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Le Hobbit: un voyage inattendu : Entretien exclusif avec Martin Freeman (Bilbo) – Première partie
Article Cinéma du Jeudi 31 Janvier 2013

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Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Connaissiez-vous déjà bien le roman original de Tolkien avant d’avoir le projet de participer à l’adaptation cinématographique de Bilbo le Hobbit ?

Non, je dois avouer que je n’avais lu ni Bilbo le Hobbit, ni Le Seigneur des Anneaux. Je n’ai commencé à les lire qu’au moment où j’ai entamé les discussions avec Guillermo Del Toro et Peter Jackson. A vrai dire, je ne lisais pas de romans de Fantasy quand j’étais enfant, mais plutôt les œuvres de George Orwell comme 1984 et La Ferme des Animaux. Et même si cela a l’air d’être une réponse toute faite pour assurer la promotion du Hobbit, je ne me suis intéressé à la Fantasy au cinéma qu’après avoir vu la trilogie du Seigneur des Anneaux. J’ai adoré ces films et les ai trouvés remarquablement bien faits. Ils m’ont fait comprendre ce que la Fantasy pouvait avoir d’attrayant. C’est la raison pour laquelle je me suis toujours senti entre de bonnes mains en travaillant sous la direction de Peter : il a une telle connaissance de l’univers de la terre du milieu qu’il peut le transposer sur le grand écran mieux que n’importe quel autre réalisateur au monde.

Avez-vous relu certains passages du roman avant de lire le script, ou avez-vous choisi délibérément de faire l’impasse sur le livre et de vous focaliser uniquement sur le scénario, qui est forcément différent dans son traitement du récit ?

Une fois que j’ai reçu le script, peu avant le tournage, je n’ai pas consulté le roman très souvent. C’était occasionnel, pour chercher un renseignement, ou pour approfondir ma compréhension d’un point de détail. Mais une fois que nous avons commencés à tourner, le scénario est devenu ma seule bible.

Comment ce projet a-t-il commencé pour vous ? Avez-vous demandé à votre agent de contacter Peter Jackson et Guillermo Del Toro afin de vous promouvoir et de décrocher une participation aux auditions pour le rôle de Bilbo ?

Je me suis filmé en vidéo en février 2011 pour auditionner par ce biais, car j’étais retenu par des tournages à Londres. Mais j’ai appris par la suite que Guillermo et Peter avaient déjà pensé à moi depuis un certain temps pour le rôle de Bilbo. Ils étaient donc partants d’emblée pour que j’auditionne, ce qui m’a évité d’avoir à « faire campagne » pour attirer leur attention. Une fois qu’ils ont visionné l’enregistrement de l’audition, tout a commencé à se préciser rapidement et j’en ai été très heureux.

Vous n’avez rencontré ni Guillermo ni Peter pendant le casting ?

Non. J’imagine qu’ils étaient trop accaparés par la préparation du film en Nouvelle –Zélande. Le casting a eu lieu à Londres, et quand je m’y suis présenté, on m’a remis un message manuscrit de Guillermo, qui me disait « Cher Martin, je suis un grand fan de votre travail. Donnez le meilleur de vous-même pendant cette audition, parce que nous avons vraiment envie que ce soit vous qui teniez le rôle de Bilbo. » Ce témoignage de confiance en mes capacités était vraiment une attention d’une grande gentillesse. J’ai été touché que Guillermo ait pris le temps de m’encourager ainsi pour me mettre en confiance… Après cette audition, il n’y a plus eu vraiment d’obstacles. Guillermo et Peter ont tous les deux indiqué très clairement qu’ils voudraient que j’incarne Bilbo, et qu’ils n’imaginaient aucun autre acteur en mesure de tenir ce rôle. Cela aussi, c’était très gentil de leur part, même si j’ignore pourquoi ils se sont focalisés à ce point sur moi. A partir de ce moment-là, il semblait certain que cela allait se faire…

Comment s’est passé la transition entre Guillermo et Peter, par la suite ? Guillermo était-il toujours impliqué dans le film quand vous avez été officiellement choisi ?

