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La légende d'Alien, le huitième passager – Dans les coulisses de l'horreur
Article Cinéma du Jeudi 23 Fevrier 2017

A l'occasion de la diffusion du prologue d'Alien Covenant, réalisé par Luke Scott (fils de Ridley) et visible ci-dessous, nous vous proposons de (re)découvrir le processus de création du film original...



A l'image de son intrigue, le développement du film fondateur de la franchise Alien ne fut pas de tout repos. Une pléiade de scénaristes, cinéastes, artistes et producteurs ont permis de donner naissance à ce légendaire thriller horrifique. Nous vous proposons donc de retourner dans les années 1970 afin de découvrir les principales étapes du parcours de ce film qui, sur Terre, nous aura fait crier...

Par Pierre-Eric Salard



L'origine d'Alien se trouve dans la fertile imagination de Dan O'Bannon, né dans le Missouri en 1946. Amateur de SF sous toutes ses formes, cinéphile passionné par Stanley Kubrick, Orson Welles et Alfred Hitchcock, le futur scénariste (Planète Hurlante, Lifeforce) est surtout un grand fan d'H.P. Lovercraft depuis qu'il a découvert La Couleur tombée du ciel, une nouvelle inscrite dans le mythe de Cthulhu, à l'âge de douze ans. Ce récit d'un mal indescriptible, surgissant suite à la chute d'une météorite, marquera son adolescence. Afin de pouvoir travailler dans les domaines qui le passionnent, le jeune homme s'inscrit dans le département cinéma de l'USC (University of Southern California), où il se lie d'amitié avec John Carpenter. Au cours de ce cursus, ils collaborent sur un moyen-métrage, Dark Star - L'étoile noire (1970), dont une version longue aura les honneurs d'une sortie en salle en 1974. Premier film du futur réalisateur de The Thing, cette comédie de science-fiction, pastiche de 2001 l'odyssée de l'espace, est co-écrite par les deux étudiants. Dan O'Bannon y interprète non seulement l'un des rôles principaux, mais il s'occupe également des décors, du montage et des effets spéciaux ! Pour cause de budget famélique, la créature du film, mascotte de l'équipage, n'est qu'un gros ballon gonflable peint et doté de pieds en caoutchouc. Cette expérience lui permet de faire la connaissance d'un jeune artiste, Ron Cobb (Star Wars, Abyss), et de se faire remarquer par un certain Ronald Shusett, qui rêve de devenir producteur. Ce dernier lui propose de collaborer sur l'écriture de scripts – dont une adaptation d'une nouvelle de Philip K. Dick qui deviendra, près de vingt ans plus tard, Total Recall (1990). En 1972, Dan O'Bannon commence également à écrire le script d'un thriller horrifique intitulé Memory. « Beaucoup de choses ne me plaisaient pas dans Dark Star. L'extraterrestre n'était qu'un ballon de plage ! J'ai donc voulu faire un véritable film d'horreur sur un vaisseau spatial, avec un petit nombre d'astronautes et, surtout, une créature réaliste ». Mais Dark Star éveille également l’intérêt d'Alejandro Jodorowsky, qui lui propose de superviser la création des effets spéciaux du film Dune, en Europe. Mais ce projet d'adaptation des romans de Frank Herbert tombe rapidement à l'eau (il faudra attendre 1984 pour que David Lynch propose sa version pour le moins controversée). L'apprenti scénariste aura tout juste eu le temps d'y rencontrer le regretté Jean ‘Moebius’ Giraud et un artiste suisse, H.R. Giger. De retour aux États-Unis, en 1976, Dan O'Bannon broie du noir ; sa carrière est au point mort. Ronald Shusett lui prête de bon gré son canapé, le temps qu'il puisse sans remettre. « Ma situation était terrible », expliquait le scénariste, décédé en 2009. « Je ne pouvais pas rester indéfiniment dans ce canapé ! Je me suis forcé à mettre ma dépression en sourdine afin de faire quelques chose de constructif. Ron et moi avons finalement convenu d'écrire ensemble ». Total Recall nécessitant des moyens trop importants, ils se penchent sur le scénario de Memory (titre faisant référence aux vagues souvenirs de la victime d'une créature extraterrestre), qui était laissé à l'abandon depuis plusieurs années. Seule la première partie de l'intrigue était alors terminée. Ron Shusett lui propose alors de s'inspirer d'un autre de ses scripts, intitulé Gremlins. Tiré d'une véritable légende urbaine du milieu de l'aéronautique militaire datant de la Seconde Guerre Mondiale (dont s’inspirera ultérieurement Chris Columbus pour écrire le film éponyme de Joe Dante), ce script racontait l'attaque d'un bombardier B-17 par les fameuses créatures, que les membres d'équipages doivent affronter. Pourquoi ne pas transposer ce conflit à bord d'un vaisseau spatial ?

