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Le Hobbit: un voyage inattendu : Entretien exclusif avec Ian McKellen, interprète de Gandalf – Seconde partie
Article Cinéma du Vendredi 19 Avril 2013

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En attendant la sortie des éditions DVD et Blu-ray du Hobbit: un voyage inattendu, prévues pour le 17 avril prochain, Effets-speciaux.info vous propose un entretien exclusif avec l'inoubliable interprète de Ganfalf, Ian McKellen...

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Pensez-vous que ce sont l’histoire et les personnages qui contribueront le plus à laisser cette impression très forte, ou croyez-vous que ce nouveau procédé de projection jouera aussi un rôle ?

Ce sera certainement un mélange des deux. Voir un film d’aventure spectaculaire avec des personnages attachants dans de bonnes conditions, c’est un tout. C’est ce qui fait la magie du cinéma, cette communion entre les spectateurs, dans l’obscurité, ce plaisir partagé qui devient presque tangible… Pour revenir sur ce que vous disiez sur les jeunes spectateurs, j’en rencontre fréquemment. Il m’arrive assez souvent de me rendre dans des écoles à l’invitation des professeurs, pour parler aux élèves de ce que c’est que d’être homosexuel. Je leur explique ce que c’était de grandir dans un pays où il était illégal de faire l’amour. Ils ont du mal à comprendre pourquoi il existait une telle répression, à une époque pas si éloignée de la nôtre… Ce genre de débat avec les jeunes est important, car le dialogue permet d’éliminer des idées reçues, et surtout de mieux comprendre pourquoi chacun a le droit de vivre librement sa sexualité, sans être traité différemment des autres. Un jour, après une de ces discussions, j’accompagnais le proviseur de l’école à la cantine, pour y déjeuner avec lui, et nous sommes passés dans un couloir dont les baies vitrées donnaient sur une cour où les élèves jouaient pendant la récréation. J’ai remarqué qu’un petit garçon qui devait avoir 10 ou 11 ans me fixait, yeux écarquillés, en écrasant sa petite bouille et son nez sur la vitre. J’ai fait de même pour plaisanter avec lui, et tout d’un coup, il s’est mis à pleurer ! J’étais désolé de lui avoir fait peur et j’ai demandé au professeur si l’enfant pouvait se joindre à nous pendant le déjeuner. On est allé le chercher et quand il nous a rejoint, il était encore en larmes. Entre deux sanglots, il m’a dit «  J’suis désolé m’sieur, mais quand je vous ai vu, je n’ai pas pu m’empêcher de vous regarder de cette façon si malpolie. J’ai perdu la tête ! » (rires) C’était si mignon de l’entendre dire ainsi qu’il « avait perdu la tête » ! (rires) A part ce petit incident, les choses se passent toujours très bien avec les jeunes spectateurs. Ils sont toujours contents de rencontrer l’acteur qui joue Gandalf, et font très bien la différence entre le vrai bonhomme et le personnage. Ils ne s’attendent pas à ce que j’aie des pouvoirs magiques. La seule chose qui me chagrine, c’est qu’à chaque fois que je leur demande où ils ont vu Le Seigneur des Anneaux, ils me répondent toujours « A la maison, en DVD. » Je crois qu’ils ne s’attendent absolument pas à ce qui les attend au cinéma !

Quelle est votre opinion sur la 3-D Relief ?