Juste avant cette transition, je n’avais parlé à Guillermo que par téléphone, et d’ailleurs l’ironie de la situation, c’est que je ne l’ai malheureusement jamais rencontré en chair et en os depuis. Nous avions eu plusieurs conversations très fructueuses autour du film, puis un jour, Guillermo m’a appelé pour m’annoncer qu’il était contraint de renoncer à réaliser le film. Le différent juridique lié à la propriété des droits d’adaptation cinématographiques de Bilbo le Hobbit avait engendré de tels retards que Guillermo n’était plus en mesure d’attendre davantage. Il ne pouvait plus passer une autre année en Nouvelle-Zélande sans compromettre les projets qu’il avait déjà signés avec d’autres studios… Il m’a tout de suite rassuré en me disant que j’étais toujours le premier choix de l’équipe artistique pour le rôle de Bilbo, et c’est ainsi que j’ai découvert que c’était Peter qui allait prendre le relais. Peu après, Peter et moi nous sommes parlés au téléphone, puis je l’ai rencontré à Londres en compagnie de son épouse Fran Walsh et de Philippa Boyens, ses co-scénaristes du Seigneur des Anneaux et de Bilbo Le Hobbit, afin de parler tous ensemble du film et de la possibilité que je puisse le faire. Pendant tout ce processus de transition, je n’ai eu que des contacts positifs avec la production, en dépit des problèmes qu’ils avaient eu à cause de cet énorme retard. Peter, Fran et Philippa m’ont confirmés qu’ils voulaient me confier le rôle de Bilbo et ont été très aimables avec moi. Tout s’est déroulé dans une atmosphère chaleureuse et détendue. Paradoxalement, ce rôle qui est le plus important que j’aie eu jusqu’à présent dans ma carrière est aussi celui qui a été le plus aisé à obtenir. Je n’ai pas eu à faire des pieds et des mains pour être choisi, ni a faire des dizaines d’allers et retours pour participer aux étapes d’une longue sélection. Tout est s’est passé sans a-coups ni rebondissements.

Comment avez-vous jonglé avec vos autres obligations d’acteur quand les dates de tournage du Hobbit étaient en suspend, puis pendant la transition entre Guillermo et Peter ? Cela a dû être particulièrement compliqué à gérer…

Oui, ça l’a été, en effet ! Pendant un moment, je me faisais même beaucoup de souci, car il semblait que je n’allais pas pouvoir tourner dans Bilbo Le Hobbit. Les dates de tournage envisagées étaient les mêmes que celles de la série Sherlock, dans laquelle je joue le rôle de Watson…

Excellente série, et excellente interprétation !

Merci. Comme le tournage de la seconde saison de Sherlock allait commencer, il y a même eu une période pendant laquelle j’ai été obligé de refuser le rôle de Bilbo, à cause de ce problème de dates. J’en étais attristé, mais il fallait malheureusement faire un choix. Contractuellement, j’étais obligé de tourner la suite de Sherlock, et j’avais aussi envie de continuer car j’aime énormément cette série. Je me retrouvais dans cette position terrible où j’avais désespérément envie de jouer dans les deux productions à la fois…alors que c’était impossible ! Un mois plus tard, alors que je répétais une pièce à Londres en ruminant cette occasion unique qui m’échappait, mon agent m’a appelé pour me dire que j’avais une nouvelle offre pour Bilbo Le Hobbit, car Peter avait été en mesure de modifier son plan de tournage pour me permettre de tourner à la fois Sherlock et son film. C’était sensationnel de sa part d’avoir fait cela ! Il a réarrangé tout le plan de tournage pour me permettre de commencer à tourner Bilbo Le Hobbit, puis de revenir pendant quatre mois en Angleterre pour filmer la seconde saison de Sherlock. C’était fantastique, un vrai cadeau du ciel ! Je lui en serai éternellement reconnaissant.

Il est extrêmement rare que des réalisateurs bouleversent ainsi le calendrier d’une superproduction pour un seul acteur…

Oui ! C’est d’autant plus généreux de sa part.