Guerre de paternité

Durant trois mois, le scénariste alterne entre des discussions à bâtons rompus avec Ron Shusett et l'écriture du scénario de Memory. Il y intègre des éléments tirés de nombreuses influences, dont les films Le météore de la nuit (Jack Arnold, 1953), La planète des vampires (Mario Bava, 1965) et Les monstres de l'espace (Roy Ward Baker, 1967), ainsi que des romans de H. P. Lovecraft ou Philip José Farmer. Le cycle de reproduction de l'alien commence à prendre corps, et le script est renommé Starbeast. Le Nostromo, qui s'appelle alors le Snark, y appartient à son équipage – et non à la « Compagnie » Weyland-Yutani. Les « routiers de l'espace » se nomment Standard, Roby, Melkonis, Broussard, Hunter, et Faust ! Après avoir capté un message de détresse, ils atterrissent sur une mystérieuse planète. Ils tombent sur l'épave d'un vaisseau spatial extraterrestre, à l'intérieur duquel le pilote est mort, non sans avoir inscrit une forme triangulaire sur le tableau de bord. Après être retourné à bord du Snark, ils découvrent une structure pyramidale où se trouvent les œufs de « facehuggers ». La suite de l'intrigue est similaire à celle que nous connaissons, à ceci près que les victimes de l'alien sont enfermées dans des cocons. La créature, quant à elle, est décrite comme étant un monstre géant, recouvert de tentacules acérées et sautillant tel un oiseau sur-dimensionné ! Alors que Ron Shusett commence à promouvoir le scénario auprès de ses contacts dans l'industrie hollywoodienne, Dan O'Bannon est contacté par George Lucas afin de créer quelques animations pour Star Wars (1977). « Cela m'a permis de quitter le sofa de Ron et de prendre un petit appartement », précisait-il. Le légendaire Roger Corman montre rapidement son intérêt pour Starbeast. Dan O'Bannon prévoyait justement de réaliser lui-même le film à l'aide d'un petit budget. « Un demi-million m'aurait suffi », ajoutait-il. Starbeast devient alors Alien. Séduit par le script, Mark Haggard, une connaissance des deux compères, leur conseille de patienter avant de signer avec Roger Corman : il est certain de pouvoir persuader un studio à produire le film ! Il dépose finalement le scénario sur le bureau de Walter Hill, de la société de production Brandywine. Si le réalisateur de Driver, 48 heures et Supernova ne s'intéresse absolument pas à la SF, il ne cache pas son enthousiasme à propos de la scène « sensationnelle » du Chestburster. « Cela me rappelait l'un des films de mon enfance, La chose d'un autre monde, mais dans une forme beaucoup plus crue ». Walter Hill et ses associés de Brandywine, David Giler et Gordon Carroll, décident d'acquérir les droits et de produire le film. Mais avant de le porter à l'attention d'Alan Ladd Jr, alors président des studios 20th Century Fox, ils se lancent dans une profonde réécriture du script. La pyramide extraterrestre est ainsi abandonnée, alors que l’androïde Ash est ajouté. Ils inventent également le concept de la « Compagnie », une corporation aux objectifs troubles. Les noms des personnages sont modifiés, et deux d'entre-eux deviennent des femmes. « Ripley tient son nom de la franchise Ripley's Believe It or Not, célèbre aux Etats-Unis », précise Walter Hill. Huit réécritures se succèdent. Au final, ils ne conservent que la structure et les scènes clés du scénario de Ron Shusett et Dan O'Bannon - au grand désarroi de ce dernier, qui découvre un jour les noms des producteurs à la place du sien ! Dès lors, les relations resteront tumultueuses entre le scénariste et les dirigeants de Brandywine. Lorsque Walter Hill et David Giler proposent leur traitement à Alan Ladd Jr, Star Wars (1977) - un film auquel le dirigeant de la Fox avait lui-même donné le feu vert - bat tous les records au box office. Il ne fait aucun doute que les spectateurs attendent avec impatience de pouvoir retourner dans l'espace. Si le responsable de la Fox n'apprécie pas spécialement le scénario, il se trouve qu'il ne dispose d'aucun autre script prêt à être tourné. Ainsi naissent les légendes, à Hollywood. Le feu vert est accordé...