Je tiens à dire que le relief a été utilisé de manière sobre et justifiée dans Le Hobbit. Cela n’a rien de vulgaire. D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir entendu Peter dire une seule fois, à propos d’une idée de mise en scène « Oh, chouette, ça rendra bien en relief ! ». De temps en temps, je prenais un malin plaisir à le taquiner sur ce sujet en pointant la main vers la caméra, pendant une répétition, l’air de rien. (rires) Et tout de suite, il bondissait de son siège, lunettes 3D encore sur le nez, et me disait : « Ah, non non non Ian ! Ne t’approches pas autant ! Tu es beaucoup trop près, là ! » (rires) Je pouvais voir le résultat du relief sur les moniteurs dès que l’on relisait la prise précédente, en mettant des lunettes polarisées. C’est ainsi que Peter a suivi tout le tournage, avec ces lunettes sur le nez. J’ai pu constater que dans la plupart des images, rien ne jaillit de l’écran. Au contraire, on joue sur la profondeur des décors, comme si l’écran était une fenêtre ouverte sur la réalité. C’est bien plus crédible. L’image vous attire dans l’univers de la terre du milieu, et quand vous vous y retrouvez, les mouvements sont restitués à 48 images par seconde. Tout est fluide, comme quand vous regardez le monde réel avec vos propres yeux. C’est difficile à décrire, mais n’y a plus d’effets de saccade quand la caméra ou les personnages bougent vite, comme pendant un film projeté à la vitesse habituelle. Je n’ai pas eu l’opportunité de visionner le film sur grand écran, mais avec le relief, la fluidité du rendu des mouvements et la très haute résolution…(Ian McKellen siffle d’admiration) Et avec la performance de Martin…le retour de « Gandy » (surnom de Gandalf, NDLR), Cate Blanchett, Gollum et la troupe des 13 nains si pittoresques…Je crois que les spectateurs passeront un merveilleux moment.

On sent votre passion pour l’univers de Tolkien, et celle de toute l’équipe des créateurs du film…

Absolument ! C’est un film pour les fans de Tolkien fait par des fans de Tolkien ! Peter l’a toujours dit. Il a même ajouté « Si le reste du monde l’aime, tant mieux, mais nous devons absolument respecter l’œuvre originale, la source de tout cela. » Les gens ont tendance à appeler ces films une série, une « franchise », mais ce n’est pas dans cet esprit commercial qu’ils sont faits. Pour Peter, ce film est l’adaptation du Hobbit qu’il a toujours rêvé de faire, et non pas « un épisode de plus ». Je crois que personne n’aura le sentiment d’avoir été berné en découvrant cette transposition du livre, car elle a été préparée avec un soin et une passion remarquables.

Bryan Singer a déclaré que votre présence dans la distribution de X-Men lui avait donné confiance en lui et lui avait permis d’avancer plus sereinement dans la mise en scène du film. Y-a-t-il des jeunes réalisateurs avec lesquels vous aimeriez travailler dans le futur ? Et si oui, qu’aimeriez-vous leur dire ?

Cela va sembler un peu convenu, mais je suis prêt à travailler avec tous les réalisateurs qui ont envie de me confier un beau rôle. J’ai toujours demandé aux metteurs en scène de m’aider à jouer, parce que je suis un peu perdu quand je me retrouve tout seul, surtout devant une caméra. Bizarrement, ils ne me donnent pratiquement jamais d’indications. A part Peter, qui me dit de temps en temps : « Ian, ne joue pas à ce point ! » (rires) C’est une indication parfaite ! Je l’adore. Cela signifie que je me préoccupe trop de la manière dont je présente ma performance, plutôt que de me focaliser sur la vérité de la scène, et d’être le personnage. J’espère pouvoir aider les jeunes réalisateurs à obtenir ce dont ils ont besoin pour leur film, mais je compte aussi sur eux pour être vigilant, et pour me critiquer. Bryan Singer m’a dit un nombre incalculable de fois qu’il ne fallait pas que je joue Magneto comme si je participais à une représentation de la Royal Shakespeare Company ! (rires) Il avait raison. C’était une bonne remarque.

Vous portez une pierre verte autour du cou. Quelle est sa signification ?

Eh bien il s’agit d’une sorte de jade que l’on ne trouve qu’en Nouvelle-Zélande. Le Maoris avaient coutume de tailler ce matériau pour en faire des armes comme des pointes de flèches ou des couteaux. Ils y gravaient des symboles magiques. Cette pierre-là n’a pas été encore taillée, et quand on vous l’offre, c’est un témoignage d’amitié. Vous n’êtes pas supposé en acheter une pour vous-même : elle doit vous être offerte.

