Le Magicien d'Oz : Un classique du cinéma américain
Article Cinéma du Vendredi 26 Decembre 2014

Depuis 75 ans, les enfants américains – entre autres – grandissent devant les rediffusions successives du Magicien d'Oz. Ce classique du Septième art s'est ainsi depuis longtemps inscrit dans l'imaginaire collectif. Qui n'a jamais entendu parler de la route de briques jaunes ? Sous l'égide des producteurs de la MGM, Victor Fleming – qui signait la même année un autre chef d’œuvre avec Autant en emporte le vent – a adapté avec brio le roman originel de L. Frank Baum. Faufilons-nous derrière l'arc en ciel afin de découvrir les différentes étapes de la création de ce long-métrage qui a plutôt bien survécu aux affres du temps...

Par Pierre-Eric Salard



Le Magicien d'Oz est une véritable invitation à l'évasion. En accompagnant Dorothy dans son voyage imaginaire, les spectateurs sont propulsés dans le royaume de l'imagination. N'est ce pas justement l'un des principaux objectifs du Septième art ? Ce parcours initiatique pousse l’héroïne, et le public, à grandir tout en conservant une part d'enfance. Cette adaptation du Magicien d'Oz doit son existence à l'énorme succès rencontré, en janvier 1938, par le premier long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma (et, bien entendu, des studios créés par Walt Disney) : Blanche-Neige et les sept nains. Depuis les débuts du cinéma parlant, en 1927, aucun film n'avait récolté autant d'argent ! Les responsables des studios hollywoodiens – qui, à l'époque, dirigent l'industrie d'une main de fer – comprennent alors que les plus jeunes spectateurs peuvent représenter un marché juteux - et lancent rapidement la production d'adaptations de contes de fées. Durant l'entre-deux-guerres, les studios n'hésitaient pas, déjà, à surfer sur les succès de leurs concurrents... Mais cette fois-ci, au diable l'animation - une technique qui nécessite un travail de longue haleine. Si Blanche-Neige et les sept nains a été engendré par Disney grâce à plus de trois années de labeur, un long-métrage classique pourrait prendre d'assaut les salles obscures dès l'année suivante, soit en 1939 ! Mais Le Magicien d'Oz naît d'intérêts convergents. Depuis 1937, Arthur Freed, un parolier dont plusieurs chansons marqueront l'histoire du cinéma (Chantons sous la pluie), cherche à se diversifier. Afin d'obtenir ses galons de producteur, il se met en tête de dénicher un projet pour Judy Garland, une jeune actrice prometteuse en contrat avec le MGM depuis 1935. Grand admirateur des romans de L. Frank Baum, Arthur Freed découvre que les droits d'adaptation du Magicien d'Oz appartiennent, depuis 1933, à Samuel Goldwyn. Si le parolier réussit à convaincre les dirigeants de la MGM, dont Louis B. Mayer, de racheter les droits pour 75000 dollars, son inexpérience, en ce qui concerne les aléas de la production, joue en sa défaveur. Le tout nouveau responsable de la production de la MGM, Mervyn LeRoy, est propulsé producteur du Magicien d'Oz, avec Arthur Freed pour assistant. Paradoxalement, le nom de l'initiateur du projet n’apparaîtra pas, au final, au générique du film... ce qui ne l'empêchera pas de produire ultérieurement certaines des plus célèbres comédies musicales de l'après-guerre (Un américain à Paris, Brigadoon, Gigi) ! Mervyn LeRoy, quant à lui, est un réalisateur et producteur reconnu, qui a notamment lancé la carrière de Clark Gable, Edward G. Robinson et Robert Mitchum. Fondé en 1924 par Marcus Loew suite à l'acquisition de Metro Pictures, Goldwyn Pictures Corporation (créé par un certain... Samuel Goldwyn !) et Louis B. Mayer Pictures, le studio Metro-Golwyn-Mayer (MGM) débute dans les années 1930 son âge d'or (son déclin s'amorcera deux décennies plus tard et s'éternisera... jusqu'à au report, dans les années 2010, de