Naissance d'un style

Pour concevoir l'esthétique « SF » du film –l'univers des explorateurs spatiaux du XXIIème siècle-, Dan O'Bannon fait appel à l'illustrateur Ron Cobb. « J'avais tenté de faire engager Ron sur Dune. Il avait préparé ses bagages pour nous rejoindre en Europe, mais cela n'avait pas fonctionné. J'avais donc le sentiment d'être son débiteur. Mais Ron, surtout, est extrêmement talentueux ! » Ron Cobb signera le design du Nostromo et du module de sauvetage Narcissus, ainsi que leurs intérieurs. Il est également à l'origine d'un concept important de cet univers : l'acidité du sang de l'alien. Le scénariste invite également l'illustrateur Chris Foss, qu'il a rencontré lors de la pré-production de Dune, à proposer des designs. Notons cependant que Ridley Scott, n'appréciant pas son style fantaisiste, décidera ultérieurement de ne pas utiliser ses illustrations. Les véhicules de Ron Cobb, eux, sont fonctionnels. L'artiste prend en compte leur centre de gravité, la poussée des moteurs, leur consommation énergétique, etc... Moebius, quant à lui, est contacté afin de dessiner les costumes. En ce qui concerne l'univers visuel du xénomorphe –la créature, mais aussi l'épave du vaisseau extraterrestre et la surface de la planète-, Dan O'Bannon ne s'avère guère satisfait des tentatives réalisées par Ron Cobb et lui-même. Mais il se souvient de H.R. Giger, un artiste qu'il avait également rencontré lors de son expérience sur Dune. L'artiste suisse lui avait montré des photos de son travail, qui l'avaient hanté bien après son retour aux États-Unis. Le 11 juillet 1977, le scénariste lui envoie une description de l'alien. Walter Hill et David Giler, qui ont accueilli Ron Cobb avec joie, n'ont absolument pas envie de payer un artiste dont l’œuvre est étrange, et qui est, en outre, totalement inconnu à Hollywood ! Lorsque H.R. Giger transmet ses premières idées de design, le producteur Gordon Carroll n'hésite pas à déclarer que « cet homme est sans doute malade ». L'heure suisse n'est pas encore venue. Si Dan O'Bannon souhaitait originellement réaliser Alien, le poste ne lui sera jamais été proposé. Au cours de l'été 1977, Walter Hill, peu friand de SF et d'horreur, passe son tour. Les dirigeants de 20th Century Fox fournissent alors à Brandywine une liste de réalisateurs potentiels. Le favori du studio, Peter Yates (Bullitt), refuse de tourner une « série B », alors que Robert Aldrich (Les douze salopards) considère que l'intrigue n'est pas assez sérieuse. Jack Clayton (Gatsby le magnifique), enfin, décline immédiatement la proposition ; ce « stupide film de monstre » ne l'intéresse pas. Le prochain nom, sur la liste de la Fox, est celui d'un inconnu. Ou presque.