Pouvez-vous nous parler de la manière dont Gandalf combat les agissements du Necromancien, Sauron, dans la trilogie de Bilbo le Hobbit ?

Je ne sais pas si je peux, car l’histoire est top secrète !

Vous savez quand même qu’elle a déjà été publiée…

(rires) Oui, oui, je sais que c’est complètement ridicule de devoir vous dire cela, mais on m’a bien dit et répété «  Ian, ne parlez pas aux gens de ce que raconte l’histoire et ne dites surtout pas ce qui se passe à la fin ! » J’ai répondu « Mais le livre est paru depuis 75 ans ! » (rires) On m’a répliqué « Vous pouvez parler des événements de l’histoire en termes généraux, mais ne dites pas en détail comment ils se produisent. » J’ai capitulé, mais je pense que je peux vous répondre que le Nécromancien est une partie très importante de la quête de Gandalf. Il se demande qui cela peut être, et quand il le découvre, c’est un choc.

Pourquoi pensez-vous que Gandalf est si populaire auprès des spectateurs de tous âges ?

D’une certaine manière, on pourrait dire que ce n’est pas un personnage très convenable pour les jeunes spectateurs : il fume, il boit, il vit seul sans être marié, il ne semble pas se laver très souvent… Et pourtant les enfants l’adorent ! Je crois que c’est justement à cause de tout cela, de toutes ces transgressions, que le public l’aime autant. Tout le monde aimerait être ami avec un vieux magicien pétri de sagesse ! Surtout quand de grands problèmes se présentent.

Allez-vous participer au tournage des scènes additionnelles, à présent que le Hobbit va être transformé en trilogie ?

Oui. Nous allons commencer à les filmer en mai prochain. Pour l’instant, il est prévu cinq semaines de tournage. Mais cela peut changer. L’expérience m’a appris que les choses changent souvent en terre du milieu ! (rires)

Comment décririez-vous l’évolution de votre réflexion autour du métier d’acteur et de la mise en scène ? Comment avez-vous changé depuis vos débuts ?

Eh bien ce qu’il y a de formidable avec le plaisir de jouer la comédie, c’est que l’on peut le ressentir sans pour autant en faire sa profession. Déjà, j’incite les jeunes à aller au théâtre voir jouer les acteurs qu’ils aiment. J’ai eu la chance que mes parents encouragent ma passion du théâtre quand j’étais enfant, et m’emmènent voir les pièces de Shakespeare. Ce fut une merveilleuse découverte et c’est ainsi que ma vocation est née. Par la suite, j’ai participé aux spectacles qui étaient montés dans le cadre de mon école. C’est sensationnel de faire cela. C’est ce que je dis quand je rencontre des garçons et des filles qui me demandent conseil. On peut déjà vivre de fantastiques expériences en jouant dans une troupe au lycée ou à l’université, et cela satisfait amplement les aspirations de la plupart des gens, tout en les aidant à surmonter leur timidité. Après, ils n’ont plus peur de s’exprimer devant un grand groupe de gens. En ce qui concerne les autres, ceux qui ont vraiment le théâtre dans le sang et veulent en faire leur métier, je ne peux leur dire qu’une chose : jouez le plus possible ! Acceptez des choses très différentes, dans tous les registres. Tentez des choses nouvelles. En tant qu’acteur, j’ai tiré des enseignements mémorables de projets qui ne l’étaient pas. Et quand je suis passé à la mise en scène, j’ai d’abord commis l’erreur classique qui consiste à dire aux comédiens ce qu’il faut faire. Je me basais sur ce que j’aurais fait moi. Et bien sûr, c’est une mauvaise approche, car vous vous privez alors de ce que peut vous proposer une personne qui n’est pas vous, et qui de ce fait va vous surprendre. Il ne faut pas hésiter à aller dans des directions inconnues, que l’on n’aurait pas choisies spontanément : c’est même le seul moyen de progresser ! Je dirais que c’est cette démarche-là qui m’a fait évoluer en tant qu’acteur. Et de même, j’espère toujours que les réalisateurs de cinéma et les metteurs en scène de théâtre vont avoir cette attitude et ne pas aller vers l’évidence.

