Entretien exclusif avec Wally Pfister, directeur de la photographie de THE DARK KNIGHT RISES
Article Cinéma du Mercredi 11 Juillet 2012

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Après avoir fait ses armes à la télévision, Wally Pfister débute au cinéma en 2000, en signant l’image du formidable thriller MEMENTO qui révéla Christopher Nolan. Leur collaboration, jalonnée des remarquables réussites que sont  INSOMNIA (2002), BATMAN BEGINS (2005), LE PRESTIGE (2006), THE DARK KNIGHT (2008), INCEPTION (2010) et THE DARK KNIGHT RISES, va se prolonger par la première réalisation de Pfister, qui sera produite par Christopher Nolan.



Parlons d’abord de l’incroyable séquence d’ouverture de THE DARK KNIGHT RISES. Qu’est-ce qui a été tourné en prises de vues réelles dans cette scène où l’on voit un énorme avion-cargo « prendre au lasso » le petit avion qui transporte Bane, afin de lui permettre de s’évader ? Et qu’avez-vous tourné en studio ?

Nous avons tourné beaucoup de choses en direct. Nous avons suspendu le fuselage de l’avion qui transporte Bane à un hélicoptères au-dessus de la région d’Inverness en Ecosse, et il y avait 5 cascadeurs maintenus par des câbles qui se trouvaient autour de ce fuselage. La scène où la queue de l’avion capturé est détruite a été tournée avec des maquettes, par le département des effets visuels, mais en dehors de cela, 80% de cette séquence a été tourné en prises de vues réelles. C’était dangereux, fantastique et étonnant, mais c’était de loin la meilleure manière de tourner cette scène pour lui donner l’impact maximal. Chris Nolan a eu amplement raison de la concevoir ainsi. Je suis sûr que les spectateurs seront frappés par ces plans et par toute cette séquence.

Quelles sont les difficultés particulières que vous devez résoudre pendant le tournage des scènes d’action, afin que l’on puisse bien les comprendre visuellement et qu’elles ne soient pas trop floues en raison de leur rapidité ? Par exemple, comment avez-vous filmé les scènes de combat entre Batman et Bane, les combats de rue et la bataille entre le « Bat » (le Batplane) et les tumblers, les versions « militaires », recouvertes de peinture camouflage, de la Batmobile ?

C’est une question intéressante parce que l’on aborde toutes ces scènes différemment quand on tourne au format Imax et non pas en 35mm. Dans THE DARK KNIGHT RISES, nous avons tourné toutes les scènes d’action en format Imax, ce qui représente près d’une heure de film. Mais en raison du format géant de l’image, Chris et ses monteurs abordent ces scènes de manière différente quand ils les travaillent. Au moment du tournage des bagarres, par exemple, nous avons tendance à cadrer toute l’action en plan large, et à laisser ces plans durer un peu plus longtemps afin de profiter de la formidable chorégraphie qui a été mise en place par le coordinateur des combats. Christian Bale et Thomas Hardy ont répété pendant des semaines et des semaines pour être en mesure de rendre l’affrontement de Batman et de Bane vraiment mémorable. Ils se sont préparés parfaitement et ont fait un travail d’une précision extraordinaire. Et comme Christopher l’avait prévu, nous avons été en mesure d’installer nos caméras Imax et de les laisser tourner pour profiter de l’action, telle qu’elle évoluait dans l’espace du décor. Nous n’avions même pas à nous préoccuper de varier les angles ni de prévoir des plans de coupe, parce que même à l’œil nu, ce que Christian et Thomas faisaient était déjà sensationnel. Ils faisaient tout le travail eux-mêmes, et nous pouvons presque nous asseoir et les regarder pour profiter du spectacle ! (rires) Grâce au format géant de l’Imax, nous savions que rien n’allait échapper à la caméra, et que les spectateurs pourraient donc voir le moindre coup, la moindre esquive, tous les impacts. Et nous avons laissé durer chaque plan plus longtemps pour profiter de cela. Cette approche crée plus de travail pour le coordinateur des combats, les acteurs et les superviseurs des effets spéciaux, mais laisser vivre ces plans sur l’écran sans recourir à un montage rapide est extrêmement payant. Pendant une projection Imax, le spectateur fait son propre recadrage dans l’image géante qui est en face de lui, car elle occupe tout son champ de vision. Le sentiment d’immersion est beaucoup plus fort, à mon avis, que ce que l’on obtient avec les films en relief, dont ni Chris ni moi ne sommes de grands fans. C’est la raison pour laquelle nous avons refusé de tourner en 3-D. En revanche, nous adorons l’Imax, qui est le vrai retour des écrans géants au cinéma, comme à l’époque des superproductions tournées et projetées en 70mm. Mais la différence, c’est que le format Imax utilise la pellicule 70mm horizontalement, sur une surface qui correspond à celle de 3 images 70mm « normales ». La résolution obtenue est extraordinaire et permet de restituer des détails d’une grande finesse sur l’écran géant. A l’heure actuelle, il n’y a rien de mieux !

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à tourner et pourquoi ?

Aussi bien du point de vue de la préparation que de la tactique de tournage, je dirais que ce sont les scènes qui se déroulent dans Wall Street, parce qu’il fallait réussir à harmoniser les prises de vues sensées se dérouler en hiver, mais tournées pendant l’été à Pittsburgh avec celles que nous filmions à l’automne à New York. Il fallait aussi que l’on ait un sentiment de cohérence architecturale en passant d’une ville à l’autre, en créant l’impression qu’il s’agissait de différents endroits de la même Gotham City ! Cela a été très difficile à préparer en amont pour moi, pendant la préproduction, car il fallait que je trouve les moyens de rendre l’éclairage homogène d’un lieu à l’autre. Après avoir fait des tests, la solution la plus convaincante a consisté à tourner dans les rues qui étaient à l’ombre à Pittsburgh, et à ajouter une légère dominante bleue sur ces images pour « casser » un peu l’aspect doré de la lumière solaire. Au final, cette stratégie a bien fonctionné visuellement.

Est-ce que THE DARK KNIGHT RISES a été tourné souvent avec plusieurs caméras couvrant différents angles ?

Non, généralement, nous tournons les choses de manière très simple. Nous commençons presque toujours par mettre en place une seule caméra, puis nous mettons en place une seconde caméra pendant le cours de la scène, et plus rarement, une troisième si l’action le nécessite. Mais la démarche de Christopher Nolan est d’utiliser le plus possible une seule caméra pour représenter le point de vue principal, et d’en ajouter une seconde si nous tournons des combats ou des explosions.

La suite de cet entretien exclusif bientôt sur ESI ! Nous rappelons que toute reproduction de cet article, même partielle, sans nous en avoir fait d’abord la demande, est strictement interdite. Toute citation autorisée par Effets-speciaux.info doit être accompagnée d’un lien vers notre site.

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