L'homme providentiel

Né en 1937, Ridley Scott a longtemps travaillé dans la publicité avant de tourner son premier film, Les duellistes (1977). Les qualités artistiques et le travail de composition de ce film, qui n'est pas sans rappeler Barry Lyndon, ont plu à Sandy Lieberson, responsable de la Fox sur le territoire européen. Le script est donc envoyé au jeune cinéaste... qui ne dissimule pas son enthousiasme. « Je l'ai lu en quarante minutes », avoue Ridley Scott. « 24 heures plus tard, j'étais à Hollywood. J'ai adoré les dialogues minimalistes et la dynamique du scénario d'Alien. Ce monde est inscrit dans la réalité. Tout est fonctionnel ! ». Il signe ainsi pour la réalisation du film, qui se voit doter d'un budget de 4,2 millions de dollars. Il consacre trois semaines à la création d'un storyboard – surnommé Ridleygrams - décrivant la moindre scène. Le projet prend forme, et les dirigeants de la Fox, impressionnés, acceptent de doubler le budget. Dan O'Bannon se déclare dans un premier temps sceptique, mais leur première rencontre balaie immédiatement ses doutes. Ridley Scott prend ainsi le relais du scénariste dans le rôle de « leader spirituel » de la production.  « Évidemment, le résultat est dû à un travail d'équipe », précise-t-il. « Mais sans responsable, tout projet s'écroule sur lui-même ». Afin de cerner le style du film, le réalisateur s'inspire de nombreuses œuvres, du magazine Métal Hurlant/Heavy Metal à Massacre à la tronçonneuse (1974). « Trois films m'ont particulièrement influencé. Star Wars bien sûr, mais surtout 2001 et Dark Star ». La construction des décors du Nostromo débute au sein des Shepperton Studios, près de Londres, et le tournage est annoncé pour l'été 1978. Un doute, et pas des moindres, subsiste : à quoi ressemblera l'alien qui donne son nom au film ? Hors de question que la créature soit un homme portant un costume en caoutchouc ! Le spécialiste en effets spéciaux Carlo Rambaldi (E.T., King Kong 1976), décédé en 2012, tente plusieurs approches. « Il a notamment proposé un monstre qui ressemblait à de la guimauve partiellement fondue, dotée de grands yeux bleus », expliquait Dan O'Bannon. En acceptant de tourner le film, Ridley Scott avait conscience que l'alien poserait d'énormes problèmes. « A de rares exceptions près, les monstres au cinéma sont rarement convaincants. Les propositions ont ainsi été traditionnelles : la bête à plusieurs têtes, les yeux exorbités, un look très caoutchouteux, des tentacules... » Aucun design ne plaît au réalisateur... Jusqu'au jour où Dan O'Bannon lui soumet un catalogue d'illustrations. « Je n'avais jamais été aussi sûr et certain, de toute ma vie, d'avoir trouvé ce que je recherchais », poursuit Ridley Scott. « J'avais sous les yeux le design idéal ». Cette illustration s'intitule Necronom IV ; elle faisait parti d'un recueil publié par Hans Ruedi Giger en 1976.

