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Les coulisses d'Aliens, le retour : Cette fois, c'est la guerre
Article Cinéma du Vendredi 05 Mai 2017

A l'occasion de la sortie d'Alien Covenant, nous vous proposons de (re)découvrir le processus de création d'Aliens, le retour...

Ce troisième film de la carrière de James Cameron est une véritable « exception qui confirme la règle ». A l'instar de L'Empire contre-attaque et de The Dark Knight, Aliens, le retour (1986) fait partie du club -très- fermé des suites qui s'avèrent dignes du film original. Si l'épilogue d'Alien, le huitième passager (1986) ne sollicitait pas le développement d'un second volet, le futur réalisateur des deux plus gros succès de l'Histoire du cinéma – à condition de ne pas prendre en compte l'inflation – livre un long-métrage qui est tout sauf une simple copie de son prédécesseur. La terreur s'estompe ; le temps de l'action est venu...

Par Pierre-Eric Salard



Suite au succès du film de Ridley Scott, les fans ne tardèrent pas découvrir au cinéma, dès 1980, Alien 2 – Le monstre attaque... qui n'est qu'une pâle copie italienne ! Non, il faudra en réalité attendre sept ans pour assister au retour des xénomorphes sur le grand écran. Avec le recul, un tel délai peut paraître surprenant – surtout à notre époque, où le moindre succès appelle rapidement au développement d'une suite ! Les dirigeants de la société de production Brandywine, propriétaire des droits du film, ont pourtant envisagé un Alien II dès 1979. « Nous en discutons », déclarait alors le producteur David Giler. « Mais il est encore trop tôt pour dire comment le film se déroulera. Je sais que beaucoup de gens pensent que les gros plans du chat, dans la navette, ont été ajoutés pour laisser présager d'une suite. Ce n'est pas le cas ; le film n'aura probablement rien à voir avec le chat ». Jones, lui, prendra effectivement un retraite bien méritée. Avec ou sans le lieutenant Ellen Ripley ? « Je ne sais pas comment les scénaristes pourraient renvoyer Ripley dans l'espace », indiquait Sigourney Weaver lors de la sortie du premier opus. « Mais il y a toujours, quelque part, cette planète, où se trouvent de mystérieux œufs extraterrestres... » Si des rumeurs parlent d'une suite sous forme de série TV, aucun film n'obtient le feu vert à l'aube des années 1980. Suite au départ d'Alan Ladd Jr, en 1979, les nouveaux dirigeants des studios 20th Century Fox, peu attirés par la SF, ne se montrent pas intéressés par un tel projet. Pour eux, la SF et l'horreur ne sont pas des genres commercialement viables. Selon la presse spécialisée, plusieurs pistes auraient cependant été envisagées : l'alien a survécu à sa sortie dans l'espace et atteint la civilisation en compagnie de Ripley ; les membres d'une seconde expédition sur LV-426 luttent contre un groupe de xénomorphes, avant que des représentants de l'espèce du Space Jockey fassent leur apparition ; LV-426 explose, envoyant ainsi les œufs sur la Terre. Nous avons gardé le meilleur pour la fin : une préquelle racontant l'histoire du Space Jockey (qui se terminerait avec l'arrivée du Nostromo) ! Soit l'idée de Ridley Scott à l'origine du projet qui est devenu Prometheus... Réelles ou non, ces idées n'ont jamais abouties. Lorsque de nouveaux cadres, plus enclins à produire Alien II, prennent la tête de la Fox, les producteurs Walter Hill et David Giler refusent de faire appel au scénariste du premier opus, Dan O'Bannon. Entre les deux camps, le divorce est consommé depuis le premier jour. Ils ne contactent pas non plus Ridley Scott - qui n'est alors même pas au courant qu'un projet de suite est en développement ! « Ils ne m'ont jamais proposé de réaliser ce film », regrette-t-il. « Cela m'a peiné, car je pensais que nous avions fait du bon travail sur le premier volet ». Dès 1979, il évoque pourtant les possibilités narratives offertes pas une éventuelle suite. « Dans le premier film, nous n'avons pas spéculés sur la nature de l'alien. S'ils font un Alien II, et si j'y participe, le film abordera certainement ce genre de sujets. Nous traiterions de la rencontre entre deux civilisations. Du point de vue de la SF pure, Alien II pourrait être plus intéressant qu'Alien, le huitième passager ». Là encore, il est frappant de remarquer que ces idées porteront leurs fruits, plus de trente ans plus tard, avec la sortie de Prometheus. « Une suite devrait se pencher sur la nature et l'origine des aliens », ajoutait Ridley Scott en 1984. « Cela risque d'être difficile ; il faudra inventer de nouvelles planètes et civilisations. Car l'alien provient bien évidemment d'une sorte de civilisation ! Il était peut-être l'un des derniers descendants d'une espèce disparue ». Lors de leurs premières discussions, David Giler et Walter Hill penchent plutôt pour un thriller d'action, dans lequel des militaires entreraient en action. La présence de Ripley est encore incertaine. Il faut attendre 1983, et la rencontre entre les deux producteurs et un certain James Cameron, pour que le projet prenne enfin son envol...

