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LE HOBBIT : UN VOYAGE INATTENDU : Entretien exclusif avec Dean O’Gorman, interprète de Fili – Seconde partie
Article Cinéma du Lundi 27 Mai 2013

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A l’occasion de la sortie des éditions DVD et Blu-ray du HOBBIT: UN VOYAGE INATTENDU, qui vous permettra de retrouver dans les bonus les formidables « journaux de bord » du tournage, tous regroupés, nous vous proposons la suite de notre longue conversation exclusive avec Dean O’Gorman, qui nous raconte comment il a incarné le guerrier nain Fili dans cette grande aventure.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Quelles ont été les choses qui vous ont surprises le plus, en tant qu’acteur, pendant le tournage de ces films, par rapport à ce que vous vous attendiez à faire ?

La première surprise a été l’ampleur du tournage et des moyens logistiques mis en œuvre. C’est très impressionnant. Il y a des centaines de gens présents chaque jour, non seulement sur le plateau, mais aussi dans les coulisses techniques. Quand on compte les différents départements de la production qui interviennent chaque jour, on en reste baba. Il y a aussi une quantité phénoménale d’équipements de prise de vue, d’éclairage, de machineries... Mais en dépit de ce déploiement de moyens ahurissant, j’ai été surpris de constater que Peter travaille encore de manière décontractée et spontanée, tout en s’appuyant sur une solide préparation. Il ne se laisse pas « piéger par la machine », si j’ose dire ! Aucune scène n’est coulée dans le béton avant que nous ne commencions à la répéter. Peter est encore ouvert à de nouvelles idées, et il n’hésite pas à modifier ce qui a été prévu s’il a une inspiration soudaine et pense que cette nouvelle option est supérieure à la précédente. J’ai trouvé que c’était une manière très intéressante de travailler. Je ne m’y attendais pas du tout, car je pensais que plus une production était importante, plus on devait suivre à la lettre ce qui avait été planifié en amont, comme le script et les prévisualisations en 3D schématique des scènes. Le dernier aspect du film qui m’a surpris, c’est l’intensité des efforts physiques que nous devions faire certains jours. Il y avait bien sûr aussi des journées de tournage tranquilles, mais comme les nains passent une bonne partie du film à courir d’un endroit à l’autre, il a bien fallu tourner tout cela ! (rires) Nous avons cosacré la plus grande partie de l’année à courir !

Quand Peter Jackson retravaillait les scènes avec vous, sur le tournage, Philippa Boyens et Fran Walsh venaient-elles aussi apporter des suggestions sur le plateau, ou même réécrire certaines répliques des dialogues ?

Oui, mais pour clarifier les choses, je voudrais dire que plutôt que de faire de la réécriture le jour-même sur le plateau, Peter y pensait juste avant, et il nous arrivait donc assez souvent de recevoir de nouvelles pages de script la veille du tournage, ce qui nous laissait le temps de les apprendre. Quand nous nous apprêtions à filmer la scène, Peter nous donnait alors de nouvelles indications de jeu, ou préparait une mise en scène différente de ce qui figurait dans la première version de la séquence, telle qu’elle avait été répétée avant.

Mais Philippa et Fran étaient-elles physiquement présentes sur le plateau, pour contribuer à ces modifications avec Peter ?

Oui. Ces trois-là travaillent de manière très étroite. Philippa et Fran étaient là souvent , mais pas tout le temps.