L'esthétique biomécanique

Né 1940, le plasticien et designer suisse a grandi dans une chambre faiblement éclairée. « Je faisais des rêves très sombres », se souvient-il. « Chaque nuit, j'étais tourmenté par les mêmes cauchemars. Une fois que je me suis mis à dessiner ces visions, j'ai ressenti un vrai soulagement ». Une nuit, en 1970, il se rêve enfermé dans des toilettes à Zurich. La cuvette des toilettes baillait, les tuyaux se transformaient en peaux dotées de plaies purulentes, de mystérieuses créatures le foudroyaient du regard au travers de fissures. Il se réveilla et se mit à peindre. Ainsi naquit le style « biomécanique » reconnaissable entre tous. L'esthétique torturée de la saga Alien, jusqu'à Prometheus, trouve donc son origine dans ce cauchemar ! « Les gens voient souvent des choses horribles dans mes œuvres », ajoute H.R. Giger. « Regardez bien ; vous remarquerez deux styles opposés. L'un est effectivement horrible, mais l'autre est magnifique. J'aime l'art nouveau ». Cette précision n'empêchera pas l'artiste, toujours vêtu de noir, de se faire surnommer « le Comte Dracula » par l'équipe technique des Shepperton Studios ! Mais revenons à la peinture Necronom IV, qui préfigure l'alien tel que nous le connaissons : un démon doté d'un crâne phallique, des os apparents et des « tuyaux » émergeant du dos. « Je voulais faire une créature qui serait en partie humaine et en partie robot », précise H.R. Giger. « Le style biomécanique est né de l'interaction entre l'organique et la mécanique ». Cette esthétique est le royaume du mariage contre-nature : métal et chair, sexe et mort, beauté et désolation Même Gordon Carroll finira par souligner la contribution de H.R. Giger au long-métrage. « Son univers est tellement riche qu'il finit par vous gagner », avouait-il. Mais encore faut-il transposer les illustrations en trois dimensions ! « Nous avons fait diverses expérimentations », explique H.R. Giger. « Nous avons contacté les contorsionnistes d'un cirque pour qu'ils tentent, en s'assemblant, de créer une allure monstrueuse. Mais le résultat n'était pas effrayant ». Finalement, Ridley Scott recrute un jeune africain de -très- grande taille, Bolaji Badejo, pour revêtir le costume, mis au point par H.R. Giger, et le crâne de l'alien, dont les mécanismes sont créés par Carlo Rambaldi. « Sans ses vêtements, Bolaji ressemblait à une sculpture de Giacometti », se souvient le réalisateur. Déniché au printemps 1978 dans un bar, par un pur hasard, le timide étudiant en arts graphiques, âgé de 26 ans, n'avait alors jamais tourné dans le moindre film. Il prend donc des cours de mime afin d'être prêt à incarner l'alien. Mais quels acteurs incarneront les sept victimes, pardon, « routiers de l'espace » ?

Bienvenue à bord

Le personnage de Ripley (anciennement Roby) est longtemps resté masculin. Quelques temps après que Ridley Scott ait rejoint le projet, Alan Ladd Jr proposa d'en faire une femme. La réalisateur s'enthousiasma pour l'idée. « Son prénom, Ellen, est celui de ma mère », précise Walter Hill. Une jeune inconnue, Sigourney Weaver, participe au casting. « Nous avons tourné sept essais dans les premiers décors montés pour le film », se souvient l'actrice, dont l'interprétation séduit immédiatement les membres de la production. Elle rejoint ainsi Tom Skerritt (Capitaine Dallas), Veronica Cartwright (Lambert), Harry Dean Stanton (Brett), John Hurt (Kane), Ian Holm (Ash) et Yaphet Kotto (Parker) au casting. « J'apprécie la décontraction qu'a apporté Tom Skerritt à son personnage », déclare Ridley Scott. « Il aurait pu jouer un pilote macho, bruyant, agressif. Mais Dallas ressemble presque à Chuck Yeager. J'aime son pragmatiste. Il est parfois la seule voix de la raison, il refuse de se laisser entraîner dans des débats ». Alors que Yaphet Kotto apprécie Sigourney Weaver dès leur première rencontre, Ridley Scott l'incite à être désagréable envers sa collègue. « Il m'a demandé de la pousser dans ses retranchements, de lui taper sur les nerfs, de ne plus lui parler durant les pauses. Tout cela a payé à la fin du film, lorsque Ripley ne se laisse pas faire et prend le commandement. Je ne sais même pas si Ridley l'a un jour expliqué à Sigourney... » Mais ce travail de sape se ressent effectivement dans la dernier acte du film. Ian Holm (Bilbon Sacquet dans Le seigneur des Anneaux), qui incarne l'officier scientifique Ash, s’attelle quant à lui à trouver un certain équilibre entre humanité et raideur dans son jeu ; il ne faut pas trahir la véritable nature du personnage ! « Ce concept était brillant », avoue Ron Shusett. « Il offrait une résonance aux tragiques événements précédant le retournement de situation. Le spectateur réalise alors qu'Ash a laissé entrer le monstre, et qu'il est donc prêt à sacrifier tous les humains pour sauver l'alien ! » Ash ne court, lui, aucun risque. « Nous avons supposé que l'alien comprenait qu'Ash est un androide », précise Ridley Scott. « Il ne peut donc pas servir d'hôte... » Le tournage se déroule de juillet à octobre 1978 au sein des Shepperton studios, où les intérieurs du Nostromo sont littéralement construits en circuit fermé. « Les décors étaient superbes », se souvient le directeur artistique Roger Christian. « Vous aviez l'impression d'être réellement enfermé dans un vieux vaisseau spatial, usé et poussiéreux ! » Ridley Scott, lui, est soumis à une pression intense de la part des représentants de la Fox. A tel point qu'il réussit à percer le plafond du décor de la passerelle d'un coup de poing rageur ! Si le budget n'a pas permis de construire les trois étages du Nostromo, les acteurs se sentent piégés dans les décors, comme des souris dans un labyrinthe... D'intenses négociations permettent cependant d'obtenir un budget final de onze millions de dollars. Ce qui permet à l'équipe de 150 décorateurs, supervisée par H.R. Giger, de construire la surface de la planète et l'épave du vaisseau extra-terrestre - dont les formes des murs sont tirées de moules de véritables os ! Notons que les trois acteurs qui arpentent la surface de LV-426, Tom Skerritt, Veronica Cartright et John Hurt, ont rencontré quelques ennuis avec leurs combinaisons spatiales : l'oxygène venait, paradoxalement, à leur manquer !