L'homme providentiel

Après avoir exercé, un temps, le métier de camionneur, ce fan de science-fiction s'est lancé, de manière autodidacte, dans le cinéma. Star Wars (1977) l'a fasciné et poussé à réaliser son propre court-métrage, Xenogenesis (1978). Ce space-opera amateur d'une douzaine de minutes contient les germes de son œuvre à venir... et lui permet de se faire remarquer par le studio de Roger Corman. Il y officie en tant que maquettiste, avant que son efficacité ne le propulse dans le rôle du directeur artistique des Mercenaires de l'espace (Battle Beyond the Star, 1980). Il apprend, sur le tas, à créer des effets spéciaux, ou à recycler des détritus en éléments de décor. Il travaille ensuite sur New York 1997 et La galaxie de la terreur (1981). Alors que James Cameron est originellement chargé de la création des effets spéciaux de Piranha 2 - Les tueurs volants (la suite de l'un des premiers films de Joe Dante), le producteur Ovidio Assonitis lui propose de succéder au premier réalisateur du film, Miller Drake, qui a quitté le projet pour cause de « différents créatifs ». Mais les relations entre le jeune homme et le producteur tournent elles-aussi au vinaigre. Au bout de deux semaines, Ovidio Assonitis vire son réalisateur (qui, pour de raisons contractuelles, aura cependant son nom au générique). Malgré cette expérience désastreuse, James Cameron n'a rien perdu au change, bien au contraire ! Lors du tournage, en Italie, il tombe malade ; cette nuit-là, il rêve d'un robot émergeant des flammes. Il plonge alors dans l'écriture de Terminator (1984). En 1983, alors que les prises de vues de son premier véritable film n'ont pas encore commencés, James Cameron, âgé de 29 ans, rencontre les dirigeants de Brandywine. David Giler, Walter Hill et Gordon Carroll s'avouent impressionnés par le scénario de Terminator, dont le tournage a été repoussé de plusieurs mois. Le processus de pré-production de ce film étant complété, le jeune réalisateur dispose de suffisamment de temps libre pour travailler sur des scripts, dont Rambo II: La mission (1985). « Lorsque j'ai rencontré David Giler et Walter Hill, nous parlions d'un autre projet, dont le script ne fonctionnait pas ». Il s'agissait d'une modernisation de Spartacus. « Alors que j'allais partir, David Giler a mentionné la perspective d'un Alien II ». Malgré son excitation, ce bourreau de travail dissimule son intérêt. « J'ai gardé un visage impassible pour répondre que cela pourrait être intéressant ! » Alien, le huitième passager l'avait en réalité profondément marqué. « Je l'avais vu dès sa sortie. L'univers me captivait, ainsi que la construction narrative du film. Vous ne saviez pas vraiment que Ripley était le personnage principal. C'était inattendu ». A sa grande joie, David Giler et Walter Hill lui proposent, s'il en ressent l'envie, d'écrire cette suite. Ils lui confient le maigre synopsis qu'ils avaient imaginé, où des militaires assistent Ripley. James Cameron recycle partiellement un script de SF, Mother, qu'il avait précédemment écrit... après avoir vu Alien ! Mother met en scène un personnage stylistiquement proche de Ripley et une ancêtre de la Reine alien. La bataille finale tourne autour du duel entre cette « mère » et la protagoniste... qui utilise un exosquelette digne du « power-loader » d'Aliens, le retour ! « La relation maternelle était déjà présente », précise le réalisateur. « J'ai senti qu'elle conviendrait à l'évolution de Ripley ». L'intrigue de Mother est ainsi diluée dans le synopsis des producteurs. James Cameron s'enferme alors quatre jours chez lui afin d'écrire un premier traitement de 45 pages - daté du 21 septembre 1983. Les producteurs sont satisfaits ; Alien II devient alors Aliens. « Nous trouvions que le titre Alien II laisserait penser qu'il y aurait 35 autres films », se souvient la productrice Gale Anne Hurd (future ex-épouse du réalisateur). « Nous ne voulions pas non plus l'appeler Les aventures de Ripley : Alien 2. Aliens signifie que ce film ira plus loin que l'original, tout en y restant lié ». Pour James Cameron, ce titre véhicule également la pluralité de la menace. Si l'intrigue correspond -déjà!- globalement à celle que nous connaissons, quelques divergences sont à noter :

