Entretien exclusif avec le sculpteur Jonathan Matthews, créateur de figurines et de statuettes de superhéros - Première partie
Article Produits Dérivés du Mardi 10 Janvier 2012

Jonathan Matthews est l’un des sculpteurs les plus talentueux de l’industrie américaine des figurines et statuettes de collection. Nous avons été tellement impressionnés par ses représentations en volumes des styles graphiques très particuliers de Jack Kirby et de Mike Mignola que nous avons voulu en savoir plus sur cet artiste exceptionnel. Jonathan a accepté de répondre aux questions d’Effets-speciaux.info et à cette occasion, nous avons décidé de publier pour la première fois un entretien en VF et en VO pour rendre certains contenus d’ESI accessibles à un plus grand nombre de visiteurs.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Jonathan, vous semblez aimer beaucoup la Science-Fiction et la Fantasy. Quels ont été vos livres, BDs et films favoris quand vous étiez enfant ? Et quels sont ceux que vous préférez à présent ?

J’aimais beaucoup de films, de livres et de BDs de tous genres quand j’étais enfant. La plupart des films dans lesquels on pouvait voir le travail de Ray Harryhausen m’ont fortement impressionnés. J’aimais beaucoup le KING KONG original, et en tant qu’adulte, j’ai également beaucoup apprécié la version de Peter Jackson. ALIEN et ALIENS occupent une place à part dans ma mémoire, et j’ai disposé certains des jouets qui ont été tirés de ces films dans mon atelier. Et bien sûr, j’avais absolument adoré L’ETRANGE CREATURE DU LAC NOIR. Dans le registre des BDs et des livres, DARK KNIGHT RETURNS et toute la saga Spider-Man m’ont passionnés, ainsi que tout ce qu’écrit Stephen King. En fait, mes goûts n’ont pas beaucoup changé depuis que je suis adulte : j’aime toujours autant KING KONG, les films avec Batman…et je vais voir tout ce que font les frères Cohen.

Collectionniez-vous les figurines quand vous étiez enfant ? Quels étaient vos jouets préférés à cette époque ?

Bien sûr ! Quelle enfance serait complète sans avoir joué avec des figurines GI Joe, HE-MAN ET LES MAITRES DE L’UNIVERS et STAR WARS ? J’en ai conservé certaines dans une boîte, quelque part dans ma maison. J’ai toujours aimé les Micronautes et les Transformers, même si je ne les collectionnais pas vraiment. La majeure partie de ma collection d’enfant était constituée par les figurines de 10cm de la seconde gamme GI Joe.

Avez-vous toujours aimé la sculpture, même pendant votre enfance ? ou avez-vous commencé à la pratiquer en étudiant les beaux arts ?

J’ai toujours aimé sculpter. J’adorais jouer avec de la plastiline ou avec de la pâte à modeler que l’on confectionnait à la maison. Je pouvais passer des heures à fabriquer des petites créatures ou des figurines articulées rudimentaires. J’ai appris le dessin à l’école puis j’ai suivi une formation d’illustrateur à l’université. Je continuais à fabriquer des petites sculptures quand je pouvais mettre la main sur un peu d’argile ou de Sculpey (pâte synthétique qui durcit à la chaleur, NDLR), mais c’était juste quelque chose que je faisais accessoirement, pour mon propre plaisir. J’avais réalisé des travaux en trois dimensions à la suite de commandes qui m’avaient été faites pendant mes années d’université, mais je n’ai pas envisagé que cela puisse devenir une véritable carrière avant d’avoir passé mon examen de fin d’études secondaires. C’est à ce moment-là que des camarades m’ont proposé de travailler sur un projet de création de figurines articulées. Je travaillais alors en tant qu’illustrateur et j’ai sauté sur cette occasion quant elle s’est présentée. J’ai travaillé en tant que sculpteur au sein de la société Resaurus pendant un peu plus d’un an. Ensuite, la compagnie a fait faillite, et je suis devenu sculpteur freelance en profitant du fait qu’il y avait beaucoup de travail dans ce domaine à la fin des années 90. C’est ainsi que je travaille depuis.

Réalisez-vous des sculptures seulement pour l’industrie du jouet, ou vous arrive-t’il de sculpter aussi pour des projets d’animation ou des films et séries en prises de vues réelles ?

Je n’ai travaillé que pour l’industrie du jouet. J’ai eu plusieurs opportunités d’intervenir dans d’autres branches de ce métier, mais aucune ne m’attire autant que la création de figurines articulées et de statuettes. Certains de mes collègues se sont convertis à la modélisation numérique, et ont conçu ainsi des personnages pour des films et des jeux vidéo, mais jusqu’à présent, je n’ai pas encore fait le grand saut dans l’univers digital. J’avais participé à un projet de film réalisé en animation image par image à l’université. J’en avais fabriqué tous les personnages, mais c’est à ce jour le seul travail que j’aie réalisé pour le grand écran.

Quels sont les principaux jouets sur lesquels vous avez travaillé avant de collaborer régulièrement avec DC Direct ?

