Preview JACK LE CHASSEUR DE GEANTS : Entretien exclusif avec le réalisateur Bryan Singer - Quatrième partie
Article Cinéma du Vendredi 15 Mars 2013

[Retrouvez la troisième partie de cet entretien]


Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Vous nous avez dit que vous teniez à tourner à nouveau avec Nicholas Hoult après X-MEN LE COMMENCEMENT. Quelles sont les qualités particulières que vous appréciez chez lui ?

Nicholas a le charisme et la présence d’un meneur d’hommes. C’est une qualité indispensable pour s’imposer en tant qu’acteur principal, et il la possède. Mais il a aussi une vulnérabilité attendrissante qui convient bien au personnage de Jack. Physiquement, il est aussi beau garçon que Brad Pitt, mais il a également le charme de Hugh Grant.

Il a réussi à rendre le personnage de Hank McCoy très touchant dans X-MEN LE COMMENCEMENT…

Oui. C’était important que l’on éprouve immédiatement de l’empathie pour Hank afin que l’histoire d’amour avec Mystique fonctionne mais aussi pour comprendre les raisons qui le poussent à tenter l’expérience qui devrait le priver de ses pouvoirs, mais qui le transforme finalement en Fauve.

A présent que vous avez rendu Michael Fassbender célèbre en lui confiant le rôle de Magneto, on parle de lui comme étant l’un des acteurs envisagés pour succéder à Daniel Craig dans le rôle de James Bond…

Cela ne m’étonne pas. Michael avait un tel charisme dans ses essais filmés que l’on sentait presque ses pouvoirs magnétiques ! C’est un acteur phénoménal et je savais qu’il allait surprendre tout le monde. Cependant, il n’avait encore jamais été vu dans un rôle principal, et il a fallu argumenter pendant un bon moment avec les dirigeants de la Fox pour l’imposer dans ce rôle. Après bien des discussions et quelques compromis, ils ont donné leur feu vert. Je leur avais dit que quel que soit l’aboutissement de l’ensemble du casting, je voulais que ce soit Michael qui incarne Magneto. Je suis ravi du résultat final, et en plus de son grand talent, Michael est également un type charmant, comme tous les autres acteurs de X-MEN LE COMMENCEMENT, d’ailleurs. Il régnait une excellence ambiance sur ce tournage.

Lauren Shuler-Donner a annoncé qu’elle avait développé un X-MEN 4. Qu’en avez-vous pensé si vous l’avez lu ?

Je n’ai pas encore lu ce script. X-MEN LE COMMENCEMENT est un projet de préquelle que j’ai développé de mon côté, et que j’ai proposé seul au studio.

Pourriez-vous envisager de suivre deux séries de films X-MEN en même temps ? Le second épisode de la préquelle, et la suite de X-MEN 3 ?

Je ne le sais pas. Il faudrait d’abord que je prenne connaissance du projet de Lauren, et que je juge si l’histoire me plaît. Ce que je peux vous dire pour l’instant, c’est que je serai à coup sûr impliqué dans la suite de la préquelle en tant que producteur. (Ndlr : X-Men : Days of Future Past sera finalement à la fois une suite de X-Men : Le commencement et de X-Men 3 grâce à des voyages dans le temps)

Revenons à JACK LE CHASSEUR DE GEANTS. L’avez vous conçu pour qu’il puisse être vu par les spectateurs de tous âges ?

Nous visons la classification PG 13 aux USA (qui indique que les spectateurs de moins de 13 ans doivent être accompagnés par leurs parents, NDLR)

Dans le plan que vous êtes en train de tourner, on dirait que vous souhaitez que le médaillon qui se balance au bout de sa chaîne, au premier plan, crée un effet de jaillissement, tandis que le « bec » de la cagoule blanche de l’homme vous gêne…

En fait, les deux éléments sont trop proches l’un de l’autre pour bien se détacher, ce qui va de donner un effet d’a-plat au premier plan, au lieu de mettre le médaillon en valeur. En 3-D, tout dépend de la distance interoculaire, c’est à dire de l’écartement entre les deux objectifs des caméras. Si je voulais que le « bec » de la cagoule jaillisse de l’écran, je séparerais beaucoup plus les objectifs. Mais ce n’est pas le choix que j’ai fait ici. Comme je ne vais pas jouer sur un jaillissement appuyé dans cette scène émouvante, il faut que je sépare bien le médaillon du le bec de la cagoule. S’il n’y avait pas autant d’éléments positionnés à des profondeurs différentes dans ce plan-séquence, j’aurais joué davantage sur le relief, mais là, le regard du spectateur va passer sans cesse d’un objet à un personnage à un autre objet puis à un autre personnage. Dans ce type de plan en mouvement, on ne peut pas jouer non plus sur la convergence des objectifs, car il faudrait que l’on dirige puis que l’on focalise le regard du public de manière évidente sur un seul point précis, sur lequel l’intérêt pourrait se fixer pendant plusieurs secondes. Pendant un tournage en relief, il faut décider de la distance interoculaire avant de commencer à tourner un plan, car votre choix d’effet 3-D doit être bien adapté à votre mise en scène. Une fois que vous avez fait ce choix de distance interoculaire, vous ne pouvez plus changer la conception de votre mise en scène dans l’espace en trois dimensions, sauf sur des points de détails. Notre superviseur du relief intervient sur la préparation et les réglages 3-D de chaque plan avant de les valider, tout au long du tournage. Dans ce plan, il faut que je règle très précisément la position finale du médaillon, car ce qui suit est un contrechamp sur Jack, de l’autre côté du médaillon. Il ne faut surtout pas que le spectateur ait l’impression que la caméra qui filmait ce plan-ci se retrouve brusquement à la place du bras de Jack qui tient le médaillon dans le plan suivant, si vous voyez ce que je veux dire…