la production du Hobbit). Le roman de L. Frank Baum possède toutes les qualités nécessaires pour devenir un événement cinématographique. Ce projet - dont l'objectif inavoué est de conforter l'image prestigieuse du studio - obtient un nom de code : MGM Production #1060. Afin d'éviter d'éventuels conflits avec ses concurrents, la MGM se procure également les droits des précédentes adaptations du Magicien d'OZ, dont la comédie musicale de Broadway datant de 1902 et le film muet de 1925. Si de nombreux scénaristes travaillent sur le script, seuls trois d'entre-eux seront crédités au générique : Noel Langley (Les chevaliers de la table ronde, 1953), Florence Ryerson (La féerie de la glace, 1939), et Edgar Allan Woolf (Le masque d'or, 1932). William H. Cannon, un assistant de Mervyn LeRoy, est d'abord chargé d'écrire un court traitement... d'où les aspects fantastiques du récit sont absents ! Près d'une dizaine d'auteurs ont participé – officieusement – aux réécritures, dont Herman J. Mankiewicz, qui recevra quatre ans plus tard un Oscar pour Citizen Kane ! De nouveaux personnages et situations sont imaginés, avant d'être écartés : la Princesse Betty d'Oz, qui chante de l'opéra ; le fils de la Méchante sorcière de l'ouest, qui souhaite devenir Roi ; un pont en arc-en-ciel, qui se révèle être un piège ; ou encore une romance entre Dorothy et l'un des fermiers au Kansas. Cette dernière idée déteint sur le film, puisque la jeune héroïne ne dissimule pas son attachement pour l'Epouvantail – l'alter-ego du fermier Hunk dans le monde réel. Il arrive que les scénaristes ne soient pas au courant que des confrères poursuivent, en parallèle, la même tâche. Ainsi Herman J. Mankiewicz et Noel Langley écrivent simultanément leurs propres versions du script ! Le scénario de Noël Langley obtient finalement les faveurs du studio. Si E. Yip Harburg écrit les paroles des chansons du film – composées par Harold Arlen -, il est également l'auteur des dialogues d'une scène importante du Magicien. Florence Ryerson et Edgar Allan Woolf sont ensuite chargés de veiller au respect de l'intrigue du roman. Bien que la dernière version du script est terminée le 8 octobre 1938, les réalisateurs et acteurs procéderont à quelques retouches durant le tournage. Ce travail d'adaptation aboutit forcément à un résultat différent du récit original. « L’adaptation cinématographique du Magicien d’Oz représente l’un des rares exemples où un film a amélioré un bon livre », a d'ailleurs écrit Salman Rushdie, qui n'a jamais dissimulé sa passion pour ce long-métrage. Dès le départ, les producteurs décident que le Pays d'Oz sera un rêve fait par Dorothy, et non une véritable contrée fantastique lointaine. Dans le roman, Dorothy et sa famille finissent pourtant par emménager à Oz ! Les responsables de la MGM pensent que cette altération du récit permet de crédibiliser les aventures de la jeune fille... Les séquences au Kansas, qui ouvrent et terminent le film, sont quant à elle bien plus longues que dans le récit original. Dorothy est ainsi entourée par davantage de personnages. La plupart des protagonistes obtiennent ainsi des “doubles” - aux personnalités similaires - dans son voyage imaginaire. L'Epouvantail, le Lion peureux et le Bûcheron en fer-blanc sont par exemple les alter-egos des trois ouvriers agricoles qui travaillent à la ferme de l'oncle et de la tante de la fillette. Notons également que les deux gentilles sorcières du livre deviennent un unique personnage, Glinda. La Méchante sorcière de l'ouest est introduite beaucoup plus tôt dans l'histoire. Et si elle n'arbore plus son unique oeil magique, elle obtient une couleur de peau verdatre. Enfin, Le Magicien d'Oz étant l'un des premiers films réalisés en Technicolor, les souliers d'argent deviennent rouges, sertis de rubis.