Parlez-nous de votre collaboration avec Martin Freeman et Ian McKellen…

J’admirais le travail de Martin et de Ian, pour avoir vu de nombreux films et séries dans lesquels ils étaient apparus, mais je n’avais jamais eu le privilège de jouer avec eux auparavant. Martin est un garçon exceptionnellement drôle. Vraiment hilarant. Aidan et moi étions sidérés par son sens de l’humour. Martin s’était donné pour mission de nous faire rire le plus souvent possible pendant une scène, ou de nous dissiper juste avant une prise ! Il s’est évertué à faire cela chaque jour pendant presque un an ! (rires) Et plus il nous faisait rire, plus cela l’amusait, et plus il en rajoutait ! Nous en sommes arrivés à un point où il tentait de nous faire craquer dès qu’il tournait son visage, hors de la vue de la caméra ! Bien sûr, comme Aidan et moi ne voulions pas ruiner le plan en éclatant de rire, cela nous rendait encore plus nerveux, et donc plus sensibles à un fou rire naissant ! (rires) Travailler ainsi avec Martin a été une vraie joie. En dehors de cette bonne humeur qu’il fait régner sur le plateau, il aime tenter de nouvelles approches de son interprétation à chaque prise. Il ne joue jamais deux fois de la même manière : il propose systématiquement de nouvelles idées. C’était formidable d’avoir un tel partenaire en face de soi, car cela nous incitait aussi à rafraîchir notre jeu, et à nous lancer dans de nouvelles réactions, ou d’autres comportements. Nous tournions beaucoup de prises de chaque scène, non pas seulement pour des raisons techniques, ou pour filmer différents angles, mais surtout pour explorer toutes les possibilités de la séquence, et pouvoir finir la journée sans avoir le moindre regret. En plus de tout ce qu’il vous apporte professionnellement en étant aussi créatif, Martin est aussi un garçon extrêmement agréable dans la vie de tous les jours… En ce qui concerne Ian, je dois dire que j’étais extrêmement impressionné la première fois que je l’ai rencontré. Quand il est arrivé sur le plateau, maquillé, coiffé et habillé en Gandalf, en tenant son bâton de magicien à la main, je n’ai pas pu m’empêcher de penser « Bon sang, voilà Gandalf pour de vrai !! Sir Ian McKellen est là, juste à côté de moi !! » Je n’en menais pas large…Je précise tout de suite que Ian ne tient pas du tout à ce que l’on s’adresse à lui en disant « Sir Ian », suite à son anoblissement par la Reine ! Il se comporte très simplement dans la vie et avec ses collègues sur un plateau. Mais il émane naturellement de lui une aura de chevalier du royaume d’Angleterre ! (rires) En dépit du fait qu’il m’impressionnait beaucoup, la glace a été vite rompue parce que Ian est un homme extrêmement gentil, et extraordinairement talentueux. Il est très détendu sur le plateau, très drôle, et toujours généreux avec ses partenaires. Ian possède ce don incroyable de pouvoir dire n’importe quelle réplique en lui donnant un retentissement épique. Chaque jour, en l’entendant, je me disais que l’on pourrait choisir une de ses répliques au hasard pour l’intégrer dans la bande-annonce, et qu’elle aurait quand même un impact ahurissant ! J’adore sa voix grave de fumeur invétéré, et la petite étincelle d’humour que l’on voit briller dans ses yeux. Il projette cela en jouant Gandalf, mais il a aussi ce charisme et cette malice dans la vie. J’étais fasciné de le voir évoluer entre son interprétation de Gandalf et sa vraie personnalité sur le plateau, pendant et entre les prises. La transition entre les deux était presque invisible.

Quelles sont les cascades les plus complexes que vous avez faites vous-même ?

En fait, nous avons filmé une cascade assez ardue dès le premier jour de tournage. Je n’étais pas encore habitué à porter mon costume et mon maquillage, et je faisais de mon mieux pour évoluer avec, en me disant « Ouh, c’est bien plus encombrant que je ne le croyais ». Et pour tourner le premier plan de la journée, il a fallu que je porte un harnais sous ma fausse musculature de mousse et mon costume, afin que l’on puisse me soulever grâce à des câbles, et me poser sur les épaules d’Aidan, qui était sensé me porter ! Dans cette scène, alors que je tentais de garder mon équilibre dans cette position instable, Peter Hamilton, qui joue Gloin, passait en courant devant nous et me jetait une hache, que je devais attraper au vol , puis manœuvrer pour essayer de la planter entre les yeux d’un énorme troll ! C’était extrêmement difficile à faire, pour plusieurs raisons. D’abord, je ne pouvais pas rester suspendu trop longtemps dans le harnais, car il est tellement serré que cela entrave la circulation du sang dans les jambes. Si on n’y prend pas garde, et que l’on reste ainsi en dépassant les limites de temps imposées par la réglementation médicale, on peut s’évanouir, ou risquer qu’un caillot de sang se forme dans les jambes. Et si l’on est victime d’une thrombose ou d’un phlébite, le caillot qui s’est formé peut se déloger et monter jusqu’au cerveau, et là, les conséquences peuvent être terribles. On peut avoir un accident vasculaire cérébral très grave qui engendre des lésions permanentes ou même fatales. Être suspendu à des câbles n’est donc pas du tout un exercice anodin et il y avait dans l’équipe des gens qui assuraient notre sécurité, et qui veillaient à nous faire descendre dès que l’on approchait du délai limite. D’ailleurs, juste avant de tourner, j’avais vu ma doublure cascade dépasser légèrement le temps conseillé, et commencer à tomber dans les pommes ! (rires) Quand je me suis retrouvé suspendu, j’étais donc très attentif au temps passé ainsi, et j’avais un mal de chien à rattraper cette fameuse hache sans perdre l’équilibre ! De plus, j’étais dirigé par Andy Serkis, car c’était une scène que tournait la seconde équipe. J’étais donc encore plus anxieux, parce que je ne voulais pas rater cette scène sous les yeux d’Andy. Il ne fallait pas non plus que je fasse tomber Aidan en gesticulant, ni que je me démène au point de m’évanouir. C’était extrêmement stressant. Et franchement, porter des fausses mains en silicone ne m’aidait pas à attraper le manche assez glissant de cette énorme hache ! (rires) Je dirais donc que ce plan tourné le premier jour fut le plus difficile à jouer techniquement. A un niveau strictement physique, ce fut sans aucun doute la fameuse scène 88, dont tout le monde a déjà dû vous parler , tant elle nous a marqué !