- Encore vivante, la fille de Ripley, qui a vieillie de cinquante ans pendant que Ripley était en stase, l'accuse de l'avoir abandonné, lors d'une conversation par visiophone ;
- Le cadre sans scrupules de la « Compagnie », Carter Burke, est absent ;
- Bishop déclare qu'il a été créé par la société Cyberdyne (également à l'origine de Skynet dans la saga Terminator) ;
- Il y a plusieurs processeurs atmosphériques sur Acheron ;
- Les aliens paralysent leurs victimes avant de les tuer ;
- Ripley, Hicks et Newt sont momentanément enfermés dans des cocons (par de petits aliens albinos) ;
- A la fin du film, Bishop, prétextant un risque trop important de contamination des autres colonies, refuse d’atterrir pour récupérer Ripley et Newt.

Contact !

Malgré le lancement du tournage de Terminator, en mars 1984, le réalisateur poursuit l'écriture du scénario de Rambo II. Mais il se retrouve obligé d'annoncer à David Giler qu'il ne pourra pas terminer dans les temps la première version du script d'Aliens. « David était furieux », raconte-t-il. « Il m'a dit que plus jamais je ne travaillerai à Hollywood...» Les soixante premières pages suffisent à convaincre Walter Hill et les dirigeants de la Fox : si son premier film est un succès, ils lui confieront la réalisation d'Aliens ! Même si James Cameron est mécontent d'apprendre que les deux producteurs de Brandywine ont ajouté leurs noms sur son script, il décide de ne pas gâcher cette fantastique opportunité. Lors de sa sortie, en octobre 1984, Terminator est un succès tant critique que public (ce film a récolté 78 millions de dollars pour 6,5 millions de budget). En décembre, le réalisateur annonce auprès de la presse qu'il a écrit le scénario d'Aliens. « Il existe ! Ce qui en sera fait, personne ne le sait ». Alors que de nombreuses propositions lui sont soumis, James Cameron préfère se concentrer sur Aliens. Dont la production obtient bientôt le feu vert, pour un budget avoisinant les 17 millions de dollars. La première version du scénario est en réalité terminée le 26 février 1985, puis remaniée le 28 mai. L'intrigue est déjà très proche de celle du montage final – à ceci près que Ripley n'est pas encore l'implacable combattante, et leader, que nous connaissons. Elle est davantage hantée par les événements du premier film,. Effrayée, elle panique lors de sa première rencontre avec un alien. Dans la dernière version du scénario, datée du 23 septembre 1985, Ripley est enfin partagée entre la vulnérabilité et la force, à l'instar de l'interprétation de Sigourney Weaver dans le film. « Alien, le huitième passager était, dans un sens, un film d'horreur gothique », ajoute Gale Anne Hurd. « Dix petits indiens dans un espace confiné, une expérience digne d'une maison fantôme, des personnages disparaissant les uns après les autres... Nous n'avons pas voulu répéter ce schéma, car Aliens n'est pas un remake. Il y a davantage d'action et d'aventure ». Si Aliens, le retour est premier véritable film de studio de James Cameron, il s'agit également du seul véritable « film d'auteur » de la saga : un même artiste a confectionné toutes les facettes du long-métrage, qui n'est pas une pâle copie du film original. « Aliens, le retour explore les notions de courage et d'héroïsme », précise le réalisateur. « Tous les personnages reflètent ces thèmes. Tous, sauf un, sont des héros : Hicks, Vasquez, Gorman, Drake... Ils sont poussés dans leurs retranchements, et doivent trouver les ressources nécessaires pour réagir. Hudson en est le parfait exemple. Il semble être le lâche du groupe, toujours à se plaindre et pleurnicher. Pourtant, il se ressaisit dans un dernier sursaut ». Il s'agit donc d'un film optimiste ! « Après tant de films déprimants qui explorent les limites de la dépravation humaine, je crois que les spectateurs ont besoin d'assister à l'émergence d'une émotion positive. C'est ce que j'ai essayé de faire avec tous ces personnages... à l'exception du méchant ! » Encore faut-il de talentueux interprètes pour ces héros...