Compte à rebours final

Sur l'insistance de Ridley Scott, le gigantesque cadavre du « Space Jockey » (que le cinéaste retrouvera 33 ans plus tard!) fut construit, au grand dam des studios, pour la modique somme de 500000 dollars. Alors que les plans à effets spéciaux sont réalisés au sein des Bray Studios sous la supervision de Brian Johnson (L'Empire contre-attaque) et du maquettiste Martin Bower (Cosmos 1999), le prolifique Jerry Goldsmith (Capricorn One, Star Trek : le film) s’attelle à l'écriture de la bande originale. Si le compositeur japonais Isao Tomita (Le lézard noir) avait les faveurs de Ridley Scott, la Fox insista pour qu'un artiste davantage reconnu soit engagé. Jerry Goldsmith subit cependant une déconvenue lorsque le réalisateur décide de conserver des « temp tracks », des musiques temporaires tirées de plusieurs de ses anciennes bandes originales ! Ridley Scott amalgame finalement, avec succès, anciennes et nouvelles compositions. Alien, le huitième passager envahit les salles obscures américaines le 25 mai 1979 – puis le 12 septembre en France. Le deuxième film de Ridley Scott récolte cent millions de dollars au box office, soit près de dix fois son budget, ainsi que l'Oscar des meilleurs effets visuels. S'il faudra patienter sept ans pour découvrir la suite des aventures de Ripley, Ridley Scott attendra jusqu'en 2003, et la sortie de la saga en DVD, pour proposer son Director's Cut. Plus courte d'une minute que le montage original, cette édition spéciale a subi de nombreuses modifications. La plupart d'entre-elles sont bénignes (les scènes sont souvent raccourcies pour un rythme plus efficace). Mais une importante séquence est réintroduite dans la dernier acte du film. Ripley y retrouve Dallas (avec qui elle devait partager une relation amoureuse dans une précédente version du scénario), emprisonné dans un cocon par l'alien. Le pauvre capitaine est sur le point de se métamorphoser en... œuf ! Qui, bientôt, donnera à son tour naissance à un Facehugger prêt à jaillir au visage d'un hôte potentiel... Tel était, en 1979, le cycle de reproduction des xénomorphes ! James Cameron négligera ce concept, préférant introduire une certaine Reine dans Aliens, le retour. Dallas, on ne l'aura pas entendu crier.



Si vous désirez poursuivre la visite des coulisses d'Alien, le huitième passager, nous vous conseillons l'excellent livre Alien, Genèse d'un mythe, publié en France aux éditions Huginn & Muninn, ainsi que l'édition Blu-ray de la quadrilogie.

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