Dans les coulisses de Weta Digital, quatrième partie - Rencontre exclusive avec Jon Landau et révélations sur Avatar 2 & 3
Article Cinéma du Vendredi 14 Janvier 2011

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Nous nous sommes rendus récemment de l’autre côté de la planète, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, pour rencontrer l’équipe de Weta Digital qui venait d’achever les nouvelles séquences de la version longue d’Avatar sous la direction de James Cameron, du producteur Jon Landau et du superviseur des effets visuels Joe Letteri.

Propos recueillis et traduits par Pascal Pinteau

Entretien avec John Landau

En termes de budget, quel est celui que vous visez pour Avatar 2 & 3, puisque James Cameron a déclaré qu’il voulait que ces deux prochains épisodes coûtent moins d’argent à produire ?


Je crois que ces deux épisodes seront nettement moins coûteux à produire que le premier,  d’abord grâce à l’expérience acquise, puis parce que le coût du traitement et du stockage de données ne cesse de baisser. Je vais vous en donner un exemple. En 1995, quand nous préparions Titanic, l’équipe de Digital Domain a du déposer une requête spéciale auprès du conseil des actionnaires de la société, afin de lui demander l’autorisation d’acheter une unité de stockage de données d’un terraoctet, fabriquée par Silicon graphics. A l’époque, cette machine coûtait un demi-million de dollars. Sur Avatar, nous disposions d’un Pétaoctet, soit une capacité de stockage 1000 fois supérieure ! Et ce matériel n’a coûté qu’une fraction du prix de la machine dont je vous parlais auparavant ! De plus, quand nous travaillerons sur les suites, nous n’avons pas à reconstruire Neytiri, ni Jake, car ces modèles 3D existent déjà, ainsi que des milliers d’autres. On pourrait dire aussi que nous avons en stock l’équivalent virtuel des « backlots » des grands studios, ces endroits où sont conservés les décors extérieurs de tous les films tournés là. Tous les paysages et tous les décors intérieurs de Pandora que nous avons vus dans le premier épisode sont stockés ici, et cela ne nous coûte pas un sou.

Avez-vous l’intention d’innover encore et de développer de nouvelles technologies en réalisant ces deux prochains épisodes ? Par exemple en tournant les films avec une résolution d’image plus grande, compatible avec des projections sur des écrans géants, du type Imax ?

Nous ne croyons pas avoir besoin d’aller vers une plus grande définition d’image. C’est d’ailleurs ce que nous avions dit au studio, il y a plusieurs années, au début de nos conversations au sujet d’Avatar. Ils nous disaient « Pour un projet de cette ampleur, nous préférerions attendre que les projecteurs numériques supérieurs à la norme 2K soient prêts et installés dans les salles. » Nous leur avons dit qu’à notre avis, ils faisaient fausse route. Les gens qui vont voir un film en salle ne s’exclament jamais « Oh la résolution était formidable ! » Ils vont réagir en disant que les couleurs étaient belles, que l’histoire les a passionnés , mais ils ne parleront jamais de la résolution de l’image. Et franchement, si l’on va dans cette direction-là, il y a un point au-delà duquel l’œil humain ne voit pas nettement la différence, et, autre aspect à prendre en considération, vous n’avez pas forcément envie de projeter un gros plan de votre actrice principale sur un écran géant, en 4K ! Si vous avez passé tout le temps nécessaire et si vous avez dépensé le bon budget maquillage pour la filmer ainsi, vous serez certainement obligé d’ajouter un peu de diffusion dans l’image pour que la trop grande netteté ne soit pas gênante ! Les films sont une illusion. Tout comme l’expérience de la découverte d’une histoire dans une grande salle, qui vous projette dans un autre monde, alors que vous vous trouvez au milieu d’une foule d’inconnus.

On peut avoir un point de vue différent, cependant. Quand on pense à un film comme Lawrence d’Arabie, tourné en 70mm, on voit bien l’intérêt que procurait la définition accrue de l’image, notamment dans les plans très larges de paysages, les scènes de bataille…

Ce n’est pas nécessairement le cas de tous les films, surtout quand la narration de l’histoire passe par des moments intimes. Dans un registre similaire, nous nous sommes heurtés à certaines idées reçues concernant la 3-D relief et la profondeur de champ. Les gens pensaient que l’une n’allait pas sans l’autre, et qu’en 3-D, il était indispensable d’avoir la plus grande profondeur de champ possible. En fait, ils croient cela parce qu’ils ont l’habitude de voir des documentaires au format IMAX 3-D, qui présentent d’immenses panoramas sur un écran géant. Mais quand un réalisateur met en scène la narration d’une histoire en 3-D, son rôle consiste à guider la direction du regard du public dans un plan. Il ne veut pas que les gens regardent partout, dans tous les coins de l’image. De ce fait, nous pensons que nous n’avons pas nécessairement besoin d’une netteté d’image accrue pour décrire des plans de bataille en 3-D, car si vous avez un supplément de netteté partout dans l’image, vous raterez peut-être le moment essentiel au premier plan sur lequel nous voulons attirer votre attention. Dans Avatar, nous créons une illusion de relief en focalisant le regard, tandis que dans la vie, on peut regarder partout ce que l’on veut. Si le spectateur regarde le mauvais endroit de l’image pendant une projection en relief, le relief ne sera pas réglé pour cet endroit-là, et l’effet sera raté.

