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Semaine Star Wars - Un nouvel espoir : Aux origines du mythe
Article Cinéma du Lundi 14 Decembre 2015

Autrefois sobrement intitulé La guerre des étoiles, le quatrième épisode de l'épique saga créée par George Lucas fête cette année son 34ème anniversaire en grandes pompes : le film est disponible depuis septembre dernier en haute définition ! L'occasion de revenir sur les racines de ce space opéra mythique, qui continue d'enchanter des millions de fans et d'inspirer les cinéastes contemporains...

Par Pierre-Eric Salard



A l'instar de Metropolis, King Kong ou encore 2001 l'Odyssée de l'espace, Un nouvel espoir est une œuvre qui a durablement imprimé son empreinte sur l'Histoire du cinéma lors de sa sortie, en 1977. Or la naissance de ce chef d'œuvre au succès inattendu est indissociable du parcours d'un certain George Lucas. Aujourd'hui conspué par une partie de son public (la prélogie étant passé par là), le cinéaste est pourtant l'unique créateur de La guerre des étoiles – quoique extrêmement bien entouré lors de la production du long-métrage ! Il faut remonter à 1973 pour découvrir l'origine de ce film culte. Après un premier long-métrage, THX 1138, passé inaperçu auprès du grand public, George Lucas rencontre enfin le succès avec American Graffitti, chroniques s'inspirant de sa propre jeunesse. Les mois précédant la sortie du film étant synonymes de vaches maigres, le jeune cinéaste se tourne à nouveau vers son passé pour composer l'intrigue d'un film de science-fiction. Lors de son enfance, le timide George, né en 1944 en Californie, se réfugie dans les méandres de son imagination et la lecture de contes de fée. L'arrivée d'un poste de télévision dans le foyer familial, en 1954, est une véritable révélation pour le garçon, qui visionne avec délectation des westerns et des sérials des années 1930. Il se passionne plus particulièrement pour les aventures d'un certain Flash Gordon (1936) – ce qui ne sera pas sans conséquences.



Dès l'ouverture du premier parc à thèmes Disneyland, en 1955, il arpente avec sa famille, les yeux plein d'étoiles (ce qu'il n'oubliera pas en s'associant avec Disney dans les années 1980 afin de créer des attractions tirées de ses films), les fameux lands imaginés par l'oncle Walt. Toutes les expériences de son enfance émergeront dans son œuvre prête à bourgeonner ! La suite est entrée dans la légende : adapte de vitesse et du cruising – la drague en voiture -, George Lucas déserte l'école. Mais un terrible accident automobile remet l'adolescent sur le droit chemin. Et pour cause : après une demi-douzaine de tonneaux, il est éjecté du véhicule une poignée de secondes avant que sa voiture ne s'écrase contre un arbre ! Au cours de son mois de convalescence, le futur cinéaste admet que, effectivement, la vie ne tient pas à grand chose... Il abandonne l'objectif de devenir pilote automobile, et retourne à ses études. La guerre des étoiles a bien failli être victime d'une sortie de route...

L'art du recyclage

Alors qu'il étudie l'anthropologie, George Lucas découvre un livre de Joseph Campbell, Le Héros aux Milles Visages, qui aborde les caractéristiques des héros des mythes et des religions ! A l'instar de Flash Gordon, cette lecture ne laissera pas indemne l'imagination du jeune homme. Passionné par la photographie, ce dernier rejoint ensuite les bancs du département dédié au cinéma de l'USC (University of Southern California) et se découvre par hasard de nombreuses affinités avec la réalisation. Auprès de ses futurs partenaires professionnels, dont un Francis Ford Coppolla qui le prend sous son aile et l'incite à se lancer dans l'écriture, il met en scène plusieurs courts métrages expérimentaux, dont l'un d'eux, THX 1138 4EB, sera adapté sur grand écran. Applaudi au Festival de Cannes, le premier univers créé par Lucas ne convainc guère les foules...