Une armée en marche

Aliens, le retour initie une « tradition » qui perdurera lors du développement des deux films suivants : Sigourney Weaver reprendra-t-elle le rôle de Ripley ? Hésitante, elle refuse toutes les propositions de la Fox avant d'avoir lu le scénario. « On pense que le personnage a atteint ses limites, puis on lui donne une raison de les dépasser », déclare James Cameron. « Ce type de personnage m'a toujours fasciné : quelqu'un qui a vécu une expérience traumatisante et s'en est trouvé affecté ». La survie ne suffit plus, indiquait le premier traitement du film. « Ripley a survécu à sa première rencontre avec un alien, mais ce film la pousse jusqu'à un point où elle pourrait avoir envie d'en finir. Comme ces vétérans de la guerre du Vietnam... Newt est donc la « petite lumière au bout du tunnel ». Leur relation est très importante. Lorsqu'elles seront sorties de cette mésaventure, un cycle se terminera ». Sigourney Waver s'avoue finalement ravie par la qualité de l'intrigue, et plus particulièrement par la relation maternelle entre Ripley et Newt. Elle accepte donc de retrouver le rôle qui l'a rendue célèbre... non sans proposer quelques idées. « Elle voulait ne pas utiliser d'armes à feu, et mourir », se souvient le réalisateur. « J'ai refusé. Plus tard, j'ai vu Alien 3... ». Alors que la jeune Carrie Henn obtient le rôle de Newt, Paul Reiser (la série Dingue de toi) hésite avant d'accepter celui de Carter Burke, l'ignoble représentant de Weyland-Yutani. « Je n'avais jamais participé à ce genre de film », explique l'acteur. « C'était très différent de ce que j'avais fait, des comédies... et cela s'est révélé très excitant ! Burke utilise Ripley pour atteindre ses objectifs et satisfaire son ambition. Pour une fois, je n'avais pas besoin d'être drôle... car dans l'espace, personne ne vous entend rire ! » Pour l'anecdote, Stephen Lang (Avatar) auditionna lui-aussi pour ce rôle. Fidèle en amitié, James Cameron fait également appel à trois comédiens avec lesquels il a déjà travaillé : Michael Biehn (Terminator), Lance Henriksen (Piranha 2) et Bill Paxton (Terminator). « Les personnages n'ont pas été écrits avec des acteurs spécifiques en tête », précise pourtant le réalisateur. « Nous avons suivi le processus de casting traditionnel, Gale Anne Hurd et moi ». Lance Henriksen s'avoue très enthousiaste. « C'était la première fois que je jouais réellement un gentil ! On ne m'avait encore jamais laissé utiliser ma part d'innocence... » Qui convient parfaitement à un androïde ! « Bishop n'a aucun préjugé sur les êtres vivants. Pour lui, tout ce qui est organique - humain ou alien - est absolument miraculeux ». La majorité des interprètes des marines sont dénichés par Mary Selway (Alien) ; elle cherchait des acteurs américains résidant en Angleterre, où est programmé le tournage. « Ce fut incroyablement difficile », se souvient la directrice de casting. « Nombre d'entre-eux avaient perdu leur accent. Mais j'ai fini par découvrir des comédiens extraordinaires, dont Jenette Goldstein ». « Je ne savais pas qu'il s'agissait d'une suite à Alien », précise cette dernière. « Lorsque je me suis rendu au casting, je croyais que le film parlait de véritables aliens, des immigrants dans un pays ». Rappelons que le terme 'alien' signifie 'étranger' ! Une réplique du film fait d'ailleurs référence à cette anecdote... A l'instar de celui de Kane dans Alien, le huitième passager, un des principaux interprètes d'Aliens est remplacé à la dernière minute. James Remar, qui devait incarner Hicks, ne s'entend pas avec James Cameron. Au bout de quelques jours de tournage, Michael Biehn est appelé à la rescousse, un vendredi soir. Le lundi suivant, il est présent sur les plateaux ! « Au départ, j'étais réservé, même si j'ai finalement accepté et sauté dans un avion », avoue ce dernier. « Hicks ressemblait trop à Kyle Reese (ndlr : le personnage qu'il interprète dans Terminator). Nous avons discuté, James et moi, afin qu'il soit différent ». James Remar est cependant visible dans le montage final, de dos, lorsque les marines entrent dans le nid des aliens. Avant le tournage, tous les interprètes des marines – à l'exception de Michael Biehn – participent à deux semaines d’entraînement physique auprès des S.A.S., les forces spéciales anglaises. Sigourney Weaver et Paul Reiser n'y sont sciemment pas invités ; James Cameron souhaite qu'une connivence s'installe entre les marines, et non avec les « civils ». Le réalisateur insiste également pour que les interprètes des militaires personnalisent leurs costumes. Notons que les impressionnants « Smartguns » de Drake et Vasquez sont montés sur des mécanismes - harnais et bras articulé - de Steadicam (un système stabilisateur de prises de vues souvent utilisé au cinéma).