En tant qu’acteur, a quel point le fait de révéler votre orientation sexuelle en 1988 a-t-elle été une libération ? A l’époque, peu de comédiens osaient faire cela, par crainte que l’on ne veuille plus leur confier certains rôles…

Cela a changé radicalement tous les aspects de ma vie. D’un jour à l’autre. Ce fut incroyable ! Stupéfiant ! Personne ne m’avait dit que cela se passerait ainsi.

Cela a été très positif ?

Totalement ! J’ai ENFIN pu avoir vraiment confiance en moi. J’ai cessé de faire des cauchemars récurrents. Le cauchemar horrible qui me hantait, c’était que j’avais tué quelqu’un, mais que j’ignorais de qui il s’agissait… Ces rêves atroces ont disparu immédiatement après que j’aie dit que j’étais gay. Et c’est seulement à ce moment-là que j’ai compris qui je tuais dans ces rêves, depuis toutes ces années !.. Ma manière d’interpréter certaines scènes a changé aussi. Peu après cette annonce, j’ai joué dans Oncle Vania, de Tchekov. Quand le texte l’exigeait, j’étais enfin capable de pleurer…Il n’y avait plus aucun blocage émotionnel. Mon imagination et mes émotions pouvaient enfin être connectées et fonctionner ensemble. Et tout un tas de problèmes relationnels se sont résolus, car à partir de ce moment-là, j’avais franchi un cap décisif. Tout le monde savait qui j’étais, mais plus encore, je le savais désormais moi-même. Je l’avais pleinement accepté. Je crois que c’est le meilleur service que l’on puisse se rendre à soi-même. Et c’est gratuit ! (rires) Avant de vivre cela, je n’aurais jamais pensé que cela puisse avoir un impact aussi important et aussi positif sur ma manière de jouer. Avant, je croyais que faire l’acteur, c’était simplement prétendre être une autre personne et mentir avec talent. Il y a un peu de cela dans notre métier, mais au-delà de la restitution d’une histoire de fiction , cela consiste essentiellement à dire la vérité des émotions humaines ! Donc si vous êtes une personne qui est en règle avec elle-même, et qui ne se ment pas sur ce qu’elle est, il est bien possible que vous réussissiez à devenir un acteur sincère, qui sache exprimer la vérité. C’est la raison pour laquelle les gens ne devraient plus cacher leur homosexualité. Leurs vies seraient bien meilleures. Et leur capacité à affronter le monde en serait améliorée. Ils pourraient nouer des relations plus saines, éviter d’avoir à mentir, et aussi aider d’autres gens à vivre mieux, à visage découvert. L’un des grands changements depuis que nous avons tourné le Seigneur des Anneaux, c’est que la dernière fois, il n’y avait qu’un seul acteur ouvertement gay dans le casting. A présent, il y a un magicien, deux nains, un elfe, et deux hommes. Je ne sais pas s’il y a des actrices dans cette communauté, mais voilà, aujourd’hui, nous sommes six ou sept à le dire ouvertement. Pas parce que Peter Jackson est plus libéral qu’avant...(rires)…mais parce que les choses évoluent.

Votre carrière au cinéma a été marquée par le Magneto de X-Men et le Gandalf des trilogies de Peter Jackson, mais vous menez toujours une grande carrière au théâtre…

Oui, revenir au théâtre est très important, car je m’y ressource en retrouvant le contact direct avec le public, et les textes de grands auteurs dans lesquels je me replonge avec délice. D’ailleurs, Peter Brook m’avait proposé de venir jouer en français Le Mahabharata à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord où il est venu travailler parce qu’il ne trouvait plus d’argent pour monter ses projets en Angleterre. J’aurais adoré vivre à Paris pendant trois ans, mais j’avais d’autres engagements. Mais qui sait, je viendrai peut-être vous rendre visite en France quand Le Hobbit sera terminé ! (rires)

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