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JOHN CARTER : Entretien exclusif avec le réalisateur Andrew Stanton
Article Cinéma du Lundi 02 Avril 2012

Pilier de Pixar depuis 20 ans, Andrew Stanton a gagné ses galons de réalisateur en signant deux des plus grands succès du studio, LE MONDE DE NEMO et WALL-E. Fan de la saga de John Carter écrite par Edgar Rice Burroughs à partir de 1912, Stanton a persuadé Disney de racheter les droits d’adaptation cinématographiques du personnage dès que la Paramount a renoncé à prolonger son option, après des années de développements infructueux. En passant au cinéma de prises de vues réelles et en transposant au cinéma les aventures du héros de sa jeunesse, Stanton réalise deux rêves à la fois. Il nous explique ce parcours…



Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Vous avez découvert JOHN CARTER quand vous étiez adolescent, par le biais des adaptations en BD publiées par Marvel en 1976, et cela vous a incité à lire tous les livres de la saga d’Edgar Rice Burroughs. Qu’avez-vous aimé dans le premier roman de la série, si vous vous souvenez de ce qui vous a frappé le plus ?

Je crois qu’à l’époque, ce que je percevais consciemment, c’était le côté fascinant et attirant de ce monde imaginaire, qui me donnait envie de l’explorer. Maintenant que je repense à cela en tant qu’adulte, et que je réfléchis aux raisons « freudiennes » pour lesquelles ce récit m’a fasciné, je me dis que j’étais probablement attiré inconsciemment par le destin de ce héros malgré lui, qui devient l’ami de Tars Tarkas - l’un des personnages les plus intéressants de toute l’histoire de la littérature de SF - et qui tombe amoureux de la plus belle femme d’une lointaine planète. John Carter voyage dans de nombreux mondes pour gagner son cœur. Et bien sûr, il trouve le plus extraordinaire de tous les animaux de compagnie : Woola. La relation entre Carter et son chien est vraiment un élément irrésistible pour les jeunes lecteurs ! Dans A PRINCESS OF MARS, il y a vraiment tout ce qui peut enflammer l’imagination d’un garçon de 11 ans. C’est un moment de la vie où l’on se sent maladroit, où l’on découvre les filles, et où l’on essaie d’avoir l’air sympa et décontracté devant ses copains. On tente de s’intégrer tant bien que mal dans la société, dans l’univers des « grands ». Je crois que lire les aventures héroïques d’un homme qui se bat pour trouver sa place dans un autre monde est quelque chose qui résonne tout particulièrement en vous à cette étape de la vie.

Dans A PRINCESS OF MARS, l’un des éléments utilisés par Edgar Rice Burroughs est la sensualité : Dejah Thoris y est décrite comme une déesse à peine vêtue, dont la beauté coupe le souffle. Les célèbres couvertures des romans de la saga CARTER, peintes par Frank Frazetta, s’appuyaient tout particulièrement sur cet érotisme. La direction de Disney s’est-elle inquiétée de cela, et vous a t’elle demandé d’atténuer la sensualité de l’univers de JOHN CARTER afin de satisfaire le public familial ?

Je ne suis pas fou : il ne faut pas être bien malin pour se rendre compte que si l’on veut réaliser un film destiné à tous les publics, produit par Disney, il n’est pas question de tourner avec des acteurs se promenant dans le plus simple appareil ! (rires) Il aurait été assez bête de ma part de vouloir aller en ce sens. Et d’ailleurs, dans le livre, les personnages sont plus souvent décrits habillés que nus. Je ne me suis donc pas trop préoccupé de cela. Je savais que certains personnages devraient exprimer leur sensualité, et être attirants, tout en étant plus habillés que sur les couvertures des romans ! Je me suis simplement dit que je pouvais prendre mes distances avec certaines descriptions du livre, tout en rendant ces personnages très beaux.

Comment avez-vous décrit leurs personnages respectifs à Taylor Kitsch et Lynn Collins, afin de les aider à préparer leurs rôles ?