Comme je vous le disais précédemment, j’ai travaillé pour Resaurus pendant un peu plus d’un an. Je suis intervenu sur différents projets comme MAGE KNIGHT, STREET FIGHTER, THE TENTH, SONIC LE HERISSON, etc. Le temps que j’ai passé là-bas était une sorte « d’entraînement en conditions réelles » qui m’a permis d’apprendre le métier. Nous avons travaillé sur un bon nombre de projets assez différents les uns des autres, et dans la plupart des cas, les styles changeaient : un jour je sculptais un monstre hyper détaillé, et le lendemain, je modelais un personnage cartoonesque tout en courbes lisses, au visage orné d’un grand sourire. Quand Resaurus a déposé le bilan, et que je suis devenu freelance, j’ai travaillé pour la gamme SPECIAL FORCES de Plan B Toys, pour les INACTION FIGURES  de Graphitti Design, les personnages RESIDENT EVIL de Palisades Toys, pour GI JOE, etc. La plupart des chefs de projets avec lesquels j’avais collaboré chez Resaurus ont trouvé des emplois dans d’autres sociétés similaires, ce qui m’a donné l’opportunité de travailler avec de nouvelles compagnies, mais toujours avec les personnes que je connaissais depuis mes débuts dans l’industrie du jouet.

A quel point sculpter une figurine articulée dotée de nombreuses parties mobiles est-il un travail différent de la sculpture d’une statuette en une seule pièce ? Pouvez-vous expliquer ce processus, étape par étape, et nous dire quels sont les outils que vous utilisez ?

Les processus de sculpture d’une figurine articulée et d’une statuette ne sont pas très différents l’un de l’autre, en réalité. L’échelle et la complexité d’une statue sont généralement plus grandes que celles d’une figurine, mais la plupart des étapes du travail sont presque identiques. Pour ma part, je travaille avec un matériau semblable à de la cire que l’on appelle castilene. J’en garde toujours une série de morceaux sous une lampe chauffante afin qu’elle ramollisse cette matière et lui conserve sa malléabilité. Ainsi, je peux l’utiliser à tout moment, dès que j’en ai besoin. A température ambiante, la castilene est assez dure, mais grâce à la chaleur de la lampe, je lui donne une consistance qui se rapproche de celle de la Sculpey. Comme la castilène est très dure une fois refroidie, je n’ai généralement pas besoin de fabriquer des armatures. Je peux donc modeler rapidement les formes de base de la statue sans avoir à tresser des fils de fer. Cependant, je place quand même des armatures dans les parties les plus délicates, comme les doigts, les mains, et les mèches de cheveux…Ces parties-là sont les seules dans lesquelles je m’astreins à implanter des fils de fer. Je crée les formes de base surtout avec mes doigts, puis je peaufine progressivement la surface avec différents outils de sculpture. Je dispose d’une grande quantité d’outils que j’ai achetés ou récupérés au cours des années. La plupart d’entre eux sont des petits accessoires en acier inoxydable. Certains sont des outils de prothésistes dentaires, d’autres proviennent d’un magasin de fournitures pour artistes. En fait, en ce qui concerne les outils, je crois que chaque sculpteur procède de manière différente. Parmi nous, beaucoup obtiennent les mêmes effets en utilisant des outils complètement différents… Cela dépend de ce que vous avez l’habitude d’utiliser. Si je fais le compte, je n’emploie très régulièrement que 5 ou 6 outils. Quand j’en arrive au point où ma sculpture atteint presque son aspect définitif – c’est à dire l’étape où la pose et les détails du costume sont représentés dans les grandes lignes – je planifie les endroits où je dois découper la figurine soit pour placer les articulations, soit pour faciliter le moulage s’il s’agit d’une statue. Comme je le disais plus tôt, le processus n’est pas très différent dans les deux cas. Une statue et une figurine doivent être découpées toutes les deux, soit pour des questions de moulage, soit pour intégrer les articulations. Quand ma sculpture est découpée en morceaux, j’utilise des petites tiges à section carrée pour réassembler la statue. Je m’assure que tout s’emboîte bien, puis j’achève le personnage. Quant il s’agit d’une figurine, j’ajoute des petits mécanismes d’articulation usinés à part dans les morceaux qui ont été découpés. Tous les mécanismes d’articulation des bras et des coudes, ainsi que ceux du bassin et des jambes fonctionneront sur la sculpture exactement comme ils le feront sur la figurine terminée, moulée en usine. J’utilise aussi une sphère de plastique ou une bille pour créer l’espace vide qui correspondra à l’emplacement de la future rotule d’une articulation. Les touches finales de l’ingénierie de ces mécanismes sont apportées dans les ateliers de l’usine de production. Quand toutes les articulations sont mises en place dans ma sculpture et qu’elles fonctionnent bien, j’achève les finitions. C’est cette étape qui est la plus longue et la plus minutieuse de tout le processus. J’emploie généralement mes propres outils et du papier de verre pour réaliser ces finitions.

La seconde partie de cet entretien sera publiée prochainement.

[En discuter sur le forum]
Bookmark and Share


.