la mort de ses parents, et d’avoir de ce fait des liens affectifs plus fort avec lui. Lucius est un homme qui a une force de caractère peu commune, une vive intelligence, et un sens moral irréprochable. Bruce s’en est rendu compte et c’est pour cela qu’il utilise ses talents d’inventeur pour lui demander de construire ou de modifier les gadgets qui deviennent sa tenue et sa fameuse batmobile. Mais comme vous avez pu le voir à la fin de THE DARK KNIGHT, Lucius n’aime pas que ses inventions soient dévoyées. Il est sur le point de couper les ponts avec Bruce Wayne après que celui-ci détourne une de ses technologies pour localiser le joker en se servant du réseau public de téléphones portables. On pourrait dire que Lucius est un repère moral dans la vie de Bruce, tandis que son vieil ami Alfred est un repère affectif.



Et pour conclure, que pouvez-vous nous dire de votre nouvelle collaboration avec Louis Leterrier, après DANNY THE DOG ?

Eh bien je vais jouer dans son prochain film, intitulé NOW YOU SEE ME, qui raconte les exploits d’une troupe de magiciens qui dévalisent des banques pour redistribuer l’argent dérobé aux gens qui en ont besoin. C’est un très bon projet, avec du suspense, de l’action et de l’humour !

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