Les enfant-stars

Si Arthur Freed avait originellement envisagé de bâtir ce projet autour de Judy Garland, une autre actrice aurait pu obtenir le rôle principal : Shirley Temple (Heidi). En effet, les responsables de la société Loews, à qui appartiennent les studios MGM, se rendent rapidement compte que l'adaptation du Magicien d'Oz nécessitera un budget astronomique pour l'époque. Or Judy Garland n'est pas encore une gigantesque vedette. Si elle est bel et bien sous contrat avec la MGM, la jeune fille ne peut porter un film sur son seul nom. Les cadres de Loews insistent donc pour qu'une véritable enfant-star soit approchée. Bien que le nom de Judy Garland ait déjà été annoncé à la presse, une offre est proposée aux studios Twentieth Century Fox afin d'emprunter Shirley Temple, en contrat avec cette major, le temps du tournage du film. Rappelons qu'à cette époque, les artistes et techniciens étaient généralement sous contrat avec un studio. Ils ne pouvaient pas rejoindre un projet concurrent sans l'approbation de leurs employeurs. Heureusement pour la carrière de Judy Garland, les responsables de la Fox refusent de prêter leur vedette ; Shirley Temple est, à la fin des années 1930, un véritable phénomène de société, un nom qui suffit à remplir les salles obscures. Arthur Freed et Mervyn Leroy, qui ne l'appréciaient pas, peuvent souffler. Notons cependant que Shirley Temple incarnera en 1940 le rôle principal de L'oiseau bleu, un film de fantasy - en Technicolor - que la Fox produisit en réponse au développement de l'adaptation du Magicien d'Oz par la MGM. Sans rencontrer un triomphe similaire... Il semblerait que la MGM ait également tenté de « louer » deux autres enfant-stars, Bonita Granville (Nancy Drew, la série Lassie) et Deanna Durbin (Caravane d'amour), auprès des studios Warner Bros et Universal Pictures. Sans succès. Judy Garland restera donc l'interprète de Dorothy. Née en 1922, Frances Ethel Gumm a d'abord joué sur scène en compagnie de ses deux sœurs aînées, Mary Jane et Virginia. Peu avant leur séparation, en 1935, les Gumm Sisters décident de changer leurs noms ; Frances prend ainsi celui de Judy Garland. Elle est repérée peu après par la MGM, avec qui elle signe un contrat d'exclusivité. A partir de 1937, elle débute un fameux duo avec Mickey Rooney, qui se perpétuera durant une dizaine d'années. C'est à l'âge de seize ans qu'elle obtient le rôle qui bouleversera sa vie : Dorothy. Or le personnage n'est sensé avoir qu'une dizaine d'années ! Un peu de maquillage, des vêtements d'enfant, une coiffure appropriée et la dissimulation de sa poitrine permettent de rajeunir l'adolescente le temps du tournage. Sa garde-robe aura tôt fait de rejoindre les objets mythiques de l'Histoire du cinéma. Ainsi la célèbre robe bleue de Dorothy a-t-elle été vendue aux enchères, en novembre dernier, pour la modique somme de 480 000 dollars ! Dans les années 1970, l'une des cinq paires de souliers rouges avait déjà été adjugé pour 15000 dollars... puis 600000 en l'an 2000 ! L'une de ces paires est exposée u Smithsonian Institute, à Washington, DC. Plusieurs comédiens sont envisagés pour interpréter le Magicien, dont Ed Wynn, Wallace Beery et W.C. Fields. Ce dernier aurait pu rejoindre le casting si ses prétentions salariales n'avaient pas été trop élevées au goût des cadres de la MGM. Frank Morgan, en contrat avec la MGM, obtient finalement le rôle-titre. Il incarnera également trois autres personnages apparaissant dans la Cité d’Émeraude. Gale Sondergaard, l'interprète de la Méchante sorcière de l'ouest, n'apprécie pas les modifications apportées à son personnage, qui devait originellement ressembler à la splendide Reine de Blanche-Neige et les sept nains. Après avoir participé aux essais de maquillage visant à l'enlaidir, elle décide de quitter la production. Elle sera remplacée par Margaret Hamilton trois jours seulement avant le début du tournage. Pour l'anecdote, elle jouera deux ans plus tard l'adversaire de Shirley Temple dans L'oiseau bleu ! Grâce à ses talents de danseur, une autre vedette du studio, Ray Bolger, est engagé pour interpréter le Bûcheron en fer-blanc. Mais l'acteur avoue sa préférence pour le rôle de l'Epouvantail : son idole, Fred Stone, avait joué ce personnage dans la comédie musicale de 1902. Ray Bolger insiste donc auprès de Mervyn LeRoy, qui accepte cette requête. Peu avant le tournage, Buddy Ebsen, originellement recruté pour jouer l'Epouvantail, échange donc son rôle avec Ray Bolger. Avouons que la fluidité des pas de danse de Ray Bolger se prête particulièrement bien à la démarche de l'Epouvantail... Les membres de la production hésitent un temps à confier le rôle du Lion Peureux à Leo - le véritable félin qui rugit dans le logo de la MGM de cette décennie ! Ses dialogues auraient été alors ajoutés en post-production. Mervyn Le Roy préfère jouer la sécurité en proposant un contrat de cinq semaines au comédien Bert Lahr. Si, dans le roman, Dorothy est accueillie au Pays d'Oz par trois petits humanoïdes, les Munchkins, la MGM décide de rendre bien plus spectaculaire la découverte du monde fantastique. Huit enfants et 124 acteurs de petites tailles sont ainsi recrutés pour participer à un impressionnant numéro musical ! Si l'on ajoute les 300 figurants qui apparaissent dans la Cité d’Émeraude, près de 500 comédiens auront rejoint le casting du Magicien d'Oz...