Après avoir été entouré d’une telle bienveillance, il a dû être assez facile de s’intégrer à la famille cinématographique du Seigneur des Anneaux quand vous êtes arrivé en Nouvelle Zélande…

Oui, que ce soit pour moi ou pour tous les autres acteurs qui incarnent les nains et qui découvraient cette équipe, l’accueil a été très chaleureux. Certains venaient de Nouvelle-Zélande, d’autres étaient anglais ou irlandais…mais à aucun moment nous n’avons eu le sentiment d’être traités comme « les bleus de la troupe». A vrai dire, ce film était un nouveau départ pour tout le monde, car nous ne tournions pas une suite du Seigneur des Anneaux, mais Bilbo Le Hobbit, qui est un récit assez différent, même s’il appartient au même univers imaginé par Tolkien. Les membres de l’équipe technique qui avaient travaillé sur Le Seigneur des Anneaux nous régalaient de leurs anecdotes et nous faisaient profiter de leur expérience, mais il y avait aussi beaucoup de sang frais derrière la caméra, beaucoup de gens qui faisaient leurs premiers pas en terre du milieu ! Tout le monde était conscient que nous tournions un nouveau film et non pas Le Seigneur des Anneaux 4 ! Le fait que la plus grande partie du casting soit composée de nouveaux acteurs nous a également aidé à ne pas avoir l’impression que nous étions les dernières personnes à arriver en retard à une fête ! (rires) Bilbo le Hobbit est une entité à part dans le travail de Tolkien, l’ambiance du récit est plus légère, plus truculente. Mais nous avons tous bénéficié du fait de connaître déjà la vision de Peter Jackson par le biais des films précédents.

Pouvez-vous nous décrire Bilbo et sa relation avec Gandalf et les nains dans cette première partie de la trilogie ?

C’est Gandalf qui pousse Bilbo à participer à cette quête. Quand l’histoire commence, Bilbo est très heureux de la vie tranquille qu’il mène. Il a une maison-terrier confortable, appelée Bag End comme vous le savez, il mange ce qu’il veut quand il le veut, s’habille comme cela lui chante, et lit les livres qui l’intéressent. Il vit une existence presque insulaire, isolé dans son petit monde intérieur et ses rêveries. Gandalf, qui l’aime bien, le secoue un peu pour le faire sortir de ce train-train, de cette routine qui l’endort peu à peu. Il lui explique qu’il aurait besoin de son aide, parce qu’il faudrait une personne qui ait son savoir pour accompagner les nains dans leur quête. Au début, Bilbo rechigne un peu, et puis il réalise qu’il n’a jamais eu le courage de quitter la contrée, le pays des hobbits, et qu’il ne s’est donc pas donné les moyens de visiter tous les pays dont il a appris l’histoire, la mythologie, et dont il a scruté les cartes dans les innombrables livres qu’il a lus… Il se rend compte qu’il lui faut quitter le confort de son foyer pour voyager réellement, et non plus seulement dans sa tête… Il fait donc le premier pas et se joint à la troupe des nains pour faire ce voyage qui va changer sa vie. Il en est d’ailleurs conscient dès le départ, car il en a parlé avec Gandalf. Après une nuit de réflexion, il sait que c’est ce qu’il doit faire, en dépit des dangers que cela représente. Car s’il ne saisit pas cette occasion, il le regrettera tout le reste de sa vie.

Y a-t-il eu une quelconque similitude entre les rapports qu’entretiennent Gandalf et Bilbo et ceux que Ian McKellen et vous avez pu avoir ? Mc Kellen avait l’expérience de l’univers de Tolkien et du tournage du Seigneur des Anneaux, et de ce fait, il aurait pu avoir envie de vous donner des conseils, comme ceux que Gandalf donne à Bilbo !

Je vois ce que vous voulez dire, mais non, Ian n’a pas du tout agi comme un mentor, ni comme un collègue plus expérimenté, et nos rapports ont été fantastiques justement à cause de cela ! Il n’a jamais jugé utile de me conseiller quoi que ce soit. J’aime énormément Ian et nous avons passé des heures et des heures à bavarder agréablement ensemble, en parlant de tout et de rien. A aucun moment il n’a pris un ton paternaliste ou pontifiant. Ce qui est formidable avec lui, c’est qu’il établit des rapports très sains avec les autres acteurs et se comporte juste comme un des gars de la troupe. Il ne fait pas de chichis. Ian est vraiment un camarade de travail génial, qui a constamment des idées intéressantes, originales, et qui ne joue jamais la carte du consensus , car il cherche toujours à surprendre les spectateurs. Il est extrêmement généreux et me faisait beaucoup de compliments sur mon travail. Je l’adore et je peux vous dire sincèrement que c’est l’une des personnes que je préfère parmi toutes celles que j’ai rencontrées sur un plateau de tournage.