Certains réalisateurs utilisent fréquemment les jaillissements dans leurs films en relief, d’autres moins. Où vous situez-vous dans cette utilisation des possibilités extrêmes des effets 3-D ?

Je ne vais pas utiliser beaucoup les jaillissements, car je les trouve assez artificiels. Ils ne ressemblent à rien de ce que l’on ressent ou l’on voit dans la vie réelle, sauf dans de très rares occasions. Ils ont donc tendance à distraire les spectateurs dans le mauvais sens du terme, car ils attirent leur attention sur des détails qui n’apportent rien d’essentiel à l’histoire.

Vous préférez jouer sur la profondeur de l’image…

Oui, comme si l’on pouvait se pencher et traverser l’écran en y plongeant la main. Je pense qu’il est plus réaliste de filmer comme si le spectateur regardait des évènements qui se déroulent derrière une fenêtre…tout en portant des lunettes de soleil ! (rires)

Est-ce pendant l’escalade de la tige du haricot ou dans le monde des géants que vous utilisez plus particulièrement les effets de relief ?

Je les emploie pour mettre en scène l’environnement de chaque scène dans l’espace. La sensation de participer à un voyage dans un monde fantasmagorique est renforcée par cette perception en trois dimensions. Vous situez mieux l’emplacement des objets et des décors. Ce qui est particulièrement utile dans un monde peuplé de géants qui risquent de vous marcher dessus et de vous écraser à tout moment ! Là, le relief nous aide à amplifier la sensation d’être tout petit, comme Jack, dans cet univers démesuré. Pour représenter le point de vue de notre héros, nous pouvons tricher et réduire la distance entre les deux objectifs de la caméra afin qu’elle soit inférieure à la distance entre deux yeux humains d’un adulte de taille normale. Du coup, cela devient le point de vue en relief d’une personne bien plus petite que l’univers autour d’elle. A l’inverse, en augmentant la distance interoculaire, on obtient le point de vue d’une personne beaucoup plus grande qu’un adulte normal, autrement dit celui d’un géant. Nous faisons actuellement des expériences pour voir jusqu’où nous pouvons pousser cet effet de plan subjectif des géants, afin de donner aux acteurs, aux décors et aux paysages réels l’aspect de miniatures. Cela donne des résultats très intéressants.

(Une nouvelle prise débute…Cette fois-ci, ô miracle, tout se passe bien jusqu’au bout, et le médaillon est bien placé à la fin du plan.)

La prise est parfaite ! Parfaite ! Je devrais dire « coupez ! » mais j’ai envie de laisser la caméra tourner encore un peu pour savourer cette réussite ! (rires)

(Bryan Singer reprend son talkie Walkie et félicite son équipe)

Vous semblez tourner beaucoup de plans avec la caméra montée sur grue…

Oui. L’avantage de la grue, c’est qu’avec son débattement, même si vous ne l’utilisez pas pour faire de grands mouvements, elle vous permet de placer rapidement la caméra à différents endroits du lieu de tournage pour obtenir différents angles de la même scène. L’acheminer et la mettre en place dans un décor naturel en extérieurs prend du temps, mais après, vous en gagnez énormément en l’utilisant aussi pour tourner des plans fixes.

Dernière question : d’où vient le nom étrange de votre société de production « Bad hat Harry » ?

Il vient d’une scène des DENTS DE LA MER. Le shérif Brody, incarné par Roy Scheider, est interpellé par un vieil homme en maillot de bain, qui porte un vilain chapeau mou pour se protéger du soleil. Le vieillard lui reproche de vouloir faire interdire l’accès de la plage à cause d’une crainte exagérée d’une attaque de requin et lui dit « On n’est pas comme vous Shérif Brody, on aime l’eau, nous ! », ce à quoi Brody répond, impassible, « Il est vraiment moche votre chapeau, Harry ! » (« That’s some bad hat, Harry. »

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