Un grand classique de la fantasy jeunesse

Plusieurs réalisateurs ont œuvré sur Le Magicien d'Oz. Le premier d'entre-eux, Norman Taurog, n'a tourné qu'une poignée d'essais en Technicolor avant d'être remplacé par Richard Thorpe. Les prises de vues débutent, sous la direction de ce dernier, le 13 octobre 1938 au sein des plateaux des studios MGM situés à Culver City, en Californie. Près de soixante décors distincts y ont été construits, et aucune scène ne sera tournée en extérieur. Au bout des deux premières semaines de prises de vues, l'interprète du Bûcheron en fer-blanc, Buddy Ebsen, découvre qu'il est victime d'une réaction allergique foudroyant à la poudre d’aluminium utilisée pour son maquillage argenté ! Les dirigeants de la MGM sont contraints de dénicher un remplaçant. Mervyn LeRoy se déclare simultanément peu satisfait par les scènes filmées par Richard Thorpe (dont la rencontre entre Dorothy et l'Epouvantail). Le réalisateur est remercié. Disposant de quelques semaines avant de s'attaquer à Autant en emporte le vent, George Cukor est appelé à la rescousse. Sur ses conseils, la MGM contacte la Fox afin de « louer » un de leurs acteurs sous contrat, Jack Haley, pour reprendre le rôle du Bûcheron . Aucune scène tournée par Richard Thorpe ou jouée par Buddy Ebsen ne sera conservée dans le montage. S'il ne réalise aucune scène, George Cukor procède à des retouches artistiques majeures. Le 3 novembre 1938, il quitte la production du Magicien d'Oz pour rejoindre, comme prévu, le tournage d'Autant en emporte le vent. Le futur réalisateur attitré du film, Victor Fleming, devient le nouveau responsable du projet. Cet ami de Douglas Fairbanks et Clark Gable est alors considéré comme un réalisateur de « commande » : si les critiques de l'époque ne lui prêtent aucun talent particulier, ce cinéaste s'avère capable de sauver un projet du naufrage artistique. On lui doit pourtant La Belle de Saïgon (1932), L'Île au trésor (1934), Docteur Jekyll et M. Hyde (1941) et Un nommé Joe (1943). Sans oublier Le Magicien d'Oz et Autant en emporte le vent, deux chefs-d’œuvre intemporels dont les tournages furent pour le moins chaotiques ! Victor Fleming saute sur l'occasion pour réaliser un « beau » film, que ses filles pourraient voir. Il recommence le tournage de la « Production #1060 » de la MGM, sans chercher à remanier la vision de son prédécesseur. Les scènes réalisées en Technicolor, qui se déroulent au Pays d'Oz, nécessitent plusieurs mois de travail. Les caméras Technicolor trichrome gèrent simultanément trois négatifs parfaitement synchronisés, respectivement sensibles au bleu, au rouge et au vert. Le trois images sont ensuite superposées avec soin lors du tirage ; le résultat est impressionnant, les couleurs étant particulièrement vives. L'utilisation des caméras Technicolor de la fin des années 1930 s'accompagne d'un inconvénient : les plateaux doivent absolument disposer d'un puissant système d'éclairage. Ce qui explique partiellement pourquoi l'intégralité du film a été filmé sur des plateaux, et jamais en extérieur ! La chaleur engendrée par les nombreux projecteurs fut bien entendu éprouvante pour les acteurs grimés. Le 12 février 1939, Victor Fleming est sollicité par le producteur David O. Selznick afin de reprendre en main le tournage d'Autant en emporte le vent, qui échappe à George Cukor suite à des désaccords avec Clark Gable. Le réalisateur King Vidor (Guerre et paix, 1956) est contacté afin de le remplacer dès le lendemain. Il ne reste plus qu'à tourner quelques scènes se déroulant au Kansas, dont celle où Dorothy chante Over the Rainbow. Là encore, ces séquences sont filmées en studio. Et en noir et blanc ! L'idée consistait à reproduire ce qu'avaient réalisé L. Frank Baum et l'illustrateur William Wallace Denslow dans les illustrations du roman : utiliser différentes couleurs afin de distinguer les lieux. Le « noir et blanc » offre en outre un contraste saisissant avec les couleurs chatoyantes du Pays d'Oz. La colorimétrie des scènes du monde réel fut ensuite modifiée en post-production afin d'obtenir un ton sépia. Les prises de vues se terminent officiellement le 16 mars 1939. Tout en sauvant Autant en emporte le vent du naufrage, Victor Fleming prend le temps de superviser, le soir, le montage du Magicien d'Oz. Considérant que ce dernier est l'unique réalisateur, King Vidor refusera de voir son nom apparaître au générique. Une fois que Herbert Stothart a terminé la composition et l'enregistrement de la bande originale du film, et qu'Arnorld Gillespie