J’essaie de trouver des idées pour écrire une biographie de chacun des personnages. Je fais en sorte qu’elle soit plus descriptive et plus précise que ce que l’on verra dans le film, sans me perdre dans des informations superflues. Ce document me permet d’indiquer aux acteurs ce que les personnages ont vécu par le passé, qui ils sont, et ce qu’ils pensent d’eux-mêmes, afin que ces renseignements puissent directement s’appliquer aux scènes du film. Ma préoccupation est de rendre cette démarche fructueuse. Donc, pour revenir à votre question, j’ai écrit des biographies d’une page à propos de chacun des personnages et je les ai données aux acteurs. J’avais déjà procédé ainsi pour les comédiens du MONDE DE NEMO, et pour l’un des acteurs de WALL-E. C’est une tâche assez dure, car elle me pousse à explorer les moindres recoins du caractère d’un personnage. C’est cependant un exercice extrêmement utile pour moi, en tant qu’auteur et que réalisateur. Mieux je comprends un personnage, mieux j’arrive à décrire ses différentes facettes. Et c’est ce qui va m’aider à le rendre plus intéressant sur le grand écran. Mais il faut s’astreindre à ce que cette démarche reste simple, et aisément compréhensible par tout le monde, sinon on risque de se perdre en route. Il faut que ces points d’ancrages des personnages vous permettent de retrouver vos repères en toutes circonstances pendant le travail avec les acteurs, un peu comme si vous employiez un GPS qui vous aide à voir votre position sur une carte. En ce qui concerne le personnage de John Carter, il fallait souligner que ce qu’il fuit, c’est l’homme qu’il était devenu sur terre. Même s’il n’en est pas conscient, il ne veut pas se retrouver dans la situation d’aider les autres, parce qu’il a déjà subi la pire des souffrances en agissant ainsi dans le passé. Il se cache pour éviter d’être blessé à nouveau, et fait beaucoup d’efforts pour ne pas s’investir émotionnellement une fois de plus. Il craint de tisser des liens avec d’autres personnes. Mais en faisant cela, John lutte contre sa nature, parce qu’il est fondamentalement bon et se soucie du sort d’autrui. Il me semble que dès sa naissance, il avait en lui le désir de protéger les autres. C’est ce conflit qui définit le personnage de John Carter : un être qui a tant de cicatrices émotionnelles qu’il ne veut pas prendre le risque qu’elles se rouvrent… Cette caractéristique nous a permis de déterminer le comportement de John pendant toute cette première aventure. En ce qui concerne Dejah, il fallait faire sentir le poids des responsabilités qu’elle porte sur ses épaules. Etant née dans une famille royale, sa destinée a toujours été de diriger son peuple. Dejah s’est préparée à cela depuis sa plus tendre enfance. Elle a pris les choses à cœur et a été éduquée pour se dédier entièrement à son devoir, en mettant de côtés ses aspirations, ses plaisirs et son bonheur personnel. En dépit de cela, Dejah est une femme de passion, dont l’ardeur est communicative et peut aider les gens à la suivre, mais elle peut aussi se laisser emporter par ses émotions et ne pas toujours prendre les meilleures décisions.

Que pouvez-vous nous dire de Matai Shang, qui est incarné par Mark Strong ? Quelle sorte de « méchant » vouliez-vous qu’il soit ?

Vous savez, la plupart des méchants les plus fameux et les plus intéressants ne se considèrent pas comme des méchant ! Ils pensent simplement qu’ils agissent comme ils devaient le faire dans les circonstances qui se présentent à eux, qu’il s’agisse des « lois de la jungle » ou des lois qu’ils ont établi dans leur propre société. Ils ne se sont pas fixés consciemment le but de nuire à des gens, ils ont seulement décidés d’atteindre un objectif qui va leur permettre d’influer sur les évènements de la manière qui les arrange. En travaillant le personnage de Matai Shang avec Mark, nous avons décidé de le traiter comme un scientifique froid et calculateur, qui observerait une fourmilière en étant fasciné par la manière dont elle fonctionne, et qui n’hésiterait pas à la détruire en l’incendiant ou en l’inondant pour mieux étudier le comportement des fourmis ! Matai Shang agit ainsi, pour abreuver sa curiosité, mais je dois préciser aussi qu’il est plus vieux que la plupart des autres protagonistes de l’histoire. Le temps a une signification tout à fait différente pour lui. Je m’étais amusé à appeler sa perception des événements « le temps des pierres », parce que cent ans pour lui correspondent à une année de nos vies. Sa longévité lui donne l’avantage de la patience, et lui permet d’avoir une toute autre perspective sur les choses. Ces deux notions ont beaucoup aidé Mark à interpréter ce personnage.

La suite de cet entretien sera bientôt publiée sur ESI.

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