A présent que James Cameron a annoncé que ses prochains films seront Avatar 1 & 2, quel est le statut du projet Battle Angel Alita, que vous avez développé depuis plusieurs années ?

Je ne pense pas que la production de Battle Angel Alita soit lancée dans peu de temps. Mais nous avons cependant avancé sur le projet. Nous disposons enfin d’un script dont nous sommes pleinement satisfaits, et il nous reste à voir comment ce projet peut s’inscrire parmi ceux qui sont déjà en cours de développement.

C’est un projet que James Cameron tient à réaliser lui-même, n’est-ce pas ?

James aimerait le réaliser, en effet, mais il aimerait surtout que le film aboutisse. S’il est presque entièrement accaparé par Avatar 2 & 3 pendant les cinq prochaines années, nous déciderons peut-être de chercher une autre personne pour réaliser le film, si nous trouvons la bonne personne.

James Cameron a sérieusement songé à réaliser le projet de film consacré à Cléopâtre, avec Angelina Jolie, avant son annonce concernant les suites d’Avatar. Etait-il attiré par ce projet parce que Cléopâtre a été l’un des personnages féminins les plus forts de l’histoire ?

Absolument !  Ce projet combinait beaucoup de thèmes qui passionnent Jim : un personnage féminin fort et hors du commun, un voyage dans un période fascinante de l’antiquité, une grande histoire d’amour, et la description épique de l’Egypte des pharaons et de Rome sous les règnes de Jules César et de Marc Antoine. Il est naturel qu’il ait hésité…

A quel stade de la préproduction du Voyage Fantastique êtes-vous arrivés en ce moment ?

Nous sommes en train de faire écrire une nouvelle version du script par Laeta Kalogridis, qui a été l’une des productrices exécutives d’Avatar. Elle est en train de travailler dessus, et Jim suit ce script de près, en lui faisant passer des notes de lecture pour la guider. En ce qui concerne la réalisation du projet, nous en avions parlé avec Tarsem Singh pendant un moment, puis avec Paul Greengrass, mais pour l’instant, nous n’avons plus de metteur en scène pressenti. C’est très important pour nous de trouver la bonne personne pour prendre en charge ce projet.

La franchise Terminator a été vendue et rachetée une fois de plus récemment. Est-ce que James Cameron a jamais envisagé de revenir réaliser un nouvel épisode de la saga ?

Non. Il a tourné définitivement la page. La seule chose que nous pourrions envisager, ce serait de convertir Terminator 1 et 2 en relief.

Maintenant que Ridley Scott s’apprête à réaliser deux préquelles d’Alien, pourrait-on parvenir à convaincre James Cameron de réaliser un Aliens 2  qui ferait plaisir à des millions de fans, et qui effacerait les souvenirs pénibles d’Alien 3 et 4 ?

 (rires) Non plus ! Jim n’aime pas regarder en arrière. Le succès d’ Avatar nous permet de traiter de sujets qui concernent notre société actuelle par le biais du divertissement, et c’est un privilège dont nous sommes très heureux. Nous pensons que c’est plutôt dans ce registre-là que nous allons nous diriger.

Quelles sont les adaptations ou transpositions d’Avatar  sur lesquelles vous travaillez actuellement ? Etes-vous en train de développer des livres, des attractions de parcs à thème, de nouveaux jeux vidéo ?

Jim est plongé dans l’écriture d’un roman qui n’est pas une « novélisation », une adaptation du script du film, comme on en fait souvent. Ce qu’il est en train d’écrire, c’est en quelque sorte le roman original dont on aurait pu tirer le script. Le récit n’ira pas au-delà de la dernière image du film, mais on en apprendra beaucoup plus sur les origines des personnages, et sur ce qu’ils ont vécu auparavant. Je pense notamment à l’arrivée de Grace sur Pandora,  sur ce qu’elle a vécu en enseignant aux enfants Na’vi. On apprendra aussi des choses sur Jake et Neytiri. Et une fois que ce roman sera publié, il pourra servir de base à des romans graphiques, des livres pour enfants, et d’autres adaptations. En ce qui concerne les attractions, ce que je peux vous dire, c’est que nous avons rencontré des gens à ce sujet, comme vous vous en doutez. Mais nous ne sommes pas allés au-delà de ces premiers contacts pour l’instant.

Vous aviez évoqué il y a quelques années le projet de créer une version virtuelle de Pandora que les gens pourraient explorer sur le web. Avez-vous renoncé à ce projet ?

Nous sommes en train de réfléchir à une meilleure manière de permettre aux gens d’explorer Pandora. En leur donnant de meilleurs outils et plus de possibilités d’interactions. Déjà, dans cette nouvelle édition vidéo, pour pourrez découvrir une « Pandoracyclopédie » qui présente la faune et la flore de la planète.

Quel est le sentiment de James Cameron aujourd’hui, après avoir entendu toutes les réactions positives autour d’Avatar ?

Il est extrêmement heureux. Le succès du film au boxoffice nous a permis de mesurer a quel point les thèmes qu’il aborde ont trouvé un écho chez les spectateurs. C’est grâce à cela que Jim a pu se rendre au Brésil pour défendre une tribu indienne dont les terres allaient être détruites par la construction d’un barrage. Et ce sont ces répercussions concrètes qui lui procurent le plus grand plaisir.

La suite de notre grand reportage chez Weta Digital très prochainement sur ESI…

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