Fin de cycle

Le tournage d'Aliens, le retour se déroule majoritairement au sein des studios Pinewood, près de Londres, de septembre 1985 à février 1986. La scène des marines découvrant le nid des aliens est tournée dès la première semaine, au sein de la centrale électrique – fermée en 1983 pour des raisons économiques - d'Acton, dans la banlieue de la capitale anglaise. Notons que les intérieurs de ce bâtiment des années 1950 seront réutilisés pour figurer l'usine Axis Chemicals du film Batman (1989). Contrairement à Ridley Scott pour le précédent film, James Cameron n'a pas conçu des storyboards pour chaque scène – privilégiant parfois l'improvisation lors des dialogues. « J'ai fait des storyboards pour toutes les séquences assez compliquées pour que j'ai besoin de montrer aux cascadeurs ce que je désirais », précise-t-il. « Je m'en sers surtout pour communiquer. Si je m'occupe intégralement d'une scène, je n'en utilise pas. Ainsi, lorsque les aliens débarquent dans la salle d'opération par le plafond, j'ai tourné moi-même, je n'ai donc pas fait de storyboards. Inversement, lorsque Ripley prend le contrôle du véhicule blindé APC, tout a été minutieusement dessiné car il fallait mêler des plans de maquettes aux prises de vues réelles ». Seulement six costumes d'aliens sont confectionnés ; l'impression de multitude naîtra en cours de montage ! Et cette fois-ci, H.R. Giger n'a pas été contacté. « Je regrette que l'on ne m'ait pas proposé de participer », avoue l'artiste suisse. « Ils n'avaient pas besoin de moi. Ce film était génial, mais je n'ai pas aimé les crânes nervurés des aliens. Par contre, j'ai adoré l'esthétique de la Reine alien ! » James Cameron a lui-même signé ce design, remanié par le regretté Stan Winston (The Thing, Jurassic Park). « Je voulais respecter le style de Giger », raconte le réalisateur. « Mais je souhaitais également ajouter de nouvelles caractéristiques à cette créature, en terme de taille, de vitesse, de grâce et de féminité. Des attributs que les autres aliens n'ont pas ». L'équipe de Stan Winston met au point une réplique complexe, à taille réelle, de la Reine Alien. Deux opérateurs – dissimulés à l'intérieur - contrôlent ses bras, des marionnettistes animent sa tête à l'aide de télécommandes, et le corps est supporté par une grue. En tout, seize personnes donnent vie à la monstrueuse créature ! James Cameron lui-même invente sa « voix » dans la salon de sa maison, près des studios Pinewood, à l'aide d'un synthétiseur. Le cinéaste confie la composition de la bande son à James Horner (Avatar), qui ne peut consacrer que six semaines à ce projet. Or à son arrivée à Londres, le tournage est loin d'être terminé ! Après trois semaines d'attente, et avec un premier montage