a mis au point les nombreux trucages nécessaires pour insuffler la vie au Pays d'Oz, un premier montage du film, s'étalant sur près de deux heures, est projeté en juin auprès d'un public-test. Grâce aux remarques de ces premiers spectateurs, Victor Fleming et Mervyn LeRoy parviennent, en se débarrassant de numéros musicaux superflus, à réduire la durée du film. Mais une scène mythique a bien failli passer, elle-aussi, par pertes et profits : celle où Dorothy chante Over the Rainbow dans la basse-cour de la ferme ! Les dirigeants de la MGM n'appréciaient pas cette séquence, trop longue, qui ralentit le premier acte. En outre, cette séquence « fermière » aurait – sois-disant – pu être mauvaise pour l'image de la jeune vedette. Le producteur et le réalisateur du film, ainsi qu'Arthur Freed, insistèrent pour conserver la chanson... qui obtint quelques mois plus tard un Oscar. Un air légendaire a ainsi failli être enfermé dans les archives d'un studio ! Au final, le budget du Magicien d'Oz s'élève à 2,77 millions de dollars. Soit davantage que la moyenne de l'époque (autour d'un million), mais un million de dollars de moins qu'Autant en emporte le vent. Lorsque le film sort en salle, le 25 août 1939, le public répond présent. Pourtant, les trois millions de dollars récoltés au box office permettent à peine de recouper le budget du film. Et ce, sans compter les coûts inhérents à une campagne de promotion intensive ! Mais n'oublions pas que l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, le 3 septembre 1939, inaugure la Seconde Guerre Mondiale. Le film ne pourra donc pas être distribué à l'international, sur tous les marchés, avant un certain nombre d'années. Les spectateurs français ne découvriront ainsi les aventures de Dorothy qu'à partir du 26 juin 1946... Les dirigeants des studios MGM, qui ne s'attendaient vraisemblablement pas à dégager des bénéfices sur le court terme, considèrent que Le Magicien d'Oz est un succès. L'objectif est atteint : le long-métrage assoit la réputation de la major hollywoodienne. Il faudra attendre la première ressortie du film, en 1949, pour que des profits soient engrangés. En prenant en compte l'inflation et en comptabilisant toutes les ressorties, Le Magicien d'Oz aura finalement récolté près de 300 millions de dollars en près de 75 ans ! Lors de la douzième cérémonie des Oscars, le 29 février 1940, cette adaptation est en compétition avec un certain nombre de futurs classiques du Septième art : Mr. Smith au Sénat de Frank Capra, La chevauchée fantastique de John Ford, Les hauts de Hurlevent de William Wyler et, bien sûr, Autant en emporte le vent. Cette autre adaptation d'un roman obtient huit statuettes, dont celles du Meilleur film et du Meilleur réalisateur pour... Victor Fleming ! Face à une telle compétition, Le Magicien d'Oz ne peut recevoir que deux Oscars – sur cinq nominations : Meilleure chanson originale pour Over the Rainbow, et Meilleure musique. Judy Garland obtient quant à elle l'unique statuette de sa carrière, un Oscar spécial de la meilleure des jeunes actrices de l’année. Le jeune comédienne surnommera ce prix - dont la taille est réduite - le « Munchkin Award », en référence aux petits citoyens du Pays d'Oz qui accueillent Dorothy au-delà de l'arc-en-ciel ! Au fil des nombreuses rediffusions télévisées (qui débutent en 1956), Le Magicien d'Oz devient un film culte pour les générations successives d'américains. En 1989, le film fait partie de la première sélection à rejoindre le prestigieux « National Film Registry » de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis. Le long-métrage est désormais préservé, pour l'éternité, au sein des archives de l'institution. Au cours du XXème siècle, les droits du Magicien d'Oz ont changé plusieurs fois de propriétaires. Depuis 1995, ils appartiennent au groupe Time-Warner. Ce qui explique pourquoi Warner Bros a sorti au cinéma, le 2 octobre dernier, une conversion en 3D relief de ce chef d’œuvre à l'occasion du 90ème anniversaire du studio... Le Magicien d'Oz était déjà disponible en édition collector Blu-ray dans une superbe version remastérisée ; à partir du 23 octobre, le Blu-ray 3D viendra compléter l'offre. Les négatifs ont été scannés l'un après l'autre afin d'obtenir une restauration de toute beauté. Si vous n'avez pas encore vu ce classique de la fantasy jeunesse, ou si vous désirez le faire découvrir à vos enfants, cette édition est l'écrin idéal pour un retour époustouflant dans le Pays d'Oz !





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