Comment se passent les premiers contacts entre Bilbo et les nains, et comment leurs rapports évoluent-ils ?

Au départ, Bilbo est dégoûté par le comportement des nains ! Ils sont rustres, agressifs, querelleurs, parlent fort, portent des tenues sales, lancent des jurons à tout bout de champ, et ont tendance à boire beaucoup trop de bière et de vin. Ils n’ont rien en commun avec un hobbit courtois et bien éduqué. Mais au cours de leur voyage, Bilbo apprend à les respecter et à les aimer. Au fil du temps, il devient même très proches de plusieurs d’entre eux, car ils l’ont protégé et lui ont appris à se défendre, voyant bien qu’il est totalement dépourvu des réflexes d’un guerrier ou d’un voyageur expérimenté. Et dans certaines occasions, Bilbo leur prouve aussi qu’il peut se rendre utile. Au début, il n’a pas du tout confiance en lui, et plusieurs des nains considèrent qu’il est totalement incapable de participer à ce voyage. Bilbo a tendance à les croire, car il n’a aucune des capacités que l’on attend d’un aventurier. Mais quand il leur montre ce qu’il sait faire dans des situations critiques, il gagne leur estime, et leurs rapports changent totalement. Une fois qu’il a passé ce cap, Bilbo découvre qu’il est en mesure de se surpasser et d’accomplir des choses qu’il croyait hors de sa portée. Et cela change radicalement tout le reste de sa vie.

Avez-vous pu travailler avec Ian Holm, qui jouait Bilbo âgé dans Le Seigneur des Anneaux, afin d’établir ensemble une sorte de continuité dans votre langage corporel, vos gestes et votre manière de vous exprimer, afin d’aider le public à croire que vous et lui êtes bien le même personnage à différentes époques de sa vie ?

Pas face à face, car je n’ai malheureusement jamais eu la chance de rencontrer Ian Holm. J’ai dû travailler tout seul, de mon côté, confronté à son image dans les films de la trilogie du Seigneur des Anneaux. J’ai bien observé sa performance, et j’ai écouté très attentivement sa manière de parler.

Quels sont les « IanHolmismes », si l’on peut dire, que vous avez intégrés à votre interprétation ?

Il y a certaines choses que Ian fait vocalement et physiquement quand il joue Bilbo que j’ai fini par remarquer . Je ne voulais pas les reproduire servilement, à la manière d’une imitation, mais je les ai gardées dans un coin de ma tête pour m’en imprégner afin que cela puisse me servir plus tard, à point nommé.

Pensez-vous notamment à ces fulgurances d’enthousiasme du personnage ? A certains moments, Bilbo se laisse emporter par une énergie bouillonnante…

Exactement. Ces poussés d’exubérances ou d’indignation sont caractéristiques, tout comme des petits tics vocaux ou des gesticulations que j’avais envie d’employer. Elles m’ont été utiles, car je savais qu’il fallait établir une sorte de continuité avec le Bilbo de Ian, qui est devenu si célèbre. Mais au-delà de cela, je crois que ma principale connexion avec lui tient au fait que l’on m’ait spécifiquement choisi pour incarner le même personnage, plus jeune. Si Peter, qui tient plus que quiconque au monde à établir une continuité parfaite entre les deux trilogies, a pensé que je pourrais être une version jeune crédible du Bilbo incarné par Ian, alors je lui fais confiance. Et je suis d’accord avec lui. Je pense pas être radicalement différent de Ian au niveau physique. Et c’est pour cela que j’ai tenu à bien observer sa performance pour réussir a établir des liens entre nos deux interprétations.

La suite de cet entretien paraîtra bientôt sur ESI.

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