à sa disposition, il peut commencer à travailler... en recyclant, pour gagner du temps, des morceaux qu'il a composé pour d'anciens films (dont Star Trek II et III) ! Les relations entre James Horner et le réalisateur sont tendues, au point que le musicien imagine qu'ils ne collaboreront plus. Titanic prouvera le contraire. Aliens, le retour sort sur les écrans américains le 18 juillet 1986 - trois mois plus tard en France. L'accueil critique est très positif, et le film récoltera 131 millions de dollars (pour un budget final de 18,5 millions). Il recevra également deux Oscars techniques (dont celui des Meilleurs effets spéciaux), sans oublier cinq nominations (Sigourney Weaver ayant l'honneur d'être nommée dans la catégorie du Meilleur rôle féminin). En 1992, une version longue -supérieure au montage initial- est éditée en Laserdic et VHS. Les 17 minutes supplémentaires offrent davantage de profondeur au film. Les fans peuvent notamment découvrir : la colonie Hadley's Hope avant l'invasion des aliens ; l'épave du vaisseau extraterrestre du Space Jockey déniché par la famille de Newt ; ou encore la réaction de Ripley, apprenant que sa fille est décédée. Cette édition spéciale est désormais disponible en Blu-ray. Hommage suprême : Ridley Scott a lui-même encensé le film de James Cameron. « C'est toujours difficile de faire la suite d'un film à succès », déclarait le cinéaste. « James a réalisé un excellent film d'action. Ce qu'il a accompli est incroyable. Aliens, le retour est, sans aucun doute, une réussite ». Pour James Cameron, son film se suffit à lui-même. « Le futur de la franchise n'est pas entre mes mains », expliquait-il en 1986. « En tant que scénariste, je peux dire que l'histoire n'a pas été construite dans l'optique d'une autre suite. Mais après tout, le premier film ne l'était pas non plus ». Feu Dan O'Bannon partageait son avis. « James Cameron a fait la seule chose qu'il fallait faire : changer de genre. Maintenant, j'aimerais que cela s'arrête. Plus vous produirez de suites, moins le résultat sera efficace ». Le réalisateur d'Aliens, le retour s'avouera par la suite « choqué » par le traitement réservé à ses personnages dans Alien 3. En 2003, il se penchera une dernière fois sur la saga. « Ridley et moi, nous voulions développer un cinquième volet. J'en ai parlé à la Fox et j'ai commencé à travailler avec un scénariste. Mais les dirigeants du studio ont préféré donner le feu vert à Aliens vs Predator, dont le script était prêt ». L'aventure Avatar allait ainsi commencer. Ridley Scott reprendra, quelques années plus tard, le flambeau. On n'abandonne jamais définitivement son bébé, même si la « mère » s'avère monstrueuse !

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