Oui ! C’est la fameuse course sans fin dans les vallées et les plaines de l’île Sud de la Nouvelle-Zélande…

Exactement. Nous avons couru dans des tas d’endroits différents, sous le soleil, sous la pluie, à l’aube, au crépuscule…Nous avons couru, couru, couru à un tel point que cela ne semblait jamais s’arrêter ! J’imagine que vos lecteurs vont se demander pourquoi courir dans ces beaux paysages était si éprouvant. En fait, si nous avons porté des maillots de coureurs de marathon, cela aurait été une vraie partie de plaisir. Mais à cause du sous-costume en mousse que nous portions pour simuler une musculature et une silhouette plus trapue et du lourd costume en cuir et en tissus qui le recouvrait, il suffisait de quitter le plateau pour aller se chercher un thé à la cantine pour se prendre une bonne suée… Alors imagiez ce que cela donnait quand nous passions des heures à courir ! Terry Notary, qui nous a appris à bouger comme des nains, disait que c’était un peu comme si nous courrions en portant un costume de plongée sous-marine, dans un sauna, avec un sac en plastique sur la tête ! (rires) Et c’était effectivement une bonne manière de décrire ce que nous éprouvions ! Heureusement, tout n’était pas aussi dur. Nous nous sommes retrouvés aussi debout dans des tonneaux dont une partie était ouverte, dérivant ainsi comme dans des bouées, et tournant sur nous-mêmes le long d’un rivière pendant une autre séquence. Et quand nous étions arrivés au bout de notre trajectoire aquatique, un bateau nous rattrapait, rassemblait tous les tonneaux avec des cordages, et nous faisait remonter à nouveau la rivière, jusqu’à notre point de départ. Non seulement cette partie-là du tournage ne nécessitait presque aucun effort physique mais en plus, elle était tellement amusante que nous avions du mal à garder notre sérieux. Nous avons été pris de fous rires à plusieurs reprises. C’était comme si nous passions notre journée dans une des meilleures attractions d’un parc à thème aquatique !

Peter Jackson vous a-t-il donné des indications précises sur la manière dont il souhaitait que vous interprétiez Fili ? Ou vous a-t-il laissé beaucoup de liberté créative ?

C’était un mélange des deux. Peter était toujours curieux de voir ce que vous pouviez apporter au personnage, toujours ouvert à une suggestion. Même quand il se retrouvait en face de 13 nains et d’un Hobbit, il tenait à ce que chacun des personnages soit utilisé de la meilleure manière possible. Il avait donc des suggestions très précises à donner à chacun de nous, ce que nous apprécions beaucoup. Il s’agissait toujours d’un processus d’échange d’idées et de collaboration très constructif. Il arrivait aussi que ce soient les impératifs de la technique qui imposent certains choix de mise en scène ou certaines indications de jeu, mais dans ces cas-là, c’était toujours justifié et intéressant. Peter veillait aussi à trouver des idées pour illustrer les liens de complicité fraternelle entre Fili et Kili. Et parallèlement à cela, il arrivait à jongler dans sa tête avec tous les autres aspects de cette gigantesque production qu’il devait superviser. Nous étions conscients du poids énorme qu’il avait sur les épaules, et bien sûr, il n’était pas question que chacun des 13 nains émette des idées à tour de rôle avant le tournage de chaque scène ! (rires) Nous savions nous adapter aux exigences de la production, sans lui faire prendre inutilement du retard.

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