George Lucas décide alors de monter sa propre société, Lucasfilm, et signe un contrat avec United Artists, puis finalement Universal Pictures pour trois films. Au début de l'année 1973, peu après le tournage d'American Graffitti, George Lucas abandonne son projet suivant : un certain Apocalypse Now, dont les repérages avaient pourtant débuté ! Le studio Columbia Pictures, qui devaient produire ce film, craignent les controverses liées à la guerre du Vietnam.



« Les autres studios ont décliné mes propositions », explique George Lucas. « Mais j'étais endetté. Je devais impérativement trouver un autre projet ! » Son deuxième film étant encore en post-production, le réalisateur, qui tourne en rond, travaille à partir de mai 1973 sur le script d'un film de science-fiction dont l'idée lui est venue dès 1968 – alors qu'il écrivait le scénario de son premier long-métrage ! « J'ai commencé à réfléchir à l'histoire qui est ultérieurement devenue Star Wars bien avant THX 1138 », confie George Lucas. « J'ai toujours été intrigué par Flash Gordon. J'adorais les aventures se déroulant dans l'espace, et je souhaitais apporter ma contribution à ce sous-genre de la SF ». Le jeune homme, âgé de 29 ans en 1973, tente d'abord de se procurer les droits de Flash Gordon afin de réaliser sa propre adaptation cinématographique des aventures du personnage. Mais Fellini l'ayant devancé, il décide de s'atteler, seul, à l'écriture d'un space-opéra épique dans le style des sérials qui ont enchanté sa jeunesse. « Je me suis rapidement rendu compte que si j'avais adapté Flash Gordon, cela aurait été un frein à ma créativité », explique George Lucas. « J'ai compris que j'étais capable d'inventer un univers entièrement nouveau. Je voulais recycler et moderniser d'anciens motifs mythologiques ». Il n'a pas pour autant oublier Apocalypse Now, sur lequel il a travaillé quatre années. « J'ai transféré plusieurs thèmes de ce script dans celui de Star Wars. Si je ne pouvais pas réaliser ce film à cause de la proximité temporelle de la Guerre du Vietnam, je pouvais recycler certains concepts aux confins de l'univers ! C'est ainsi qu'un immense empire inter-galactique se retrouve aux trousses d'un petit groupe de rebelles... » L'intrigue qu'il met en place s'inspire donc autant de Flash Gordon que du livre de Joseph Campbell, du contexte socio-politique de l'époque, de la Seconde Mondiale, des westerns et des films de Kurosawa, ainsi que de sa passion pour la vitesse. Inventer, c'est avant tout recycler ! « L'artiste est celui qui transmet les mythes de son époque », écrivait Campbell. Mais encore faut-il savoir digérer correctement toutes ces références pour créer une œuvre à la fois contemporaine et éclairée...

L'éternel recommencement

C'est donc la quête d'un héros que George Lucas imagine au cours des multiples réécritures du scénario, originellement intitulé « Journal of the Whills » - soit-disant écrit par le mystérieux « C.P. Thorpe, apprenti padawan des célèbres Jedi ». Dès le départ, l'intrigue respecte la définition faite par Joseph Campbell : Le héros doit quitter son environnement habituel au moment où l'histoire commence ; puis, dans le nouveau monde à travers lequel il voyage, il doit subir une série d'épreuves initiatiques et surmonter de nombreux obstacles pour découvrir des manières d'être qui lui étaient inconnus jusqu'alors ; enfin, il retourne vers les autres afin de partager avec eux ce qu'il a appris. Les grandes lignes de l'histoire étant rapidement imaginées, c'est dans les détails que George Lucas se plonge par la suite. Il invente de très nombreux noms pour ses personnages, planètes et vaisseaux spatiaux ; nombre d'entre-eux seront modifiés, alors que d'autres auront droit à leur heure de gloire qu'une trentaine d'années plus tard... Anakin Starkiller est alors un « Roi de Bebers », Luke Skuwalker un Prince puis un Général ! Dès le premier traitement, datant de mai 1973, des (ancêtres de) Jedi sont de la partie, un illustre pilote se nomme Han et un Empire Galactique dicte sa loi. Avec le concept du « Journal of the Whills », George Lucas s'inspire des contes de fées des studios Disney pour présenter une histoire qui s'est déjà déroulée... dans ce qui deviendra une galaxie lointaine, très lointaine ! Les graines sont plantées, et l'imagination fertile de George Lucas va les faire germer à force de réécritures. Le second traitement s'inspire indéniablement d'un film d'Akira Kurosawa, La Forteresse Cachée (1958). « J'avais plusieurs scènes en tête, dont celles de la cantina et de la bataille spatiale - tirée des images d'archives des combats aériens de la Seconde Guerre Mondiale », explique George Lucas. « Mais je ne réussissais pas à relier toutes mes idées au sein d'une intrigue forte. Je disposais juste d'un concept prometteur. Puis je me suis souvenu de La Forteresse Cachée. J'en ai reproduit l'intrigue dans les premiers scripts de Star Wars ! » Le film de Kurosawa narre les aventures d'un groupe formé d'un général, de deux paysans et d'une princesse qui détient un trésor du clan et tente de rejoindre un territoire allié au milieu d'une guerre civile... Cela ne vous rappelle rien ? Remplacez les deux paysans par deux droides, et le tour est joué, ou presque ! Le réalisateur s'attelle à l'écriture de plusieurs versions du scénario, dont chaque étape représente une importante évolution par rapport à la précédente.

Le mythe et sa magie

Parallèlement, George Lucas présente son projet aux dirigeants d'United Artists, qui déclinent la proposition, tout comme ceux de la Paramount – qui ne croient pas au potentiel d'American Graffiti. Quel studio acceptera de financer les trois millions de dollars de budget nécessaires à la production d'un film de SF ? 20th Century Fox, dont le cinquième et dernier volet de la franchise La Planètes de Singes vient de sortir. George Lucas exige le contrôle artistique du film, ainsi que les droits de merchandising, d'édition musicale... et des éventuelles suites que pourrait engendrer son film ! Car le cinéaste a rapidement compris qu'il ne pourrait jamais intégrer tous les éléments de son histoire. En août 1973, American Graffiti sort sur les écrans... et rencontre un succès inattendu !
George Lucas peut enfin se concentrer totalement sur le production de Star Wars. Il collecte des enregistrements de batailles aériennes, regarde tous les films de guerre diffusés à la télévision, lit des classiques de la littératures de fantasy comme John Carter of Mars... « J'essayais de créer un futur classique du film de genre », précise le cinéaste. « Il était donc important de s'inspirer d'autres concepts développés par des auteurs ou ancrés dans la réalité ». La première version du scénario date de juillet 1974. Les Jedi y luttent contre des Sith ; des robots accompagnent Han Solo et une certaine Princesse Leia... Le concept de la Force y fait surtout son apparition. En janvier 1975, George Lucas termine Adventures of the Starkiller: Episode 1 - The Star Wars. La structure du scénario a changé, plusieurs éléments tirés de La Forteresse Cachée sont évacués et l'histoire est narrée du point de vue des deux robots. Parallèlement, l'artiste Ralph McQuarrie commence à créer l'univers visuel du film. Le design de C-3PO rappelle le Metropolis de Fritz Lang, et le masque de Dark Vador reprend les lignes des casques des samouraïs. Il ne reste plus qu'à créer un département dédié aux effets spéciaux, qui tâtonnera longtemps avant de devenir Industrial Light & Magic... Après une troisième version du scénario terminée en août 1975, une quatrième, livrée le 1er janvier 1976, ressemble enfin au résultat que nous connaissons. Mais tout reste encore à faire : des trucages inédits, un tournage harassant en Angleterre et en Tunisie, puis une post-production intense. Le film sort finalement le 25 mai 1977 aux Etats-Unis et bénéficie d'un excellent bouche-à-oreille. La suite fait partie de la légende.



Renommé Un Nouvel Espoir quelques années plus tard, le quatrième volet de sa saga entre dans la légende...

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